‹ L'amant légitime, ou, La bourgeoise libertineChapitre 144 sur 149 · M. M-C\POINSOT · texte numérisé non relu

M. M-C\POINSOT

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… ‘La question que vous posez est infiniment délicate pour un homme marié à une femme charmante. J'essaierai cependant de m'élever aux idées générales pour y répon- » dre, et dans le sens que vous souhaitez, mais en faisant … les réserves que le bons sens inspire.

Au reste, j'ai déjà écrit, dans plus d’un livre, que je . considérais la morale non comme un problème absolu, mais " comme un problème de circonstance. Chaque cas de “Conscience à sa morale à mon avis, contrairement au dogme bourgeois qui veut une morale unique à laquelle tous les cas doivent se soumettre ; et c'est précisément le

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rôle d’une conscience claire et droite de tbe chaque cas selon la logique, la justice ou la bonté.

Si deux époux s’adorent, s'ils ont su faire succéder à la passion épuiseuse des désirs sexuels, une affection délicate aux sens. apaisés, pourquoi voulez-vous ‘que l’homme ou la femme cherchent en dehors de cette harmonie des frissons nouveaux ? Maïs j'entends bien que. cette union est rare et que.vous désirez savoir si, quand l'un des deux éléments du \couple éprouve le besoin de trouver un supplément d’amour, il le peut ouvertement, votre logique ne voulant point distinguer et exigeant pour: la femme le droit « d’avoir plusieurs maris » de même que plus volontiers on accorde à à l homme lé droit d’ avoir plusieurs femmes. : ‘à

Néanmoins, en répondant oui au nom de la justice, je. bllicite une distinction : est-ce maris où amants que vous voulez dire ? Si c'est amants, je maintiens le oui. Si c’est! maris, je vous crie casse-cou ! Car, et j'ai déjà offert à mon ami Georges-Anquetil la même objection : il serait dangereux pour la femme, difficile, —— j'ajoute extrême ment coûteux, bien que cela ait fait sourire l’auteur de La Maîtresse Légitime, — de se créer un second, un troi- .sième ménage régulier. Quelles complications ! Que de. temps perdu ! Réfléchissez-y. Ce serait de la folie par ce temps de vie chère, de crise des locaux, d’âpre lutte. économique. .:

Au bref, j’accorde le droit d’adultère à la femme comme à l’homme, au nom de la justice, mais j'hésite, dans l'intérêt de l’un et de l’autre, à conseiller la polyss gamie. Notre société n'est pas faite pour cela. 44 0

Une autre raison toute sentimentale intervient. Criez si vous voulez à |’ absurdité, à à l'hypocrisie, peu me chaut. Mais j'estime que si l’un des deux époux continue à 4 aimer l’autre dont le cœur éteint ou les sens las désirent un nouvel aliment, celui qui n’aime plus a pour devoir sacré de ne pas briser l’âme, de ne pas faire souffrir celui À qui aime encore. Quand les deux époux n’ont plus qu’in- É différence l’un pour l’autre, qu’ils divorcent ou T4

cherchent librement chacun à reconstituer leur vie amoureuse, cela m'est égal et, je le répète, je donne à la femme la même absolution qu’à l'homme. Mais si l'un garde en lui la douce flamme,.ah | quel crime, Madame,

de jeter l’autre aux tortures de l'abandon. Non, non!

qu'il se cache — lui ou elle — pour aimer ailleurs, mais, au nom de la bonté, le seul baume qui nous reste pour calmer les plaies éternelles de l’humanité, les plaies que,

vous l'avez dit, la guerre hideuse a encore avivées ; au

nom de la pitié que devraient émouvoir, dans tout être

sain, les larmes de sang montées d’un cœur meurtri, que

celui-là qui n'aime gplus ne fasse pas gravir à celui qui

aime encore, l’épouvantable calvaire de l’amour assassiné I LJ =

M.-C. PoInsoT

…de M. LÉO POLDES, Président dû Club du Faubourg :

Saint-Gauvens, 6 septembre 1923.

Liberté, chère Madame, liberté absolue pour la femme comme pour l'homme |,

Mais, de grâce, si vous voulez conserver à la polyan- drie ses vertus mystérieuses et son charme clandestin, ne sollicitez pas, dans un article rédigé en jargon rébarbatif, l'introduction de cette institution dans ce stupide conglomérat de sottises millénaires qui s’appelle le Code.

Ne légalisez rien ! La Loi tue tout ce qu’elle touche, ? dépoétise tout ce qu’elle accorde, déshonore tout ce qu’elle autorise. | ne Du jour où les sombres et rigides Mormons, au nom de la morale et de la religion, firent de la polygamie une loi conservatrice, ils tuèrent la polygamie. Il n’y avait pas . dans la pure Amérique de bourgeois plus bourgeois que ces vertueux polygames, qui faisaient l’amour en lisant la

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