A (ETIENNE REY
Le devoir dé fidélité est sans doute le plus important aux yeux du législateur, puisque nous avons déjà indiqué ue l’article 324 die Codé Pénal « excuse » == admirable édphémisme -—: le maâri qui, surprenant sa femme en flagranit déht d’adultère, la tue.
Simplement. Et Fadultèré de là femime est, en tout cas, pénalement prévu : élle est toujours püunissablé d’une peiñe d'emprisonnement de trois mois à deux añs.
L'adultère de l’homme au contraire n’est ieable que dans le cas où 1l entretient une concubine au domi-
ÿ ’ Ê 1 ASIE EM
FO 292 CE Pur *, % me cile conjugal, et un d’une. amende de 100 à
200 francs.
: On voit donc immédiatement la différence de traite-
ment appliquée aux'deux sexes, provenant de la différence de gravité des fautes, au point de vue du Code. Remarquons déjà qu'il est illogique de dire qu'on peut surprendre ou. faire surprendre un mari en flagrant délit, puisque, dans les neuf dixièmes des cas, son adultère n'est
point juridiquement parlant un délit, comme il l'est tou-
jours au contraire en Allemagne, en Hongrie, en Suède,
en Russie, etc. IÎl en résulte une autre conséquence, que
souligne, indignée, Mme Paul de Lauribar (1) : : L'adultère est, en effet, une cause de divorce.
Mais s'il est aisé au mari de prouver l'adultère de sa femme, il est à peu près impossible à celle-ci d'établir celui de son mari.
Dès que le mari a connaissance de l’adultère de sa femme, il
peut saisir le parquet ; celui-ci est obligé d'agir.
Le mari fait faire un constat par les officiers de police sud * ciaire qui ont la mission et l'obligation de réprimer les infractions à la loi pénale. Le piège se referme sur la femme, et rien ne la sauvera.
Quant au mari, il peut être adultère tout R0n aise, car il n'est, pas facile d'arriver à le déranger dans cette agréable occupation.
Il est donc clair que la loi ne punit pas, à proprement parler, la violation de la foi jurée : elle ne la sanctionne que du divorce. Elle punit légèrement, chez le mari, ce qu'elle considère comme un outrage pour la femme :
l'entretien d’une concubine à côté d’elle, dans le domicile
conjugal — autres temps, autres mœurs ! — et elle punit sévèrement, chez la femme, le risque qu’elle fait courir . u mari de lui faire endosser une paternité étrangère.
« La faute de l'épouse, écrit le docteur Toulouse dans son livre « Les conflits intersexuels et sociaux », peut introduire des éléments étrangers dans la famille et vicier ainsi le foyer, et c'est pourquoi elle est punie sévèrement. M ais L'infidélité elle-même n’est pour ainsi dire pas répri- mée par la loi. »
(1) Op. ÆiLé ik
Été
Fe.
C'est ce qui a échappé à F TE quand il écrivait dans La loi :. f « En droit, l'unique ndenent du délit d’adultère
est la violation de la foi conjugale ; la faute esi, par conséquent, aussi répréhensible pour le mari que pour la
femme. Cette différence de traitement au point de vue.
pénal ne peut donc se justifier par aucune raison juridique. » |
:Indiquons .d’ ailleurs dès maintenant que nous consacrerons un chapitre à l’examen de l'importance comparée de l’adultère des deux époux, et bornons-nous ici à bien
souligner que, pénalement parlant, l’adultère du mari n'est :
*punissable : « ni quand il entretient sa maîtresse au dehors ni quand l'adultère commis par lui dans la maison conjugale est un fait passager. » jte, 22 février 1900 D. P. 1904-2-15.) |
L’excuse légale de l’homme qui Le sa femme adultère :
révolte à bon droit M”° de Lauribar.
« Est-il admissible, ete que la loi, qui punil même assez sévèrement le simple homicide par imprudence, quels que soient d'ailleurs le regret et le désespoir de l'imprudent qui a causé la mort de quelqu'un par inadvertance ou maladresse, est-il, dis-je, admissible que le Code, se basant pourtant sur ce principe ‘que la vie humaine est sacrée, donne à l'homme le droit monstrueux d'être lui-même le juge et l'exécuteur de sa vengeance et de tuer pour satisfaire sa colère 2?
Le Code veut-il ici, par exception, faire du sentiment, ce qui n'esi vraiment pas sa fonction?
\ Se place- t-1l au point de vue de l'homme amoureux ? pe t-il voulu excuser l'emportement de la passion, le désespoir d'un cœur qui se brise en voyant aller ailleurs un amour qui était sa vie même |
Soit ! Mais alors, pourquoi ne pas accorder le même privilège à l'épouse 2. Elles sont pourtant nombreuses, les femmes aimant éperdument leur mari, le surprenant en flagrant délit, et dont la vie s'effondre devant la trahison de l'époux adoré l..
Pourquoi n'est-elle pas, comme l'homme, excusée d'avance, si elle-tue ? »
Ah ! vraiment non, chère madame | Je suis, comme l’écrivait Victer Marguerite dans la préface de La Mai-
ni Re AS
trésse Légitime, pour l’abrogation formelle de cet article monstrueux, qui laisse à l’homme l'exercice d'un droit barbare, ce n'est pas pour l’accorder à-la femme: Nous: avons assez de crimes passionnels quôtidiens. Il ést vrai que, plus loin, M"* de Lauribar ne félicite pas la Cour d’'Assises de l’acquittement d’une femme qui, en. août 1912, tua la maîtresse de son mari, et qu'elle précise (ou rectiñle) sa pensée en écrivant :
« Nous n'entendons pas réclamer pour la femme la faculté de tuer a égalité avec l'homme ; nous demandons . simplement qu'on ête à l’homme ce privilège. Sauf dans le cas de légitime défense, nul n’est excusable d'ôter la vie à une créature humaine. Que l'assassinat soit commis | par une femme ou par un homme, il doit êire séparément puni. ! 5 | Me
Alors là, nous sommes tout à fait d’acéord, mais, pour éviter toute confusion, jé demande purement et simplement l’abrogation de cet article honteux, survivance de l’âge de pierre ! :
Car plus nous avañcerons, mieux nous vetrôns, dans ce livre, le peu d'importance de l’adultèré de la’ ferme, et, en tout cas, son irresponsabilité s1 lumineusement démontrée par Michelet et par tant d’autres, qui ont insisté sur la nature et la forcé impulsive de la passion chez la femme. £
Quand vous voyez, dit le Prince de Ligne, qu'une femme a chatigé d'avis, d'opinion et d'arnanñt, dites qu'elle n'en a ni l'honneur, ni le démérite, mais qu'elle n'a pu faire autrement. Je prie Dieu, son père, son mari, son amant et son ami de lui pardonner. »
Et Emile Faguet corrobore, sans s’en douter; le ss de Ligne, quand il écrit à son tout :
« L'infidélité devrait être pardonnée : car elle part de la même source que l'amour qu'on a eu pour vous : elle part de la curiosité Pour un inconnu qui atlire el qui détäche de l'ancien inconnu, devenu trop femilier; d'où il suit que l'infidélité est une fidé lité à
FS—
‘idéal que vous avez été a qu'il n'a pas dépendu de vous de ominuer d'être. »
Dans sa « Femme amoureuse », Henri d’Alméras a eu ort de reléguer dans une note ce qu'il eûtpu au contraire aire imprimer en caractères gras :
« Le cœur peut être fidèle, des sens ne de peuvent pas. Îls choisisent, mais ils n'excluent pas. Une, femme qui recherche uniquement u suriout le plaisir el Gui en a besoin est à la merci d'une occaion, de ce que Montaigne appelait «le furieux avantage de T’op- Jortunité ». CE N’EST PAS SEULEMENT UN HOMME QU'ELLE AIME, EST L'HOMME. » |
C'est évident. Et c'est même pourquoi elle peut aimer leux hommes à la fois. «
Ce qui arrive fréquemment, convient Hènn d'Alméras, si elle ne les aime pas de la même manière, s'ils ne représentent pas pour elle le même idéal.
Dans le roman de Bourget, Un cœur de F emme, Casal exprime sa surprise que M°* de Tilières, qui l’aime, aime Sgalement Poyanne ; et lord Herbert, son confident, lui répond :
— «Elle l'a aimé, sensuellement aimé, sans pouvoir arriver à cesser lout à fait d'aimer l'autre avec son cœur. Il était sans doute l'amant de son esprit, de ses idées, d'un certain nombre de choses d'elle que ton influence ne pouvait pas détruire, et toi, lu étais l'amant de ce qu'il ne salisfaisait pas en elle. »
« Les amanis parfails sont rares, Une femme peut se croire oblisée d'en avoir deux pour donner une égale satisfaëtien à son cœur et à ses sens, mais st la nature lui a trop M ar à donné le goût de l'amour (et j'ai remarqué que c'est Ja règle plutôt que l'exception) elle devient très capable d'aimer deux hommes en même lemps, pour les mêmes raisons. Il n'y a pas alors dédoublement, mais RENFORCEMENT. C'esi ce qui se produisit pour Mlle de Lespinasse, pour George Sand, et pour bien d'autres.
Îî faut, dans ce bas monde, être très indulgent, mais il faut voir l'humanité telle qu’elle est. Les femmes font partie de ceïle humanité, si abondamment Pouroue de défauts et de vices, Pourquoi donc seraient-elles fidèles, puisque les hommes ne le sont pas ? Prenons-en notre parti el tâchons d'en. souffrir le moins possible. »
. Il est certain que la cynique infidélité chronique de l'homme ne saurait inciter la femme à la fidélité. Bier
Li 200 EE PAR
avant M. d’Aïméras, Bourdaloue citait cette apostrophe | d’Aristote : « Si un homme voulait se donner la peine de
réfléchir un peu, il ne serait jamais assez déraisonnable
pour attendre que la débauche et l'innocence puissent
« vivre de bonne amitié entre elles, ou se flatter que la
chair et le sang soient capables d’une fidélité si rigide.
Me
qu'une belle femme puisse travailler à se perfectionner.
jusqu à ce qu’elle ait atteint à la nature des anges, dans
LS
la seule vue d’être fidèle à une bête brute et à un
salyre. »
Je sais bien que Marcel Prévost a écrit :
« Tels que l'amour et le mariage sont arrangés aujourd'hui, les femmes n'ont pas de revanche contr& l'infidélité de l'homme qu'elles aiment. Pour pouvoir ‘se venger, il faudrait n'aimer plus. Et alors
on n'aurail pas besoin de vengeance. »
Mais quand les femmes modernes trompent leurs maris,
! ce n’est pour ainsi dire, presque jamais par vengeance. Ce sentiment suranné est le cadet de leurs soucis ! Elles les trompent uniquement parce que c’est à la fois un besoin et un plaisir pour elles. Ca suffit. Quelquefois même, ce n’est qu’un besoïn sans plaisir. Lun ae ASEUER
D'ailleurs beaucoup de maris s’en accommodent fort bien. Indépendaminent de nombreuses autres raisons qui peuvent les inciter à fermer les yeux, il en est au moins une d'ordre psychologique, que développait en ces termes le marquis d’ Argens :
« L’ infidélité n'est pas le plus Que défaut, des femmes :
un mari dont l'épouse est coquetle ou galante, n'en est que plus “
tranquille dans son ménage : elle a du moins beaucoup plus d'égards.
pour lui que n'en aurait une verlueuse, qui fait acheter par mille lfourments une sagesse dont elle se défera peut-être à la première occasion, el qu'elle n'a conservée que parce qu'elle n'a pas trouvé le moyen de s'en débarrasser. Combien n'y at-il pas de femmes à qui la vertu est un pesant ‘fardeau qu'elles portent, faute de trouver des gens qui soient assez officieux pour les en décharger ! »
« La vérité, conclut Armand Silvestre, est que la société, la mauvaise surtout, vit sur une convention de
"Le délite tout à fait absurde et INCOMPATIBLE AVEC OTRE NATURE. | ;
En en faisant une jeu ue celle des Hate même fones seulement sur une 11e mutuelle, on a retiré à celles-ci ule garantie. Û
& Quand l'amour vient nouveau, impérieux, terriblement Frs Hique el sacré, en vain vous jetleriez entre sa foule-puissance el s lerreurs, enire ses joies et vos remords, tout l'inutile poids de rs souvenirs. C’est douter dé sa grandeur que se croire exempt de lle redoutable fatalité.
Magna res est amor, magnum omnino bonum !
ui a dit cela ? Un moine, le sentencieux et tendre A. Kempis. celte loi de fer tous nos serments se brisent comme des flèches nire une cible de marbre, serments imbéciles que scellent les isers. »
Au lieu donc de nous lamenter sur l’inéluctable, re oyez-Vous pas que nous ne serions pas plus sages ou oins fous d'imiter les mœurs de Tahiti : Libre comme seau dans l'air, la jeune fille n’y connait aucune auto- € dans la famille : elle dispose de sa personne comme on lui semble. Si elle se marie, le mariage n'est à ses UX qu’ une formalité qui ne l’assujettit à rien, ni ne lui e rien de sa liberté.
Mère de famille, personne ne cherche à s’enquérir de 1 est l'enfant ; ; 1l est toujours bien venu ; la mère le igne jusqu à ce qu'il puisse courir sans aide et se tirer affaires , , \ | Avant l'arrivée des Européens (et, avec eux, des misnnaires), une femme. avait autant de maris qu'il lui aisait d’en avoir. Les missionnaires n’ont plus toléré ‘un mari, mais leurs prescriptions ont été éludées et les. oses ont continué comme auparavant. ; Quand un jeune homme et une jeune fille vont ensem- > dans la montagne, au bout de qüelque temps ils lescendent : le jeune homme va de son côté, la jeune nme du sien : iis ne s’aiment plus... !
À Tahiti, c’est la constance qui est un phénomène, le docteur Jaf.
Fr
N’ est-ce point davantage en harmonie avec les lois: d notre nature éminemment changeante que notre convention nelle monogamie, hypocritement violée de part et d’autre :
N'est-ce point plus sensé que nos ridicules serment de fidélité éternelle, d’amour perpétuel, déméntis par no adultères eb par la nécessité du divorce qu'il a fall rétablir em France et dont usent en ce moment, rappelsne le, quarante mille couples par an >
Je me suis, quant à moi, toujours demandé que: ie foli poussait les amants, les fiancés, les jeunes mariés à s dire mutuellement :
— Jure-moi que tw m'aimeras TOUSOURS !
Au temps de: la lune de miel — fout nouveau, tor beau — on le jure, et de Bonne foi ençoré, cé qui €: admirable, et même par-devant M. le maire et surtou M. le Curé; puisque; pour lui, le mariage est indisso luble et qu’on n'en: peut faire, qu'um dans sa: vil Ma: quelle: est la portée, quelle est la valeur de: ce sérmient à
Pour JAMAIS ! Ah ! Seigneur, songez-vous. en vous-mêm Combienice mot cruel est affreux quand. on aime À
Et £a Bruyère: disait moins poétiquement que: Racine
&« L'on n’est pas plus maître de toujours aimer qe l'a été de ne pas aimer F »
Maurice Dtnnay qui, décidément, fait seit de brèches dans nos idées sacro-saintes, dit excellemment : *
@& On a toujours: tort: de. faire: intervenir: De les” cles sent mentales, la: question. de. durée, de temps. « |
Mais c'est comme pour les sonnets : le temps ne: fait. rien: l'affaire: L'amour d'une personne pour une personne peut
toute. la vie; mais: il! peut’ durer aussi! une’ semaine, ur Au, un ‘heure. »
ns 35 ; ar Tan ERA ÀËe »
Ellen Key,, après. Armand Silvestre, reconnaît qu'un personne ng peut pas plus promettre d’aimer où den pas aimer qu'elle peut promettre. de vivre. longtemps. «
& Îl ne suffit pas, dit-elle,. de, vouloir être fidèle pou l'être. D'abord, pour être fidèles l’un: à! l'autre, il fa
Ce No |
bte deux : puis ces deux êtres sont tous deux nee ei multiples, Nul n'est maître de son destin, dès qu'il a uni ce destin à celui d’un autre, La possibilité de trouver une force dans l'amour dépend à moitié d’un autre que soi. C’est ce qu'oublient ceux qui parlent avec tant d’éloquence de la fidélité comme « de la pierre de touche d'un caractère ». {l'est aussi absurde de parler du devoir de demeurer fidèle toute sa vie, qu’il serait absurde de parler du devoir de demeurer toute sa vie bien portant. »
Et Etienne Rey n’a fait qu’exprimer cette idée de l’infdélité fatale et inéluctable quand il a dit: « Eire abandonné, ce n'est que s'être laissé devancer dans lande lité. » |
George Sand, avec sà fine psychologie de Re Fur dans la bouche de Jacques, : s'adressant à sa flancée, c ces propos désäbusés : ie
« — La société va vous dicter une formule de serment ;: vous allez jurer de m'être fidèle et de m'être soumise, c'est-à-dire de n'aimer famais que moi ct de m'obéir en tout. L'un de ces serments esl une absurdité, l'autre une bassesse. Vous ne pouvez pas répondre de voire cœur, même quand jé serais le plus grand et le plus parfait des hommes ; vous ne devez pas FPS de m'obétr, parce que ce serait nous avilir l'un et l'autre.
Et la jeune fille de he £
-— Akh L'lenéz, në parlons pas de notre mariage; parlons comme si fous étions destinés seulement à être amants. Car pourquoi alors se mMmañier à » \
— Parce que la tyrannie socialé ne nous permet pas de nous posséder autrement ! »
Mais alors, puisque tout le monde est unanime à reconnaître que la fitélité est une chimère pour notre nature essentiellement inconstante, pourquoi l’exiger stupidement, tant de l’homme que de la femme, à moins qüe nous ne nous plaisions dans une mutuelle duperie ?
Îl semble, écrit Novicow, que si une femme venait dire : « J'ai - un tempérament ardent, Ce n'est pas ma faute, | m'a été donné par la nature, Je me conduis en conséquence et je le fais au grand jour », il me semble que ceite femme serait plus honnête qu'une autre s'exprimant ainsi : « Je sais que je commets une mauvaise
Sa, A. V6
action en trompant mon mari, mais je considère que je deviens complètement excusable, parce que je me cache, » Nous avons peur d'ouvrir les yeux et de voir les choses comme elles sont, Alors! nous tombons dans la morale la plus fausse. La sensualité est un fait de l'ordre physiologique. Il y a-des gens qui, par suite de la. conformalion de leurs organes, ont besoin de manger beaucoup et d'autres peu. Celui qui mange beaucoup n'agit pas plus contrairement à la morale que celui qui mange peu, parce que tous les deux
. obéissent au commandermient de la nature. Mais si un homme s'ima-
PA
gine qu'il est moral de manger peu el que néanmoins, cédant aux besoins de sa constitution physique, il mange beaucoup mais clandestinement, il ne devient pas plus vertueux par ce seul qu'il s'est caché. |
Quand la vérité aura remplacé nos mensonges actuels, les femmes sensuelles pourront obéir à leur nature sans se cacher. Elles n'auront pas besoin alors de se dégrader par l'hypocrisie. Mais il ne s'ensuit nullement que les mœurs seront alors plus mauvaises, parce que le nombre des femmes sensuelles ne sera pas plus grand à l'époque de la: liberté qu'à l'époque de la servitude. Une autre erreur consiste à confondre les phénomènes sociaux avec les phé-.
nomènes psychologiques. On dit que, quand les femmes seront libres,
elles prendront chaque matin un nouvel amant. On oublie seulement un pelit fait élémentaire : c'est que pour commettre une action,
‘il faut en avoir le désir. Le moteur des ‘actions humaines est interne
et non externe. L'action est la résultante d'un ensemble de facteurs psychiques, elle ne provient pas uniquement des lois établies par le législateur ou de la pression de l'entourage social. Quand un* citoyen a la libre disposition de sa fortune, il peut parfaitement la jeter par les fenêtres. Cependant des milliers d'individus gardeni soigneusement leur argent jusqu'à la fin de leurs jours. De même parce que, dans la société future, la loi donnera le droit à la femme de prendre un amant nouveau tous les matins et parce que l'opinion ne la condamnera même pas si elle le fait, il ne s'ensuivra nullement qu'elle agira ainsi, quand elle n'en aura pas le désir. Etre libre de … se donner, ne signifie pas encore se donner. Or, pour que la licence. effrenée des mœurs, qui cause lant de terreur aux conservateurs, vienne à se produire, il faut que les femmes aient le désir de se donner chaque matin, à un nouvel amant. Est-il probable qu'il en soil jamais ainsi ? Certainement non. Ce désir serait du libertinage morbide el comme je l'ai déjà dit, les femmes sensuelles ne seront pas plus nombreuses dens l'avenir que dans le présent. Mais nous sommes de nouveau sur*le terrain physiologique. Revenons au point de vue purement psychique. Il est facile de démontrer que ‘la
période de l'union libre ne sera nullement celle de la licence effré-
née des mœurs. La femme alors sera élevée autrement. Elle ne sera pas une poupée : elle connaîtra la vie. Pouvant prendre des amants selon son cœur, elle n en choistra que lorsque le cœur aura
Lao à DUR Or il n'ai pas brme à le nature psychique se l'espèce tumaine que le cœur parle chaque matin. Au contraire (bien entendu, loutes choses égales d'ailleurs) la puissance d'un lien étant en raison he de la somme de bonheur déposée dans ses origines, il y a lien de penser que les liaisons conclues librement, ayant un com-. mencement plus délicieux seront aussi plus durables. Par consé:. quent les femmes, tout en ayant la faculté de prendre de nouveaux
. amants fous les matins, ne les prendront pas, parce que cela ne leur
fera pas plaisir,
IL est donc presque certain, qu'à l'époque de l'union libre, toutes les femmes ne seront pas plus des modèles de dévergondage que, de nos jours elles ne sont toutes des modèles d'ascétisme. La liberté n'amènera donc ni une licence épouvantable, ni un débridement effréné des mœurs, ni aucune autre catastrophe de ce genre. Îl y a tout lieu de croire que la décence et la retenue,seront beaucoup plus: grandes que maintenant. Îl ne faut pas oublier qu'une société, où l'amour sera la règle, ne connaîtra plus de libertinage, car le liberlinage est précisément l'union sensuelle des corps sans l'union des âmes.
Les terreurs de conservaleurs sont donc absolument chimériques
el vaines.
Je suis certaine, quant à moi, qu'un jour viendra où notre Code et nos mœurs paraîtront aux générations de l'avenir aussi barbares que nous paraît déjà, à nous, l’âge, pourtant pas Si éloigné, des ceintures de chasteté.
On sait que |’ origine de cet instrument barbare buioité l vraisemblablement à l’usage de cette ceinture, ‘faite de laine de brebis sans tache, dont les anciens paraient les jeunes mariées et que l'époux devait dénouer lui-même
Castaque fallaci Zona recincta manu, dit Ovide.
Cette coutume poétique fut étrangement interprétée ou
plutôt travestie au moyen âge par un certain F rançois
de Carrara, viguier de Padoue. Ce jaloux, cherchant à
mettre son honneur en sûreté pendant ses fréquentes
absences, imagina une espèce d’engin en fer, qui, s’appliquant à la taille de sa femme, entourait tout le bassin,
‘cette machine étant fermée par une clef que le mari por-
tait toujours sur lui. Le président Desbrosses la vit en Italie où elle figurait dans le petit arsenal du Palais Saint- Marc à Venise.
CE est aussi là qu'est un ten ue dont at
un certan tyran de Padoue se servait pour mettre en
sûreté l'honneur de sa femme. Îl fallait que cette femme eût bien de l'honneur, car la serrure est diablement large. » (Lettre famil, Lettre XVI, t. [°.):
PAL A histoire nous apprend que la précaution prise par Francois de Carrara ne lui porta pas bonheur ; malgré cela, son exemple trouva des imitateurs et plus d'un guer-
rier partant pour la Croisade, fit confectionner pour son |
inconsolable épouse une précaution souvent inutile.
Nous empruntons à la Revue archéologique les détails
suivants sur la ceinture de chasteté, détails qui ne sont pas sans intérêt pour-nos lecteurs : À l'égard des ceintures de chasteté, M. Delabordes remarque que ( comme usage établi, elle n’ont point existé, surtout chez une nation aussi spirituelle que la nôtre ; comme lubie de
quelques maniaques, elles peuvent avoir été forgées excep-
tionnellement. Brantôme, dent Tallement des Réaux a seul surpassé en médisance la détestable langue, rejette en Italie ces stupides usages ». Divers auteurs montrent en effet que c’est au-delà des Alpes que de pareilles barrières ont été élevées. Tout le monde sait que Rabelais
met dans la bouche de Panurge : € Le diable m'emporte, |
si je ne boucle pas ma femme à la bergamasse ! »
Diderot appelle ce genre de cadenas l'instrument Îlorentin. Le comte de Bonneval raconte, dans ses mémoires, ses amours avec une dame qui portait une ceinture semblable. Il n ‘était pas possible de la couper ou de la découdre sans qu'on s'en aperçût et sa vie en dépendait. Cette aventure eut une fin tragique, RBonneval tua en duel le mari outragé et fut obligé de s'enfuir. Comme l’histoire avait transpiré, il en fut parlé à Vienne ; les dames le questionnèrent fort sur ce cadenas et l’empereur Joseph lui en parla plusieurs fois. On peut découvrir hors de l'Italie des traces de cet usage ; Middleton, poète anglais contemporain de la reine Elisabeth, en parle dans une de ses comédies.
Nous trouvons dans un bel ouvrage publié par M. Niel (poitraits du XVI siècle) des détails sur une estampe satis
Gr à ue le
rique fort rave dé Déohencl Gautier ; on y voit une allusion aux amoufs de Henri IV et de la marquise de Verneuil,
élle ést intitulée : « Un cocu qui porte la clef et sa femme la serrure ». Une femme assise sur un: ht présente à un homme debout devart élle l« clef du cadenas de la ceinture de chasteté qu’elle porte autour du corps, tandis que, derrière les rideaux du lit, l'amant tient une bourse pour payer l’aütre clef que lui tend une servante. Un fou cherche à retenir des abeilles dans un panier. et un chat guette une souris. (1}
Un grand seigneur du XVI° siècle, le duc de Ventadour, personnage fort laid, avait épousé M'"° de la Motte- Houdancourt, dont la beauté et la galanterie jouèrent un grand rôle à la cour de Louns XIV. Lisez dans M”° de Sévigné ce qu’elle dit de ce mariage, de la séparation des deux époux et le mot malin de M”° de Cornuel, qu’elle rapporte, sur le bruit qui courut du parti qu'avait pris le duc pour écarter de sa femme les admirateurs :. « /l a mis un bon suisse à la porte. » Nous ne savons si ce n’est pas cette rumeur qui donna lieu à deux bonnes comédies qui traitèrent un pareil sujet quelque peu délicat à mettre sur la scène : Le cadenas ou le jaloux endormi, par Boursault, pièce en un acte et en vers jouée en 1663 ; L'amour sentinelle où le cadenas forcé, par Nanteuil, pièce en trois actes et en vers, dédiée à un prince d'Orange (La Haye 1688). C’est probablement l’aventure rapportée par M”° de Sévigné qui aura inspiré à la Fontaime son conte du Bât. À |
L'emploi de ces ceintures s’est d’ailleurs maintenu dans certaines contrées de l’Asie et de l'Afrique. Le lieutenant
oudyck-Bartiaansen (Voyage aux Moluques, 1845), constate qu'à Java et dans quelques pays voisins, on .fait usage d’une ceinture pourvue d’un anneau à charnière, accompagné d'un cadenas.
On est en droit de se demander — et ce sera notre
(1) Nous avons cru devoir rotor ici cette estampe, parmi les illustrations de « livre.
un homme quelque peu délicat, à la pensée que sa femme
ne lui est physiquement fidèle que parce qu’elle ne : peut pas faire autrement, mais qu’elle: le trompe cent et
‘ mille fois dans son esprit et dans son cœur. pe!
. Or notre Code actuel et sa fidélité imposée, c’est la
ceinture de chasteté morale du mariage. | . Elle n’est pas moins barbare que celle des sauvages.
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conclusion de cette étude — quel plaisir peut éprouver