‹ L'Allergie TyphiqueChapitre 25 sur 50 · FO TE · texte numérisé non relu

FO TE

à inoculer à un grand nombre de sujets sains des extraits de bacilles d’Eberth-particulièrement riches en antigène tels qu’une suspension de protéines brutes, on observe un pourcentage très élevé de réactions positives, et pourtant il ne s’agit pas là de réactions protéiniques d'ordre banal puisque l'injection de protéines d’es-

“pèces microbiennes différentes ne détermine aucun

phénomène inflammatoire. Il a donc sufli par des méthodes appropriées d'utiliser un produit particulièrement riche en antigène, pour mettre en évidence chez l’homme normal lexistence d’un état de sensibilisation, faible il est vrai, el qui eut échappé à d’autres techniques.

Or nos recherches nous onf montré que cette sensibilité vis-à-vis des protéines extraites du bacille d’Eberth va de pair avec une sensibilité vis-à-vis des protéines extraites du colibacille. Par ailleurs nous avons vu que chez les typhiques dont l’état allergique est exalté, lhypersensibilité sé manifeste à légard de microbes plus ou moins éloignés du bacille d’'Eberth et même dans un tiers des cas à l’égard du colibacille. Il existe, au-

- trement dit, tout un groupe de microbes intestinaux,

pathogènes ou non, qui, possédant une fraction antigénique commune avec les bacilles du groupe fypho-paratyphique sont capables d'intervenir dans la production des phénomènes de sensibilisation ou de les mettre en évidence.

Aussi sommes-nous amené à nous demander si des « cosensibilinogènes » ne seraient pas capables d’assurer l'apparition de ces réactions allergiques paradoxales

FA

et inexpliquées que l'on voit survenir chez des individus normaux vis-à-vis de l’antigène tvphique, en lPabsence de toute infection éberthienne. La question s’est d'ailleurs déjà posée à propos de Fexistence dans le sérum d'individus sains d'agglutinines où de précipitines visà-vis du bacille d'Eberth et Gedeon Wells [46] écrivait récemment: «€ on ignore si ces agglulinines-ou ces pré- «cipitines «normales » sont de même nature que celles « qui provoquent des réactions dans des immun-sérums « beaucoup plus dilués. Elles représentent peut-être des «anticorps non spécifiques, résultant de l’immunisation naturelle par des bactéries ou des protéines «étrangères ayant pénétré dans l'organisme par voie

Le

intestinale. Elles manquent en effet aux premières pé-

riodes de la vie. Landstleiner et d’autres auteurs ne

leur reconnaissent aucune spécificité ».

La notation faite par G. Wells que les agglutinines Lyphiques n'existent pas durant les premiers mois de la vie est en complet parallélisme avec les résultats des intradermo-réactions. Chez les nourrissons en effet, l'injection, au cours des prémiers mois de la vie de protéines extraites du bacille d’'Eberth ou du colibacille ne détermine aucun phénomène inflammatoire. Ce n’est qu'à dater du 6° au 9° mois en moyenne, et alors que le colibaëille a fait Son apparition dans le tractus intestinal que la même épreuve provoque une réaction notable. Le fait qu'un organisme normal puisse être à la longue sensibilisé vis-à-vis des bactéries contenues dans le tractus intestinal s'accorde avec les expériences qui montrent que les antigènes microbiens opposent une

ER ae

certaine résistance à l’action des sucs digestifs. On ne peut encore affirmer à quel degré de clivage de la molécule protéique disparait le pouvoir antigénique. Mais pour n’en citer qu'un exemple, les albumines extraites du bacille d'Eberth et du colibacille puis soumises à l’action successive de la pepsine et la trypsine sont capables de protéger l'animal contre l’inoculation mortelle (expériences inédites) et de même, ces produits inoculés dans le derme des {Yphiques déterminent encore une réaction inflammaloire nette. Fait qui vient à l'appui de notre interprétation, les recherches récentes de Glouckoff ont montré que 14 % des sujets traités par le vaccin bilié de Besredka présentaient une réaction positive vis à-vis du bacille d'Eberth, et qui faisait défaut avant l’ingestion.

Sans doute le phénomène d'absorption qui règle le passage des antigènes dans la cireulation avant Jeur désintégration complète est-il encore obscur ; il dépend vraisemblablement de causes multiples tenant à l’intégrité plus ou moins complète de la muqueuse intestinale, qu’une infection, si légère soit-elle, tend à altérer. Mais rien n'empêche d’admettre-« priori qu'au hasard de son existence, l'individu ne subisse à la faveur d’une lésion organique minime ou de simples troubles fonc- ‘tionnels ce passage de protéines bactériennes incomplètement désintégrées : l’état de sensibilisation s’ensuivra. Acquis vis-à-vis du colibacille et d’autres bactéries intestinales (paracolibacilles) il pourra se mani, fester également vis-à-vis d'espèces plus éloignées, les unes saprophytiques, les autres pathogènes (bacilles

paratyphiques) en raison de l’existence d'un élément antigénique commun.

Chez certains sujets, et c’est l'immense majorité, l’état allergique sera faible et ne pourra par conséquent être mis en évidence que par l’inoeulation dans le derme de produits d’une valeur antigénique très élevée (protéines brutes par exemple) ; ici la-comparaison avec les résultats fournis chez les typhiques par l'épreuve similaire comporte de telles différences d'intensité qu’aucune erreur n’est possible. Là au contraire, l’état allergique est plus accentué et-les réactions observées sont presque aussi vives qu'au cours de la dothiénentérie : c'est visä-vis de cette catégorie de sujets que l’injection intradermique perdra sa spécificité.

Qu'advient-il lorsque des sujets qui né possédaient jusqu'alors qu’un état allergique très faible rencontrent, au hasard dés contaminations, le bacille d'Eberth ou les microbes paratyphiques ? Durant la période d’invasion, et alors que les germes se multipliant au niveau des organes lymphatiques essaiment dans le torrent sanguin, les produits de 1yse qui résultent de ler destruction viennent impressionner: l’organisme. Si cette libération met en circulation une eéndotoxine capable d'occasionner des troubles organiques divers, elle introduit en même temps dans le milieu humoral une albumine hétérogène vis-à-vis de laquelle l'orgaz nisme réagira par le renforcement de l'état allergique. où par sa constitution, s’il n’exisfait auparavant. Simple phénomène d’intolérance protéinique qui

demandera pour se manifester un certain délai d’environ 7 à 10 jours, Commun d’ailleurs aux infections les plus variées capables de créer un tel état (fièvre de Malte, chancre mou).

Mais la sensibilisation ainsi acquise: s’affirmera surtout vis-à-vis du bacille d'Eberth et des bacilles paratyphiques. Elle s’atténuera à légard des bactéries plus éloignées et dans la mesure où la fraction antigénique qui leur est commune avec le bacille d'Eberth représentera de plus en plus dans leur constitution un élément accessoire. On assistera ainsi à ce fait très curieux, qu'alors que chez les sujets normaux, l'emploi d'antigènes «forts » extraits du bacitle d'Eberth ou du colibacilile donnait des réactions similaires, chez le typhique, un tel équilibre est le plus souvent rompu. fci,-on la vu, les phénomènes inflammatoires provoqués par l'injection de protéines colibacillaires sont hors de proportion avec ceux qui suivent l’inoculation de protéines éberthiennes, c’est que, chez le sujet-sain, l’état allergique faible vis-à-vis du bacille typhique tenait le plus souvent à une cosensibilisation de groupe, alors que, chez le typhique, l'accroissement de l'intolérance dé l'organisme à l’égard du même bacille résulte, il va sans dire, d’une action spécifique.

Le même phénomène se retrouve d’ailleurs au cours des -épreuves sérologiques. Chacun sait qu'un sérum. normal est susceptible d’agglutiner le bacille d'Eberth à un taux très faible (1/10 ou 1/20) et, à un taux plus élevé, certains échantillons de colibacilles provenant du sujet lui-même ou d’autres sujets. Mais au cours de la

dothiénentérie,alors que l’on assiste à une élévation du pouvoir agglutininant vis-à-vis du bacille d'Eberth, le

taux des agglutinines à l'égard du colibacille ne subit qu'une très faible majoration.

IL resterait à préciser quel mécanisme préside à l'apparition des phénomènes de sensibilisation chez les typhiques. On sait que dans l'exposé de sa conception générale des anticorps, Maurice Nicolle [47] attribue une part importante au développement des Iysines qui ne seraient autres que les sensibilisatrices mises en évidence par la réaction de Bordet-Gengou. C'est celte lysine qui décomposant l'antigène injecté mettrait en ‘liberté des poisons pyrétogènes et phlogogènes.

Il n’est pas douteux que le moment où le dothiénentérique acquiert l’état d'allergie corresponde à celui: où apparait dans son sérum une sensibilisatrice, mise en évidence par la réaction de Bordet-Gengou. Mais peut-on accorder aux deux phénomènes une relation autre qu'une simple correspondance dans le temps ? Nous oserions d'autant moins l’affirmer qu'il nous a été impossible, comme on le verra plus loin, de déterminer chez l'animal, à l'égard de l'antigène typhique | un phénomène analogue à celui qu'a obtenu V. Hekman [48] à l'égard de la tuberculine et qui consiste, comme chacun sait, en la reproduction du phénomène de l’ophtalmo-réaction sur un animal sain, quand on lui injecte dans la conjonctive un mélange de tuberculine et de sérum de phtisique. La preuve ne peut être actuellement fournie qu'il existè dans le sérum des

ds 60

typhiques un anticorps capable de transformer un antigène indifférent pour un sujet sain, en un poison nocif.

Quel que soit le mécanisme qui préside à sa production, l’état d'allergie une fois constitué chez le typhique va se maintenir, comme on l’a vu, durant toute l’évolution et sans manifester de différences appréciables. Il ne viendra à fléchir qu’en cas de complication surajoutée ou de profonde intoxication. C’est la raison pour laquelle son absence comporte une signification redoutable, car elle traduit la défaillance de toute réactivité et par conséquent l’inhibition des moyens de défense de l'organisme. .

Une lois acquis, l’état d'allergie persistera fort longtemps. Il survivra à la guérison, à la convalescence, alors que l’état d’immunité se sera installé. C’est la une fois de plus une démonstration frappante qu'un organisme, désormais réfractaire vis-à-vis d’un germe donné, peut rester indéfiniment sensible à l'égard de ses protéines constituantes, exemple que d’autres infections telles que la fièvre de Malte, le chancre mou, etc., nous ont appris à connaître. Nous sommes loin, on le voit des premières conceptions des expérimentateurs qui voyaient dans les ophtalmo-réactions ou les intradermo-réaclions un test d'immunité anti-toxique, encore plus loin de l'opinion des cliniciens pour qui ce térme de sensibilisation implique une signification défavorable. Il n’a d'autre sens que celui du souvenir que garde l’économie d’avoir été antérieuremeni aux prises avec une protéine hétérogène.

Déca sante s

Page 1