LA JALOUSIE
Tableau de FRANQUELIN ayant fait partie de l’ancienne Galerie du Palais-Royal, | lithographié par WEBER.
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malière, ouvre un champ illimité d'études et de déductions, appuyées sur des arguments qui n'avaient jamais élé présentés jusque- là,
Îl n'était pas traduit quand nous en auons eu connaissance, il y € une quinzaine d'années. Nous ignorons s'il l'a été depuis. &
‘C'est un volume in-quarlo de 440 pages, conçu dans une forme tds comme d'ailleurs tous les ouvrages écrits en allemand, attendu que, dans celle langue, le-sens ne se découvre qu'avec le dernier mot de phrases interminables. De plus, la quantité de citations grecques el latines intercalées dans le texte, coupé lui-même de
; longues incidentes, et enfin l'érudilion énorme, prodigieuse qui y esl accumulée, en rendent la lecture assez dure. Aussi ce magni- . fique ouvrage, connu dans le monde savant, n'est pas encore arrivé
jusqu'au grand publie, bien qu'il ait été publié en 1861, probablement à cause des difficullés que présente sa traduction et aussi parce que le sujet qui détruit le dogme précieux de la prédominance nécessaire du mâle, depuis que l'univers exisle, ne pouvait être accueilli faborablement par les maîtres de l'enseignement à tous les degrés, qui ont précisément pour mission de conserver cetle tradition et de la bien incruster dans l'esprit de la jeunesse. Néanmoins, l'existence du matriarcat n'est plus contestée aujourd'hui; on ne discute que sur les proportions à lui attribuer. Westermarck (1), qui refuse de l'admettre comme fait @ universel », reconnaît cependant que les peuples chez qui le nom, la. propriété et le rang social étaient exclusivement de descendance féminine, furent en nombre considérable, et il constate que les anthro-
pologistes affirment avec assurance qu'un système d'exclusive parenté
par les femmes régna partout, avant que les liens légaux de parenté fussent créés entre le père et, l'enfant.
Les esprits les plus férus de la supériorité et “ l'omnipotence : masculine admetteni donc fort bien, qu'aux temps primitifs de l'humanité, où l'homme était presque continuellement absent pour procurer par la chasse la subsistance des vicillards, dés femmes ei des enfants, — les actes d'état-civil n'étaient pas encore inventés I!
— la filiation et la parenté ne pouvaient s'affirmer que par la mère, élque, ainsi, l'autorité de la femme expirait au sortir de sa hutte. C'est l'opinion de M. Giraud-Teulon (2) qui n'admet que comme
exception la prépondérance absolue de la femme dans l'Etat, et considère que l'amazonisme et la gynécocralie ont été des faits par-. ticuliers à certaines races et à certaines contrées.
"C'est déjà quelque chose qu'il n'en nie pas l'existence, comme on l'a fait pendant longtemps, car les données encore incomplètes que nous avons aujourd “hui sur ce sujet élaient, il y a soixante ans, complètement inconnues.
(1) L Les Origines du mariage dans l'espèce humaine, p. 96-97. ; (2) La Mère chez certains Répples de PoHtsIe
ss 8
ne | qu
De plus, le malriarcat, qui signifie : puissance de la mère, n'entraîne pas forcément la gynécocratie, qui signifie : gouvernement par les femmes, | |
Or Bachofen venait démontrer, avec un luxe de documents irréfutables, qu'à une époque très antérieure à l'antiquité historique, il s'est écoulé une longue suile de siècles où la femme aurait eu, d'une façon à peu près générale, une situation équivalente à celle que l'homme considère comme ayant loujours élé son privilège exclusif, par droit de nature.
De tous les documents qui établissent leu incontestable du matriarcat, non point seulement à l'état primitif, mais comme forme gynécocratique d'état social et gouvernemental de peuples civilisés, ceux qui concernent le peuple lycien sont les plus précis, les plus clairement positifs et c'est sur le lémoignage du « Père de l'histoire » que s'appuie Bachofen.
Suivant Hérodote, les Lyciens donnaient aux enfanis, fon point comme les Grecs, le nom du père, mais loujours le nom de la mère, el ne tenaient compte dans les généalogies que des ancêtres maternels. Seul, le rang social de ia mère, chez eux, classait l'enfant, et le droit de succession appartenait exclusivement aux filles. Nicolas de Damas apporte de nombreux détails sur ce droit exclusif d'hérilage aux filles, auquel correspondait l'obligation d'assistance alimentaire, toujours par les filles, à l'égard des parents âgés. D'après Sirabon, chez les Cantabres, les frères étaient établis et . dotés par les sœurs, et Polybe déclare qu'il en était de même chez les Locriens épizéphiriens.
Hérodote voit dans ces usages une singulière déviation des mœurs grecques; au contraire, leur étude conduit le savant suisse à des conceptions plus profondes. Ils lui révèlent un ordre systé: malique, positivement établi, reposant sur un principe fondamen: al, et la constatation de mœurs analogues chez beaucoup d'autre: peuples tels que les Cariens, les Cauconiens, les Minyens, les Epéens, les Téléboiens, les Etoliens, les Locriens, les Lélèges, les Pélasges, les Arcadiens, etc, démontre que le matriarcat, dont le rayonne: ment de puissance el de grandeur féminine excitait l'étonnement des anciens, fut une période de civilisation généralisée, parc que la nature humaine est la même pariout, et que les transformalions sociales se sont, autrefois, comme dans Îles temps modernes, accomplies en même lemps, à un siècle près, ce qui est peu de chose dans la vie du monde.
Aucune assertion n'est émise par Bachofen, sans être déni par des faits, des textes, de nombreux monumenis authentiques, “car son érudition a des proportions colossales,
Le très éminent juriste suisse a creusé à fond celle question avec une conscience scientifique des plus rares. Sachant que ceux qui sortént des sentiers battus s'exposent aux foudres des prati-
quants de la sainte routine, — elles ne lui ont Fr manqué, — il \
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déclare « qu'il ne cherche pas à plaire, mais à être vrai ». Il pose le
sage principe qu'un savant ne doit jamais oublier que le monde qu'il étudie est entièrement différent de celui où il évolue, il ne peut donc l'étudier avec fruit qu'en se débarrassant d'abord de toutes ses anciennes habitudes d'esprit, qui le portent à nier ce qu'il ne comprend pas. Îl reproche avec raison à la science moderne de s'être bornée exclusivement à l'examen de ‘certains événements el personnages d'une antiquité délimitée, et, sans se préoccuper de regarder au delà, d’avoir ainsi creusé entre les temps historiques et mythiques un fossé qu'elle n'a jamais essayé de franchir; s'appliquant, comme Simonide le reprochait déjà aux savants de son femps (467 ans avant Jésus-Christ!) à reconstruire l'univers sur le plan d'un cabinet de travail.
Comment la femme fut-elle dépossédée de cette suprématie ? Le
. grand érudit suisse en expose les causes multiples, dont nous ne
pouvons qu'effleurer rapidement et d'une façon générale les points principaux. À la base, est la loi des réactions et des contrastes. Un état soc'al, quel qu'il soit, ne demeure jamais stationnaire. Parvenu à son point culminant, il tombe dans des excès qui précipitent son évolution. Celle-ci . fut initiée par le premier choc du monde asiatique avec le monde occidental, par l'exagération de l’anciene gynécocratie dégénérant en amazonisme, contre lequel vient réagir violemment, l'invasion du culte de Dionisos qui transforma la civilisation antique, en y développant la sensualité aphrodisienne, substituant ainsi graduellement la volupté stérile à la
matsrnilé féconde. À ce propos, le savant auteur du Mutterrecht
se rallache aussi certainement à la lumière céleste, que la maternité féconde à la terre productrice.
C'est ainsi que, modestement, Bachofen assimile l'homme au
soleil resplendissant, portant en lui l'étincelle sacrée de la vie et
la puissance wipificatrice, indépendante de toute influence tellurique.
On voit qu'il n'y avait pas lieu de le flageller comme vil flatteur du sexe féminin 1 C'est, dépouillé de toute métaphysique, le concept qui prévaut depuis des siècles, à l'ombre duquel se sont accomplies el se continuent les plus monstrueuses injustices.
Mais, précisément, cetle sincérité de l'auteur donne encore plus de poids à son magnifique ouvrage, dont la valeur est aussi indisculable que l'authenticité des historiens et des documents sur lesquels il s'appuie. Développant lout ce que nous apprennent les ivres sacrés de l'Inde, les fouilles récentes et les études de quelques savants consciencieux, le Mutterrecht jeite une claire lumière sur le passé obscur, Ainsi s'expliquent les contradictions que nous présente l'antiquité. Nous comprenons maintenant celte énigme : Socrale écoutant avidement la révélalion mystique de la prêtresse Diotime, qu'il appelle sa préceptrice, parce qu'elle
lui a enseigné les hauts principes qui mènent le monde. Diotime,
2208.) ne
originaire de Mantinée d'Arcadie, élait donc Pélasge, un des der- ii nicrs peuples restés fidèles à la civilisation préhellénique, reposant sur le culte de Démeler (la terre) dont les femmes étaient les gardiennes vigilantes et fidèles. Remontant aux sources, il nous montre, pièces en main, non seulement que l'Egypte fut là terre classique et le dernier refuge du malriarcat, mais qu'il eut un plein épanouissement chez les deux peuples les plus entêtés de la supériorilé masculine : les Grecs et les Romains.
Le régime gynécocralique, qui esl en contradiction avec nolre conscience moderne, l'était encore plus avec celle de l'antiquité grecque, qui, cependant, d'après Bachofen, en tire son origine et sa seule. explication rationnelle.
Mais si, en effet, le régime gynécocratique est, comme le dit avec raison M°° Paul de Lauribar, en contradiction avec notre conscience moderne, vraisemblablement parce que nous ne voulons que l'égalité des deux sexes, sans accorder à l’un une suprématie qui ne peut fatalement s'exercer qu’au détriment de l'indépendance de l'autre, le régime du matriarcat, prôné, nous l’avons vu, par le maître Forel lui-même, semble tout à fait souhaitable. Ù /
Le professeur Charles Turgeon, bien qu'il enseigne dans une Faculté, ne semble pas précis quand il écrit :
« Plus de trahison occulte et hypocrite, plus même de rupiure judiciaire et lapageuse : Îl n’est qu'une solution logique à la crise du mariage, c'est la suppression même du mariage. M. Paul Adam par exemple, estime qu'il vaut mieux « soutenir franchement que le mariage, institution utile pour les philosophies périmées, est la survivance du rapt. » Æt il conclut en prêchant maternité sacrée, c'est-à-dire le droit pour ‘la mère de donner son nom à l'enfant, sans que mention soit faite du père Rent tif. C'est le matriarcat ! »
M. Charles Turgeon aurait dû comprendre que ce matriarcat-là était parfaitement compatible avec l’état de: mariage, et qu'il n’était point nécessaire d’abroger celui-ci pour imstituer celui-là l
Non pas qu'ici nous ayons peur des’ solutionseles plus hardies, mais parce que si nous sommes pour un mariage élargi, où les enfants porteront le nom de la mère, nous
réprouvons la communauté des femmes, que nous croyons, elle, incompatible avec le bien de la” société et celui des individus. | | À Sans doute savons-nous que le docteur Binet-Sanglé a écrit :
« On pourra, sans inconvénient, inslituer celle communauté des. femmes que Platon recommande dans sa: République et suivre, en en qui concerne les pensionnaires et les clientes du haras, l'exem-. ple du socialiste John Humphrey Noyes, qui constitua, à Oneiïda Creck, dans les Etats-Unis d'Amérique, un mariage due de plus de deux od personnes. »
Sue doute l’Intransigeant du 15 mai 1918 nous si appris que le journal russe Oufims Kava-/vzn annonçait que le soviet de Saratof venait de décréter la communauté des femmes : nous voyons dans ce mode un vestige barbare du droit de propriété du mâle, mettant un troupeau en commun. .
Nous avons l'esprit large : nous ne demandons pas mieux que de pratiquer la polygamie, à laquelle ne s'oppose que l'obstacle de l'enfant, comme le reconnaît le docteur Toulouse, parce qu'il se trouve, explique-t-il, que la famille est fondée sur la paternité. Mais il ajoute : « Rien ne prouve que la femme, conquérant plus d’indépendance, ne demande pas-un jour que l'enfant lui appartiennent en propre. » | ne
Georges-Anquetil m'a communiqué, nu plusieurs autres, une lettre qu'il a reçue d’un occultiste, M. G.. Naudin, 64, rue Claude Bernard, Paris 5°. Ce der- - nier, qui lit l’avenir de tant de gens dans leurs mains, peut-il lire celui du mariage ? Voici en tout cas sa lettre, * qui est assez curieuse : :
Monsieur G eorges-Anquelil,
J'ai lu votre beau livre et compris votre. excellente idée, mais, croyez-moi, la polygamie n'est qu'une demi-mesure, et j'ai mieux que cela à Vous proposer :
Travail utile (à déterminer) obligatoire, de quelques heures par jour, pour tous, sauf les enfants et les vicillards. Avec celle base de sociélé future, et l'exploitation de l'homme
“me à par l'homme ayant cessé, la femme posséderait les mêmes droils que l'homme à la subsistance et au bien-être, donc plus de prostitution.
Elle se donnerait librement où et comme bon lui plairait, el à qui elle voudrait, pour une heure ou pour icujours.
Constants et volages seront donc satisfaits.
Aucune signature ! Pourquoi à LES ENFANTS PORTERONT LE NOM DE LA (MÈRE, et la Mère-Etat sera devenue une bonne mère et non plus une marûtre, \ |
Tous les enfants, sans excepiion, ne sont-ils pas naturels ?
La liberté de chacun et de chacune étant reconnue, et la vie maiérielle assurée à tous et à toutes, l'Amour libre règnera dans toute sa splendeur, d'après les lois naturelles des aäffinités, des atiractions et des sympathies réciproques.
Ce sera Le vrai Paradis terrestre.
Le problème des sexes est donc intimement lié à cel autre problème .: la question sociale 1
Et voici, à mon avis, mal sera l'organisation Aa de l'avenir : « RUE)
Produire, puisque l'on consomme. | ;
Répartir, avec organisation et méthode.
Vivre et évoluer avec la Science et la Raison pour guides.
Et enfin, l'amour libre et désintéressé entre des individus conscients de leurs droits et de leurs devoirs, c'est-à-dire entre des individus des deux sexes, libres, dans une société libre !
Recevez, Monsieur, l'expression de mes sentiments fraternels.
Retenons de cette lettre, pleine d'idées justes, sauf en ce qui touche la question pas encore mûre de l'union libre, une adhésion de plus à la théorie de la filiation maternelle, qui devra être la première réforme du mariage de demain: