LETTRE I
M'° F. B., employée au Central télégraphique d'une grande ville du midi, à M. Georges-Anquetilw:
Monsieur,
Je viens de lire votre livre La Maîtresse Légitime : il est fort intéressant et amusant. Vous voulez la légalisation de la polygamie, sous la seule forme de la polygynie, parce qu’elle existe ; moi, je veux la légalisation de la polyandrie. 1° parce qu’elle existe aussi ; 2° pour faire plaisir à tout le monde. Deux choses qui sont un état, pourquoi une tolérance pour l’une et non pour l’autre ? Vous répondez : la polygamie ou polygynie. est défendable, la polyandrie ne l’est pas. En êtes-vous certain ? J'en doute. Supposons, ceci est une supposition, que vous obteniez la permission légale, d'ouvrir un harem avec six femmes : cela fait une femme pour chaque jour de la semaine, à l'exception du dimanche, qui, comme l’a dit le Seigneur, est jour de repos. Si une femme tombe malade, vous avez sous la main la remplaçante immédiate dans celles qui attendent. |
Mais c'est à chacun son tour d’être malade, même à celui du mari, dont la maladie, avec incapacité de fonctions, peut quelquefois se prolonger. Que doit-il advenir des six femmes, fidèles à un certain point de vue physiologique, mais qui, à un autre même point de vue, sont incapables d’attendre longtemps ?
Quel est le maximum d'attente de la femme >
Des livres de physiologie féminine, écrits par des hommes, doivent certainement traiter de la païtie ; et, quand J’attente n’est plus possible, sans danger des désordres physiologiques, que faut-il faire ? Elire un remplaçant, un mari n° 2. Bien, c’est le commencement de la polyandrie, Mais, tandis qu’en Mormonie, le mari
n° | meurt, ou perd pour toujours ses capacités, ce qui laisse le n° 2 maître au logis, en France, certain jour, le mari n° | retrouve la santé et ses capacités. Quelques femmes, engrossées par l’intérimaire n° 2, donnent, par un effet de la physiologie, des enfants ressemblant au n° !. Le n° 2 ne veut pas reconnaître ses enfants, et il a raison : ceux-ci, n'ayant ni la couleur de ses yeux, ni celle de ses cheveux, ne lui appartiennent pas. Le n° Î ne veut rien entendre, et il a raison aussi : tandis qu’il se reposait, le n° 2 fonctionnait. Enfin les n° | et 2 étant en présence, investis des mêmes droits et des mêmes fonctions, que va-t-il en résulter > Un match ?.… ce serait à voir.
Toutefois, au lieu d’avoir six femmes, vos moyens et vos aptitudes ne vous le permettant pas, je suppose que vous en preniez deux seulement. Vous tombez malade pendant un certain temps et, l’attente ne pouvant se prolonger, un tiers est élu pour vous suppléer. Le jour où vous retrouvez la santé et vos capacités, vous vous apercevez, oh ! surprise ! que vous retombez dans là monogamie, et même dans la polyandrie, grâce à un système de combinaisons, qui peut permettre aux dames d'essayer plusieurs cavaliers. À ce point de vue et à cette condition essentielle : remplacement par un tiers si le mari est malade, je deviens polygame. Je ne vous promets pas d'être actrice : par un atavisme de ma physiologie, j ai toujours préféré le spectacle à l’action ; mais mon athéisme ne peut empêcher mon adhésion si, comme bien des croyants; Je ne suis obligée ni de croire, ni de pratiquer. J'aime les changements et l’inédit, et le spectacle seul suffit à me divertir. Donc, vite la polygamie, avec : 1° remplacement par un tiers, chaque fois que le mari sera malade et incapable d’assurer ses fonctions ; 2° en vue de prévenir l’exploitation du travail de la femme par l’homme, il est interdit au mari, sous peine des travaux forcés, de faire travailler la femme, qui ne doit s'occuper que des soins à donner aux enfants. Les femmes ne seront pis exploitées et
aurent ainsi l'avantage légal d'essayer tous les systèmes et même des combinaisons. j
Laiïssant la polvgamie, Jje-passe à votre ‘Me point : l'éducation. Vous pensez refaire à la mormone l'éducation des femmes françaises. Ah ! Laissez-moi rire
de tant de naïveté. Mon éducation, qui est faite depuis
longtemps, n'est plus à à faire ni à refaire : 1° Au point
de vue patriotique, J'ai toujours été un âne, dans le genre de l’âne d'Ursus, 2° Voir dans l’homme un mai: tre, un Seigneur, ou un Dieu, c'est le comble de l'ironie pour celle qui n’y voit tout juste qu’un petit animal, Mais,
l'éducation arrangerait bien des choses ! Qui. 1° Fous
les hommes deviendraient raisonnables, ignorant ce que
ue. A
c'est que la raison. 2° Avec un peu d'éducation, addi- ne
tionnée de foi moymone, On parviendrait, en France, à
cultiver l'arbre à beurre qui, lui aussi, comme à par 4
gamie ou polygy mie, est un produit d'Amérique.
Je vous prie, Monsieur, d’agréer l'hommage de ma ;
considération