‹ L'amant légitime, ou, La bourgeoise libertineChapitre 56 sur 149 · RU · texte numérisé non relu

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LIBRES v dont a

force, sussent pic ces indignes liens, s'élever. au-dessus des lois, former une classe à pari, presque une autre nation dans la naïion même el, reprenant la place qui leur fut assignée par la nature, briller de tout l'éclat qui leur appartient, recevoir tous les hommages et voir tous les Hommes à leurs pieds.

Vois quelle existence je te propose chez ce peuple aimable que l'imagination seule conduit, chez ces Hommes qui ont plus de lois que de principes, qui, tendres et voluplueux, enthousiastes de la beauté, adoraleurs des arts, semblent nés pour la gloire, les plaisirs et l'amour,

Tout nous assure un empire aussi brillant que durable. Fatigués

eux-mêmes des mœurs auslères qu'ils établissent dans leurs familles, —

ces Grecs, nés sensibles, toujours en contradiction avec leurs lois,

tyrans de leurs Femmes, deviennent nos ‘esclaves. Whois ce oran

qui aïlire et fixe les regards des étrangers, avides de nos monuments!

— Est-ce le’ souvenir d’un guerrier 2 d'un poète ? d'un philosophe ? C'esi celui d’une de nous qui brilla dans Athènes, asservit. tout par ses charmes, elle n'est plus ! mais l'encens brûle encore sur sa cendre. Tout est encore amour aulour de son tombeau L.

. Vois cette Wénus Immorielle de l'immortel Praxitèlé ; Ja déessen ne descendail point sur la terre : qui pouvail servir de modèle"

Praxitèle, tourmenté du besoimsecret de produire ce çhef- -d'œuvre, malheureux par la lutte intérieure du génie qui fait concevoir, el de l'impuissance d'exécuier, se promène un jour sur les bords du

Céphise moins agité que lui dans ce moment, Toul à coup Plhryné

s'offre aux yeux de “'arliste étonné, sans autre voile que ses. cheveux cpars {- Ebloui de tant de beautés, son génie s'allume, s'enflamme, les étincelles jaillissent de son ciseau, le marbre respire, Vénus elle-même se montre à lui ; elle reçoit des couronnes de myrtes, Praxitèle : des lauriers et Phryné des autels..

La religion même sembie se mêler à nolre existence. La déesse de la Beauté n'a-t-elle pas un temple, ne nous protège-t-elle pas par une espèce de culte À Combien de fois ce peuple mobile rendit hommage à Laïs, à Glicère, des victoires dé Thés en les voyant implorer Vénus pour ses triomphes ? Brise les liens qui Le reliennent, mon Alpaïs. Sauve-toi d'une honteuse obscurité : une fois près de lon amie, ne crains point la poursuite de ta famille : jé

plaiderai la cause à l'Aréopage même, l'éloguence ne m'est point

étrangère. Plus d'une fois Socrate, Démosihène, Périclès, épurèrent Rs moi leur goft ei la finesse de leurs discours. Je saurai te déf ce prouver à ce peuple si facile à enflammer,

et les talents te réclament, que les hommages de la Grèce l'attendent, que les succès appart tiennent à sa célébrité, » 4 © ASPASIE,.

Une gravure très fine illustre cette leitre dans le livre | + ’

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vicomte de SI et représente la be Aspasie montrant à celle qu’elle exhorte à devenir, comme elle, polyandre, Socrate, Démosthène, Périclès, Alcibiade à ses pieds et lui offrant des couronnes.

C'est la grâce que je souhaite à mes lectrices.

Au surplus qu'on ne vienne pass | au point de vue .social, médire de la polyÿandrie: je ny vois quant à moi, que des avantages, car j'espère démontrer, au cours de mon livre, que la polyandrie ‘apporterait à la question de la dépopulation un remède efficace, attesté par une célèbre expérience de Darwin : La femelle d’un canard avait déjà reproduit deux saisons avec un mâle de son espèce, raconte-t-il, mais elle le congédia aussitôt que j'eus introduit dans le même étang : une sarcelle mâle. Ce fut évidemment un cas d'amour subit, car la cane vint nager d’une manière caressanté autour du. nouveau venu, manifestement alarmé ét peu * disposé à accueillir s°s avances. Dès ce mnment, la cane . oublia son compagnon ; l'hiver passa, et le printemps. > «+ suivant, la sarcelle mâle parut avoir cédé aux attentions | et aux soins dont élle avait été entourée, car les deux oiseaux s’accouplèrent et produisirent sept ou huit petits. .* Eh bien ! que pensez-vous de la repopulation, si les adultères entre l’homme et la femme avaient chaque fois un aussi heureux résultat ? | - 1 Voilà pour la quantité et laissez-moi, relativemént à la qualité, vous rappeler, avec le docteur Maurigny (1); cette Autre anecdote : Marie-Thérèse ne cohabitait qu'avec répugnance aveé Louis XIV, lequel se trouvait d’ailleurs dans lé même état d'esprit.‘ Aussi n'eut-elle de lui que des enfants légitimes, #aibles et débiles, tandis que les maîtresses du Roi lui en donnaient de très beaux. Le souverain s en étonnait.

© Les secrets de l'amour conjugal. RE éditeur, : AU

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— Sire, lui répondit un jour sôn médecin, cela vient

de ce que vous ne donnez à la reine que les « rinçures ! » Qui pourrait dès lors ne pas déplorer qu'à côté du roi dédaigneux, la Reine n'ait pas eu un amant légitime, un second mari qui, plus empressé auprès d'elle, aurait donné de beaux enfants à la fois à cette femme et au Pays ? ; D'autant que je partage pleinement l’avis de Léon

Blum (1), et que je pense, comme lui, qu'au sens précis

des mots, oh pourrait être inconstant sans être infidèle :

ç« La Aféteño entre les deux At dit-il, est la différence entre |

deux morales, et rien ne la met mieux en lumière que l'anecdote

connue de Marmontel et de mademoiselle Clairon. Marmontel était

l'amant aimé de la comédienne. Elle lui dit, un soir qu'ils devaient souper ensemble chez une amie : « N'y venez pas, vous seriez mal à votre aise, le bailli de Fleury doit y souper, et il me ramène ».

. Et comme Marmontel la, regardait, stupéfait : « Eh bien ! oui,

repril-elle, c'est une fantaisie, il faut me la passer./— Est-il bien

vrai ? dit Marmontel ; parlez-vous sérieusement ? — Oui, je suis

folle quelquefois, mais je ne serai jamais fausse. » Etre folle sans être fausse, sans doute une femme y parviendrait-elle dans son der-

nier mariage. C'est le fruit d'un long progrès des caractères et des.

circonstances.

Puisque j'ai cité Marmontel, après avoir allégué les mœurs scandinavesy peut-être me permettra-t-on de prolonger ce vagabondage

à travers l'espace et le temps.

Ce que l'aimable jeune femme à qui je réponds proposait de réaliser par le divorce largement entendu, la société du Xvmi° siècle avait essayé de l'obtenir par le seul jeu du mariage. On se mariait

jeune} les convenances de famille-ou d'intérêt décidaient des maria-.

ges, souvent conclus bien des années avant d'être consommés; on se trouvait unis sans se connaître. Cette première connaissance pouvait avoir pour effel qu'on se déplût tout aussitôt; elle pouvait aussi, et l'on en connaît quelques cas, provoquer de part ou d'autre une passion durable; le plus souvent elle dégageait une sorte d'agrément

léger. dont le goût persistait quelques jours, quelques mois, quelques

années. Après quoi, chaîun des deux époux tenait l'autre pour libre de ses sentiments et de ses actes, ei chacun de son côié partait en quête, soit du plaisir aont il avait commencé l'habitude, soit de l'amour qu'il n'avait pas connu.

€ Il arrivait qu'on donnât.assez peu de soi dans ces aventures

rraubaltes pour que l'intimité conjugale, avec toutes les conséquences

(1) Op. cit.

qu'elle entraîne, ne fût pas tolalement interrompue. On redevenait, entre deux autres escapades, l'amant ou la maîtresse de sa femme ou de son mari. Un mari rentrait chez sa femme avec l'intention visible de ne la quitter qu'au matin : & Non, disait la femme, laissez-moi. — El pourquoi ? — Vous n'ignorez pas qu'en ce moment... — Sans doute, vous avez X.… Mais vous avez eu Z,. et bien d'auires. -— Sans doute, mais, celle fois, j'aime. » Le mari saluait gravement, ei se retirait en baisant la main.

. € On se prêlait ses confidences, son: entremise, ses bons offices. Puis on sentait sa jeunesse écoulée; on songeait au repos de ‘son âge mur; on cherchait la compagne ou le compagnon près de qui on allait poursuivre et finir sa vie. Parfois le choix tombait précisément sur le mari ou sur la femme qu'on avait. Le camardde qu'on avait tant de fois trompé avait inspiré une affection. dont en sentait mäintenant toute la force, une confiance dont on savait tout le prix. Et aussi un mariage vieux de vingt ans entrait, adec l'âge matrimonial, dans sa réalité véritable. Le plus souvent, on sen tenait à la dernière maîtresse ou au dernier amant, choisis pour d'autres qualités que les autres. Tandis que le chevalier, chaque jour, venait faire le jeu de la Comtesse, lui offrir son bras pour la promenade et lui tenir compagnie à souper, le Comte remplissait le même office chez la Marquise. Ces mœurs, à ce or dit, faisaient sentir la douceur de vivre,

On ne connaissait pas le divorce, mais on n'en avait nul besoin, à ce qu'il semble, Eût-il existé, on n'en eût fait qu'un usage rare et ‘singulier. On s'était épousé parce que les fortunes ou les familles convenatent, pour finir un procès, pour lerminer une brouille, Toutes ces raisons gardaient leur valeur. N'avait-on pas tous les profits réunis, l'agrément des changements joint aux avantages de la durée? Aussi ne faut- -il pas s'étonner qu'on ait essayé de’ rajeunir ‘des. combinaisons si commodes. »

Peut-être simplement parce que la nature vient nous rappeler qu'avec la factice monogamie, nous avons violé, ses lois et qu’elle veut que nous revenions à la mobilité de notre instinct sexuel. Georges-Anquetil, dans la Maîtresse Légitime, a pu excellemment parler du désir de changement du mâle, que Fourier appelait la papillonne. Mais il s’est lourdement fourvoyé, qu’il me permette, en femme, de le lui dire, quand il n’a reconnu chez la femme, ni le même désir, ni le même besoin de changement. Les directeurs de music-halls d'aujourd'hui connaissent, mieux que lui, le cœur humain, quand il donnent, dans leurs somptueuses revues, des défilés de femmes nues pour Mes

sieurs les spectateurs et des reconstitutions de combats de gladiateurs ou de nègres nus pour Mesdames les spectatrices. ML Oscar Dufrenne, qui est même l’un de nos impresarii à la fois les plus intelligents et les plus artistes, n’a-t-il pas eu l’heureuse idée, pour la dernière revue des Ambassadeurs, de faire venir de Londres non plus des girls, mais des boys, des boys qui sont d’ailleurs des hommes dans toute l’acception du mot. Et, dans l'Amour physique, Camille Mauclair — un homme pourtant —

faisait preuve d’une psychologie féminine pénétrante,

quand il écrivait :

« Îl n'exisie pas de couple, si uni qu'il puisse prélendre avoir longuement vécu, sans avoir rencontré de fortes tentations, et le fait

seul de les avoir envisagées implique déjà l'infidéltié d'esprit. Dés

milliers d’honnêtes femmes taisent de lourds regreis, de rudes com

bats et la maturité leur révèle souvent, en rencontrant l'être qui leur eût convenu plus réellement, l'illogisme d'un engagement pris dans l'ignorant début de la vie sensuelle,»

Une femme écrivain, qui se double d'une femme ”

savante, (car elle a cinq ou six doctorats), mais d'une

femme savante que Molière lui-même eût aimée,

M°° Marie Carmichaël Stopes, convient que ce sentiment est tellement vrai qu “elle écrit :

«,Le mariage madeané nd à donner de plus en plus de liberté à PARA des Heu époux.

Le désir de liberté pour des explorations à la fois sien et

morales et pour des expériences en dehors de l'enceinte sacrée du

foyer, peut à première vue sembler en conflii et entièrement incempatible avec l'idéal d'une unité plus intime et plus parfaile entre les deux époux. Mais ce conflit n'est qu’apparent. En conséquence,

dans certaines sections de l'enseignement des écoles « avancées ».

on revendique seubement une liberté augmentée : une liberté de vagabonder à sa guise. Car nes jeunes gens, aujourd'hui, ont'assez

vu, pour en être blasés, dans la vie de leur père et de leurs amis, cette sinistre polygamie secrèle, qui se cache et pourrit la race sous.

le manteau protecteur de la monogamie supposée de notre système social. | ?

Mais, au point où sont les choses aujourd'hui,-en général, le

jeuñe homme qui se marie, bien qu'il puisse être très amoureux, est.

généralement trop ignorant pour donner à son épouse foul ce que sa nature de femme réclame. Alors, tô! ou tard, vient la série des

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