‹ L'amant légitime, ou, La bourgeoise libertineChapitre 15 sur 149 · ANS CN · texte numérisé non relu

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ceurs. Pendant que la douleur la ronge, lui, que la nature favorise, quittera hâtivement la chambre où l'on gémit et ira cueillir des heures délicieuses dans les bras d'une autre femme. Pour l’un, la douleur, là souffrance morale et physique —- pour l’autre, l'ivresse continuelle des-sens, là joie, la santé ! Nous assistons à l'épanouissement"intégral de l'égoïisme masculin. L'homme est capable eneffet de ces monstruosités. Mais que cet acte soit couronné d’une autorisation et d’une approbation générale —— masculines j'entends —— voilà qui dépasserait l'imagination | Où trouverez-vous une femme consentant à s’immoler de la sorte ? Pas dans notre France, certainement. Chez les Mormons ou chez d’autres, d’après ce que vous dites. J'avoue à ma grande honte ne pas connaître du tout ces gens-là. Si la polygamie réussit chez eux, c’est qu'ils ont une civilisation à part, à cent coudées au-dessous de la nôtre et pas du tout dirigée dans le même sens. Mais nous ne sommes pas chez eux ; nous sommes en France, où notre brillante civilisation a affranchi la femme et en a fait l’égale de l’homme... avec justice.

Vous attribuez à la femme un rôle unique « de pondeuse » dans lequel vous la cloîtrez. Vous la réduisez à - un genre d'animal reproducteur, se livrant à l’homme quand il plaît à celui-ci de se présenter. Vous en faites une pâte sans consistance, dépourvue de sentiments, de sensibilité. La femme n’est pas cela : elle n’est pas un corps ; elle est une pensée, une âme et rien ni personne n'en feront une matière. Vous l’amenez vous-même à se soustraire catégoriquement à l’œuvre à laquelle vous la destinez. J’imagine avec quelle énergie votre petite épouse de tout à l'heure repoussera le mar: quand il reparaîtra. Pouvezvous penser qu’elle renouvellera l'expérience ?

L'acte charnel est le couronnement d’un amour profond, d’une union intime et complète de deux êtres qui n'ont qu’une âme, qui sont confondus dans les mêmes peines et les mêmes joies. Les femmes, à part celles qui se vendent, ne se donnent librement et joyeusement qu'à ce prix. Si l’on devait chercher en cette matière un remède

à la dépopulation, il se trouverait plutôt dans l'abandon bien consenti de la femme que dans le sans-gêne bestial que vous accordez à l’homme pour le satisfaire de ses désirs. Mais ce n’est pas le mari polygame qui Pheprers à l'épouse tout l’amour dont elle a besoin.

L'homme est naturellement polygame, dites-vous. « Si l’homme est ce qu'il est, s’il a ce tempérament, ce n'est la conséquence ni d’une civilisation relâchée, ni l'influence de l’histoire, mais uniquement de son instinct sexuel depuis toujours. Et votre civilisation ne doit pas outrager ces lois de la nature. » Pourquoi denc permettez-vous à votre civilisation de les outrager en ce qui concerne la femme, puisque vous reconnaissez que les exigences de la nature sont les mêmes pour elle que pour l’homme ? Puisque vous les respectez religieusement pour l’un, il serait juste, il me semble, que vous les respectiez au même point pour l’autre ! Vous êtes l’ennemi de la polyandrie, moi aussi du reste ; si je prends cette idée en cause, c'est par seul esprit d'égalité et de justice. La femme ayant les mêmes besoins que l’homme, :ïl est équitable de Jui accorder les mêmes droits. « La trahison de la femme a des conséquences énormes ! » Les conséquences. c'est l'enfant. C’est vrai. Eh bien ! mon Dieu, quand on travaille de toute son âme au bonheur social, quand on veut la prospérité et le relèvement d’une Europe, quand il s'agit d'un tel intérêt, on peut bien consentir à un petit sacriñce personnel. Au lieu de s’octroyer à soi, dans cette transformation mondiale, tous les avantages et toutes les joies et de laisser aux autres toutes les douleurs et toutes les peines, on peut bien accepter une petite part de tracas. Une bouche ou deux de plus à la table est une petite affaire quand il y va de l’avenir d’un pays. Vous serviriez, en parlant ainsi, admirablement votre cause ; tandis qu’il apparaît que vous tirez de la situation une bonne occasion pour l’homme de mener la franche vie, et cela au détriment de la femme, que vous écrasez. : Vous faites d'elle « une propriété » de l’homme comme s'il s'agissait d’un objet quelconque ; c'est excessif. Les

dou et les droits des époux sont d’une rébrele Le grale et la possession mutuelle est équivalente. ANR Non, l'homme ne sera pas assassiné M s'il est trompé ; il ne sera pas chansonné, sifflé, charivarisé. Il n'y aura rien de tout ce fracas s1 cela se passe sous les auspices de la loi. Puisque vous mvoquez l'histoire, je vous dirai que si nous avons eu dans le pays tant d' hômmes polygames, c'est parce que les femmes exerçaient ellesmêmes la polyandrie. Je vous citerai des centaines d'exemples, si vous voulez ; alors, si nous tablons sur le passé.

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pour établir le présent, ne prenons pas que.la ae

. de la vérité ; prenons-la tout entière.

PO UueE vous assurer d’ailleurs que le polygame iouhete

toujours ses désirs vers la femme libre ? J'ai l'intuition

qu'au coniraire, le fruit défendu ayant une saveur à nulle

autre pareille, la femme mariée sera convoitée plus sou vent que l’autre. Elle cèdéra peut-être ; et la voilà, du fait de l'homme, sa victime toujours, jetée sous la férule de son mari d'abord, puis à la tête de l'art. 340 du code que vous réformez d’une si aimable façon. Nous avons deux coupables et nous ne trouvons en fin de compte qu'un condamné, Est-ce bien. vingtième siècle, cela à Schopenhauer dit « que les femmes ne sont que. ue

êtres inférieurs et séduisants, dont la mission est de cons- %

pirer aux fins de la nature » et vous ajoutez que cette pensée assigne à la femne d'abord son rôle naturel de pondeuse et pose Îe p'incipe évident de son Re

rité intellectuelle, sinon micrale ». Inférioritée.. intellec- ut

tuelle.. morale ! Combier, Monsieur, vous êtes injuste 1 Et sur quoi vous basez-veus pour tirer ces conclusions mn Sur la simple parole de S“hopenhauer dont nous ne connaissons pas la valeur exacte et dont les opinions importent peu. Moi, je suis beaucoup plus difficile que vous en cette matière, Je ne me défendrai pas avec les pensées des

autres, mais avec les miennes, très personnelles. Je me

guide seule, je fouille dans la société, je vois clair de mes PEDpreS yeux —— et aprés examen je conclus — et: les faits m'amènent à uue autre conclusion que la vôtre. Toutes

ARS SIRET eone = : À % m2 f

les carrières, loutes, toutes sont occupées avec autant de

succès et peut-être plus de zèle par les femmes que par les hommes. Flles accèdent à toutes les fonctions avec

autant de facilité que leurs collègues masculins. N’avens-

nous pas des femmes écrivains, avocates, pharmaciennes, docteurs, professeurs, etc, bien que ces carrières leur

soient ouvertes depuis peu ! Est-ce que les femmes n'ont

pas assuré ces dernières années en toutes circonstances une double tâche : la leur d’abord, celle des hommes absents ensuite | Ont-elles montré là moins d'intelligence, moins de ténacité, moins d’ardeur et moins de succès

que l'homme, malgré leur faiblesse physique > (Car je ‘reconnais cette infériorité,. la seule d’ailleurs.) Est-ce

que les résultats qu'elles ont obtenus ne supposent des qualités morales au moins égales à celles de l'homme ? Vous prociamez que le féminisme contemporain se fourvoie sn ouvrant aux femmes des carrières, des professions qui ne sont point faites pour elles et qui leur

‘feront déserter la tâche que leur a assigné la nature, La näture a assigné à la ferme la même tâche qu’à l’homme.

Elle a ouvert un champ très vaste dont la culture réclame la participation de l’un et de l’autre. Elle a créé deux êtres capables de reproduire l’espèce, mais n’a pas arrêté de façon immuable ni d’une manière nettement définie le programme de vis de l’un ou de l’autre. Vous prêtez à là nature des intentions qu'elle n’a pas. Elle demande

à tous la plus grande part possible de travail ; chacun.

doit concourir dans la mesure de ces moyens à la prospérité du pays. Pourquoi voulez-vous soustraire une intelligence, une force à la communauté ? Tout en assurant

. d’une facon bien raisonnable ses devoirs d’épouse et de mère, La femme peut, au même titre que l’homme, réaliser

sa vocation, son idéal. Vous ne nierez pas, J'espère, aue les femmes ont des dispositions naturelles, souvént d’ordr2

supérieur, qui ont dû leur étre données pour qu'elles s’en servent. Puisque nous voulons respecter l’œuvre de

la nature en un point, ons ne en la respectant

dans son entier.

SR Vie

La polygamie masculine n’est pas un remède contre Ja dépopulation ; elle ne fait pas disparaître les avortements, les infanticides.

Elle n’aboutit qu'à la nee bestiale des désirs de l’homme.

Elle fait de l’homme un tyran, un petit roi ; elle Jui donne une supériorité sur la femme à laquelle :l n’a-pas droit. Elle condamne la femme, qui est l’égale de l’homme, à une vie de soumission, de souffrances physiques et morales, à un sacrifice total de sa personne ; elle en fait une esclave. La nature n’a pas demandé qu'il y eût une victime pour la réalisation de ses desseins !

La femme est égale à l’homme par son intelligence, ses facultés intellectuelles et morales. Elle a le droit de donner un libre épanouissement à ses dispositions. naturelles en accédant à toutes les carrières. | S

J'espère, Monsieur, que malgré nos deco vous voudrez bien accorder quelques instants de réflexion à ces lignes, et je vous prie d’agréer mes civilités empres-

sees L CARÉ

Ce livre se compose de deux parties : Dans la première, Georges-Anquetil traite la question de la liberté sexuelle de la jeune fille ou de la femme libre, donc, en tout cas, de la femme non mariée ; dans la seconde, M° Jane de Magny traite la question de la liberté sexuelle de la femme mariée.

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