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morale . es essentiellement instable, puisqu'elle ne représente qu’une sorte de manuel idéal du bonheur ; comme. cet idéal, la morale se modifie. » |
Heureusement, et, en tout cas, nous avons dit ce que nous en pensions, de la morale, dans le domaine sexuel. Le jour où j'écriais un livre sur la morale et l'amour, je choisirais comme exergue céite pensée d’Etienne Rey : & Îl est des soirs d'automne émouvanis comme des femmes, où l’on rêve longuement d’amours infinies. Puis on va dans une maison publique. Misères de la chair el du cœur ! » La même loi régit les femmes.
Oui, tout en nous est contradiction. Nous sommes idéalistes, nous rêverions de faire l’amour aussi poétiquement que les fleurs, et, au lit, nous oublions rêves et idéal. Nous rêvons de fidélité, nous sommes sincères en la jurant, puis, un jour, nous brülons jusqu’au coffret des vieilles lettres qui devaient nous accompagner dans le cercueil : Tinstinct polygamique l’a emporté.
M”° Marie Carmichaël Stopes pose en termes excellents le problème de ce dualisme essentiel :
« C’est aux jeunes gens de la nouvelle génération de faire en sorle que ces deux courants de désirs qui se heurtent en eux — le désir pour une pleine expérience de la vie et le désir pour une union intime avec un époux de toute La vi mais Soient -en réalité les parties essentielles de la beauté plus parfaite et plus complète de l'avenir qui déja cherche à trouver son expression dans leur vie ! 5 |
Mais comment concilier ces deux « courants de Mésirs » autrement qu'en admettant la liberté sexuelle des deux . époux dans le Mariage élargi ? )
J'entends bien les protestations qui s'élèvent. J ai aus répondu aux objections coutumières des juristes et des politiques. Mais il en est une, venue du cœur profond de mes consœurs, et qui me touche dans mes fibres intimes : C’est celle que Pierre Wolff et Gaston Leroux ont placée es la bouche d’Odette, l'héroïne du Lys :
( Wous autres, les hommes, vous ne savez pas ce que
c'est. Pour nous, la douleur la plus horrible de toutes,
c'est la solitude. Christiane voyait autour d’elle toutes ses iles arniés se marier, et il ne lui restait plus qu’un espoir,
se de vieillir. Moi aussi, j'ai été jeune et jolie et j'igno- Terai toujours ce que la femme et la beauté sont venues faire au monde. Tout en moi est flétri ! Tout en moi est
…éleint ! Je suis détruite !.. Cela vous paraît tout simple que nous igrorions toutes les joies de ce monde, pendant
… que Vous nié Vous refusez aucun de ses plaisirs 1... »
… Mais je l’entends, moi, dans la bouchée des amantes
? abandonnées, des femmes flétries qui n’ont plus droit à Dr ou qui détournent les hommes restés éncore mâles Let attirés par l'éternel regain’ ‘de la volupté et de la jeu-
é Messe.
" LEE je réponds à celles-là :
… D'abord, le besoin de tendresse, d'affection, de SOS) | lex aussi grand chez l'homme vieilli que chez la femme. £a femme affranchie trouvera facilement parmi ses | amants, lé compagnon de son cœur, l'ami sûr avec Le se aura plaisir à finir ses jours.
Gi il y a une solitude pire que toutes — le poète l’a de — c'est la solitude à deux, c'est, à son foyer, l'époux supporté par contrainte, où l'époux volage, ou l’époux indifférent ; c'est la fésignation morne, l'achèvement de la ie par Pr êtres qui n'ont rien de commun, que le lit ; æ encore !…
Et puis, combien, sans la joie du plaisir partagé, de D cc les amants élus, seront parvenues à la vieilà esse sans enfants. Et n'est-ce pas le lot de nous toutes 1 ge: de donner nos dernières añnnées aux générations noù- À velles, de répandre notre trésor de sensibilité et d’amour ï imassouvi sur ces Jeunes têtes vouées, à leur tour, au bonheur et au plaisir. : :
; La joie de l’affranchie sera-t-elle momdre et de moindre … qualité que celle de. la femme vertueuse dont. M”*° la
… comtesse de Noailles envisage ainsi la vieillesse !
Es Led
F « Femme, créalure sans péchés, qui ne fais rien de plus qu'il ne … faut pour {e maintenir vivante dans l'assaillante et décourageante-
té
vie ; chez qui il n'est point d'excédent, mais la juste mesure de le nécessilé ; loi qui prends avec prudence et courage l'amère respon:sabilité des momentanés bonheurs ; qui portes le poids de la faiblesse de l'homme, de sa soumission au hasard, de sa passion fortuite; loi qui es avancée dans la connaissance de l'inévitable et de l'éphé: mère, qui ne livres jamais la science maudite et pitoyable mais te liens avec sérénité aux confins de l'amour et de la mort; toi qui soutiens et berces un front plus lourd que le tien; qui satisfais, épargnes et prolèges celui qui te devrait assistance : figure de la cruelle sagesse et du secrel, lais-toi ! Ne parle pas, pour exprimer la vérité, à ces pelits devenus grands que l'on appelle les hommes.
De tes yeux maternels, considère leur incessante ignorance. Que les mots que tu déverses sur eux comme un chant leur dispensent le terrestre paradis ! Qu'ils soient heureux, qu'ils $e réjouissent, qu'ils aient le bonheur, quand tu ne peux avoir que le plaisir ! Et quand, après ce plaisir mystérieux dont ils ne font que te transmettre le legs céleste, tu chercheras dans ia solitude,yla noblesse, le repos et le secours de ton âme, puisses- tu contempler toujours, épanoui dans ton cœur tranquille, le sourire énigmatique de ton austère et divine bonté ! » |
Certes, 1l nous plaît que nos fils goûtent le bonheur, dussions-nous nous contenter du plaisir. Mais qu” au moins ce plaisir, tant de fois racheté, ils le donnent à nos filles, et que si l’un d'eux n’y suffit pas, il ne soit pas jaloux de son camarade, même s’il goûte, lui, le bonheur complet, en donnant librement ce plaisir ardemment désiré aux émancipées de demain. Car nous n’accepterons vraisemblablement plus jamais que la douleur et le sacrifice demeurent le seul lot de la femme et que le plaisir soit l'apanage du sexe fort.
Et alors si vraiment le Code d'amour Li xX° siècle, dont ce livre a eu la présomption de jeter la base, fait de la femme l’égale de l’homme même dans le domaine sexuel et reconnaît son égal droit au plaisir, cet ouvrage. aura justifié son sous-titre de CODE, car il aura contribué, en réparant une flagrante iniquité, au règne de la justice, | sans laquelle il n’est point de véritable progrès. se