NAPOLÉON . I
« Grant uné HE dédaigné de raccommoder les chaussettes dé son mari, on peut en augurer ‘qwelle se complait à tricoter les cravatés de son , amant. » | (COMMERSON)
Avant de démontrer la justesse de l’assertion de Forel que « notre anarchie sexuelle est le résultat de l'autocratie masculine », je veux, procédant toujours par ordre, établir d’abord l'existence incontestable de cette dernière.
Îl y a déjà un siècle que de Sénancour écrivait :
« Un homme ne mañque pas à ses promesses, mais il à d'autres habitudes funestes ou crapuleuses: il détruit par le feu tout ce qu'un ordre soutenu et difficile cherche en vain à rétablir sans cesse. On se prive de tout, on travaille dix-huit heures par jour, on noütrit, on soigne des enfanis; ei le mari va perdre dans un cabüret ét le temps d'un travail qui procurerait de l'aisance, et l'argent même que sa femme gagne. Que doit faire celte femme ? Elle doit souffrir ainsi pendant cinquente ans, afin d'obtenir le bonheur de célébrer de nouveau cet heureux mariage au bout d'un demi-siècle, » |
Plus sobrement Etienne Rey a dit : Chez l’homme, la loi de l'amour est l'asservissement de la femme, »
Le docteur Mayoux fait cette constatation :
« Le mépris de la femme est général dans notre actes. elle est encore considérée comme un être inférieur à l'homme, comme un insfrument de plaisir, sa fonction propre ésl de satisfaire les besoins sexuels du mâle, au plus de faire des enfants el de Îles élever. »
Jules Michelet, parlant du mariage, ne peut s'empêcher de s’indigner : | « Contrat bien inégal !.. Ni la loi de l'Eglise, ni la loi de l'Etat,
rent essayé sérieusement d'y modifier la nature. L'un et l'autre en réalité y sont très contraires à la femme. L'Eglise est nettement contre elle et lui garde rancune du péché d'Eve, Elle la tient pour la tentation incarnée et l'intime amie du démon. Elle souffre le . mariage en préférant le célibat, comme vie ‘de pureté, car impure est la femme. Cette doctrine est si profondément celle du moyen âge, que ceux qui veulent renouveler l'esprit soutiennent (contre la chimie) que justement, dans sa crise sacrée, le sang de la femme est immonde, Telle physique, telle législation. La femme, à ce point ravalée, que sera-t-elle, sinon serve et servante de l'être le plus pur, qui est l’homme 2 Elle est le corps, il est l'esprit.
La loi civile n'est guère moins rude. Elle déclare la femme mineure pour foujours et prononce sur elle une éternelle interdiction. L'homme est constitué son fuleur; mais s'il s'agit des fautes qu'elle peut commetlre, des peines qu'elle peut subir, elle est traitée comme majeure tout à fait responsable, et très sévèrement. C'est du reste la contradiction de toutes les anciennes lois barbares, Elle est livrée comme une chose, punie comme une personne. »
L'homme, constate avec amertume, M”° Pauline Thys, est le seul animal qui méprise sa femelle.
L'homme, écrit M. Charles Turgeon, incapable de dominer la femme par la puissance de l’esprit, la dompta par la force brutale, appuyée, sanctionnée, consacrée par les prescriptions de la loi et les commandements de l'Eglise. Et ce fut un long martyre, un perpétuel attentat à la pudeur, à la grâce, à la faiblesse, à la beauté : Dans le passé profond, barbare et ténébreux, Tu fus toute pitié, Femme, et tout esclavage;
Ton grand cœur ruissela sous le viril outrage, Comme sous le pressoir un fruit délicieux !
C’est ainsi que M. Jules Bois parle à l’Eve nouvelle. - Et il compte sur les « hommes nouveaux » qu'enivre « le
vin de ses souffrances », pour secouer les chaînes de l'éternelle esclave. \ |
Tandis que l’homme s’abandonne à la violence, a
crime, à tous les débordements de la passion, la femmé, méconnue dans sa grandeur, outragée dans sa "grâce, persécutée pour sa vertu, maltraitée pour sa bonté, FA surtout pour sa beauté, reste la dépositaire de tout ce aui soutient, ue épuré et embellit l'existence. A elle le dévouement, le pardon, l'idéal. Ha *
Et pourtant, elle est traitée, dit Paul Hervieu, € eñ race conquise et non en race alliée, et la situation qui lui est faite encore actuellement est le reste des premiers éiablissements de la barbarie. » « Si l'homme, dit M. Georges Montorgueil, a affranchi l'homme, il a systématiquement oublié la femme : Serve, elle a sa Bastille à prendre, ses droits à conquérir, sa révolution à tenter. »\ À son gré, Eve esclave nous rappelle « trop timidement.» à nos prin-
cipes. Aussi, combien de romanciers ét de dramaturges”
ont, depuis quinze ans, exalté les droits de la femme et jeté la pierre au roi de la Lréation ! C'est dans la plupart des cénacles littérairés comme une levée de boucliers pour
voler au secours de la touté pure et toute belle opprimée.
Et l’Académie française elle-même, en couronnant le livre de M°° Paul de Lauribar, vient de montrer qu'un courant unanime se dessinait enfin pour protester contre les scandaleuses iniquités qu’elle dénonce à l'opinion püblique trop peu avertie.
Voici d'ailleurs, à propos de cet outtEn une lettre amusante que M"° Aurel envoya à la revue judiciaire À quinzaine :
… € Quant à Mme Paul de Lauribar, qui a dressé un monument
à la féminité bafouée par le code dans son livre admirable de
force : Le code de l'éternelle mineure, {ant admiré. par M°* Henri- Robert, André Weiss et Raoul Péret, il est quelque peu fantastique de voir demander par wn journal d'avocats quelle peut être cette femme. Hétez-vous d'acherer ce livre, dont vous avez le plus grand besoin pour connaître un peu des causes féminines, et pour nous corriger le code, cel.obélisque de: lurpiludes, dont voici ma traduction libre d'un des articles : Le mari a le droit d'emporter
les meubles du ménage chez sa maîtresse sans que sa femme ait le droit de faire : ouf. Mais n'allez pas vous imaginer pour cela que la femme ait le droit de porter chez son amant les meubles conjugaux, ou vous n'aurez aucune idée. de la fameuse puissance maritale. Et encore cette perle que Mme de Lauribar encadre de noir. Je la remercie de me l'avoir fait connaître :& La Société contractée entre époux mariés sous le régime de la communauté légale est nulle comme conférant à chacun de ses membres une égalité de droits incompatible avec l'exercice de la puissance maritale, (Cass. reg. 8 décembre 1891; D. P. 921.117) »
Ei voilà pourquoi.nous voulons le vote. :
Je vous salue, monsieur le directeur.