CHAPITRE [I
L'ALLERGIE TYPHIQUE EXPÉRIMENTALE
Les phénomènes de sensibilisation, dont on vient de voir la grande fréquence chez l’homme, peuvent-ils être reproduits chez l'animal, vis-à-vis duquel Pinfection Lyphique évolue d’une manière toute différente ?.
À vrai dire, ik n'existe aueun travail d'ensemble sur. la question et c’est incidemment, à l'occasion de recherches pratiquées en pathologie humaine, que quelques auteurs nrentionnent leurs résultats expérimentaux. Cette étude est donc très fragmentaire. Néanmoins la lecture des observations montre qu'il est souvent possible de mettre en évidence chez Fanimal un certain état de sensibilisation acquise à la Suite d’injections de microbes vivants et même tués. C’est également la conclusion à laquelle nous avons abouti et dont on: trouvera plus loin quelques protocoles justificatifs.
Il était d’ailleurs à prévoir que les divergenées d’opinion-qui se sont manifestées sur les réponses fournies par les intradermo-réactions chez Fhomme se retrouve
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raient en pathologie expérimentale, et cela, d'autant plus que, beaucoup moins réceptifs que l'homme vis-àvis ‘de l'infection typhique, le lapin et surtout le cobaye n'acquièrent jamais un état de sensibilisation aussi accusé. C'est la raison pour laquelle le choix de l’antigène microbien est, surtout ici, d’une importance considérable. Faute de n'avoir utilisé dans la pratique des intradermo-réactions que des produits non solubles ou d’une valeur antigénique insuffisante, certains auteurs ont crü pouvoir affirmer que, contrairement à l'homme, l'animal était incapable d'acquérir d’élat allergique, après avoir été soumis à l'action du bacille d’'Eberth. Cette dernière {thèse a été soutenue en 1947 par Meyer ét Christiansen 49] qui, x Faide de « typhoïdine » inoculée dans le derme de lapins préalablement soumis à l'injection de bacilles d’Eberth, n'ont observé que des résultats négatifs.Même constatation de de Lavergne [50] chez des animaux qui ont antérieurement ingéré de fortes doses de bacilles d’Eberth, et l’on sait tout le
- parti qu’a tiré cet auteur d’une telle constatation. Rap-
prochant l'absence de sensibilisation acquise par le lapin, de l’absence-de lésions intestinales, il y voit un argument de plus à lappui de sa conception qui considère Vulcération de la plaque de Peyer comme un phénomène d'allergie. :
Plus heureux que les expérimentateurs précédents, Chantemesse [51], dès le début de ses recherches, avait pourtant montré la possibilité d'observer chez lanimal la survenue d’un état de sensibilisation. Par la méthode des ophtalmo-réactions, il constatait l'apparition d’une
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rougeur conjonctivale chez les animaux préparés, alors que la même technique mise en œuvre chez les animaux neufs n'était suivie d'aucune réaction appréciable.
Cheurlot {22}, dans sa thèse, rapporte le résultat d'expériences pratiquées également chez le lapin. Les animaux avaient reçu des inoculations intraveineuses, soit de bacilles d'Eberth vivants, soit de bacilles tués, soit de petites quantités d’endotoxine. L'épreuve intradermique pratiquée du 6* au 12° jour après l'injection se montrait positive, mais à la condition d'employer le produit qui avait servi à la préparation de l'animal. I est donc possible, conclut cet auteur, de sensibiliser les lapins vis-à-vis des constituants cellulaires du bacille d'Eberth ou de ses poisons, mais cette sensibilisation présente une spécificité extrèmement étroite.
Kolmer et Berge [29}, dans leur mémoire déjà signalé, mentionnent également la survenue de phénomènes allergiques chez les animaux soumis aux injections de bacilles d'Eberth. |
Dans leur récent fravail, Glouckoff et [wanowa Glouckova [52! concluent dans le même sens : ces auteurs réalisent l’infection typhique des lapins en leur injectant les bacilles dans les glandes lymphaliques sousmaxillaires ; its réalisent ainsi une maladie d’une durée d’une semaine, et qui s'accompagne du passage de microbes dans le sang pendant deux à quatre jours. Appliquant leur procédé ialradermique déjà utilisé chez l’homme,its constatent que la réaction est positive dans 90 0% des cas ; elle apparait vers le 3* ou 4° jour et disparait en 10 jours environ ; chez un seul animal elle
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s’est maintenue jusqu'au 20° jour. Les expérimentateurs insistent en plus sur la nécessité, pour obtenir une réaction positive, d’inoculer dans la peau de l'oreille une dose de « toxine » supérieure à celle qui est utilisée chez les typhiques. En somme, l'état allergique est plus difficile à mettre en évidence chez le lapin qui vis-à-vis d’une infection dont il-subit un moindre dommage que l’homme, se sensibilise à un moindre degré.
Le travail des auteurs précédents est, à n’en pas douter, le plus important sur la question, étant donné qu'il porte sur un lot de 60 lapins.
Nous avons, parallèlement à ces auteurs, poursuivides recherches dans le même sens-et qui nous ont donné des résultats très superposables. Comme antigène, nous avons utilisé soit un-extrait de globulines dilué au 1/4 et inoculé à la dose de 1/10 de ce., soit un extrait de protéines brutes dilué au 1/10 et injecté aux mêmes doses. Les injections étaient pratiquées dans la région du flanc, après épilation, sans rasage. La lecture des résultats doit être faite au bout de 24 et de 48 heures : comme chez l’homme, c’est en effet assez tardivement que la réaction atteint toute son ampleur. Elle se caraclérise par une rougeur papuleuse qui s’étend à distance du point d'inoculation et envahit même les zones non épilées.
Voici le résultal de quelques expériences.
Lapins A, 56, 60, 61, vaccinés du 6 août au 21 août par injection dans les veines de protéines extraites du bacille d'Eberth et digérées par la trypsine. Le 7 septembre, ces animaux reçoivent dans les veines I ce., 5 d'une culture vi-
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rulente, [ls résistent après avoir présenté un certain degré d'amaigrissement. Huit jours plus tard ces trois lapins offrent une intradermo-réaction très accusée. Eprouvés le 17 novembre, deux d’entre eux ne manifestaient plus aucune intolérance vis-à-vis de l'antigène typhique, et la réaction, réduite à un simple érythème, était semblable à celle qui survient chez les animaux neufs. Un seul avait conservé l'état allergique.
Il nous paraît inutile de multiplier ces exemples : ils ne diffèrent en rien de ceux des auteurs précédents. Tout au plus estimons-nous que la proportion de 50 % qu’ils donnent est certainement trop faible et que, si on utilise
des produits d’une haute valeur antigénique, le nombre des animaux qui, inoculés avec des bacilles vivants, sont capables d'acquérir l’état allergique, est notablement plus élevé.
Ces réactions allergiques, dont on vient de voir la fréquence chez l'animal, résultent-elles d’un conflit antigene-anticorps ? Nous avons déjà eu l’occasion d’indiquer qu’en l’état actuel ;de nos connaissances, il est très difficile de l’affirmer à l'aide d’expériences pratiquées in vitro et in vivo. L’inoculation cutanée à un animal neuf d'un mélange d’antigène typhique et de sérum de lapin immunisé et en état d'allergie, ne détermine aucune réaction nette. Cet état d’hypersensibilité ne paraît donc pas pouvoir être attribué à l’existence d’une lysine contenue dans le sérum. Nous devons ajouter que Gay et Claypole [23] auraient cependant réussi à transmettre à l'animal l’hypersensibilité passive. Ces auteurs injectent à un lapin neuf du sang d’un lapin immunisé
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et réagissant.fortement à. la « tvphoïdine » ;- une inoculation de « typhoïdine » chez l'animal ainsi préparé détermine 2x loco une réaction inflammatoire appréciable, qui, bien entendu, fait défaut chez les témoins. Dans une deuxième série d'expériences, Gay et Claypole Saignent un animal immunisé, el conséquemment en état d'allergie, puis lui transfusent du sang de lapin normal ; ils constatent dans ces conditions que la réaction à la Ctyphoïdine » s’affaiblit considérablement.
Ces expériences laisseraient supposer lPintervention d'un facteur humoral dans le déterminisme des phénomènes allergiques. Toutefois les auteurs estiment qu’on ne doit pas Conclure des recherches faites sur le lapin à la nature des anticorps qui, chez l'homme convalescent de typhoïde et immunisé contre l'infection, le ren- draient intolérant vis-à-vis de l’antigène typhique..
Un dernier point que nous tenons à mettre en lumière est la possibilité, par injection de bacilles tués et même par ingestion de microbes, suivant le procédé de Besredka, de créer chez le lapin un état allergique. Ces conslatations nous semblent {très importantes parce qu’elles établissent que, même soumis à l'action des sucs digestifs, l’antigène typhique parvient encore à inpressionner l’économie. Pénétrant dans la circulation à l'état de produits très dégradés qui sont incapables d'entraîner la production d'anticorps, ils peuvent -encore susciter cet état réactionnel particulier. que vient mettre en évidence l'injection intradermique d’antigène. L'absence d'anticorps dans le sérum ne serait donc pas suffisante pour. établir, comme le pense Besredka, que
l'immunité acquise est de caractère strietement local. Bornons-nous à rapporter quelques protocoles justificalifs.
Lapin A-71, reçoit le 19 octobre à jeun un mélange de 5 cc. de bile et d'une émulsion de 25 milliards de bacilles typhiques tués. Le 24, intradermo-réaction négative Le 26, nouvelle ingestion de microbes biliés. Le 2 novembre, intradermo-réaction positive alors que le sérum se montre dépourvu d'agglutinines et que la réaction de fixation est négative. :
Lapin A-72, recoit le 20 octobre à jeun un repas composé de 25 milliards de bacilles typhiques tués et de 5 cc. de bile. Le 25, intradermo-réaction faible. Le 26 nouvelle ingestion de microbes biliés. Le 2 novembre, intradermo-réaction franchement positive. Un séro-diagnostic pratiqué à ectte date est positif seulement au 1/20 pour le bacille d'Eberth ; la réaction de Bordet-Gengou est négative.
Inutile d'ajouter que l’inoculation d’épreuve avec des bacilles vivants vient considérablement renforcer l'état allergique.
Nos recherches, qui ont jusqu'alors porté sur 14 animaux, établissent que, dans 50 % des cas environ, l'ingestion de bacilles biliés crée cet état de sensibilisation. Cest à peu près la proportion de succès que l’on observe chez les animaux qui reçoivent des microbes morts. dans les veines.
Sans nous laisser ici entraîner à des considérations qui dépasseraient la portée de ce chapitre, nous avons tenu à communiquer les premiers résultats acquis. Leur intérêt, on le voit, dépasse de beaucoup le pro-
blème de l'allergie typhiqueexpérimentale (qui doit être résolu par laffirmative), car les faits rapportés ne tendent à rien moins qu'à remettre en question le caractère général de l’immunité que confèrent les vaccins absorbés par voie digestive.