‹ L'amant légitime, ou, La bourgeoise libertineChapitre 17 sur 149 · GUAI À CHI LO TOGCA H · texte numérisé non relu

GUAI À CHI LO TOGCA H

J'ai publié, dans la seconde préface ere ion du centième mille de la Maîtresse Légilime, une lettre du professeur Charles Richet, où l’illustre savant convenait qu’aujourd’ hui la question de la dépcrulation | primait toutes les autres. Sous sa plume de président de la Ligue de la Paix, cette affirmation surprit les âmes candides du Progrès Civique. Vraisemblablement, parce qu'elles peuvent

se piquer plus de sectarisme que de logique. N'est-il pas

clair en effet, comme l’écrivait le regretté professeur Paul Bureau, que les angoisses que nous avons endurées pendant la guerre de 1914-1918 furent le résultat de notre affa blissement, car la guerre eñt été certainement évitée si nous avions eu en France les 60 ou 65 millions d'habitants que

nous aurions dû avoir, el que si cet affaiblissement per-

siste, ou à plus forte raison s'il se développe, il est inéviable que d’autres tribulations viennent encore nous éprouver. Et cette opinion sensée n'est point seulement’celle des esprits avisés de chez nous : elle est d’une logique tellement rigoureuse qu'elle est partagée par ceux des Etrangers qui sont quelque peu clairvoyants. Invité à ua bandue offert à Londres à l’occasion du Jour de l'Australie, le célèbre romancier Conan Doyle prononçait tout récemment les paroles suivantes : na

€ Dans l'avenir, nous aurons à faire face à un grave danger. Sur une des rives du Rhin, nous aurons une nation Der oué prolifique, assoiffée de revanche, comptant 70. ou 80 millions d’habi ra ; sur l'autre rive, la nation française, de 40 millions d’ames. Cela n'est pas bon pans l'avenir de l'humanité. » FR ETES

C'est pourquoi tous les hommes d'Etat qui ont le souci tant de la prospérité de ce pays que de la paix mondiale paraphrasent sans cesse la belle parole de Paul Deschanel: « La France, par delà les tombes, cherche les berceaux ! »

Il est vrai que le même orateur ne s’illusionnait pas sur le sens de sa croisade, car, présidant, en 1919, à Nancy, le premier Congrès national de la natalité, il s'écriait: « C’est d'une œuvre morale qu'il s’agit, c’est l’hygiène des esprits qu’il faut améliorer ; c’est la stérilité des âmes qu il faut alleindre ; c'est un mal d'opinion, c'est une crise de volonté qu'il faut guérir. Il ne dépend pas d’un corps de femme d’être, ou non, stérile. Il ne dépend pas d'un corps d'homme d’être, ou non impuissant, mais il dépend des âmes de n'être ni impuissantes, ni stériles. » De telles vérités sont heureusement appelées à trouver, dans les âmes saines et dans les esprits justes, d’éloquents échos, reflétant tous d’ailleurs le même état d’ MOURUrE légitime.

On se demande, écrit l'auteur des célèbres Propos d'Alain, M. Chabrier, l'éminent professeur de philosophie, comment raffermir cette humanité vacillante, de quelle énergie nouvelle la vivifier, de quelle’ source l'abreuver pour li redonner la croyance à la vie et l'on ne voit pas :

« Les hommes de bonne volonté demeurent impuissants, leurs gesles devant l'étendue du mal sont ridicules, leur voix n'est même pas ‘celle d'un enfant. Restent les religions ? Mais où donc sont les religions de la ierre ? Elles traitent toutes du ciel et de la vie future, el?s ouvrent leurs portes uers les félicités éternelles. mais ns comptez pas sur les dieux pour soutenir les hommes sur la planète, les dieux ne sont pas de ce monde... ;

« Alors, que nous restera-t-il et comment les hommes sortiront: … ils des mauvais chemins ? Par de nouveaux bains de sang, afin qus l'humanité, ayant touché le fond de sa misère, revienne à des con: cepirons plus saines, plus fraternelles et se ressaisisse enfin ! Voila huit années qu'une nuit profonde s'est appesaniie sur le monde ét l'aube ne paraîl pas encore 1 »

Non een elle ne paraît pas, mais c’est au contraire une nuit chaque jour plus épaisse qui nous alarme. au point de nous demander si l’aube qui en sortira ne sera pas une aube rouge.

Tout nous le donne à penser : à la fois l’affaiblisse-

ment de la France et l'es nu agressif de la nouvelle Allemage, pareille à celle d'hie

« Îl faut avair le nn de le dire, proclamait encore .

Paul Bureau, la France victorieuse du traité de Versailles de 1919 est beaucoup plus faible que la France vaincue du traité de Francfort de 1871, et en un temps où nous faisons profession d’être des citovens conscients, nous devons reconnaître lovalement la vérité. »

Voici que me tombe sous les yeux le film de Clément

Vautel, paru dans le Journal du 23 août 1923 :

Nouveaux renseignements sur le ( mouvement démographique » de la ville que son nougat et M. Loubet ont légitimement illustrée :

ETAT-CIVIL DE MONTELIMAR du 8 au 14 août 1923

Publications de mariage. ...,2.,4. 1426 3 Martages 5. Re 7 ALL: CURE 2 Déceès 4 4,1 RS RENTRER: CRE 12 “Naissantes: 5. RP INRA: PRES néant

Vraiment, rien n'esl aussi terriblement significatif que ce tableau de l'élat-civil d'une ville française, située dans une région riche, sous un des plus beaux ciels du monde.

Ils sont 14.000 environ à Montélimar ei, en ure semaine, pas une naissance chez eux.

Pas une !

En revanche douze morts.

Ces chiffres sont encore plus éloquents que ceux que je publiais, ici même, l'autre jour. À Montélimar, les marchands de berceaux font faillite. Ou bien, ils se transforment en fabricants de cercueils.

Mais la cité du nougat n'est pas seule à assurer ainsi la vicloire de la mort sur la vie. Bien d’autres jolies villes françaises, où l'existence est cependant douce et légère, ne seront peuplées, dans quelques lustres, que de vieux messieurs plus ou moins décorés, de vieilles dames d'ailleurs charmantes qui se promèneront à pelits pas sous les crmes du mail ou le long de la rivière lente et pailletée d'argent,

Il est vrai — et les lecteurs me l'ont signalé — que l'Allemagne s'esl mise à limiter sa reproduction. Les dernières statistiques prouvent qu'il est aussi là-bas des Montélimars… Tout de même qu'on m'y montre une ville de 14.000 habitants où, d'un mardi à l'autre, la mort marque douze points alors que la vice n'en marque pa un seul.

En tout cas, cette dépopulation allemande commence à peine. On n'en verra les effeis que dans quinze ou vingt ans. D'ici là, les innombrables gosses qui jouent en ce moment au soldat dans le Bismarckgarten auront poussé. Îls pousseront même tellement que

RAD à pe

nous ferons bien, si nous ne voulons pas qu'ils l'enfoncent, de verrouiller triplement la porte,

Je ne sais pas jusqu’à quel point d’ailleurs M. Clément Vautel a eu raison de s’en rapporter aux renseignements de ses informateurs bénévoles sur la limitation du nombre des naissances en Allemagne.

J'ai, moi, tout lieu de penser au contraire qu'elle sait parfaitement, elle, que la seule force d’un pays réside dans le nombre de ses enfants, éventuels soldats, et, bien qu’elle ait perdu à la guerre 2 millions d'hommes, bien qu'elle en ait restitué à la Pologne, au Danemark et à la France 8 autres millions, elle compte actuellement 63 miilions d'habitants, en face des 39 millions de Français. Ça, c'est des chiffres précis et des réalités. Ft les statistiques que j'ai publiées dans Za Maîtresse Légitime démontrent mathématiquement qu'avant trente ans, ce ne sera plus que trente millions de Français qui se trouveront en présence de 80 millions d’Allemands. Alors se sera hélas ! sans doute déjà vérifiée la célèbre prophétie du D' Rommel : « Le moment approche où les cinq fils pauvres de la famille allemande, alléchés par les ressources et les fertilités de la France, viendront facilement à bout du riche fils unique de la famille française. »

. Car quels sont maintenant les sinistres commandements du Goth (Dieu) allemand ? Les voici :

« Tu briseras les chaînes que l'ennemi héréditaire ose imposer à lon peuple ;

« Tu haïras éternellement la France

« Tu mépriseras tout ce qui est Français ; |

« Tu nourriras dans l'âme de tes enfants l'esprit de la revanche sanglante. » |

Etonnez-vous dès lors que Louis Forest écrive dans le Matin :

« Si l’on classait, scientifiquement, par ordre d’importance, les problèmes vitaux que nous avons à résoudre pour nous tirer d'affaire, on serait obligé d'accorder le n° 1 à celui de la « dénatalité ».

LD ER Et découvrez toute la grandeur et toute la beauté de la proclamation d'Alexandre Dumas fils, dans Francillon : © Eh} Monsieur, la maternité, c'est le Potne des Femmes ! Ce doit être, plus que jamais, au nd de la plus meurtrière des guerres, celui des Françaises. Comme l’histoire est un étérnel recommencement, Pouf.

flers avait déjà traité jadis ce grave sujet sur le mode badin ,

Faisons l'amour, faisons la guerre, Ces deux métiers sont pleins d’attraits.

La guerre au monde est ur peu chère, L'amour en rembourse les frais.

Que l'ennemi, que la bergère

Soient lour à tour serrés de près.

Eh ! mes amis peut-on mieux faire, METRE ‘ Quand on a dépeuplé la terre, An Que de la repeupler après 2 nets Ne

Et l'on connaît le mot cyni ique du sinistre Napoléon, contemplant ses morts sur je ne veux plus savoir quel champ de bataille et s’écriant : a.

—— Bah ! une nuit de Paris réparera tout Nes ;

Encore faut-il que cette nuit soit bien dccupée Ne Encore faut-il que les époux ou les amants ne veuillent ou ne puissent, pour des raisons économiques, s'offrir le luxe des enfants ! Encore fautail au'ils s'aiment assez pouE. avoir du cœur à en faire | 2

Si vous voulez de la vie, laissez faire Danone a écrit Michelet dans son immortel chef-d'œuvre. |

Mais alors, pas d'enfants sans amour |! Me voilà. ds le plein de mon sujet. Et voilà une des raisons se .mes séries d’ études sur |’amour moderne.

Car j'ai la ferme conviction qu’en cherchant d’autres remèdes plus sérieux que l'impôt des célibataires et une prime de cent francs pour l'élevage d’ut enfant qui coûte au bas mot vingt mille francs, on doit découvrir assez facilement une aclution à !a fois utile à la société ot

agréable à l'individu. L'’excellent D° Marcel Baudouin le dit aussi: « 21 n'y a pas de raison pour qu'on ne puisse trouver une voie nouvelle qui nous conduise à la solution du problème qui, aujourd'hui, doit passionner out Français avant du vieux sang gréco-latin dans les veines : la dépopulation 1 ».

Problème qui fit le thème d’un magistral discours pro- ‘noncé par M. de Lamarzelle au Sénat, le 20 juin 1923. Qu’ on me permette d’en citer cet extrait, où percent la sincérité et l'émotion d’un parlementaire méritant plus l'admiration des honnêtes gens que les railleries des porhographes qu'il a raison de dénoncer :

… € Quand un peuple se laisse aller à ce mal épouvantable, il va à sa perdition. Serait-il aussi fort, aussi beau, aussi admirable qu'aucun peuple ne l'a jamais élé, il esi près de sa mort et d'une mort déshonorée.

Nous avons un exemple de ce que j'avance dans l'histoire, il faut bien le citer, c'est l'exemple de Rome. Quel peuple a été plus fort, plus magnifique, plus grand dans l'antiquité que le peuple romain ? Ce n’est pas la force des armes qui l'a baïtu. Il m'arrive parfois de faire des citations latines ; vous connaissez celle-ci * Sævior armis luxuria victumque ulcisciiur Urbem.

Ce ne sont pas les armes ni aucun fléau qui vainquirent Rome,

c'est la débauche, c'esi la luxure.

e cite Rome, parce que c ‘est l'exemple le plus typique qui puissse

. exister, Quel a été, à Rome, je ne dirai pas fs de ses plus beaux siècles, mais peut-être son plus beau siècle : c'est le siècle des Antonins. Rome était grande par la littérature, :. armes, el cependant c'était le siècle de Tacite, de Juvénal, el Juvénal, à ce moment- là, prédisait, comme T'acile, tout ce qui allait arriver à Rome.

Îl est arrivé que les. prédictions de T'acite et de fuvénal se sont réalisées, parce que la dépopulation est toujours la conséquence logique de ia luxure et de la débauche, quand elles atteignent ce degré. C'est la plus grande tueuse de peuples.

Faut-il dire aujourd'hui que la dépopulation nous menace ?

… J'assislais, récemment, à la séance de la Commission des Affaires étrangères, et j'entendais les représentants de nombreux départements nous dire : & Il y a des terres très fertiles chez nous ; elles sont abandonnées. Îl y a de beaux villages; et les maisons tombent en ruines. Îl ne faul pas aller bien loin pour le voir, »

Alors, nous nous demandions tous : « Comment parer à ce mal gui envahit la France 2 » à

Onadit: « Appelons des Polonais, des Belges, dés Italiens, des Espagnols. » Îl faut, ici, encore, citer Rome.

On connaît ce moyen. L'empire romain s'en est servi ; il a commencé par être envahi par des étrangers qui sont venus cultiver et défendre son lerriloire, ce qui ne l'a Pa empêché d'être détruit par les Bcrbares.

On a déclaré de divers côtés que notre population n'était pas de 37 millions d'habitants, mais que, avec nos colonies, il y avait 100 millions de Français: que nous pouvions être tranquilles. Rappelezvous donc Rome. Ÿ a-i-il eu, dans le monde, un peuple plus admirablement colonisateur 2? Cela l'a-t-il sauvé ? Quand un pays a des colonies, la première condition pour que celles-ci servent à quelque chose, c'est qu'il les conserve, qu'il en soit, en quelque sorte, le noyau, la véritable puissance. Or, celle puissance, c'est la popu-

‘lation, les enfants qui la font. Rome a été obligée de céder, et vous savez quelle a été la conclusion.

À l'aurore de la Révolution, un grand oraleur a prononcé ces mols célèbres : « La banqueroute, la hideuse banqueroute est là ! »

Aujourd'hui, hélas ! c'est le moment de le dire : « La hideuse banqueroute est là ! » Malheureusement, ce n a pas banqueroute de l'argent, c'est la banqueroute du sang. C'est la banqueroute d'un peuple en proie à cette maladie qui ronge certains hommes, malgré les apparences de la santé : le sang s'écoule, s'écoule, et le peuple, comme l'homme, finit par dépérir et périr…. »

L'importance de ce problème n’a pas, contrairement à ce que croit M. Clément Vautel, échappé aux Allemands, et c'est pour moi un sujet de fierté de souligner, ce que j'ignorais quand j'ai écrit La Maîtresse Légitime, que nos sagaces ennemis d'hier et peut-être de demain ont eu recours, chez eux, au système de polygami: masculine dont j'ai préconisé l'application chez nous. C'est dans le livre monumental de mon confrère Henri d’Alméras La Femme amoureuse (1), que je trouve cette docu- : mentation d'une importance capitale pour la thèse que J'ai soutenue : |

C'est, si je ne me trompe, vers la fin de 1917 que l’on commença à distribuer en Allemagne, sous main, (mais avec l'assentiment et les éncor:ragemenis des autorités officielles) , une brochure dont voici, exaciement traduits, le titre et le sous-titre :

(1) Albin Michel, éditeur (quatre volumes parus).

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