LE COLIN-MAILLARD
d'après LAVREINCE.
: de rentrer frès tard 1,203 la “nuit et même de ne nos que le len=
demain, ‘après de folles orgies. Elle ne m'adressail jamais un reproche, elle mé regardait seulement avec des yeux d'une infinie tristesse. Un jour, je la trouvai couchée, tremblante de fièvre; elle me parla d'une voix qui avait quelque chose de la plainte d'un enfant souffrant el malheureux. Deux jours après, malgré les soins, elle expira... & Je te pardonne -», me dit-elle. Ce furent ses dernières paroles. Moi, je ne me suis pas pardonné… Il y a vingt
‘ans de cela, vingl ans que j'expie. Depuis qu'elle n'est plus, je
ñ'ai élé au‘un profond malheureux. Le destin fut pour moi d'une cruauté inéxorable. J'ai éprouvé, à mon tour, la sécheresse, l'ingratitude du cœur humain, j'ai élé humilié par la vie et par l'expérience. J'ai senti alors la perte irréparable que j'avais’ faite; oi" compris combien j'avais été Up ou coupable ! »
Je l'observais attentivement : pas un pli de son visage ne‘bou”, geail, mais deux larmes Jétiiert détachées de ses cils et roulaient : sur ses joues.
« Ma reconnaissance, ajouta-t-il, égale aujourd’hui mon horde car c'est à elle que je dois d'être meilleur. Je la vois encore devant cette giace, quand elle se coiffait, elle avait de magnifiques cheveux blonds 1... »
— Ne désespérez pas, dis-je, nul ne connaît l'avenir 1!
— Non, répondit- il, l'irréparable existe, et je n'ai que ce que je mérile. Mais je ne regretle pas d'être venu chez vous el de vous auotr ouvert mon cœur.
Maintenant nous pourrons parler d'elle souvent. Ce sera ma seule consolation ! » k
Eh bien ! Messieurs, descendez en votre conscience, non pas pour en faire l'examen, pour chercher à vous. rappeler si vous-mêmes n'avez point parfois imposé ce cal-
| vaire à votre femme, mails pour vous demander avec Moi
si une femme, mariée à un tel mufle, n’a point drpit à un amant légitime.
C’est vraisemblablement pour Le telles femmes que M”° la comtesse de Noailles avait raison d'écrire : « Quand tu les accuses de caprices ou de perversité, leur. Dieu les juge encore innocentes ! »
Et c’est vraisemblablement en pensant à de tels maris, beaucoup plus nombreux que les autres, les bons, que Ja comtesse de Champagne répondait à une femme qui la consultait sur ses scrupules de rompre son vœu de fidélité d’é épouse : ia dE à k
& Al est constant que le dieu d'amour ne couronne les vrais combattants de sa milice qu'en dehors du joug conjugal. Îl est donc évident que l'époux ne peut passer pour amant. »
À plus forte raison la brutale Late de son FLE n'eût point reconnu, comme aujourd ‘Qui, la puissance maritale AUX impuissants, ce qui est tout de même une ‘assez Jolie gageure de notre Code civil.