‹ L'amant légitime, ou, La bourgeoise libertineChapitre 69 sur 149 · LE · texte numérisé non relu

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diction pour elle de toute jouissance érotique en dehors ;

du mariage, alors que la nature même se révoltait en elle,

et tandis que le nombre des enfants illégitimes prouve!

qu’en dépit de la proscription inique prononcée contre la mère illégitime et de’ la lâcheté du père, elle n’en a pas moins eu le courage d’obéir à la loi de l'amour.

Georges-Anquetil cite ce qu’il appelle « le délicieux sonnet de Sarrasin, » maïs ce poème est la conversation des deux poètes Charleval et Sarrasin, devisant, au cabaret, sur la coquetterie d’Eve la blonde :

CHARLEVAL ‘ Faite pour lui d'une main immartelle, Lorsque Adam vit celle jeune beauté S'il l'aima fort, elle, de son côté, (Dont bien nous prend) ne lui fut pas cruelle.

SARRASIN Cher Charleval, alors, en vérité, Je crois qu'il fut une femme fidèle ?

CHARLEVAL Mais comme auoi ne l'aurait-elle élé ? À Elle n'avait qu'un seul homme ‘avec elle !

SARRASIN Or, en cela, tu te trompes, mon ViCux, Car, bien qu'Adam fût jeune et vigoureux, Bien fait de corps et d'esprit ‘agréable,

Elle aima mieux, pour s’en faire conter, Prêter l'oreille aux fleurettes du diabie Que d'être femme el ne point coqueler ! +

Mais c’est que c’est un instinct pour les femmes que de coqueter, toujours pour attirer et séduire le sexe du mâle. Henri d'Alméras (1) le souligne très justement quand :l écrit :

& Qu'elles essaient de le dissimuler ou qu'elles se résignent à en convenir, l'homme est le grand stimulant et le grand attrait de leur vie, le but de toute leur vie. Il est l'assaisonnement nécessaire de leurs moindres plaisirs, comme des plus délicieux. Tout, pour elles,

se ramène à lui : réunions, bals, concerts, théâtres, promenades, voya- !

— j (1) La fémme amoureuse, Albin Michel, éditeur,

— 23] —- € \ * \ { ges, villégiatures. Le chercher, le retrouver, le revoir, s'ennuyer quand il n'est pas là, n'avoir d'apaisement, de satisfaction et de joie véritable, qu'avec lui, près de lui, voilà leur existence, la perpétuelle préoccupalion et obsession de l'hornme, \tant qu'elles sont capables d'inspirer de l'amour et d'en éprouver. UE Et en réalité — et c'est là que je désirais aboutir. : Il y a plus de Don Juanes que de Don Juan, » na

Et Rémy de Gourmont explique, lui aussi, par l'instinct sexuel, qui est un moteur de la nature, cette coquetterie que Charleval et Sarrasin eussent dû se borner à constafer chez les femmes sans songer à la leur reprocher :

« L'homme se trouve situé dans la foule, à la place indistincte qui est la sienne, à côté des singes, des rongeurs et des chauvessouris. Psychologiquement, il faudra le conférer très souvent avec les insectes, cetie autre floraison merveilleuse de la vie. Quelle clarté, alors, que de lumières venant de tous les côtés ! Cette coquetierie de la femme, sa fuite devant le mâle, son retour, son jeu de out et non, cette attitude incertaine qui semble si cruelle à l'amoureux, n'est-ce donc point particulier à la femelle de l'homme ? Nullement, Célimène est de toutes les espèces et des plus hétéroclites” : elle est araignée et elle est taupe; elle est moinelle et cantharide; elle est grillonne et couleuvre. »

: Le mérite de cette nouvelle orientation de la psychologie vers la physiologie, le cri de Michelet appelant des médecins parmi les juges de la femme, auront peut-être pour heureux résultat d’expliquer naturellement l’adultère de la femmes et de justifier —— ce qui nous intéresse ici —— son droit à la polyandrie, donc à l’amant. Pauvrettes, semblables au moustique qu’attire, la nuit, une lampe allumée, et qui, comme les pontes hypnotisés par les lustres des salons de jeu des casinos, courent souvent à leur mort, mais au moins servent les desseins secrets de la nature ! Pierre Bonardi les a bien comprises, lui qui a dit : |

« Toules celles qui ont un jour trahi la fidélité légale ou le serment consenti dans une atiente merveilleuse, toutes celles qui courent à l'adulière comme un embrasé vers le puits saharien, toules n'apportent à leur nouvel amant que leur indigence et leur trislesse, qui sont les reflets de l'indignité de l'homme qui prétendit ‘en faire des femmes, » ME

+ …… Mais qui n’en a fait que des inférieures, sinon des! esclaves, et qui les a traitées en subalternes, comme si la

femme était une éternelle mineure... \

il. —— L'ÉTERNELLE MINEURE

« Nous n’entendons rien aux femmes, nous autres « peuples dé l’Occident ; nous les avons portées, à rand tort, presque à l’égal de nous. Les peuples de VOrient ont bien plus d'esprit et de justesse : ils les ont déclarées la véritable propriété de l’homme. Et, en effet, la nature les a faites nos esclaves ; il

faut que les femmes tricotent. » DU

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