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d'arrêter ces mauvais propos : « La lettre de M. La forêt du 12 août, écrivait-il àTalleyrand, me paraît une folie, c'est un excès de peur qui fait pitié II faut rester tranquille jusqu'à ce qu'on sache positivement à quoi s'en tenir. Ne dites rien à M. Lucchesini; s'il vient von? parler, faites-lui des reproches sur sa conduite, sur ce qu'il va prendre des renseignements chez des agioteurs et qu'il écrit à sa cour des choses absurdes et bêtes qui lui font faire des folies » . Mais dans une situation aussi tendue, le moindre incident, le moindre propos prend d'énormes proportions. Murât, dans sa petite principauté de Berg, commettait cent imprudences ; on y parlait, comme plus tard à la cour de Westphalie, de prochains agrandissements aux dépens de la Prusse; récemment, à propos de l'occupation des territoires prussiens cédés par le traité de Paris, les troupes de Berg avaient failli en venir aux coups avec les garnisons prussiennes. L'électeur de Hesse-Cassel se vantait d'avoir obtenu de l'Empereur la promesse formelle des biens de la maison d'Orange- Fulda.
Enfin le 7 août, on reçut à Berlin une dépêche de Lucchesini annonçant que l'ambassadeur anglais, lord Yarmouth, lui avait fait confidence dans un dîner que Napoléon avait offert à l'Angleterre la restitution du Hanovre. Cette nouvelle eut un effet terrible à la cour de Prusse. Ainsi donc, on était menacé dans la possession de ce Hanovre qui avait coûté tant de tourments, tant de démarches, qu'on avait acheté au prix de trois provinces si anciennement attachées à la monarchie, au prix de la rupture avec tous les anciens alliés, au
prix peut-être de Thonneur prussien. Ainsi donc, Napoléon partageait d'avance la monarchie prussienne à r Angleterre, à Murât, à la Bavière, à la Russie {x{m devait avoir, disait-on, la Pologne), aux amis comme aux ennemis. Ainsi donc, le nouvel allié avait si peu de considération pour la monarchie et l'armée de Frédéric II que, sans consulter la Prusse, il disposait des mêmes provinces qu'il lui avait fait accepter par contrainte 1
On ne réfléchissait pas qu'après tout c'étaient là des propos en Tair, que Napoléon ne pouvait manquer de prendre l'avis de la Prusse et de lui offrir un dédommagement, que le roi lui-même, en n'acceptant qu'à moitié le Hanovre, avait laissé les mains libres à l'Empereur. On n'écoutait rien, on n'entendait rien. On était tout à sa passion. La cour, l'armée, le peuple se précipitaient d'un mouvement aveugle vers une guerre insensée.
A partir de ce moment, la lutte était inévitable. Nous n'avons pas à rappeler l'échange des dernières notes diplomatiques, l'entrée de l'armée prussienne en Saxe, les batailles d'Iéna et Auerstaedt, d'Eylau et de Friedland, le traité de Tilsit et la chute profonde de la Prusse. Nous nous occupons, dans le présent livre, uniquement de l'Allemagne napoléonienne, c'est-à-dire de l'Allemagne occidentale; dans la catastrophe de 1806, nous avons seulement à constater l'échec final de la Prusse dans son projet de confédération pour l'Allemagne ^u Nord, son expulsion complète de la Germanie occidentale et le sort fait par le vainqueur à ses clients et à ses alliés : la Hesse-Cassel, le Bruns-
wick, la Saxe, les petits états de Thuringe, les prindpautés de la mer du Nord et de la Baltique. Voyons quelle fut Terapreinte de la conquête napoléomeane et de la domination française sur les régions les plus éloignées du Rhin, sur le Weser, TËlbe, la Saale, la Yistule.