‹ L'amant légitime, ou, La bourgeoise libertineChapitre 76 sur 149 · VOYAGE DE NOCE · texte numérisé non relu

VOYAGE DE NOCE

Q « . . ,7 - — Combien heureux, très certainement, tu aurais été avec ma mére |

Composition de E. THony (Simplicissimus, de Munich).

# Ge

4 Lo 1

mais qu'une femme place toujours son amant aussi haut

. qu'elle. « Je puis faire des princes el vous ne ferez jamais que des bâtards ! » est une réponse de de vérité. Et concluons brièvement : | |

Eve n’a jamais déchu. Homme, Mine l’estimeras

jamais trop : elle est ta mère ; elle est celle de tes enfants ! | Songe d’ailleurs, que si tu connaissais l’hébreu, tu saurais que, pour la plupart des auteurs, ADAM signife: «terre » et EVE : « la vie ». Si donc Dieu a désigné les êtres par leur essence, c'est que l'homme est d’une nature plus grossière que la femme.

Puis .Eve fut formée du corps de l’homme, c'est-à-dire d'une matière déjà vivante, animée du souffle de Dieu ;

Adam au contraire fut fait d’une motte de terre, hors du Paradis terrestre, dans un pré champêtre (in agro rurali}. Enfin Dieu a commencé par les ouvrages les plus grossiers pour s'élever aux formes les plus achevées et les plus

parfaites. Or la femme est précisément sa dernière œuvre,

son chef-d'œuvre, et Jean Rameau l’a chanté |

* Alors de quel droit refuserais-tu à cet être les libertés

que tu t'accordes à toi-même ? Cette simple éventualité choque tellement la notion d'équité qui est innée en nous que, parmi les réponses envoyées à Georges-Anquetil lors de son enquête sur la polygamie, ‘indépendamment * de celle de J.-H. Rosny dont j'ai parlé dans mon avantpropos, je souligne celle de Jean-Bernard : . à

Sipous ordres plusieurs femmes légitimes au même mari, de quel droit refuseriez-vous plusieurs maris léïaux à une même femme?

Vous me répondrez qu'en fail, vous connaissez plusieurs ‘exemples.

noioires, mot aussi, Le cas n'est pas nouveau, et il y. a longtemps qu'Alexandre D ils <a ACT ANSE

qu'Alexan re Dumas fils a écrit : € Le mariage est une chaîne st ce qu'on se met souvent trois pour la. porter. »..

rSS re Vous réclamez le droit à la polygynie, qui est la polygaraie des hommes, accordez-nous réciproquement

la polyandrie, qui est la polygamie des femmes. Car, comme l'écrit le docteur Toulouse, « la femme réclamera

une égalité de plus en plu is complète dans les rapports :

dés sexes. »

Et dl n'y a plus égalité si un sexe conserve un pri-

pèse.

L'amour de la ferme coanaît-il des lo ne rigides

que l’amour de l’homme ? Non, n'est-ce pas, puisqu'il est soumis aux mêmes caprices. Donc il ne doit pas con-

naître d’autres chaînes.

Tenez, lisez cet extrait du dabeul de la dernière

scène de la délicieuse pièce de Pierre Mortier : Le verbe aimer. Je ne saurais mieux conclure :

JEANNE. — Je ne suis pas plus coupable que toi, nos fautes se valerit. Pourquoi ta trahison serait-elle moins grave que la mienne? Je t'ai pardonné, moi. û

RoBERT. — Ce n'est pas la même chose.

JEANNE. — Ce sont les hommes qui disent ça; c'est exactement. la même chose. Crois-lu donc que nous n'ayons pas les mêmes . faiblesses, les mêmes tentations, les mêmes désirs que vous ? Et pourquoi veux-fu que nous soyons plus forles que Vous pour y résister ? [Nous sommes aussi coupables lorsque’ nous succombons, nous ne le sommes pas plus. Pourquoi auriez-vous le droit de trahir et pas nous ? Je pourrais te dire que je t'ai tr ompé pour me ven- 8er, parce que lu m'avais trompée. Ce n'est pas vrai, À ce mornenl, j ignorais la faute, je te croyais fidèle,

RoBErt. — Et iu as pu...

JEANNE. — Oui. el cependant, cela ne m'a jamais empêché de l'aimer, de veiller à ton bonheur, d'être une bonne maîtresse de maison, de le faire un intérieur agréable et même de souffrir horriblement quand j'ai appris ia trahison.

ROBERT. — Alors, pourquoi m'as-iu trompé si tu m'aimais? JEANNE. — Tu ne m'aimais donc plus quand iu m'as trompée ? RoBerT. — Si.

JEANNE. — Alors !

Alors, puisqu'elle peut les aimer tous deux à la fois, c'est qu’une femme peut avoir en même temps, un mari et un amant légitime, tout comme le mari peut avoir à côté de sa femme, une maîtresse légitime ! Ce ne saürait, en tout cas, être pire, pour eux, que le mariage moderne...

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