J1 ANCHES
LA CALIFORNIE. — L'esprit pratique des Américains a transformé les landes jadis stériles de la Californie en une sorte de paradis terrestre où abondent les fleurs les plus rares et les fruits les plus exquis.
Phot. CC Picrceaml I o, Los Angeles.
LA CALIFORNIE. — L'État de Californie exporte annuellement plus de 7,000,000 de caisses d'oranges, à raison de 50 oranges par caisse. Ce sont les Chinois et les Japonais qui font la cueillette des fruits pour un dollar par jour.
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qu'elle portait à White-House, etc., etc. !
On dit la fondatrice un peu faible du cerveau. Les gens qui veulent la frapper à la bourse commencent par la frapper à la tête... Ils vont à elle et l'assurent que son fils mort ne désapprouverait pas le don qu'ils sollicitent. Elle leur demande toujours vingt- quatre heures pour consulter son fils. Et, suivant l'inspiration du mort, elle donne ou ne donne pas...
Aussi doit- on excuser cet étalage un peu extravagant. Mais personne ne sourit ni du musée filial, ni de la garde- robe maternelle, ni des « fumeries » paternelles, ni des statues de bronze de toute la famille. Comme tout cela est enfermé entre des murs de marbre, que des millions par dizaines ont été dépensés, et que, surtout, le sens du ridicule et de l'ironie est presque inconnu ici, on admire de confiance, comme on admire, à Boston, le Musée historique des États-Unis.
les settlements Heureusement toutes les œuvres philanthropiques n'ont pas ce caractère d'une vanité si naïve.
Les settlements sont des institutions admirables. Ceux et celles qui s'en occupent ne sont pas précisément des gens riches, au contraire. Ils donnent leur temps, leur dévouement, avec une modestie mille fois plus attrayante et plus respectable que l'encombrante ostentation de Stanford. Ces settlements n'ont pas de but bien défini. Leurs attributions varient suivant la forme d'imagination ou d'activité spéciale des organisateurs, suivant les besoins ou les occasions aussi. Généralement quelques dames, quelques jeunes filles louent de leurs deniers, dans
un quartier ouvrier, une maison quelconque aussi vaste que leurs moyens le permettent.
Puis elles se rendent à domicile, invitent les hommes et les femmes à y venir. Ici, par exemple, dans celui où me conduit miss Jessie Peixotto, et dont elle s'occupe avec un dévouement simple et charmant, les dames ont fondé le « Club des Mères ». Les femmes des ouvriers du faubourg et leurs filles y apportent leurs affaires à raccommoder ; on leur enseigne à coudre (car la plupart dans ce pays ne le savent pas), à repasser, à couper des patrons,/ à faire la cuisine. Ce jour-là, on leur montrait dix façons de faire cuire dix sous de viande.
Les hommes aussi sont reçus. Ils s'y occupent de tout ce qui les intéresse. Tout ce qu'ils doivent savoir pour s'améliorer, se défendre dans la vie, s'enrichir, lutter, trouve ici sa place. Il s'y fait des conférences sur l'utilité des Traders Unions. Car l'Amérique s'augmente chaque année de sept à huit cent mille individus nouveaux, qui n'ont jamais fait partie d'aucune association syndicale et qui s'y montrent réfractaires. Ils s'initient aux résultats de l'association, apprennent quels sont leurs droits, lisent des chapitres de la Constitution, de la législation de l'État californien; on les encourage à voter, à se soucier des projets de lois à imposer à leurs mandataires sur le travail des enfants, sur les logements insalubres, que sais- je encore? Au bout de quelque temps, ils savent comment diriger un débat, apprennent à parler eux-mêmes. En un mot, à tous ces gens venus des quatre coins du monde, ignorants pour la plu-
part, isolés et exposés aux mille dangers de la solitude, on crée une vie sociale, un foyer, des préoccupations qui élargissent leur horizon de labeur maniaque, et on améliore leur vie matérielle.
Les enfants aussi ont leur place dans les settlements. Ils y trouvent une salle de gymnastique, une bibliothèque, des jeux.
Parfois, il arrive qu'une quinzaine de jeunes gens du quartier se groupent et viennent demander un local pour fonder un club. Il leur est accordé. Ils y sont les maîtres absolus.
La charité est vraiment abondante en ce pays prospère. Elle est même souvent exploitée, comme partout, par des professionnels. Mais le génie pratique de la race se défend contre les abus. Et le trust de la bienfaisance a fait son apparition à San Francisco, trust utile celui-là. Il s'appelle le « Comité des dotations charitables ». Institué non seulement pour protéger la société contre les fraudes, mais aussi contre les entreprises inutiles, il renseigne toutes les sociétés de charité qui ont recours à lui, distribue des cartes aux gens de bonne volonté et honnêtes, qui seuls ont qualité désormais pour recevoir les offrandes et les dons.
Le trust applique les méthodes d'affaires à la bienfaisance. Ainsi il se refuse à organiser lui-même des concerts et autres attractions semblables et en donne le monopole à des entrepreneurs spéciaux.
Les gens charitables placent alors les billets; l'organisateur paye les frais, prélève 50 p. 100 sur la recette et verse le reste à l'œuvre. Ainsi le trust ne court aucun risque.
Pour la répartition des secours, l'orga-
nisation est la même. Le trust a des agents dévoués dans le personnel des settlements, qui vont eux-mêmes au domicile des malheureux, s'enquièrent et dressent un dossier complet qui sera soigneusement classé dans ses archives.
Il s'occupe du placement des enfants, emploie à cet effet des agents salariés qui n'ont aucun intérêt dans ce placement, organise des orphelinats, des crèches, des œuvres de soins aux malades, etc.
Et tout cela en dehors de l' État, sans subvention officielle, sans contrôle politique, sans entrave, par la seule force de l'initiative privée, par la seule vertu de l'individu.
l'élément Les Français qui habitent la français Californie ontfmipar prendre à l'Amérique son génie d'organisation et ses qualités d'entreprise.
La Société française de bienfaisance mutuelle de San Francisco, fondée en 1851, se trouve aujourd'hui dans une prospérité fantastique. Elle a trop d'argent en caisse. Elle ne sait qu'en faire ! L'un des membres de la Société me disait en plaisantant :
« Si le Gouvernement français a besoin de quelques centaines de mille francs, nous les tenons à sa disposition ! »
Nos compatriotes ont fondé ici un hôpital merveilleux qui ferait honte à la plupart des hôpitaux de Paris. J'ai parcouru les salles d'opérations pourvues des appareils du dernier modèle, les chambres de malades, toutes les dépendances : on chercherait en vain un grain de poussière sur les murs de faïence, aux angles arrondis; tout ce que la science moderne a inventé pour l'antisepsie, pour l'aération, pour le
confort de ceux qui souffrent, est appliqué ici avec une munificence, une abondance vraiment enviables. Quand j'y passai, on venait d'installer des ascenseurs et des galeries vitrées, exposées au midi, pour la promenade et le repos des convalescents. Les traits essentiels de cette organisation sont la séparation absolue des malades (puisqu'ils ont chacun leur chambre) et l'isolement des maladies contagieuses dans des pavillons séparés.
L'hôpital comprend quatorze corps de bâtiment, un pavillon d'opérations, un pavillon pour les tuberculeux, un pavillon pour les autres maladies contagieuses, un pour les convalescents. Sans compter les fours de désinfection, la morgue, les cuisines, les salles de consultations, les pavillons de bains, — bains naturels, médicinaux, sulfureux, salés, bains de vapeur, bains turcs, douches, massages. Deux services séparés pour les deux sexes.
La force est produite par des machines spéciales à l'hôpital, deux chaudières de 60 chevaux, pompe hydraulique, buan-
derie avec appareils modernes, fabrique de savon, élévateurs pour tous les services.
La lumière vient du plafond et de larges fenêtres. L'air est renouvelé toutes les dix minutes dans les salles d'opérations, toutes les quinze minutes dans les chambres des malades, toutes les vingt minutes dans le reste des bâtiments, au moyen d'appareils de ventilation qui font mouvoir l'air à raison de 5 à 10 pieds par seconde.
La Société compte 4.900 sociétaires, qui payent chacun 60 francs de cotisation annuelle, et sans jamais y manquer! Elle encaisse annuellement 126.284 dollars de recettes, soit près de 650.000 francs, ce qui donne un excédent des recettes sur les dépenses de 135.000 francs. Le total de son avoir en 1903 était de 2.500.000 francs !
Exemple frappant de ce que peut accomplir une agglomération de Français abandonnés à eux-mêmes dans un pays libre ! Leçon donnée par ces pionniers hardis à nos vieilles sociétés, qui ne peuvent faire un pas sans la béquille de l'État.