‹ L'amant légitime, ou, La bourgeoise libertineChapitre 55 sur 149 · EP AN · texte numérisé non relu

EP AN

M — 163 — venirs un grand vertugadin à pochettes, « ME, chacune d'elles, elle mettait une boîte où était le cœur d’un de ses amants trépassés ; car elle était soigneuse, à mesure qu'ils mouraient, d'en faire embaumer le cœur. Ce veriugadin se pendaït chaque soir à un crochet qui fermait à cadenas, derrière le dossier de son lit. » 2

Nous n’aurons donc plus besoin d'invoquer le æélèbre exemple de Catherine de Russie qui avait constamment au moins deux amants bien choisis : on voit que nous avons chez nous, comme toujours, de quoi répondre à tous les amateurs de variété.

Quoi d'étonnant dès lors à ce que les sujets féminins de la reine de France aient, comme elle, le cœur innombrable, et qu'avec la comtesse de Noailles, ils adoptent pour devise son dystique :

« Prenez-vous, quittez-vous, cherchez-vous lour à tour: Îl n’est rien de réel que le rêve et l'amour ! »

C'est que nous passons sur terre, tous et toutes tant que

‘nous sommes, comme des météores, Et si le compagnon, qui est responsable de notre bonheur, le gâche criminelle- ment, que nous restera-t-1l, quand nous serons vieilles ?

On ne joue ni ne fait deux fois sa vie !

En 1652, M. de Lenclos revenait d’exil à la suite de son duel, [1 trépassa avec une grande intrépidité, en adressant à sa fille ces conseils de haute sapience :

( Vous voyez; dit-il, que tout ce qui me resle en ce KE n'est qu'un triste souvenir des plaisirs qui m’'abandennent. Leur possession n’a pas été de longue durée. Ei c'est la seule chose dont je puisse me\plainde à la nature.

Mhis, hélas ! que mes regreis sont inutiles ! Vous qui

‘avez à me survivre, profilez d'un temps précieux, el ne devenez jamais scrupuleuse sur le nombre, mais sur le

. choix de vos nn »

Eh oui ! le plaisir. On nous. rabat les oreïlles avec les mots de ‘devoir. | Mais, mon Dieu, il:n'y a pas, dans la vie, que des devoirs ! Opprimée pendant des siècles par l'égoïsme de

{ Die -

4 MTV Th l'homme, qui ne se privait, lui, d'aucune jouissance, la femme réclame enfin son droit au plaisir, ce plaisir, en a chanté Victor Hugo :.

Le plaisir, fils des nuits, dont l'œil brillant d’ espoir S’éteint vers le matin et se rallume au soir.

C’est quand le mariage n'offre que des charges et des obligations qu’il donne le plus de prise à ses détracteurs 1 et qu il permet à une Aspasie de prodiguer à à sa Jeune amie Alpaïs ces conseils éloquents, mais subversifs, pour la détourner du gynécée et lui vanter les charmes de la liberté, précisément nécessaire au plaisir. Je cite d’ailleurs comme un chef-d’ œuvre cette lettre fort peu connue :

« Eh her ! Ma chère Alpaïs, je trouve donc enfin le moyen re le faire parvenir, par une esclave fidelle (sic) cette lettre, qui sup- -. pléera à fout ce que je ne puis le dire, puisque la surveillance de ton père m'éloigne de ioi-avec tant de rigueur.

Que veut-il 2 Te marier, t'ensevelir dans l'oubli d'un intérieur ennuyeux, où la monotonie viendra: consumer fes jours, où ton esprit, Les grâces, les talents que tu as su acquérir en secret, seront cachés à jamais et ne recevront point les honneurs qui leur soni dus ?

Que te proposai-je au coniraire ? De suivre la même carrière que moi, de recueillir ious les succès, de goûter tous les plaisirs, ‘et comme le diamant qu'on arrache à l'enveloppe qui voile ses feux, de paraître, de venir étinceler de tout l'éclat de tes charmes, d'être admirée, recherchée comme lui. Ecoute : si le ciel ne l'eût : donné que dé ces beautés communes, dans lesquelles la nature fatiguée " semble n'avoir qu'ébauché son ouvrage; si ton esprit, formé d'une trempe ordinaire, ne jelait que des idées sans couleurs, n'offrait que ces lentes conceptions qui présagent un avenir terne, et dénotent une âme glacée, dans l'âge même des passions, je te dirais : & Suis les conseils de lon père, sois femme, mère de famille, | élève tes enfants, travaille les laines que nous ‘envoie Corynthe, | formes-en un tissu pour le manteau de lon époux, veille sur tes esclaves. Ne sors qu'avec un voile; que gagnerais-tu à te montrer ? Alcibiade, en allant au Lycée, ne s'arrêterait pas pour le voir plus longiemps, ne le suivrait pas pour savoir ta demeure}, Praxitèle ne admirerai‘ pas, ne chercherait pas en) toi la grâce qui manque encore à sc Vénus ; Démosthène en te voyant, me resterail pas près de loi sur La lues publique, et n'oublierait pas le moment de monier à la tribune pour y combaltre Philippe ! » — Va, ie dirais-je, la nature l'a vouée à l'obscurité, elle classe tout, dans la chaîne de ses ouvrages. L'admiration n'est pas pour toi. :

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La raison t'appelle, suis sa Voix, ses préceples, et, si lu le peux, sois

heureuse des tristes, jouissances qu'elle te présente. Mais mon

Alpaïs est un chef-d'œuvre de beauté, d'élégance : la nature a tout

fait pour elle ; elle n'attend plus, pour enchanter, que les derniers secrets de l’art, encore semble-t-elle les avoir devinés. Son esprit brille sans le vouloir, il avertit que le génie la suit et bientôt va paraître : originalité piquante, enjouement aimable et plein d'attraits, gaielé douce et voluptueuse, tout est en loi. Le ciel, pour couronner son ouvrage, le donnant un cœur ardent, une âme de feu, sembla le dire en le produisant : nais pour embellir la terre, va goûter toutes les voluptés, allume tous les désirs, toutes les passions, vis pour le charme des yeux, pour la goire de ion sexé, pour le bonheur de tes amants ei de ies admirateurs et pour

t'énivrer toi-même de toutes les délices qu'ils te devront. Examine,

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Alpaïs, et réfléchis. Les Grecs insulaires ont, par leur position même, des mœurs plus.-pures que le reste de la Grèce et de notre riante Athènes. L'ausière Lacédémone peut offrir une palme salisfaisante à la vertu. La rustique simplicité de Thèbes présente un contraste frappant avec l'heureuse Corynthe qui, par sa situation et son commerce, semble appeler Les richesses, le luxe et la volupté — Tu vis à Athènes, rien ne peut t'exiler jamais à Lacédémone — où les lois de Lycurgue pèsent sur notre*sexe, le dégradent par un faux emploi de ses moyens : laisse ce philosophe bizarrement ingénieux vouloir que les jeunes beautés paraissent sans voiles aux

yeux des Hommes, pour éteindre leurs désirs. Ce n'est pas ainsi

que nos voiles doivent tomber. Je saurai t’enseigner d'autres routes! l'aime la volupté délicate, et je fuis la grossière indécence. Qu'il est barbare, ce Lycurgue !

Et quoi! vouloir que nous repoussions les plaisirs !,

Est-ce là le vœu de la nature ? Est-ce là notre destination,” Alpaïs. Ouvre enfin les/yeux. Ceux qui, daris Lacédémone, veulent nous offrir sans art à l'œil curieux de la jeunesse, el ceux qui dans Athènes, veulent nous cacher sous d'éternels voiles, rendre la beauté solitaire, nous condamner à l'obscure prison d'un ménage, nous défendre les arts, les talents, et lous les chemins qui condui-

sent à la séduction, sont également absurdes et cruels ; va, sois

bien sûre qu'ils nous craignent.

Retrouvons les traces de notre empire jusque dans les soins qu'ils emploient pour annuller (sic) tous nos moyens de plaire,

Ainsi donc, grâce à cetle froide philosophie, qui calcule tout, dessèchke tout, nous serions réduites à dépendre des caprices de ces Hommes qui n'oht de supériorité sur nous que par la force ; qualité grossière et commune qu'ils sont obligés même de voiler en s'en servant contre nous. Ainsi donc, triste supplément de l'ordre social, nous sérions destinées par eux à son éternelle servilité ! Mais pour l'honneur de notre sexe, il apparteñait à la Grèce de

| Produire des femmes énergiques qui, remplies du sentiment de leur

. également avide d'inspirer ei de ressentir l'admiration, que les aris

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