‹ L'Alsace-Lorraine de nos jours;Chapitre 19 sur 29 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

UNE PAOB d'histoire. — DE 1871 A 1903

Que de belles pages pourrait-on écrire, — et écrirat-on un jour, — sur l'annexion de l'Alsace-Lorraine et sur l'histoire des quinze années qui l'ont suivie ! Il faudrait que chacun puisse Ure ou rehre ces déclarations véhémentes et passionnées qu'apportaient à la tribune de l'Assemblée nationale en France ou au lleichstag allemand, les hommes vaillants qui incarnèrent à la fois tous les deuils, toutes les douleurs, toutes les colères et tous les espoirs des proscrits.

Que d'enseignement, que de tristesse trouve-t-on aujourd'hui, dans la lecture émouvante des professions de foi de ces représentants de l'Alsace et de la Lorraine et quelle signification éclatante revêt à nos yeux, cette longue série d'efforts, de sacrifices consentis par eux, pour affirmer malgré les persécutions -t les menaces de représailles, les imprescriptibles

revendications des populations arrachées à la France.

Quel exemple admirable, et sans précédent dans l'histoire des peuples, lègue aux générations futures ce formidable exode des conquis, franchissant la nouvelle frontière pour ne pas subir le contact et le joug du vainqueur !

Et combien partirent, abandonnant le foyer familial, sacrifiant le bien péniblement amassé, avec l'espoir non dissimulé de revenir bientôt quelques années plus tard, — le temps de laisser la France reprendre des forces et se refaire une armée, — sous les plis du drapeau tricolore et avec la MarmUaise.

Tout cela semble bien loin aujourd'hui et le Français qui juge impartialement les faits ne sait trop s'il ne doit pas accuser son pays de s'être fait volontairement le complice du Temps pour amener la résignation des vaincus. Oui, il faudrait écrire l'histoire de l'Alsace-Lorraine depuis trente ans et mettre en marge l'histoire de la politique française de ces trente dernières années et nous pourrions voir alors où l'espérance est morte la première et où, pour la première fois, on parla d'oublier.

Si les provinces conquises semblent actuellement se complaire dans une résignation plus apparente que réelle et que nous examinons plus loin, si elles alfcctent même d'accepter les faits brutaux qui ont cli;ingé leur nationalité, c'est que trop longtemps peut-(^tre leurs appels sont restés vains et que trop souvent chez nous, leur voix a été étouffée à dessein.

Et c'est cependant d'ici, de chez ceux-là m<5mo qui ont le plus contribué à décourager, à détruire la conscience française, (juo s'élèvent les anathèmes jetés chaque jour à la face des concjuis. Que d'éioijucnce cependant dans Ihisloire de la protestation I Période

héroïque s'il en futi La retracer c'est encore écrire une page digne des plus nobles exploits.

LA PiRIODB HBROi'QDI

La paix est signée et TAlsace-Lorraine est définitivement arrachée du territoire français. Quelques mois s'écoulent et soudain un cri de guerre jaillit de toutes les urnes, gardées dans les mairies par des sentinelles prussiennes : Gambetta.

A Strasbourg, à Mulhouse, à Colmar, dans les plus modestes bourgades, dans les plus petits hameaux, le nom du Grand Patriote Français éclate comme un coup de tonnerre, rappelant aux Allemands qu'ils auraient tort de se croire chez eux. Ce sont les élections de

Le vainqueur sent partout le mépris et la haine lui faire cortège ; autour de lui et contre lui s'organise la résistance intransigeante et farouche.

Les députés des départements d'Alsace-Lorraine qui avaient protesté par une déclaration lue à la tribune de l'Assemblée nationale le 18 février 1871 :

« ... Avant toute délibération de l'Assemblée Nationale, nous. Alsaciens et Lorrains, réunis à Cordeaux, nous tenons à protester hautement contre l'idée même d'une cession quelconque de la moindre parcelle de notre territoire, nous sommes Français et voulons rester Français... »

Renouvellent cette protestation le 1" mars après la signature du traité de paix et avant de quitter la salle des séances. On ne saurait trop rappeler cette élo-

quente déclaration dont il faudrait que tous les termes soient gravés à jamais dans les mémoires françaises :

« ... Livrés au mépris de toute justice et par un odieux abus de la force à la domination de l'étranger, nous avons un dernier devoir à remplir. Nous déclarons encore une fois nul et non avenu un pacte qui dispose de nous sans notre consentement.

« La revendication de nos droits reste à jamais ouverte à tous et à chacun dans la forme et la mesure que notre conscience nous dictera. »

Ces deux énergiques déclarations allaient bientôt être suivies de faits et d'actes démontrant plus encore toute la fidélité des Alsaciens-Lorrains à la France.

Alors que les annexés de 4866, de la Saxe, du Hanovre, des villes libres, avaient fait élever une timide protestation que l'Europe entendit à peine et s'étaient résignées au point de servir dans les armées allemandes quatre ans après, en 4870, les populations arrachées à notre pays ne cessent de clamer leur haine du vainqueur en se dérobant en foule à sa domination.

« Non seulement les voies ferrées, mais les grandes routes, les chemins de petite communication étaient noirs de monde. On eût dit, écrivait un témoin oculaire, ces formidables invasions de fourmis voyageuses dans l'Amérique du Sud. »

Rien qu'à Mulhouse, 3,000 ouvriers passaient la frontière, drapeau en tôte, pour se fixer à Bclfort. Tous les jeunes gens de la classe 4872 se dérobaient à la conscription (4). Le spectacle sur tous les points de

(1) « Eh bien, dans l'avenir commoiit cosjoiinos gons, cotte jeunesse annexée venant servir la France, comment furent-ils accueillis?

« Mit je rougis do le dire, au lieu d'être reçus i bras ouverts, comme des Français qui venaient réclamer et conserver leur

l'Alsace et de la Lorraine fut le même tant l'exode prit des proportions qui stupéfièrent les Allemands : toutes les gares étaient remplies d'hommes et de femmes qui pleuraient en s'embrassant et en se criant, non pas un adieu, tant l'espoir d'une délivrance prochaine était dans tous les cerveaux, mais : A bientôt I

Les journaux allemands furent obligés d'avouer eux-mêmes que le chiffre des optants s'éleva à six cent cinquante-huit mille cinq cent trente-deux, rien que pour l'Alsace!

Et comme elle est jolie cette réponse d'un sexagénaire messin, à qui l'on demandait lors de l'option : « Pourquoi restez-vous? » et qui répondait, des larmes pleins les yeux en montrant de la main la verte plaine attristée de croix noires : « Qui donc aurait soin d'eux? »

nationalité, ils ont été traités comme des déserteurs allemands. On les a incorporés dans la légion étrangère, où on n'a môme pas daigné leur faire des compagnies et des bataillons séparés, et on les a mêlés aux déserteurs de tous les pays.

« Et, de là, on les a expédies dans des colonies au climat meurtrier où il en est mort cinq cents par an.

« 11 a fallu dix-huit ans de réclamations pour obtenir une loi ouvrant enfin aux Alsaciens-Lorrains les régiments français où leurs pères ont servi avec tant d'honneur et à la tôte desquels îious comptons encore aujourd'hui im très grand nombre de ginéraux Alsaciens et Lori'aius. »

{Discours de M. Kelli»; ancien député du Haut-Rhin, 16 janvier 1904.)

Ajoutons à cette note que cotte loi, loi Keller, n'a jaunais été appliquée ! Les Allemands le savent et s'en servent encore aujourd'liui pour détourner la jeunesse annexée d'émigrer en Fiance. M. Keller le constate lui-même : « Sous prétexte, ecritil, que les jeunes volontaires n'apportent pas tous les papiers nécessaires exigés, on n'hésite pas à les incorporer dans la légion étrangère et à les envoyer prématurément mourir dans une colonie, alors qu'ils pourraient former un si excellent noyau de soldats de métier dans notre armée nationale. »

Lettre adressée à la Libre Parole, 4 mars 1902.

C'est cependant à ceux-là que des Français ont pu dire trop souvent — avec cette légèreté d'appréciation qui nous fait tant de tort — sur un ton de mépris : « Vous n'avez pas opté, alors... vous êtes Prussiens... »

Singuliers Prussiens, qui par des scrutins vengeurs allaient encore affirmer plus de quinze ans après, leur patriotisme ardent et leurs inlassables espoirs.

L'année d874 arrive et avec elle les premières élections au Reichstag.

L'union s'est faite sur le terrain de la protestation et comme l'option prive le pays des meilleurs éléments qui auraient pu, le plus utilement, le représenter, les annexés se tournent vers le clergé qui accepte de mener le combat. L'entente est si étroite qu'à Metz notamment, fusionnent le parti démocratique et le parti conservateur, autrefois adversaires et qu'ainsi un comité républicain, sur la proposition d'un Israélite. — M. Godchaux, qui devint sénateur — choisit un évéque, Mgr Dupont des Loges, comme candidat I Le candidat allemand est le premier préfet de Metz, le trop fameux comte Ilenckel de Donnesmarck.

La victoire est éclatante. Quinze députés protestataires vont représenter à Berlin les quinze circonscriptions d'Alsace et de Lorraine.

Quelques jours après, le 18 février, M. Teusch, député de Saverne, renouvelle à la tribune du Reichstag la protestation de Bordeaux, et au milieu des clameurs et des huées, donne lecture de la déclaration signée par les quinze représentants des provinces annexées :

« Plaise au Reichstag de décider que les populations

d'Alsace-Lorraine, incorporées sans leur assentiment, à l'empire d'Allemagne par le traité de Francfort, seront appelées à se prononcer, d'une manière spéciale sur cette incorporation. »

Les élections de 1877-78 sont autant do succès pour la cause protestataire malgré les eflorts d'un nouveau parti, le parti autonomiste qui après avoir réussi à conquérir quelques sièges, ne tarde pas à disparaître sous la poussée du mouvement de protestation. Des hommes énergiques, des patriotes ardents, les Kablé, les Dollfus, les Winterer, les ïeusch, etc.. en sont les porte-drapeau. Ces élections si françaises coïncident en France avec l'avènement au pouvoir du ministère Gambetta.

Le nouveau député de Metz, M. Bezançon, Mgr Dupont des Loges ne s'étant pas représenté en raison de son grand âge et aussi de sa méconnaissance de la langue allemande, renouvelle très courageusement à la tribune du lleichstag, la protestation apportée en 4874. « Rendez l'Alsace-Lorraine à elle-même I... » s'écrie-t-il à plusieurs reprises dans un éloquent discours, en s'adressant à la Chambre allemande.

Le 27 octobre 1881, 133,000 suffrages affirment la « Protestation » contre un peu plus de 13,000 donnés aux candidats officiels et près de 20,000 à des cléricaux indépendants. Les autonomistes sont écrasés. La suppression de la langue française au Landessauchuss — Délégation d'Alsace-Lorraine — est aussitôt décrétée; près d'un tiers de la représentation des annexés est ainsi réduite au mutisme le plus absolu.

M. Bezançon venant de mourir, les Lorrains nomment à une écrasante majorité, un protestataire d'une violence extrême : M. Antoine, qui, à peine élu, se rend à Paris, à la tôtc d'une délégation d'Alsaciens-Lorrains,

aux obsèques de Gambetta. De ce jour il mérita la haine implacable dont les Allemands l'allaient poursuivre.

De son côté, Mgr Dupont des Loges, refuse en une lettre retentissante la croix de l'ordre de la Couronne de Fer. Partout la haine du vainqueur s'affirme. Des perquisitions, des arrestations multiples, sur de simples propos, des apparences ou des dénonciations anonymes, ont alors lieu; les populations sont en butte aux vexations constantes et aux ver^geances des autorités prussiennes qui veulent, à la veille des élections, terroriser les annexés.

Plusieurs organes d'influence française sont supprimés d'un trait de plume, M. Antoine répond à cette dictature par une lettre adressée au gouverneur, le maréchal de Manteuffel : « ... C'est le dernier mot du Vœ victis : je ne courberai cependant pas la tiîte, écrit-il, j'oserai quand même et plus que jamais, en remplissant le mandat que le peuple m'a confié, dire à l'Allemagne entière quelles sont nos aspirations, quelles sont nos revendications et lui dire aussi qu'il n'y a rien d'éternel ici-bas... (1) »

Les persécutions redoublent de violence, c'est le régime de la délation et de la terreur. En septembre 1883, le député de Mutz, arrêté puis remis en liberté sous caution, est poursuivi pour « crime de haute trahison. »

En France?,.. On parle et on discute d'une entente, d'une alliance avec l'Allemagne...

Le maréchal de Manteufl'el avait dit déjà : * On n'a pas le droit de demander que l' Alsace-Lorraine soit plus française que la France elle-même... » pour que cette phrase sans doute soit répétée chez nous.

(1) Extrait d'une lettre de M. Antoine, dôputô de Motz, 10 août 1883.

L'Alsace-Lorraine répond à tout cela en élisant Jacques Kâblé à Strasbourg, en nommant DoUfus à Mulhouse et en renvoyant Antoine, député de Metz, siéger au Reichstag.

C'était sa double réponse à la politique allemande de persécution et à la politique française de renonciation.

Quel enseignement et quelle leçon I

Quels blâmes et quels démentis à nos déclamations et à nos actes I

Vient l'année 1887 et avec elle des rumeurs de guerre. L'Allemagne arme fiévreusement et dépose au Reichstag le fameux projet de loi d'augmentation des efl'eclifs militaires qui, malgré l'intervention et les efforts du prince de Bismarck, du feld-maréchal de Moltke, du général Bronsart de Schellendorf, ministre de la Guerre, est repoussé. Le Reichstag est dissous et de nouvelles élections sont fixées au 21 février. L'ère de persécutions, de répressions judiciaires est aussitôt rouverte.

Si vous ne votez pas pour les candidats favorables au septennat, c'est la guerre I répète-t-on partout en Alsace-Lorraine. La guerre imminente... mais alors, c'est la revanche, la libération tant attendue ! Les annexés savent que la France est prête, ils ont confiance en sa jeune armée. Leur pays, une fois encore, sera foulé aux pieds et servira de champ de bataille aux armées en présence, mais qu'importe la désolation et la ruine, si les pantalons rouges reviennent à Metz et à Strasbourg !

Pas un homme et pas un pfennig I Tel est le cri de

guerre que poussent les Alsaciens-Lorrains en se rendant aux urnes. Les élections sont triomphales : tous les candidats protestataires sont élus : 630,000 voix contre seulement 18,000 suffrages donnés aux Allemands. C'est un écrasement ( Un député d'Alsace-Lorraine, M. Zorn de Bulach, qui s'était séparé de ses collègues en votant le septennat, est battu par le docteur Sicffermann dont la candidature, improvisée deux jours à peine avant le scrutin, rallie une écrasante majorité : d 5,000 voix contre 6,000, sans affiches ni professions de foi f (4)

Sans un nouveau mot d'ordre qui fut communiqué dans la nuit même précédant le vote, le général Boulanger, ministre de la Guerre, était élu par cette circonscription I

Le septennat n'en est pas moins voté au Reichstag. L'Allemagne, inquiète de la popularité du général Boulanger, appelle une classe de réservistes sous les drapeaux, et se prépare à la guerre. L'agitation extrême monte au paroxysme avec le procès de Leipzig (juin 1887) et l'affaire Schnœbelé.

Les proscrits attendent fiévreusement la Délivrance. En France, la politique de compensations coloniales provoque un réveil du patriotisme et une réaction très violente contre les projets d'entente avec le vainqueur. C'est, en effet, presque au même moment que M. de -Lesscps « le grand Français » boit à Berlin il l'alliance franco-allemande.

« Il s'est produit depuis quelque temps, à Taris et en France, écrivait le corro.si)ondant parisien do la Perseveranza, un réveil des sentiments do sympathie envers l'Alsace-Lorraine. Jusqu'en 1880, personne n'en

(1) Voir Scinu $t doctrinei du nationalitmc, Maurice Uauiiûs.

parlait, et l'indifférence que l'on montrait pour les provinces perdues faisait l'étonnement des étrangers.

« Depuis trois ans, au contraire, l'Alsace-Lorraine est à l'ordre du jour. Ce réveil provient de deux causes : de la conviction que l'on a retrouvé des forces majeures, et des efforts de quelques propagateurs qui, avec la Ligue des Patriotes (1), et d'autres appels assidus, ont ressuscité la haine contre les Allemands et le désir de la revanche » .

Puis brusquement l'espoir s'évanouit. Le mouvement boulangiste, véritable fièvre nationale, qui suscita, on doit impartialement le reconnaître, tant d'enthousiasme et tant d'espérance en Alsace-Lorraine s'effondre dans une bagarre électorale et avec lui disparaît, en France, le parti de la Revanche.

La politique française, sans vouloir encore oublier les provinces perdues, s'en détourne pour songer aux expéditions lointaines, conseillées par la diplomatie habile de Berlin, c'est l'orientation nouvelle qui pour les annexés « décourage d'espérer » .

Alors en 4889, à la grande joie des Allemands qui exultent en secret, M. Antoine, le député de Metz, se retire de la lutte et remet sa démission.

« Depuis dix-huit ans, écrit-il à ses électeurs, nous n'avons cessé de lutter et de souffrir ensemble.

« Vous m'avez confié tous les mandats : conseiller

(1) La Ligue des Patriotes n'était pas alors une association politique. Fondée sous le patronage de Gambetta, elle compta parmi ses membres fondateurs ou adhérents, outre M. Déroulède qui en fut et en est resté l'âme, Félix Faure, Sadi Carnot, le grand historien Henri Martin, Anatole de la Forge, Deloncle, Sansbœuf, Buisson, M. Joseph Reinach en fut même le secrétaire gênrral en 1883. On sait quelle fut son œuvre patriotique admirable : la fondation et le développement des sociétés de tir et de gymnastique ; la dillusion de l'amour de la France et de l'amour de l'armée dans l'espoir de la revanche.

municipal, conseiller général, député à la délégation d'Alsace-Lorraine, député au Reichstag. Partout et toujours j'ai fidèlement défendu vos di'oits, représenté vos intérêts.

« Pour notre cause, j'ai subi procès, prison, exil, avec la sérénité que donne le sentiment du devoir. Aujourd'hui, je considère ma mission comme terminée en Alsace-Lorraine, je rentre en France, où de nouveaux devoirs m'appellent pour ce pays et pour l'Alsace-Lorraine ».

Relisons-là, cette lettre : c'est l'acte de décès de la « Protestation ».

La même année s'éteignent le parti de la Revanche et le parti protestataire.

Est-ce à dire que déjà rien ne survit plus du Passé ? Certes, non! La protestation subsiste dans les consciences et la revendication reste imprescriptible dans les cœurs, mais des deux côtés du Rhin, se clôt la période héroïque.

N'avions-nous pas raison de dire que l'histoire de l'Alsace-Lorraine n'est que le reflet de la politique française.

C'est sans doute pour cela que depuis plusieurs années, elle est si triste aux pays annexés !

Après la période héroïque

Les élections de 1887 avaient valu à l'Alsace-Lorraine l'odieux régime des passeports, qui créait une nouvelle barrière entre la France et qui allait peser lourdement sur ses échanges commerciaux si peu élevés déjà.

M. de Uohenlohe a remplacé comme gouverneur le

maréchal de Manteuffel. Il prépare les élections de 4890, en faisant régner la terreur.

« Ce fut l'époque où les passeports furent exigés avec le plus de rigueur, où on usa et abusa de l'article de la dictature, où on persécuta implacablement les chefs protestataires et les régions qui leur étaient le plus fidèle : ici, on arrivait à priver de chauffage toute une commune pauvre, englobée dans une forêt de l'État ; là, on ruinait le docteur Siefferman, médecin d'une petite ville d'eaux, en ruinant cette ville d'eaux; M. Zorn de Bulach était ainsi vengé » (Éclair, M. René Henry, 21 janvier 1904).

Les populations lasses de lutter et de souffrir, cruellement désillusionnées par les événements des années précédentes s'abandonnent alors et perdent pied. Trois députés protestataires renoncent d'eux-mêmes à la lutte « pour permettre au pays de respirer et vivre » .

Les résultats des élections se ressentent de cet état d'esprit si douloureux. M. Zorn de Bulach reprend son siège et cinq circonscriptions en Alsace sont perdues par les protestataires. La Lorraine nomme des prêtres, de nuance modérée, pour la représenter au Reichstag.

La demande de nouveaux crédits militaires en 1893 ayant fait, comme en 1887, dissoudre le Reichstag, de nouvelles élections ont lieu. Cette fois et plus encore qu'en 1890, les nombreux immigrés allemands vont pouvoir y jouer un grand rôle.

Avec le concours des Alsaciens, qui croient affirmer ainsi leur opposition à l'Empire, tactique dont ils ne tardèrent pas à voir les conséquences et que nous examinerons d'ailleurs à son heure, ils nomment à Strasbourg le socialiste allemand Bebel et réélisent à Mulhouse, le socialiste Bueb.

A Sarreguemines et à Golmar, le parti protestataire regagne deux sièges avec le curé Kolbus et l'énergique M. Preïss, protestant sur lequel tous les catholiques avaient fait l'union comme au temps de la lutte à outrance. Tels sont les résultats les plus significatifs de ces élections de 1893. Ici commence la période d'hésitations et d'incertitudes ; il n'y a plus ni union, ni cohésion, des embryons de partis se forment puis disparaissent. C'est la politique de recueillement et d'attente. On semble attendre le mot d'ordre de la France. Hélas I... Il n'est pas encore venu...

Plus de dix ans se sont écoulés et depuis, en cette longue période, la France n'a pas su ou n'a pas voulu redonner l'espérance aux annexés pour leur rendre le courage de lutter et de combattre.

Il semble bien qu'au contraire elle se soit efforcée de faire comprendre là-bas plus par ses actes que par ses déclarations, qu'une politique sage ne pouvait plus prévoir pour elle, la restitution brutale ou la reprise par les armes des provinces perdues.

L'alliance franco-russe elle-môme qui suscita au début tant de nobles espérances apprit bientôt ù l'Europe que la diplomatie française, séduite un instant par la pensée do refaire la France intégrale, l'abandonnait résolument pour ne plus songer qu'au maintien de la Paix dans le monde.

Nous étions loin déjà de l'époque où Katkoff et Skobeleff, accueillant Paul Déroulôde on Russie, en 4886, répétaient son cri de guerre : contre l'ennomi commun, contre l'Allemand I Mais du moins, l'alliance francoallemande, prônée par certains coloniaux en exploi-

tant notre isolement, était évitée et la Duplice faisait contre-poids à la domination prussienne, rêvant déià d'asservir le vaincu de 1870, après celui de 1866.

La France pouvait maintenir dans leur intégrité les revendications alsaciennes-lorraines et c'était certes un résultat, mais en même temps elle affirmait par cette alliance, le pacifisme de sa politique et son ardent désir de conserver, de maintenir la Paix. Si l'Allemagne, grâce à cela, put n'y voir comme l'a dit M. Clemenceau « qu'un pacte de résignation du côté de la France et qu'un contrat financier du côté de la Russie » l'Alsace-Lorraine ne s'y trompa pas.

Elle comprit que dès ce jour l'idée de Revanche était morte à jamais et que la France qui jusqu'alors n'avait vécu que dans la fièvre des armements, semblant n'attendre que l'occasion de tenter une guerre libératrice, renonçait désormais à subordonner sa politique et ses intérêts nationaux, à cette patriotique pensée.

Elle comprit aussi que pendant plus de vingt années, elle avait été la dupe — comme beaucoup de Français, hélas t — d'une aussi chère espérance et que sa protestation farouche qui, pensait-elle, pourrait motiver une intervention de notre part, lorsque nous serions prêts, n'avait servi en réalité qu'à affirmer seulement sa foi et sa croyance en la Patrie d'hier.

Persécutions subies, violences endurées, soufl'rances vécues, intérêts sacrifiés, tout cela n'aboutissait pour elle qu'à la défection de la France I

Mais hélas, l'alliance franco-russe devait apparaître encore à ses yeux, après la mort du tsar Alexandre III et lorsque le mariage hessois de Nicolas II fit prévaloir cette influence nouvelle sur celle de la digne princesse danoise S. M. l'impératrice douairière Maria Féodo-

rowna, non plus seulement comme un pacte de résignation mais comme un gage de renonciation.

La diplomatie prussienne après nous avoir pousse dans la voie des conquêtes coloniales qui allaient nous coûter plus d'or et de sang que n'en aurait exigé une guerre continentale, allait triompher encore lorsque l'alliance franco-russe, qui, dans l'esprit de beaucoup de Français, eût pu nous rendre un jour l'Alsace- Lorraine, nous amenait le 47 juin 1895, dans le canal de Kiel, pour applaudir à la grandeur et à la prospérité de « la plus grande Allemagne » .

L'Alsace-Lorraine ne s'était pas trompée. Délibérément, nous l'abandonnions pour obéir aux suggestions d'un monarque étranger, subissant l'influence de Guillaume IL Après tout cela des Français osent cependant encore s'indigner qu'il n'y ait plus là-bas de députés protestataires I

Ah certes, il peut être simple de léguer aux générations futures le devoir des générations présentes; reste à savoir comment celles-ci accueilleront ce lourd héritage de haine et de sacrifice.

L'apôtre infatigable de cette croisade de protestation contre l'abandon du devoir, M. Déroulède, prévoyait lui-môme d'ailleurs dès 4885, ce qu'engendrerait cette attitude lorsqu'il s'écriait, avec une douloureuse clairvoyance, en s'adressant à la jeunesse des écoles :

t... Et quatorze ans ont passé depuis ce supplice et dans cette attente, et quinze ans passeront, et vingt ans, et le siècle passera, si on laisse faire.

« Que répondre bientôt aux jeunes gens de Metz et de Strasbourg, de Mulhouse et de Colmar, lorsqu'ils nous diront : « De quelle fidélité nous parlez-vous et à quel titre? Par votre faute, notre naissance a été inscrite sur les registres do l'état civil alit-niand ; par

votre abandon, la conscription nous a mis la main au collet; nos pères ont pu patienter et protester en souvenir de leur ancienne Patrie, qui ne fut jamais la nôtre ; il vous a plu de ne pas interrompre la prescription, eh bien! elle a couru et elle a supprimé le Droit qu'avait primé la Force. Passez au large, Français, vous (5 tes l'Ennemi! »

« Ilélas, ouil ils diront ces choses, ajoutait-il, et bien d'autres encore, et nous boirons la honte, et l'Europe rira de nos larmes. Mais alors, à quoi bon ce formidable appareil militaire qui nous écrase, s'il n'est pas l'instrument de la victoire et de la libération?... »

ils n'ont pas encore dit ces terribles choses, les enfants d'Alsace-Lorraine, mais des voix de France ont déjà prononcé bien pis, hélas! en nous adjurant d'oublier. Qu'elles deviennent plus nombreuses ici et qui suit, demain?...

Est-ce à dire que la politique de l'Allemagne ait été plus digne que la nôtre? Certes non et cela grâce à son odieux système de persécutions et de violences. Elle comprit du moins la leçon du Présent et devint plus habile, en sachant user de patience et de tolérance, pour se faire supporter peu à peu par les annexés.

Elle reconnut l'erreur de sa tactique primitive qui consistait à vouloir « décatholiser » afin de défranciser d'abord et de germaniser ensuite les pays conquis. Elle substitua alors la protection à la répression, supprima les passeports, abolit la dictature, et résolument prit la tète du mouvement catholique.

Que faisons-nous ici pour réagir contre cette politique menaçante de concessions et d'absorption?

La France semble s'en désintéresser ou approuver, en expulsant comme « sujet allemand » un député d'Alsace.

47 juin 4895 — 23 janvier 4903. Deux dates à grave? sur le douloureux calvaire que gravit l'Alsace-Lorraine, depuis plus de trente-cinq ans...

Les élections violemment protestataires de 4887 avaient eu pour grave résultat, nous l'avons dit, d'isoler complètement l'Alsace-Lorraine en élevant entre elle et la france, une nouvelle barrière, par l'établissement du régime des passeports. Gela rendit la vie intolérable aux populations annexées et elles en souffrirent cruellement.

Aussi, en 4890, si les élections s'inspirent de la môme pensée : affirmer toujours l'inaltérable attachement des habitants à la patrie perdue, elles visent surtout un but à atteindre : se rapprocher de la France.

Le pourront-elles en persistant dans une voie de révolte qui, déjà, a provoqué la répression allemande? Certes non, c'est pourquoi ces élections se traduisent par des résultats que l'on pourrait presque opposer les uns aux autres, si on ne les jugeait que d'une façon superficielle et sans tenir compte de la nécessité du moment.

La vérité est heureusement tout autre. L'Alsace- Lorraine envoie donc au Reichstag quelques partisans de la conciliation : 4 sur 44.

C'est une concession pour faire supprimer l'obstacle.

Sans doute, les élections de 4887 avaient été plus héroïqiies, elles notis plaisent davantage, mais auraient-elles mieux servi on étant renouvelées plus lard, la cause de l'Alsace? Nous no je croyons pas.

En môme temps, comme nous l'avons vu, les popu-

L'ALSACE-LORRAINE AUX Af^SACIENS-LOIinAINS 99

lalions élisaient à Mulhouse, le socialisle internalionaliste Bueb, « un ennemi de l'Empire », persuadées qu'ainsi les chauvins allemands ne pourraient pas le revendiquer comme un des leurs. La môme tactique le fait réélire en 1893, tandis que les socialistes allemands immigrés, aidés par les Alsaciens, nomment également le socialiste Bebel.

A défaut d'un représentant do leurs idées, les annexés font élire dans ces deux circonscriptions le candidat qu'ils jugent être le plus désagréable au Kaiser.*

Mais ceux-ci ne tardèrent pas à comprendre que le socialisme tendait aussi à désagréger l'unité alsacienne en s'etTorçant de scinder au bloc du « parti socialiste allemand » les énergies indigènes qu'il aurait pu détourner et s'attacher.

Tenter de détruire, en outre, la haine des conquis contre l'Allemagne et cela au nom de la fraternité universelle, faisait nécessairement partie de sa tâche. Ne semble-t-il pas ainsi que l'Empire aurait plus d'intérêt que d'inconvénient, à favoriser cette propagande qui dessert évidemment la France, et constitue un si puissant moyen de « dénationalisation 1 »

Sous ces apparences trompeuses, l'internationalisme en Alsace-Lorraine séduit tous ceux qui, découragés par une longue et vaine attente, désespérés de ne pas apercevoir de solution prochaine, ont abandonné à jamais l'espoir qu'ils avaient fondé en nous. Les uns par horreur de la guerre, redoutant de voir leur sol devenir l'enjeu et le champ des rencontres sanglantes, persuadés même que la France succomberait à nouveau, les autres séduits par les théories humanitaires et répétant avec M. Jaurès : t ... Nous ne voulons en aucun cas d'une guerre de revanche... Nous ne voulons

pas demander aux hasards de la force la réparation des crimes de la force... Nous attendons du seul avènement de la démocratie européenne pénétrée de socialisme, la restitution du droit au profit de tous les opprimés, de tous les violentés... », les uns et les autres ont constitué le parti socialiste, plus nombreux chaque jour.

Souffle un vent d'Est qui fasse surgir un espoir, les rangs s'éclairciront bien vite et le soleil luira à nouveau en beaucoup de cœurs, car ils n'ont point cessé d'aimer la France, ne fût-ce même que pour ses idées démocratiques.

Dans ces conditions, on le comprend, les Alsaciens- Lorrains fidèles pouvaient difficilement soutenir de leurs votes le parti socialiste internationaliste.

Et sans doute, est-ce aussi ce môme sentiment de « nationalité » qui a inspiré la tactique suivie par les catholiques pour faire échec au parti socialiste, lequel, tout en ayant gagné un nombre considérable de voix aux élections de 1903, ne se trouvait cependant pas représenté en Alsace-Lorraine.

« Tournez de nouveau les yeux de ce côté (en Allemagne), nous dit M. Eugène Fournièrc, dans un de ses livres (i), mais arrêtons-nous à mi-chemin, en un pays qui fut français hier, dans cette ville que nous fûmes si longtemps fiers d'appeler la Pucclle.

t Aux élections municipales de juillet dernier, les immigrés allemands ont olîcrt l'alliance aux vieux Messins, jusque-là protestataires farouches, patriotes français irréconciablcs. Placés entre leur crainte du socialisme et leur répugnance du germanisme, nos frère.) séparés n'ont pas hésité : et la liste socialiste a

(1) L'ArtiUce nalionalitte, par Gugôno FonaNtànE, 1003.

été battue par une édifiante coalition de « patriotes allemands et français » .

Lorsque l'on reproche ainsi aux vieux Messins d'avoir préféré cette alliance, on oublie qu'ils sont chaque jour moins nombreux, hélas I et qu'à côté d'eux une Jeune génération s'est levée et de laquelle on ne peut exiger cependant qu'elle sacrifie ses intérêts de tous les jours à vouloir maintenir une affirmation de fidélité, un gage de souvenir et d'espérance que M. Fournière et ses amis, s'efforcent en Franco d'anéantir.

La vérité, c'est qu'entre deux maux, ils ont choisi le moindre. Ce n'est certes pas de gaîté de cœur que les vieux Messins ont contracté une entente au cours d'une campagne électorale — municipale, ne l'oublions pas — avec les conquérants. Mais comme le parti socialiste, qui est en France le parti bruyant de la renonciation ou de l'oubli, n'a jamais été que nous sachions le parti de la protestation en Alsace-Lorraine, — ce serait sa propre contradiction, — on comprend que les catholiques annexés qui pendant plus de vingt ans firent vaillamment leur devoir et restèrent sur la brèche, aient préféré accepter l'alliance des immigrés qui professent leur foi, leur religion et leurs croyances plutôt que celles d'autres immigrés qui prétendent détruire toutes les croyances et toutes les patries.

Oui, il est parfaitement exact que les immigrés allemands auraient pu, forts de leur nombre, s'emparer légalement de tous les services municipaux de Metz et écraser les indigènes, mais cela c'était la guerre et ils ont préféré la paix. Les Messins ont accepté de pouvoir représenter et défendre leurs intérêts, quoi de plus logique ! Le fait d'avoir accepté une alliance qu'on leur a offerte les empêchera-t-il de con-

102 i'ALsÀGE-LORRAINE oli NOS JOURS

server au fond du cœur les sentiments qu'ils professent ?

Nous pourrions ajouter même que c'est certainement encore J)Our eux un moyen de l'aire sentir au vainqueur, en les rapports constants qu'ils ne maiiqucnt pas d'avoir, toute la supériorité de la culture française et tout ce qui différencie les mentalités des deux races. Et cela ne peut-il pas en outre leur permettre de faire supporter à Metz une administration... moins prussienne I

Si M. Fournière avait sans doute fait de l'héi-oïsme depuis treiite-ciriq ans, en soultrant dans ses intérêts les plus chèrs, sacrifiés daiis uii espoir problématique qui disparaissait un peu plus chaque jour dans les brumes du passé, peut-être, songeant à l'avenir de sa famille, ne conseillerait-il pas à ses iils d'imiter son exem{)le et dé prolonger une expérience qui ne lui a donùé que des douleurs et des larmes...

Le socialisme, en tous cas, qui est avant tout et surtout un parti d'intérêts, serait mal placé pour le lui reprocher 1

A l'heure actuelle, l'ouvrier alsacien est resté ce qu'il à toujours été : Un déiiiocrate très libéral, croyant et inême pratiquant en grande partie, mais très tolératit.

Avant le socialisme, infiltré en Alsace depuis 1870, et c|ue nous soupçonnons avoir été vivement appuyé dû début par les autorités prussiennes, quoique en Secret, il votait volontiers pour le candidat clérical, (}uand celui-ci ne signilluit pas un antiigoiiisme trop grand avec ses instincts démocratiques.

Aujourd'hui, qu'il est pénétré des tliéories du socialisme alloniand, on peut dire que l'ouvrier alsacien est pour trois cinquièmes socialiste.

L'ALSACË-LOhRAlNË AUX ALSACIENS-LORRAINS 103

Dans les élections futures, selon l'habileté des partis et les fluctuations de la politique alsacienne, on comptera donc au moins certaineinent trois cinquièmes de voix socialistes parmi les ouvriers et deux cinquièmes se partageant entre le candidat clérical et libéral démocrate. Et cela pourra modifier encore l'état actuel des partis en Alsace-Lorraine.

Voici comment pouvaient se classer les députés d'Alsace-Lorraine avant les élections générales de i 907 (4) :

!• Le parti « lorrain indépendant », représentation homogène composée de MM. Jaunez (Metz), fils de l'ancien député protestataire; Pierre Mérot (Thion ville); Labroise (Sarrebourg) et le baron de Schmid (Sarreguemines). Ce groupe, appelé aussi * Bloc lorrain », faisait autrefois fraction du parti du Pays alsacien-lorrain, il ne s'en est séparé qu'aux élections de 1903 pour devenir indépendant.

2" Le parti alsacien comprenant sept sièges : MM. Ricklin (Altkirch et Thann), Preiss (Golmar), abbé Rœllinger (Guebwiller), abbé Wetterlé (Ribeauvillé), Vonderscheer (Schledstadt), abbé Delsor (Molsheim et Ernstein), Wiltberger (Haguenau et Wissembourg).

3" Le parti populaire alsacien : MM. Blumenthal, démocrate, Israélite anticlérical (Strasbourg-campagne), Riir, de l'Union libérale (Strasbourg-ville), qui aurait pu être classé tout aussi bien dans la quatrième catégorie.

4" Les résignés : flIM. SchUimberger (Colmar), du parti national libéral et Hoeffel (Saverne), conservateur.

(1) D'après une étude publiée par M, René Henry.

104 L'ALSACE-LORRAINE DE NOS JOURS Le parti lorrain indépendant.

On s'étonnera peut-être que la Lorraine, qui est restée profondément catholique, croyante et pratiquante, n'ait pas confié comme autrefois le soin de la représenter au Reichstag, à des ecclésiastiques.

C'est que déjà elle s'était rendu compte de l'influence que pouvait exercer l'évêque de Metz sur le jeune clergé qui l'entoure et parmi lequel, il a nommé nombre de prêtres d'origine allemande.

La fidélité des anciens curés français, déjà soumise à une rude épreuve pourrait s'altérer encore au contact de ces nouveaux venus, pensait-elle, et sous l'influence apaisante de la nouvelle politique religieuse de l'Allemagne, aussi les populations lorraines avaientelles préféré ne pas nommer de membres du clergé.

Le parti « lorrain indépendant » était catholique et conservateur, mais des moins intransigeants.

Le parti alsacien.

Développer la vie économique en Alsace, obtenir plus de droits et plus de libertés, conquérir plus d'indépendance, l'autonomie mâme si c'est possible, tel était le programme réaliste du parti alsacien. C'est lui qui, tenant compte des années écoulées et de l'évolution des esprits, pensa refaire une vie nouvelle aupays, lui redonner une prospérité commerciale et industrielle, tout en le maintenant dans les vieilles traditions du passé.

Avec une nouvelle tactique, que nous exposerons plus loin, il poursuivit la réalisation de ce projet : rendre l'Alsace aux Alsaciens, tout en restant dans le domaine des possibilités.

Il comptait dans ses rangs, comme on a pu le voir, une forte proportion de membres du clergé, mais ceux-ci étaient autrement indépendants que les prêtres de Lorraine ; ils avaient su, en outre, servir utilement leur pays, en fondant un peu partout des syndicats agricoles, des maisons ouvrières, des banques rurales et être ainsi les promoteurs, les initiateurs du réveil économique de l'Alsace.

Le t parti alsacien » était une force, aussi les Allemands tentaient-ils depuis longtemps de le rattacher à leur parti du « centre catholique ». Jusqu'à ce jour, il avait toujours résisté aux tentatives de celui-ci, mais grâce, hélas! à l'orientation de la politique française, cette fusion vient de s'accomplir. Reste à savoir si elle a l'importance et la signification qu'on lui a donnée de l'autre côté du Rhin. D'ailleurs, nous l'examinerons plus loin.

Le parti populaire alsacien.

M. Blumenthal incarnait au Reichstag la politique anticléricale du parti populaire alsacien. Son anticléricalisme intransigeant et farouche, servi par une grande éloquence, en faisait l'adversaire irréductible du parti catholique d'Alsace-Lorraine. Il croyait à l'avènement prochain de la démocratie, préconisait le gouvernement de la République pour les pays annexés et affirmait sa haine pour les partis conservateurs et réactionnaires.

En cela M. Blumenthal, alUé au Reichstag, aux libéraux wurtembourgeois, se rapprochait des doctrines du parti socialiste dont nous avons déjà parlé.

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