LE SERIN ET LE PINSON : LA CAGE ET LE MARIAGE (FABLE
& Qu'il est doux d'être dans sa cage, Disait au dehors un pinson, Ÿ voyant un serin qui, de son doux ramage, Faisoit retentir sa prison.
Îl a nourriture à foison ; Bon pain et gentille femelle ; Et peut, quand il veut, avec elle Rüre, boire et manger, et dire la chansen. »” C'est ainsi que, voyant une jeune pucelle, Damis croit qu’il serait au comble des plaisirs, S'il pouvait se lier d'une chaîne éternelle, Avec ce doux objet de ses tendres désirs ; Mais la cage et le mariage Ne font sentir les maux que quand on est dedans. Pour devise prenez cette leçon fort sage :
Jamais maris, toujours amants.
Mile DE SCUpÉRI.
Et voici celle de Deville :
Rose et Colin s'aimaient comme en aime au village : L'hymen devait bientôt couronner leurs désirs ; En aitendant ils se donnaient pour gage
Mille baisers : c'étaient mille plaisirs.
—— « Laissez donc là ce beau négoce,
Disait avec humeur un de leurs grands parents : Vous pourrez, quand viendra le temps,
Faire l'amour après la noce ! »
Left
— « Mon vieil ami, chaque chose à son tour, SE À | Lui répond ün voisin; ne gronde pas, écoute : Lu Îls eurent bien le temps sans doute,
Mais alors auront-ils l'amour 2 »
Ce qui tendrait à justifier que, selon le mot de Cie | Mauclair (1}, « l'amour est écrasé dans le mariage et que le mariage est consiruit contre l'amour », c'est que la médecine et la science, qui ne font point de sentiment, enregistrent des observations singulièrement troublantés.
Le docteur Binet-Sanglé (2} écrit :
« L'union libre; condamnée par l'Eglise, ignorée par l'Etat, honnie, méprisée, produit Q l'enfant de l'amour ».
« D'après Karl Burdach, ces enfanis de l'amour sont plus sains, - me
plus beaux et plus intelligents que les autres : leur supériorité est, … ‘également affirmée par Girolamo Cardano, Lace V'anini, Pontus Heuterus, Le Camus, Virey, Demangeon, Martin Saint-Ange ét Grimaud de Caux. je & Don juan d'Autriche, écrit Alphonse de Candolle, était supérieur à Philippe 11, Vendôme à Louis XIII et à Gaston d'Orléans. Le rôle des bâtlards dans les familles princières est remarquable, quand on songe à leur nombre, Je citerai Dunois, le bâtard de Savoie, le prince Eugène, Vendôme, le connétable de Bourbon, Maurice de Saxe, tous fils et petils-fils de bâtards, sans * parler de quelques modernes. » pue
Une autre supériorité de l’union libre sur le mariage, c'est que le bonheur semble se mieux plaire dans les faux mariages, dont les amants sont d’autant plus solidement rivés l’un à l'autre qu'aucune chaîne légale ne les lie. Dans la brochure qu'Emile de Girardin publia en 1851 sous le titre L'égalité de l'homme, pour défendre l'union libre, il écrivait :
« À la ville, entre ouvriers et ouvrières, les mariages es les mariages sans immixtion de & M. le Maire » ne sont pas rares, et ceux-là ne sont pas les moins heureux ni les moins forlement unis quoique, dans les ménages d'ouvriers, les enfanis soient done une lourde charge,
Le vrai, c'est l'union libre nouée entre l'homme et la femme en.
connaissance de cause, el »s'ennoblissant par la durée ; c'est le ménage, " S
(1) Op, cit,
do num
Le faux, c'est l'union indissoluble contraclée en toute ignorance réciproque, et finissant par l'adultère ; c'est ce ne appelle le mariage.
La preuve que le divorce, qui a existé en France pendant vingtquaire ans, du 10 sepiembre 1792 au 5 mai 1816, serait un palliatif ei rien que cela, c'est qu'il laisse subsister, sans la dénouer ni la trancher, la question eulminanle, la question fondamentale, celle de
- l'eñfant.
. La raison finissant loujours par avoir raison, en peul medio
avec certitude gu'il y aura dens l'avenir un jour, où deux personnes qui seront lentées d'unir leurs destinées s'abstiendront de prendre le chemin de la mairie. »
Il semble qu'Emile de Girardin ait été un bon prophète, où tout au moins un prophète de vérité, car, dans son livre : L'évoluin du mariage ei de la famille (1), Charles Letourneau rapportait qu'il a 35 ans — c'était en 1888 ! -— |es calculs d'A. Bertillon donnaient déjà le dixième des ménages parisiens, soit 40.000, comme vivant en état d'union libre ou de concubinage, étai prouvé éternel « par l'expérience de tous les siècles », pour employer l'expression de Bossuet. C'est que, conclut L etourneau, « la monogamie imposée a loujours été plus apparente que réelle. La prostitution, l'adulière et l’union libre ont servi de soupape de sûrelé à des penchants rop invé«. … lérés et trop violents pour se laisser maïtiriser par des textes légaux. »
Cette thèse de l'amour ie a été exposée avec une étonnante richesse d'arguments et une éloquence passionnée par un économiste que ses travaux ne semblaient œuère orienter dans cette voie. J. Novicow, qui fut viceprésident de l'institut international de sociologie et qui fut un des esprits les plus libres de notre temps, — pacifiste, Hbre-échangiste, fédéraliste, et par dessus tout, humain -— a consacré à l’affranchissement de la femme un livre magistral, où 1l s'élève avec force contre le long martyre de la femme à travers les âges, contre la prétendue mfériorité de la femme, proclame l'égalité sociale des sexes, et démontre la supériorité morale de l’union
(1) Vigot frères, éditeurs.
libre, ou, plus exactement, de l’amour libre. Par là, il rejoint Ellen Key, le plus noble cerveau du féminisme moderne. | k
Sa thèse se résume ainsi. L'amour sexuel donne le bonheur le plus intense qui se puisse imaginer. S'il est un droit inaliénable et imprescriptible, c’est celui de prendre la part la plus complète au bonheur que comportent les conditions physiologiques et psychologiques de l'être humain. Te
Or, étant données les institutions actuelles. la femme ne pourra jamais éprouver la plénitude des jouissances provenant de l'amour — la plupart sont vendues aux hommes, soit par la prostitution, soit par le mariâge. « Dans nos sociétés modernes, neuf fois sur dix (peut-être faudrait-il dire plutôt 99 fois sur 100), la perte de la virginité n’est pas accompagnée pour la femme des impres- sions les plus radieuses de la vie. Neuf femmes sur dix sont des victimes produites par l’imperfection de nos institutions. » « Quand, après une première tentative, le plus souvent malheureuse d'union matrimoniale, l’âpre besoin de bonheur se réveille dans le cœur d’une femme, quand elle éprouve l’ardent désir d'aimer où d’être aimée, quand elle rencontre l’objet adoré, deux voies s'offrent à elle : celle qui est droite et ouverte : le divorce, et celle qui est détournée et cachée : l’adultère. Il est facile de démontrer que les deux voiles causent à la femme une série de souffrances qui amoindrissent dans une immense mesure ou annulent presque complètement les joies du nouvel amour. » Quant à la femme, qui a eu le courage de braver les conventions, qui, libre et vierge, s’est donnée à l’homme aimé au moment où la passion l’enchaînait vers lui, celle-là, la société la punit durement d’avoir obéi aux lois de la nature, elle la condamne au malheur éternel, surtout si l’abandon à l’homme aimé a pour conséquence la maternité. Conclusion : l'amour devrait procurer à la femme le bonheur le plus intense qu'il soit possible d'atteindre ici-bas. Or, pour l'immense majorité de nos compagnons, il est Ja source des souffrances les
ro A Vi ons
plus cruelles et les plus imméritées. Il est donc incontestable que nos institutions sociales font de la femme une victime malheureuse digne de la plus profonde commisération. En réalité, si on va au fond des choses, on découvre que nous ne pouvons jamais nous soustraire aux injonctions impérieuses de la nature, ni méconnaitre ses lois. On n’admet pas encore, d’une façon officielle, la légitimité absolue de l’union libre, on déclare qu’elle est le comble de l’immoralité ; mais une voix secrète nous crie, avec une force irrésistible, que c’est là l’œuvre véritable, et par conséquent morale, bien que notre esprit soit perverti et déformé par ses routines séculaires. Nous rentrons dans les plus profonds replis de notre être la sympathie la plus tenace et le respect le plus absolu pour la femme qui se donne à l’homme qu'elle aime et au moment où elle l’aime. Les femmes qui ont obé à l’amour sont placées pour nous dans un empyrée de gloire et de poésie. Ces femmes-là ne sont pas canonisées par l'Eglise, mais elles le sont par le consentement universel de l'humanité ; l'amour met au front de ces héroïnes une auréole de lumière. » La base de l’ordre social étant que nulle créature humaine ne doit être privée de la somme de bonheur qui pourrait lui être départie, l’amour doit être considéré comme le plus sacré et le plus imprescriptible de tous les droits. Toutes les unions devraient être libres et toutes les unions libres deviendraient légales dans une société bien organisée. Toute liaison, pourvu qu’elle . soit basée sur l'amour, serait considérée comme honorable et morale. |
Or il est évident qu’une seule voie peut mener à la moralité complète : l'égalité absolue entre les sexes. « En effet, c'est quand la femme disposera entièrement d’ellemême quelle pourra se donner uniquement à celui qui lui inspire de l’amour et se refuser entièrement à tout autre. À l'époque idéale mais encore lointaine de l'amour libre, il n’y aura plus de maris ; il n'y aura que des amants. Dans la liberté, aucune femme n’aura besoin de se cacher. Cela sera son droit imprescriptible de vivre
avec qui # Qui semble et le lemps que bon à sembles L'union libre pourra être rompue à chaque instant —— et il y a un grand intérêt sôcial à ce qu'il en soit ainsi, car l'intérêt capital de là société est que ses membres soient tous aussi heureux que possible —— la liberté de la femme, en favorisant le triomphe dés meilleurs, contribuera à hâter le perfectionnement de l'espèce humaine. »
Voyons d'ailleurs à ce propos l'opinion autorisée d'Ellen Key, dont je viens de dire que Novicow rejor gnait les conclusions. La voici :
« L'Amour continuera à faire commeitre ce qu'on pourrait. appeler des adulières moraux, mais cé sera un amour éclairé par
la sélection. On commence à peine à combrendre la doctrine de
l'évolution, elle n'a donc pu exercer son action sur les idées et la conduite des hommes. Peut-être én réviendra-t-on dans ce domaine au principe de Platon : « C'est l'utile qui est le bien : le fuisible qui est le mal, » Quand de bonnes raisons militent pour le main,
tien d'uné union, par exemple le désir de continuer à soigner un mari où thé femme, à Îui donaer l'appui moral dont l'un ou l'autre ont besoin, 1} se pourrait qu’à l'avenit on reconnût lé droit, que certaines femmes et certains hommes se sont arrogé de nos jours, de devenir père par une autre femme, mère par un autre homme, quand l'époux ou l'épouse n'y ont pas les qualités redtiises,
On commence déjà à comprendre grâce à l'expérience, L droit
méral d'un homme ou d'une femme à se partager, à appartenir simulianément à plusieurs êtres et à des degrés différents si cet | homme ou cetfe femme n'a. pas connu l'amour vrai, le grand
amour, un amour unique qui rempht tout l'être à jamais, Ces conflits — il ef est de très connus -— trouvent parfois une solu-
Ho nouvelle. Ce n'est pas la solution de Luther pour Philipe de Hesse, qui se remaria secrètement au moment où sa première … emme lui donnait son neuvième enfant. Tantôt c'est à la solution.
que Gœæthe avait d’abord entendu donner à Stella: la femme cède la place sans faire d'éclat : la sympathie, la force des souvenits qui lie Les anciens époux permet urie coexistence amtcale, où le souci des enfants tient le plus de place, et le mari conclut un nouvelle union,
Peut-être une solution ahalogue semblera-t-elle un jour Gi
désirable et plus honorable, même au point de vue des enfants,
qu'elle ne lé semble aujourd'hui
Quand on fait de l'amour la base morale du mariage ét qu'on envisage cel amour comme nécessairement immuable, ou né glige un facteur essentiel : la vie n'ést ‘pés’un jeu de société où il
s'agisse de choisir un Haras une fois pour loutes et sans autre difficulté, . Le christianisme, en donnant à la morale sexuelle une base reli- | gieuse et des sanctions supra-terresires, l'a privée de tout lien avec le principe de la conservation de l'espèce, et il aboutit à une contradiction. C'est pourquoi le christianisme, qui a eu d’ailleurs uns si grande influence sur l'amour, et qui a su l'idéaliser indirectement, n'a jamais pu concilier les exigences de l'individu avec celles de l'espèce, ni les besoins de l'âme avec ceux du corps. Seuls, la loi morale nouvelle satisfait toutes les aspirations de ceux qui voient dans le développement des individus le progrès de la race tout entière,
Le fait d'avoir donné le jour à des enfants n'implique pas pour un père ou pour une mère le devoir de sacrifier un amour qui les rendrait heureux, à un bonheur inconnu jusque-là, précieux pour eux-mêmes et inanpréciable pour l'humanité. Plus d'une femme a donné des enfants à son mari sans Avoir eu vraiment l'enfant de son amour : plus d'un homme a donné son labeur à la société, mais son œuvre véritable n'a pas été accomplie jusqu’au Jour ,où l'amour, un grand amour, a enflammé leur désir à tous deux et donné au monde l'enfant et l'œuvre définitive,
La société exige aujourd'hui d'un père ou d'une mère qu'ils sacrifient à leurs enfants les chances de bonheur que leur offre un neuvel emour; elle sera moins sévère quand le prix de la vie sera rieux mis en valeur et quand on comprendra le devoir des parents envers les enfants comme un devoir nouveau : celui de renouveler ses forces et de demeurer jeunes et vraiment vivants. : Et ce rajeunissement des parents pourrait aboutir à une vie de famille assez riche pour que les parents trouvent un second prin- ‘temps dans la jeunesse de leurs enfants.
Ce n'est pas seulement en ce qui concerne ses biens, mais en ce aui touche ses droits civiques et la libre disposition de sa personne que les droits de la femme mariée doivent être égaux à ceux de la femme célibataire,
La loi nouvelle devra être rédigée de manière à laisser lé plus de latitude possible au plein épanouissement du bonheur ei à restreindre dans la mesure du possible les chances de malheur. El la première condition pour arriver à ceite double fin est l'absolue indépendance des époux,
Plus la personnalité se développera, moins l'état actuel des choses répondra aux besoins de l'amour.
Bien des ménages ont déjà des appartements séparés et peutêtre ce fait n'aura-t-il plus rien d'ano-mal pour la génération qui vient
Ji faut d'abord que la liberté des époux soit garantie et que les. lois n'y viennent pas meitre d'entraves, >
A la vérité, la guerre a tellement développé l'umion libre que c’est presque le mariage qui deviendrait mainte- . nant la soupape de sûrêté du concubinage ; l'ère prophétisée par Engels dans son livre « L'origine de la famille, de la propriété et de l'Etat (1) semble venue de « la génération de gens qui se moquent de ce qu’on aura pensé sur ce qu’ils devaient faire. » Et les temps semblent proches, qu'avait également prophétisés Bebel, cet autre socialiste, où nous poutfrons saluer une liberté nouvelle : celle de l'instinct. « Alors; dit-il, l'union de la femme avec l'homme sera un contrat privé, sans intervention d'aucun fonctionnaire quelconque. La satisfaction de l'instinct sexuel est chose aussi personnelle à tout individu que la satisfaction de tout autre instinct naturel. La liberté de l'amour comprendra et la liberté de choisir et la liberté de rompre. » L’avènement de cette liberté-là est-il un bien ? C'est ce que je voudrais impartialement examiner, toujours avec l'appui d’ opinions autorisées.
Sans doute je partage l'admiration que professait Félicien Champsaur dans sa réponse à l'enquête de J.-J.
Renaud sur la Faillite du Mariage (2) :
& Je connais plusieurs faux ménages qui durent depuis une quinzaine d'années. Tels amis, dans le même temps, ont épousé des femmes passagères, tour à tour présentées avec les noms des maris successifs, dans le monde qui n'accepte pas les maîtresses fidèles.
Puisque le mariage n'est plus le contrat définitif, allant jusqu'à la mort, n'est-ce pas aux premiers de ces couples que doit aller le plus de respect 2 »
Mais je demanderai à Félicien Champsaur si, à eêté de ces faux ménages qui ont duré quinze ans, il n’en a pas vu quantité d'autres — beaucoup plus nombreux, où la femme a été, dans l’union libre comme dans le mariage, la victime.
Sans doute, je me demande a priori, comme le professeur au Collège de France Joseph Flach, en quoi l’intervention du législateur est nécessaire pour ceux qui veulent
(+) Traduction francaise d'ijienri Ravé, (2) Flammarien, éditeur,
vivre et s'unir en suivant les seules inspirations de leur cœur ; mais je songe a posteriori que les temps ne sont peut-être pas mûrs où l’engagement d'honneur de l'amant sera suffisant, alors que je vois un tribunal français obligé de condamner, le 28 juin 1923, un jeune homme à payer quinze mille francs de dommages-intérêts à une Jeune fille à qui il avait fait quitter, en lui promettant le mariage, une très belle situation qu’elle occupait dans une banque {voir l’article de M. Henri Simoni dans L’Œuvre cet retenir ce motif du jugement :
« Attendu que l'abandon injustifié expose la jeune fille à la malignité publique et lui rend extrêmement difficile un autre établissement. »)
Sans doute les dialogues lapidaires de Louise Michel sont séduisants :
— Ne sont-elles pas misérables celles que l’on n’épouse que pour leur dot?
— Le remède 2
— Suppression des dotations et des héritages ; mariage bre. |
Sans doute je pense, comme le père du divorce, Alfre Naquet, que « Si les mœurs se modifiaient, si le déshonneur consistait, non pour la femme, à entrer dans une union libre, mais pour l’homme à faire des enfants et à les abandonner, l'union libre nous donnerait les mêmes garanties que le martage, et par le progrès de la moralité publique, cela viendra sûrement un jour. »
Mais je ne crois pas ce jour venu, tant qu’on continue à mépriser la fille-mère, tout en baisant la main de la garce mondaine qui fait endosser par son mari des paternités 1llégitimes, ou qui abandonne anonymement son enfant à l'assistance publique. |
Je veux bien considérer, comme m'y invite Séverine, l’enregistreur des mariages comme un distributeur automatique, mais je demande ou l’enregistreur ou le distributeur, car je ne pense point, comme Naquet, que « l’union . des sexes soit chose privée dans laquelle la société n’a
pas & intervenir. »
Ar he C'est au° en F rance, nous sommes toujours trop ide.
ét passons sans cesse d’un extrême à l’autre : de la Ce D et indissoluble monogamie à l'anarchie de l’arnour libre É
Aussi vais-je me ranger à l’opinion du «in medio, »
où les Latins prétendent que « slaï virtus ». C'est celle des esprits que j’appellerai souvent les sages, tant en por tique qu'en sociologie.
Elle a été brillamment soutenue à la Chatbre des Députés, en 1899, par M. Viviani, qui s'est exprimé en ces termes : (
‘ & Personnellement, je m'incline respecteusement devant l'union.
libre, toutes les fois que, par sa persistance el par sa durée, elle n'a pas le caractère d'une union occasionnelle, car alors elle peut
égaler le mariage lui-même bar sa moralité. puisque les époux qui
ne sont pas librement unis le sont par la parole donnée et non Fe le lien légal.
Mais je mempresse de proclamer — et c'est le fond L “ie pensée — que l'union libre, en général, pleine de séduction pour la femme, esl, en même temps, pleine de périls. Par l'union libre, la femme est livrée sans défense aux caprices masculins. Par l'union libre, si la femme peut conquérir hâtivement une place au foger. elle n'y a jamais, sauf d'honorables exceptions, qu'une place précaire r{ humiliée. Précaire, dans la jeunesse, où elle tient sa place de sa périssable beauté, ei humiliée, quand vient la disgrâce de l âge, car, alors, elle tient sa place de la passivité de l'homme, ou, ce qu est pire, de sa pitié +
Nous avons rêvé pour la femme un autre avenir, un ie rôle. Nous voulons, en lui donnant l'égalité économique, lui permellre d'être maîtresse d'elle-même, de développer librement sa personnelité, de régler librement sa vie, par l'amour du double vœu 4e. sen. cœur ct de sa volonté. |
Et jusque-là, jusqu'au jour où cette idée aura triomphé, non seu.
ler rent rious Mmaintiendrons le mariage, mais nous Le fortifierons, car. 4 esl la garantie suprèsne de la femme contre le caprice de l'homme; car, pour la femme et les enfants, il est la citadelle vivante dans aville la mère doi s ‘enfermer. » |
— Mais alors, me dodo si le mariage ie
ne vous plait pas et si l’union libre vous paraît dangereuse ou si du à vous ne nous croyez pas encore
assez civilisés pour elle, que préconisez-vous ? : | —— Le mariage « élargi ». C'est celui que préconisait
Victor Margueritte dès 1908, quand Le Matin ne le
se
trouvait DRE encore indigne de répondre 3 à ses enquêtes. Voici la lettre de Victor Margueritte :
&« Comment FPT en quelques lignes, sinon far une effirmation : celle de ma croyance profonde à la nécessité du divorce élargi, dans l'intérêt même du mariage, - :
ÎL est stupéfiant qu'on puisse, vingt-cinq ans après la promulgation de la loi Naquet, non seulement douter de l'impérieuse urgence de la rendre plus sonipièie et plus souple, mais surtout en discuter le principe.
@ Îl faut, disent les partisans du passé, que le mariage soit indissoluble. » Comme si l'on ne vivait point dans le domaine des faits! On ne ressuscitera pas le passé en lui disant : « Tu es l’averér ». ÎRten ne pourra plus jamais faire que le mariage redevienne indissoluble.
Est-ce une raison de n'admetire, dès lors, que l'union libre 2 Certes, elle comporie un haut idéal, plus noble peut-être que celui du mariage, C’est d'un perpétuel consentement de la volonté, non de la caercition d'un lien, que toute union doit tirer sa grandeur, Mais l'union libre ne protège ni la femme ni l'enfant, Pas plus nos mœurs gue nos lois ne l'admeltent. ;
On se trouve donc dans celle siluation : le Hatiabe indissoluble est mort ; l'union libre n'est pas viable encore. Reste le mariage € élargi 5, Le mariage ddaplé à nos mœurs, rigoureuses el dissolues, à nos Lois qui, petit à petit, s’humanisent : le mariage libre,
« C'est l'étape de demain. »
Puis-je rapprocher ceite lettre de celle qu'Heniy Bataille envoyait le 22 septembre 1905 à M. René Cha: vagnes en réponse à une autre enquête que ce dernier avait ouverte dans Le Gil Blas, précieuse documentetion âue j'ai été heureux de retrouver grâce à Grand-Carteret (1)
& On s'étonne vraiment, à y réfléchir quelque peu, qu'un rauage aussi arriéré que le mariage iel qu'il fonctionne et malgré les siècles qi l'ont incorporé à nos mœurs, n'ait pas été amélioré sensiblement depuis que les lois semblent s'imprégner de quelque psycho. logie, de quelque inquiétude, voire de quelques remords, La faute en revient à la couardise et à la routine de la bourgeoisie, qui né. réclamerait que contre le trop de libéralisme accordé à cette institution, et qui n'a même pas su utiliser le divorce. Cependant constatons que, depuis quelques années, le mariage subit une dépréciation
‘* morale indéniable,
me
(1Y Op. cit,
L'astre de l'union libre paraît à l'horizon — timide, mal dégrossi et il faut avouer que la question qu'il soulève n'est pas mince — mais enfin il paraît avec, déjà, des regards humains. La famille se dégage aussi de ses limites de convention. Bref, le mariage ne satisfait plus guère que la masse de la bourgeoisie moyenne qui y trouve” la considération cl y. voil un de ses plus antiques apanages. Ni l'élite ni le peuple ne s'en satisfont. »
La cause est donc entendue : le mariage actuel a vécu et sa citadelle craque de tous côtés, M2° Jane de Magny vous le dira certainement mieux que moi.
D'autre part, l’union libre n’est compatible ni avec nos mœurs, ni avec nos tempéraments trop volages, ni avec notre mentalité de mufñles.
Où est exactement la solution de ce problème bien délicat ?
Dans une transition, Le mot n’est pas de moi. Je le trouve dans le livre d'Alfred Naquet : Vers l'union libre, dont j'extrais ce passage :
« L'union libre des sexes sera analogue à toutes Les unions. Elle permettra les stipulations privées, verbales ou écrites, et, si écrites, sous seing privé ou authentiques.
A la Bourse, chaque jour, il se fait des transactions pour des sommes énormes et elles sont toutes verbales, car la fiche d'agent de change qui n'est signée ni par l'acheteur, ni par le vendeur, ne constitue point un engagement. Cela n'empêche pas ces stipulations d'être scrupuleusement respectées... De ce que les fiches d'agents de change seraient signées des contractants, ces derniers n'en auraient pas moins contracté librement.
Dans l'union des sexes, je préfère, je l'avoue, les stipulations verbales, aux stipulations écrites. Le seul fait qu'on les transforme sur le papier entraîne un débat peu compatible avec l'amour. Je ne vois pas bien deux êtres qui s'aiment, et qui, avant de s'abandonner l'un à l'autre, discutent sur les subsides que l'homme devra à la femme, en cas de maternité, ou en dehors même de la maternité, Cela ressemble irop à notre mariage actuel, où à la prostitution, “e qui es! la même chose. J'aime mieux le simple engagement d'honneur de l'amant qui dit à l'amante : « Tu peux compier sur moi. »
Mais, enfin, les conventions écrites peuvent constituer une transilion, en atiendant que la mentalité générale se soit assez améliorée pour les rendre inutiles. Elles n'empêcherent pas les unions d'être libres, si elles résultent de la simple volonté des contraétants, et si elles sont toujours résiliables, au gré des parties, »
Retenez bien la dernière phrase, concession nécessaire à l’acclimatation de l'union libre chez nous. Je la crois dictée par le bon sens. Forel, également, apporte à l'union libre de sérieuses réserves : « Même lorsque la différence qui existe aujourd’hui entre le mariage et l'amour libre ne sera presque plus qu'une affaire de forme, lorsque les conséquences de ces deux sortes d’unions seront devenues les mêmes, quand notre monogamie obligatoire, absolue dans la forme, mais maintenue artificiellement à l’aide de la prostitution, c'est-à-dire de la plus dégoûtante des promiscuités qui la rend illusoire, sera remplacée par une monogamie RELATIVE solidement établie sur les droits naturels des deux sexes, même alors nous recommanderons toujours aux femmes d'exiger un contrat civil LÉGITIMANT LEUR UNION ET FIXANT LES DEVOIRS DU MARI. }»
Ce sera alors le mariage libre dont le docteur Attdt
Nystrom (1) nous cite dans son beau livre ces curieux
exemples :
. Îl est à ma connaissance quatre mariage libres qui ont été ‘conlractés ces derniers temps en Suède par des hommes cultivés et ayant recu une éducation universitaire ; l'un est actuellement professeur d'université, un deuxième est rédacteur de journal, le troisième est docleur en médecine et en philosophie et le quatrième candidat. en philosophie.
Ce serait peut-être ici le lieu de faire mention de la manière dont fut appréciée à l'Université de Gothembourg, où ce dernier et sa femme faisaient leurs études, l'annonce de leur mariage. Îls annoncèrent dans les journaux (février 1904) qu'ils avaient contracté un « mariage de conscience », attendu que celle-ci ne leur permettait pas de se soumettre au mariage religieux. S'en référant à un paragraphe touchant la conduite à tenir par les étudiants, le conseil uni-
versilaire leur adressa alors une singulière épître où il était dit que,
quoique ledit conseil ne se considérât pas autorisé de qualifier leur
union comme provenant d'intentions contraires aux bonnes mœurs et
par conséquent comme une action condamnable et méritant punition, il frouvait qu'une wnion « ainsi librement contractée et non reconnue par l'Etat entre un homme el une femme n'est pas compalible avec les exigences d'un bon ordre social, qu'il heurte la con-
(1) Op. cit.
ET use
Po AAA éthique générale de la sainteté du mariage et que, ue con-
séquent, il est un exemple dangereux qui peul en induire d'autres à
le suivre ». C'est pourquoi le conseil universitaire, ©qui veut bien considérer l'union en question comme frréfléchie, exhorle sérieusement les conjoints à faire le plus 161 possible dt L la convenion conjugale par un mariage légitime ». .
Ainsi donc le conseil universitaire exhortait les ésat à agir contre leur conscience !
… Le conseil ne fut cependant pas suivi, maïs le cable quitta l'université de Gothembourg pour se rendre à l'étranger.
Îl est à remarquer que le professeur d'université, éilé ci-dessus comme premier exemple, cl sa femme élaient, quand ils s'unirent par un mariage libre, inscrits comine étudiants à l'Université d'Upsal, mais qu'ils ne furent l'objet d'aucune exhortation du genre de celle que je viens de citer de la part dés autorités unive#silaires. &
J'ai été, je l'avoue, d'autant plus surpris de voir le docteur Nystrom élever sa voix, d'ordinaire si réfléchie, en. faveur de ces mariages libres que c’est sous sa plume
que j'ai trouvé ces arguments contre toute union illé-
gitime :
« Mais les malentendus et la discorde, écrit-il, peuvent se produire avec. le cours des années, el un refroidissement de sentiment chez l’un ou l'autre des conjoints peut prendre la place de l'amour. Il est certainement facile dans ce cas de se séparer puisqu'il ny a aucune formalité légale à remplir, mais ce qu'il y a de sûr, c'est que celte séparation se fail le plus souvent au préjudice de la femme, si elle ne peut trouver le bonheur dans une autre umion au si elle ne se trouve pas dans des conditions convenables de bien-être.
Dans ces cas-là, l'horime est le plus fort, la différence entre sa
position et celle de la femme esi immense, Elle vieillit plus vite que lui, et il lui est plus facile de former de nouvelles liaisens, s'il en a. envie, tandis que la femme, qui n'a peut-être plus le charme de la
jeunesse, éprouve de plus grandes difficultés à se procurer un nou.
vel ami ou un époux, el se trouvé souvent lout à fait isolée, peul-
être même sans moyens, ou avec des mouens d'exisiencé insuffisants. Îl lui est peut-être possible de pourvoir à ses besoins par son. fravail, mais elle peut aussi se voir obligée d'avoir récours pour
vivre à une liaison ou même à la prostitution. A-t-elle un enfant, ce qui est bien souvent le cas, et le père n'a-t-il pas pourvu à son entrelten, si l'amour maternel ne lui inspire pas une force nouvelle pour la lutte Ge l'existence, son sort ést terrible. »
, . RS à C’est cout toutes ces raisons que, défenseur au MOINS provisoire Qu mariage, mais désireux de concilier
1 dt É K al "1 }
a 27 ne
lé maximum de liberté sexuelle avet : garanties indis-
pensables qui sont dûes à chacun, je cherche une forme d'union laissant un cadre aussi large que possible au libre épanouissement des instincts de notre nâäture, préconisant la polygamie pour l'homme et prétant ici à N{°° Jane de Magny une tribune pour défendre le même droit chez la’ femme mariée, si elle parvient à me démon-
‘ trer que ce droit est compatible avec le mariage.
En tout cas — Et jinsiste sur ce point = 1l est bien
entendu qu'en ce qui vancerne la femme libre, nous ne placerons plus son honneur dans ce que Sénancour.
appelle l'exercice d'une seule vertu.
& On réduil les femmes, dit-il, à placer leur A dans l'exercice d’une seule vertu, mais il s'énsuit qu'elles seront dépravées quand elles auront manqué de conlinence, parce qu'on ne lient plus à rien, lorsqu'on a perdu l'honneur. Pourquoi ce plaisir, si pardon-
nable en lui-même, a-l-il une influence si pernicieuse, dit Raynal.
C'est, fe crois, la suile de l'importance qué nous y avons attachée.
Quel appui les autres vertus trouveront-elles au fond de l'âme, lors.
que rien ne peul plus aggraver la honte ? L'on n’a plus rien à éviter, lorsqu” on n'a plus rien à perdre.
Mais à cette erreur funéste se joint une erreur plus absurde. L'honneur des femmes consiste tellement dans la continence, même inutile, que souvent elles peuvent être entièrement déshonorées sans être coupables d'aucune faute réelle. »
‘Je pehsais, en relisant ce passage, à ce que m'écrivait,
&« N'est-ce pds Manuel Devaldès qui souriait de voir l'homme drêle d'endroil 3 Le véritable honneur est autre part : dans la
nos grands hommes se sont diminués en couchant avec des peliles
omies d'un jour, 11 faudrait denc qu'on finit per admeiire que l'acte
sexuel est l'équivalent des auires acies humains, qu'il esl aussi normal de donner de la joie au sixième sens qu'aux cinq aulres. Le prétendu obstacle de l'enfant n'en est pas un, si l'es ifant naturel. devient l'égal, en tout, du légilime. Terrassons la jaleusie imbécile et libérons-nous de l'hypocrisie. » Le
C'est tellement vrai que je dois aller logiquement jus-
qu’au bout des conséquences de cette conception l'amour physique. :
es
er.
l’an dernier, mon aimable et érudit ami M.-C. Poinsot :
| placer son ftonneur dans le... d'une femme, c'est-à-dire dans un bien
noblesse de l'ême cet la dignité de la vie. fe ne vois pas en quoi
4 RQ “
Or je n'ai encore parlé que de la femme qui aun amant, de la femme qui est aimée. Celle qui ne veut même point du lien,- si ténu soit-il, de l'union libre, où
celle qui, difforme, infirme, n'a jamais rencontré ni ne
rencontrera vraisemblablement jamais l’amour, a-t-elle également droit à la satisfaction de son appétit sexuel, a-t-elle également droit au plaisir charnel; au bonheur sensuel ? En un mot, pour elle aussi, ze serait-ce qu'une heure, l’amant, même payé, est-il légitime ?
Camille Mauclair a rércndu à la question dans son Amour physique, et je ne saurais avoir l'hypocrisie
le démarquer plus ou moins habilement, pour ne Île point citer ouvertement. Il écrit :
« L'illogisme social peut amener une telle femme — et je n'en
ai point indiqué les catégories — à former logiquement le vœu
d'un refuge où elle obliendrait l'apaisement de son trouble organique avec les mêmes avantages qu'y trouvent les hommes se refusant au mariage, au concubiriage ou à l'adultère, c'est-à-dire des garanties d'hygiène et un anonymat absolu, supprimant toute nécessité d'une hypocrile excuse sentimentale sans laquelle, dans la vie, élle ne saurait rien obtenir d’un partenaire qui n'y croit pas plus qu'ellemême.
Plus les femmes s'affranchiront, gagneront leur vie, disposeront de leur liberté et de leur gain sans demander subsistance et dépendance à l'homme, plus une telle idée leur semblera naïurelle et logique, parce qu'en effet, elle l'est, parce que là seulement est la solution du problème de contenter un besoin corporel sans engager son cœur ou son esprit, sans que cela empêche un homme ou une femme de les engager un jour, en faveur d’un être aimé tout autant que leur personne phusique. L'homme qui aime el épouse ne se
reproche aucunement d'avoir passé périodiquement des heures dans
une maison secrèle lorsque cela s'imposait à son célibat; et sien n'intervient pour forcer une femme, en pareil cas, à se faire ce reproche, si celle femme a la liberté d'esprit, le sens d'ordre, l'intelligence, le dédain du sentimentalisme d'un homme sérieux — et il y a beaucoup de telles femmes, et il y en aura plus encore. Une telle femme ne peut que former un iel vœu pour échapper à la honte de mentir et de jouer la passion, à la perte de temps, au haro ou à la risée du vulgaire. C’est répondre à une injustice par la prudence, sans pouriant accepler une souffrance imposée par l'hypocrisie sociale.
Si l'on objecte le risque de l'enfant, célèbre argument sur quoi l'homme se fonde pour refuser à la femme les droits qu'il s'es
pag er
‘arrogé, il est Vttioaié de ne que les précautions” inventées “contre ce risque, el, acceptées par les personnes les plus honnêtes ne sont ni plus ni moins efficaces en quelque circonstance qu'on y recoure; el qu'une femme telle que celle dont je parle devienne enceinte pour uñé raison ou pour une autre, son destin et'celui de son enfant seront exactement semblables. Le dilemne du risque ou de l'abstention avec souffrance reste invariable pour da femme libre, soit qu'on lui suppose le sang- -froid nécessaire pour se servir hygiéniquement de l'homme ainsi qu'il se sert d° elle, soit qu'on persiste à la supposer incapable d'une satisfaction sexuelle sous l'excuse ou l'illusion d'un penchant sentimental.
S'il foi que celle-là cherche son apaisement dans le secret et la honte, pourquoi n'aurait-elle pas la ressource des célibataires mâles, pourquoi, du droit de son argent, comme ils l'ont du leur, n'irait-elle pas, discrète et indemne, faire le geste de l'amour comme ils vont le faire, dans les mêmes conditions et avec la même tranquillité 2 j
On, admet facilement qu'un homme énervé d'amour va chez une fille, comme il va au bain ou au restaurant, el en revient avec une satisfaction analogue et totalement morale. On n'admetirait pas qu'une femme se placät dans une situation semblable, parce qu'on tient pour une vérité indiscutable que la femme ne-se permet des désirs que sous l'excuse des sentiments, c'est-à-dire, à parler net, ne saurait vivre normalement : sans hypocrisie, sans faux idéalisme, en une société où tout esl construit contre la vérité el son aveu.
* En réalilé, il existe un très grand nombre de femmes parfaitement capables de désirer une prostitution masculine réglementée comme. l'autre, et plus nous irons, plus le nombre de ces femmes s'augmentera, parce que les conditions de la vie féminine actuelle tendent, à cette fin. Et ces femmes ne sont ni des dépravées, ni des cyniques, ni des hyslériques, mais simplement des créatures* SAINES ET NORMALES que le mensonge écœure et dont les: circonsiances n'ont pas permis la libre et tranquille salisfaction. Ce sont des femmes conscienies du désaccord entre la vérité physiologique .el les excuses saugrenues et mensongères dont on l'affuble.
Dans ces conditions, comment ces femmes n'auraient-elles jamais
osé s'arrêler à cette hypothèse d'une prostitution masculine 2 ÎLest.
bien évident qu'elles ne l'avoueraient pas à leur meilleur ami, mais L L2 L] “ A € À il est bien certain qu'elles se l'avouent à elles-mêmes et que beaucoup
se le sont avaué entre elles. On parle du tragique quotidien. Quand, se décident à traiter des questions sexuelles sans ce sourire grivois el louche qu'on accoutume, comprendra-t-on dans ce tragique quotidien la torture organique de la femme saine qui ne peut se donner à l'homme ét ne veut pas devenir une lesbienne ?
Quand daïignera-t-on parler un peu moins des souffrances du cœur qui sont MyBles d'après un blason qu'ignore la Phustalontes el