L'Alliance balkanique
Le 17/30 septembre 1912 un événement désormais historique ébranla l'Europe entière. Les Etats chrétiens des Balkans, jusqu'alors désunis, apparurent alliés pour la première fois et décrétèrent en commun leur mobilisation générale pour résoudre un problème séculaire. Unis, ils firent des efforts aussi tenaces que stériles en vue d'amener la Turquie à aider, de son côté, au règlement de ce problème en introduisant dans ses possessions européennes l'autonomie ethnique si nécessaire à la paix des Balkans. Mais ce fut en vain. Et, le 5/18 octobre, la Sublime Porte leur ayant déclaré la guerre, ils recoururent à la force des armes.
VI AVANT-PHOPOS.
11 se lit alijrsiiri miracle auquel peu d hommes s'attendaient. Dans l'espace d'un mois, l'alliance balkanique brisa l'Empire ottoman. Quatre petits Etats, ayant au total une population d'une dizaine de millions, défirent une grande puissance de 25 millions d'habitants. L'alliance et ses victoires furent accueillies avec enthousiasme par les amis de la paix et de la liberté. Des millions d'Européens allaient devenir libres et le monde allait échapper aux tourments d'un cauchemar. Les Turcs refoulés à Constantinople et en Asie Mineure, la question d'Orient cessait d'être une source de troubles et de dangers.
Cette solution fut consacrée par le traité de Londres du 17/30 mai 1913. La guerre des Balkans, dont ce traité marquait la fin, se termina comme elle avait commencé, par un miracle : on arrachait des mains des Turcs plus de territoires que n'avait pu le faire aucune guerre victorieuse conduite par une grande puissance contre le sultan.
AVANT-PKOPOS.
Mais quand vint le moment de régler le sort de ces territoires, l'alliance, grâce aux chauvins à courte vue qui se trouvaient parmi les nations alliées, tomba sous le coup d'une guerre fratricide et impie. L'effondrement survint un mois à peine après l'apothéose de Londres. L'on vit alors s'enhardir tous ceux auxquels les succès de l'alliance balkanique avaient fait concevoir des appréhensions. De pacifiques qu'ils étaient, ils devinrent belliqueux. En effet, le 10 août 1913. l'Autriche, à en croire les révélations faites par M. Giolitti, proposait à l'Italie une guerre contre la Serbie, tandis que l'ambassadeur de France à Berlin. M. Jules Cambon, écrivait le 22 novembre 1913 à son gouvernement que l'empereur Guillaume avait cessé dêlre partisan de la paix.
Etant données les conséquences terribles engendrées par l'alliance balkanique, il me semble que ses auteurs doivent à leur patrie et à l'humanité de dire la vérité. Du moment que les traités ont été livrés à la publicité, il n'y
VIII AVANT-PHOPOS.
a plus de raison de garder le secret sur les motifs qui les inspirèrent, les pourparlers qui en précédèrent la conclusion et les événements qui en amenèrent la rupture. Et puisque ces traités furent négociés à Sofia et que la Bulgarie s'était mise à la tète de l'alliance et lui fit, dans la guerre des Balkans, plus de sacrifices que tous les autres alliés pris ensemble, j'estime que c'est au Bulgare qui dirigea les négociations à parler le premier et à dire ce qu'il fit pour l'alliance, quelle peine il se donna pour en assurer l'existence et aussi combien le peuple bulgare est peu responsable de la ruine de cette œuvre.