VARIATIONS SUR LA VOLUPTÉ
Je sais que la voluplé est un sujet dont vous n'aimez pas qu'on parle ou qu'on écrive. En trailer vous choque. Ou provoque chez vous la plaisanterie de mauvais aloi. Vous avez des livres dans votre bibliothèque qui embrassent presque toutes les branches de l'activité humaine. Vous possédez des dictionnaires et des encyclopédies. Vous comptez peut-être cent volumes sur une spécialité de la production manuelle. Et je ne parle pas des bouquins politiques ou sociologiques. Mais il n'y a pas sur vos rayons un seul ouvrage consacré à la voluplé. Il y a des journaux qui s'occupent de numismatique, ‘de philatélie, d'héraldique, de la pêche à la ligne ou du jeu de boules. La moindre tendance poétique ou artistique a son organe. La plus infime chapelle en isme a son bulletin. Les romans d'amour foisonnent. Et l'on trouve des brochures et des livres qui s'occupent d'amour libre ou d'hygiène sexuelle. Pas un périodique qui se consacre à la volupté envisagée franchement, sans sous entendus. Comme une des sources de l'effort de vivre. Comme une félicité. Comme un stimulant dans la lutte pour l'existence. De longues études roulent sur le savoir faire en peinture, en sculpture — dans le travail du bois, de la pierre ou
* des métaux. Je cherche en vain des articles documentés qui consi-
dèrent la volupté comme un art — qui en exposent les raffinéments anciens — qui en proposent d’inédits. Ce n'est point que la volupté nous indiffère. Mais c'est clandestinement, dans l'ombre, à huis cles que vous en causez ou en discutez. Comme si la nature n'était pas sincèrement voluplueuse. Comme si la chaleur du soleil et l'arôme des prairies ne conviaient pas à la volupié 1!
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