‹ L'amant légitime, ou, La bourgeoise libertineChapitre 58 sur 149 · chapitre consacré à l’union libre, et je demeure, comme · texte numérisé non relu

chapitre consacré à l’union libre, et je demeure, comme

lui, partisan du mariage, mais du mariage élargi. Cette nécessaire fie étant close, retouraons à M. Chaïl les Turgeon :

- «-Nulle part, dit- d, cetie thèse'ne s'étale avec plus de crudité pas-

sionnée que dans « l'Evangile du bonheur » de M. Armand Charpentier. Voici, d'après l'auteur lui-même, l'esprit et: le résumé de l'œuvre ‘: « L'amour entre deux êtres est-il éternel ? Non. Le mariage est-1] éternel ? Oui.

Conclusion :&à un moment donné, mariage et amour ne sont plus synonymes *! Auirement Git, le lien subsiste entre les conjoints, tandis que sa raison d'être a disparu. Le mariage, tel qu'on le comprend, est contraire à toute logique, à tout bonheur. 1l est l’une des plus grosses et des plus criminelles erreurs sur lesquelles l'humanité vit depuis.ses origines. » fa A cela, quel remède ? La « liberté de l'amour » POUR LA

FEMME COMME POUR L'HOMME. Lisez plutôt : « Si l'on s'élève

quelque peu au-dessus des préjugés courants, il convient de louer, sans rélicence, la princesse de Caraman-Chimay, car elle a accompli l’un des actes les plus nobles dont une femme puisse se rendre digne, Au lien de s'engourdir, comme lant d'autres, dans l'éternel

ae po

mensonge de l'adultère, elle a affirmé hautement et devant fous :# 1° Son droit à l'amour ; 2° Sa liberté dans le choix de l'amant. »

L'amant légitime ! Cette fois-ci, nous y sommes.

Et il faut croire que, de la théorie, mes sœurs passent même assez vite à la pratique, car voici la conclusion d’une étude de M. Talmeyr, intitulée : « La fin d'une jociélé. — Les maisons d'illusion » :

« À l'ancienne trilogie passionnelle, le mari, la femme et l'amant, ont succédé une situation et des personnages beaucoup plus simples, à savoir l'homme de toutes” les femmes et la ferame de tous les hommes. Après s'être demandé pendant un demi-siècle, pourquoi une femme n'aurait pas le droit d'être à deux hommes, au moins successivement sinon simultanément, le romancier et l'auteur dra-

matique en sont arrivés à se demander présentement et pourquoi elle ne pourrait pas, en fin de compte, être à tout le monde 15

Voilà toujours la funeste exagération que combattra ma thèse. Mais il s’agit de savoir s’il est impossible à une femme d’être dans un état autre que l’actuelle mono-

gamie anti-naturelle ou le.putanisme, c’est-à-dire de n ’être | qu'à un homme seul ou à tout le monde ! J'espère n'avoir.

point trop de peine à montrer la possibilité d’une situation médiane, dont le mérite serait de concilier ce que j'appelleraï, si l’on veut, la décence, d’une part, et les exigences de l'instinct sexuel, de l’autre.

Car je prétends que le partage est parfaitement possible, chez la femme, entre deux amours, et je le démontrerai au cours de mon chapitre consacré, aux raisons psychologiques de la poylandrie, mais je veux dès maintenant vous mettre sous les yeux ces quelques réflexions de Sénancour, que je n'aurai plus ‘ainsi besoin de citer plus loin :

« Le partage est criminel Torqu'il TROMPE l'une des deux personnes qu'on favorise, ou loutes deux. ,On s'avilit si chacun peut et doit craindre dans celui qui jouit comme lui, ou de l'imprudence ou un manque de délicatesse, ou une santé imparfaile, ou même des avantages qui le fassent préférer. Alors celte espèce d'associé se lrouve nalur ellement ou ennemi ou rival : il devient odieux, parce qu'il fait ou .qu ‘il peut faire beaucoup de mal.

fais si piusieurs individus, mutuellement assurés de leurs inten-

A NE A — 173 — Et } tions et même de leurs sensations, partagent les plaisirs d'une intimilé parfaite, qu'on nous explique donc comment ces plaisirs sont vils Sans doute, il faut des circonstances Run de Hot id Ifaut que la sûreté soit entière, que l'amabilité, les goûts, les facultés |} “soient analogues ; il faut que les individus en très petit nombre soient A à et heureusement choisis. »

Mais ces conditions peuvent se trouver remplies, et, quand elles le sont, qui donc y pourrait trouver à reprendre >? Un écrivain, un seul à ma connaissance, mais aussi grand par le courage que par le talent, un des rares contemporains. dont la. postérité retiendra le nom et les œuvres, a osé esquisser la plaidoyer de la polyan-. drie, c’est Mi Paul Reboux (1}, et, détail piquant, souffrez, Georges-Anquetil, què je cite ici la réponse qu'il faisait à votre enquête, car ce n'est point votre thèse qu’elle soutenait, mais c’est la mienne.

« La\ question que vous me posez, vous disait-il, m'intéresse d'autant plus que mon prochain roman, Trio, a une conclusion. polygamique. J'y monire deux hommes et une femme qui vivent harmonieusement, et l'un des personnages, à la fin du livre, fait: les réflexions que vous trouverez ci-après.

Je n'ai pas voulu poser la polygamie EUR ou ch comme une doctrine, mais j'ai voulu simplement poser en doctrine ! que la véritable ‘et seule morale consiste à rechercher le bonheur pour soi-même el pour ceux qui nous entourent, à la condition que ec bonheur ne soit fondé sur aucun tort fait à autrui.

Pauz REBoux.

Vo oici les « réflexions » de l’un des personnages du livre : |

« Voilà six mois que notre vie se développe telle qu ‘il nous a paru bon de l'ordonner.

Nous avons suivi uné voie que beaucoup jugeront immorale, parce qu’elle n'est pas la voie de léur morale. Mais elle nous a conduits au bonheur.

Notre exemple scandalisera peut- ne d'honnêtes familles provinciales ou étrangères. Peu m'importe. ‘Je Hans ni Carpentras, — |

Lire à Vannexe documentaire de mon enquête ta lettre qu’il m’ a personnellement envoyés. r

: | A 174 UN 15 Fi.

ni L'ondies ? ni Québec. Je ne reconnais à à personne le droit de te: 4

de loin ce qui, de près, me semblé bon.

Nous n'avons pas la prétention de nous proposer en exemple. Nous nous sommes contenlés de résoudre pour nous-même le problème sentimental. Mais il se pourrail que nous eussions élé des précurseurs. Il se pourrait qu'un lemps vint où la vieille forme du mariage se transformêt. Lés Romains avaient légalisé lé concubinat, Nous avoñs récemment légalisé le divorce. On légalisera peut- he des unions semblables à la nôtre, où des associations d'un homme ‘et de deux femmes. L'enchaîneément d’an komte et d'uné fémme, destinés à se trahir ét à souffrir l'un par l'autre semblèra barbare, et l'on sourira de cetie longue erreur. Pourquoi pas 24: On s'aperçoit bieñ aujourdhui que les lois de la physique, sur le caractère immuable desquelles on s'accordait universellement, n'élaient que dés fictions chäncelantes. Einstein l'a démontré. Rien n'est immuable, \Pas plus lä morale que la mécanigue.

Et je crois que notre association sera durable. Un ménage sans défaillance est rare. Le cas le plus fréquent est celui du couple « rafistolé », ou du moins de celui où le mari et la femme se témoignent réciproquement üne tolérance souvent douloureuse. C'est qué ces deux associés ont subi le prosaïisme du perpétuel tête à tête. L'habitude engendre la monotonie, même dans la félicité. Le prestige. meurt et l'amour avec lui.

Au contraire, notre sentiment se renouvelle. Pour Jean et pour mot, il paraît toujours nécessaire de reconquérir l'objet de notre attachement. Chacun de nous s'efforce, afin de ne pas démériter. Nous avons un semblable souci de conserver notre rôle d'amoureux, pour ne pas aoir à devenir l'objet d'une comparaison défavorable. Aussi jamais la satiété ne nous alourdit-elle. Jamais Jean et moi nous ne nous laissons aller l'un devant l'autre à une manifestation physique de tendresse vis-à-vis de Pauleties Jamais celle-ci ne marque à l’un de nous une faveur particulière. [l en résulte que, par l'effet de cette légère contrainte, notre atiachement se fortifie chaque jour.

Entre Jean el moi, aucune jalousie n'est possible. Nos tempéraments ne nous portent pas: à l'inquiétude et à l'égoïisme. Nous ne constatons pas sur Paulette les effets d’une influence étrangère, puisque nos conseils, au contraire, tendent vers la même fin. Nous ne souffrons pas dans notre respect humain, puisqu'aucun de nous n'est dupe. Nous ne sommes pas alarmés dans notre vanité puisque nous avons la preuve que chacun de nous ‘est pareillement susceptible d'être aimé. Nous n'avons pas à nous envier, puisque nous sommes pareillement heureux.

Notre union demeurera parce qu'elle esi préservée du mensonge, ce mensonge qui, dans presque lous les ménages, s'élend comme une méisiséure, invisible et inuinéible, faite da complaisañcés tâcités et <) impoëfures hccepiées,

dé ne | OMAN à 2 é | | # # { , ‘ e\

Elle: durera parce qu'elle contente Paulette et la prémunit contre ls curiosités périlleuses. En admetiant même qu'un de ces célibafaires déprédateurs qui rôdent autour des jolies femmes là choisisse Pour proie, nous serions deux pour la défendre. Deux valent mieux qu'un... og) ï

Enfin nous sommes heureux. C'est cela qui compte. Ceux qui nous reprocheraient de ne pas l'être selon la façon courante me font l'effei de ces médecins de Molière qui reprochaient aux malades de n'avoir pas guéri selon les règles.

Nous sommes heureux, parce que nous avons foie une PR en réalisant ainsi l'idéal social et l'idéal naïurel. Cela suffirait pour interdire aux célibataires el aux ménages stériles d'élever une cbjection contre le mode de vie choisi par nous. Qu'ils fassent des enfants, d'abord ! Après, ils pourront nous critiquer.

Nous sommes heureux, farce que nous avons fondé la perennité de noire vie commune, assuré pour chacun de nous l'échange des, impressions et des sentiments ei le réconfori contre la mélancolie de vieillir. :

Nous sommes heureux el nous avons créé du bonheur autour de nous.

Est-il une meilleure raison de vivre ?

Mais si J'avais, Ô Georges-Anquetil, la cruauté de fouiller votre livre, ce serait à.chaque page, ce serait dans chaque réponse de chacun de vos correspondants que je trouverais un argument favorable à ma thèse, Avez-vous goûté toute la savoureuse et fine ironie de M°° Aurel, quand son cœur de femme lui dicte cet aveu :

&…. Mais êtes-vous bien sûr que l’homme soit aussi polygame que la femme, ? Si nous, femmes, nous n'avions pas l’idée fixe de faire de l'amour le grand moyen de perfection, laquelle de nous n'au-

® rail pas au moins deux maris : un pour la vie et un pour la grâce el pour l'esprit 2 Îl faut’au moins à Paris les loisirs de deux hommes pour soigner de quelque joie une femme. Quant au pauvre bougre qui en aura deux en des bercails divers, que pourra-t-il bien. leur donner de temps ? Pas même celuf de leur dire bonjour !

Dans votre mariage à trois, doñt deux femmes, je vois un avantage : l'épouse ne pourra plus se faire garder par le mari trop pris contre l'amant exigeant et païibulaire. Elle aüra donc à mieux choisir ce personnage, ayant trop de loisirs à sa disposition.

Le mérite de votre bigamie sera de renouveler l'adultère, qui, dans l'état de monogamie, n'a vraiment plus rien à nous dire... tant ’

- qu'il voudra rester aimable. Le jour où on le peindra dur et barbare comme il est, il apparaîtra comme le loyalisme du mariage, lui sui rend les époux conscients l'un de l'autre el fail de mariat

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