‹ L'alliance autrichienneChapitre 7 sur 52 · Cf. La Paix d'Aix-la-Chapelle, p · texte numérisé non relu

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revue sont rangées en Jeux catégories, les alliées et les ennemies de l'Autriche. Trois figurent en tête de la première : l'Angleterre, la Hollande et la Russie. Deux seulement auraient mérité naguère encore d'être placées au premier rang de la seconde : la France et la Porte. Une troisième s'est élevée, plus dangereuse et plus difficile à atteindre que toutes les autres : c'est la Prusse, installée sur le sol même du domaine héréditaire des archiducs, pouvant apparaître à tout moment sur une frontière restée béante, et n'ayant qu'à étendre le bras pour frapper au cœur ce qui reste de l'ancienne puissance autrichienne. Cet ennemi-là est le seul auquel il faille désormais songer, parce qu'il y va du salut même de la maison impériale à pouvoir l'écarter à temps de la position menaçante qu'il a prise : et, comme le spoliateur le sait et le comprend lui-même, comme il s'attend que tôt ou tard un effort sera fait pour le chasser, il est probable qu'il ne voudra pas se laisser devancer. L'hostilité de ce côté est donc irréconciliable et peut éclater à toute heure.

Contre cet ennemi implacable, continue Kaunitz, l'Autriche n'a malheureusement rien à espérer de ses anciens alliés. Sans doute, entre

le roi d'Angleterre et son neveu existe toujours une antipathie réciproque, mais la nation ellemême ne s'associe point à ce dissentiment domestique; elle ne partage pas les rancunes du souverain et moins encore sa prédilection pour sa principauté allemande. Détesté à la cour, le roi de Prusse est bien vu du peuple et de la Cité. L'Angleterre, au fond, n'est plus occupée que d'étendre sa puissance coloniale et maritime et devient indifférente aux luttes du continent, surtout au régime intérieur de l'Empire et de l'Allemagne. On a bien vu ce qu'on peut espérer d'elle, désormais, par sa précipitation à conclure une paix tout à son profit, sans souci des sacrifices qu'elle imposait à son alliée. Même jugement à porter sur la Hollande que l'Angleterre traîne à sa suite, toujours agitée d'ailleurs par des troubles civils, et dont les finances épuisées n'ont pu soutenir jusqu'au bout la dernière épreuve. On pourrait espérer mieux de la Russie, si la politique de cette cour, au lieu d'être dirigée en vue d'intérêts réels, ne dépendait pas du caprice à tout moment variable d'une volonté personnelle. Il est donc également impossible, conclut Timpitoyable logicien, et de trouver un appui dans l'ancien système fédératif, et de tentci' sans

alliance une entreprise à la fois aussi périlleuse et aussi nécessaire que la reprise de la Silésie. Ne pouvant compter sur aucun ami, c'est un ennemi qu'il faut détacher. Le seul auquel on pût penser, il n'était pas besoin de le nommer. Ce n'est pourtant qu'après beaucoup de précautions oratoires, et avec le sentiment de tous les préjugés qu'il doit vaincre, que Kaunitz se décide enfin à prononcer le nom delà France. Il ne conteste ni n'atténue aucun des griefs anciens et nouveaux dont tout Autrichien a le droit de garder le ressentiment, et moins que tout autre la dernière et mortelle injure, l'odieux manque de foi qui a menacé le pouvoir naissant de l'impératrice. C'était une perfidie sans exemple dans l'histoire. Mais Fleury, sur son lit de mort, en a témoigné son repentir, et on assure qu'il n'est plus un homme d'état français qui ne parle de ce méfait avec une juste réprobation. Quant aux prétentions de domination arrogante affectées par Louis XIV, ni l'état intérieur de la France, dont les ressources sont bien affaiblies, ni rhumeur de son souverain ne donnent lieu d'en craindre le retour. Louis XV ne ressemble pas à son aïeul : il fuit le travail; sa maîtresse le gouverne, son ministère est incapable; toute son

ambition, dans la dernière négociation, s'est bornée à réclamer pour l'infant, son gendre, un établissement princier. C'est encore là le point sensible par lequel on peut le séduire. Son intimité avec le roi de Prusse n'est plus qu'apparente : car à l'épreuve elle lui a fait défaut au moment où elle lui était le plus nécessaire. De ce tableau dont les couleurs sont justes et dont les traits n'ont rien de forcé, Kaunitz fait dériver cette conséquence rigoureuse que, la Prusse étant le seul ennemi à combattre, la rentrée en possession de la Silésie, le seul but à poursuivre, l'appui de la France, le seul qu'on puisse espérer, c'est à se ménager, pour le jour de cette grande entreprise, le concours ou au moins la connivence du seul auxiliaire possible que doit tendre tout l'effort de la politique impériale *.

Un raisonnement si serré et de si longues considérations n'étaient pas nécessaires pour convaincre l'impératrice, et je serais même étonné qu'elle n'eût pas été convertie d'avance. Aussi, sans s'arrêter à la surprise peinte sur le visage de ses conseillers, ni aux objections assez timides qui lui furent présentées, elle entra tout de suite,

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