SECOND ARTICLE
« Monsieur,
& Dans un de vos derniers Films, vous avez tenté de prouver, avec un cynisme bien masculin, que la Chambre des communes, où ne’siègent cependant que deux femmes, avait eu grand tort de voter une loi assimilant complètement l’adultère du mari et l’aduitère de la femme, en tant que moüf de divorce,
« Nous n’admettez pas que Monsieur et Madame soient pareillement tenus de tenir le serment conjugal. Vous invoquez une certaine morale du mariage, — du moins en ce qui concerne l’homme. Sans doute pensiez-vous au coq et à ses poules. C'est peutêtre bien prétentieux.
« Un des mille arguments qui, dites-vous, se pressent sous votre plume est celui-ci : l’homme qui va courir la prétentaine ne rapporte rien d'inattendu à la maison, tandis que la femme infidèle, qui est sortie seule, risque de revenir deux. Voilà votre grande raison, puisque c'est celle-là que vous avez choisie. Laissez-moi vous dire qu'elle est un peu folle.
« D'abord Monsieur peut fort bien rapporter quelque chose, et de fort inattendu, même pour lui, D'autre part, il revient rarement comme 1l est parti. Ses fredaines lui coûtent probablement quelque chose (j'aime à croire, en effet, qu’il n’en tire aucun profit), et cet argent dépensé dehors peut fort bien manquer à la mai-
son. Que de maris ont fait des folies de tous genres pour une ou plusieurs maîtresses |! Quand un notaire, un banquier ou un sim-
ple garçon de recettes lève le pied, cherchez la femme, et si vous
la trouvez vous constaterez que ce n'est Jamais la sienne, Et vous
viendrez me dire. que l'adultère de l'homme ne tire. pas à conséquence | va :
« Mais je prétends, monsieur, qu'il en a Lésicie plus, infiniment plus que l'adultère de la femme... Car vous me faites rire avec cette Mme Bovary qui, sortie seule, revient deux. Mais non, mais non ! C'est elle qui, en rentrant chez elle, pourrait dire : « Situation inchangée, » Vous la croyez plus naïve, plus ignorante, plus imprudente qu'elle n'est. Ah ! monsieur, ce ne sont pas ces femmes-là qui ont des enfants, ce sont les autres, les femmes honnêtes !
. «& Aucune espèce de morale inscrite dans je ne sais quelle loi de Ja nature n'autorise l’homme à tromper la femme qui croit en lu.
Ou bien alors je réclame le bénéfice de cette même lei pour mon.
sexe, dont fous les hommes parlent avec une assurance qui n'a
d'égale que leur ignorance... La liberté amoureuse dent vous réclamez l'exclusif bénéfice nous convient tout aussi bien qu'à vous et
peut-être, précisément, pour en user, la nature nous a-t-elle fourni
des avantages et des moyens supérieurs aux vôtres.
« Cela dit, monsieur, royez que je ne prêche pour mon sein,
car je suis une épouse fidèle, et je ne considère, dans aucun cas, Je Pole d'adultère comme véniel. »
Telle est la lettre que j'aurais pu recevoir, mais ‘Hoi je m'avoue l’auteur, pour bien prouver à diverses lectrices que mon \ cynisme ne.
va pas jusqu'à étouffer toute contradiction,
: CLÉMENT VAUTEL,
lai E