MIT
Excusez-moi si je dois, pour l'instant, garder l'anonymat. Ecrivez à Claudine, chez fris, 22, rue Saint-Augustin.
Abonné 2584 :
Monsieur,
J'ai lu avec très grand intérêt votre livre La Ma- | tresse Légitime et je ne puis résister au désir de vous
communiquer quelques : impressions personnelles. J’ admire | votre courage d’avoir asé aborder un pioblème qui fait
sourire les hommes et rugir les femmes: Vo le traitez
avec beaucoup de franchise, beaucoup de logique, #5
RUE à CRT
votre documentation est vraiment-très complète ; vous démontrez avec évidence que la polygamie est naturelle, donc morale et il semble que les cerveaux les plus étroits, après avoir lu votre livre, devraient cesser de crier au scandale. Et ça, c’est un résultat dont ; je me permets modestement de vous féliciter.
Voulez-vous toutefois me permettre une critique : votre livre manque parfois de psychologie. Ïl parle à la raison, pas au cœur, et vous savez que le cœur a ses raisons. 11 vaut mieux souvent persuader que convaincre. Eh bien ! cher Monsieur, vous n'avez pas persuadé et c'est uh peu de votre faute. Il fallait empêcher les hommes de sourire et les femmes de hurler. Il ne fallait pas prouver Ja bonne foi jusqu'à adjoindre à votre hivre une partie humoristique : vous vous êles astreint à la tâche ingrate de répondre à des boutades de gens fort spirituels ; er répondant sérieusement à une boutade, vous vous rid:culisez, en répondant sur le même ton, vous ridiculisez votre thèse. Car il faut bien reconnaître que beaucoup de vas correspondants ns vous ont pas pris au sérieux. C'est dommage !
Le plus, 11 me semble que vous auriez dû avant tout chercher à rallier les femmes à votre panache. Et je puis vous affirmer que votre livre a été très mal accueilli par mes congénères ; que voulez-vous, il fourmille de
petites choses choquantes ou même blessantes pour nous.
Par exemple, une femme bondit toujours quand elle entend wn homme parler des « joies divines de la maternité » ; elle bondit quand elle se voit assimiler à une poule pondeuse ou à une vache laitière. La vérité n’est pas toujours bonne à lui dire : aussi votre livre aurait gagné en séduction à être moins franc, moins brutal dans ses ee à moins méconnaître la psychologie féminine. Et la polygamie y aurait gagné quelques adeptes. Sans rancune ?
Vous avez, dites-vous, reçu iris lettres de fernmes. C’est peu pour un pareil sujet, Et comme il est regrettable que vous ayiez publié la lettre de M'Y Made-
Jeine X. Vous la trouvez intéressante, cette lettre d'une « chaste par passion » ? Je la trouve ridicule, moi, Monsieur. C’est un charabia informe sorti du cerveau d'une vieille fille mystique en adoration devant un « phallus » problématique. Je suis, moi, une petite personne saine de corps et d'esprit, à la fois femme et intellectuelle, ce qui n est pas tellement commun. Mariée depuis trois ans, je suis mère de deux enfants non jumeaux ; j'adore mon mari et mes deux boys et ça ne m née pas de savourer en artiste les joies de l'existence. Voulez-vous l’epinion d’une petite mère de famille moderne ? Eh bien | asseyez-vous et écoutez :
Nous appartenons, cher Monsieur, à une race ‘qui, après l'Egypte, la Perse, Athènes et Rome, a gouverné le monde. Seulement voilà, c'était trop beau, ça ne pouvait pas durer ! Comme nos illustres devanciers, nous mourons d'être devenus des raffinés, des civilisés au sens de Claude Farrère, mais nous mourons plus vite qu'eux parce que chez nous tout le monde veut jouir de la vie, les hommes et les femmes. Et ça, c'est de votre faute, Messieurs : Si, comme vos arrière-grandspères, vous aviez laissé la femme à sa vraie place, à la maison avec les gosses, si d’une Cendrillon vous n’aviez pas fait une petite Reine, si vous n’aviez pas mué l’humble servante de jadis en une maîtresse pleine d’exigences, vous ne seriez pas obligé de lui rappeler avec quelque aigreur qu’elle est sur la terre « plus pour faire des enfants que pour papoter, médire, et faire la grue dans les salons de thé ». La femme est aujourd'hui telle que vous l’avez faite ; vous l’avez mise sur un piédestal, vous l’avez encensée, adorée, vous en avez fait votre égale, votre tyran et vous vous étonnez qu’elle prétende goûter des plaisirs de la vie une part égale à la vôtre, Gu'eille ne veuille pas souffrir pendant que vous jouissez, qu'elle entende païtager non pas seulement vos peines, mais aussi vos plaisirs ; vous trouvez extraordinaire qu'elle ne veuille plus faire d'enfants ?
Etre mère, c’est cesser pour longtemps d’êlre femme,