SCENE PREMIERE
DAMON, CONSTANCE
DAMON
e Yoilà triste et bien rêveuse , Et tu quittois hier le couyent sans douleur ! Tu me parus même joyeuse; Tu,m'embrassois de si bon cœur!
CONSTANCE
Ah ! Vous ne m'aimez plus, mon père.
DÂMON.
Moi , je ne t'aime plus 1
CONSTANCE
Je n'en sçaurois douter.
DAMON
Qui pourroit donc Vinquiéter ?
Je t'aime, mon enfant.
CONSTANCE
N*aYiez-Tous pas fait faire....
DAMON
Quoi?
CONSTANCE
Ma statue en marbre. Oh ! pour lors tous m'aimiez. De mon absence vous disiez Qu'elle Yous consoloit. Eh bien t je Tai cherchée Dans toute la maison, et j'ai perdu mes pas.
Que je te serre dans mes bras.
COMIDII.
Le reproche me plitt, mais ne toit point fichée.
(// rit.)
• CONSTANCE
Quoi ! TOUS riez !
DAMON
Je ris de ton étonnement, Et plus encor de ma folie.
Tu connois Valere? Au courent Nous nous entretenions de Valere souTent.
CONSTANCE
Lorsqu'il partoit pour ritaliei Je m'en souTieoa, je le vis un moment.
DAMON
On t*embratsoit encor : tu n'étois qu'un enfant.
CONSTANCE
Mais f aToIs bien dix ans*
DAMON
Et dis-moi, je te prie.
Tu ne te souTiens point qu'il te trouva jolie?
CONSTANCE
J'ai bien changé depuis.
DAMON
Assez pour mon dessein.
CONSTANCE, souriant.
Je rai, je vous TaYoue, apperçu ce matin.
DAMON
Quoi l malgré ma défense ! Et t'a-t-il apperçue ?
CONSTANCE
Non.
DAMON
Tant mieux.
CONSTANCE
Pourquoi donc? Et quel rapport enfin Entre Valere et ma Statue ?
DAMON
laisse, laisse-moi faire. Ohl j'ai quelque raison.
CONSTANCE
Pourquoi me la cacher, et quel est ce imstere ?
DAMON
J'avois résolu de le taire ; Mais 'il faut te céder. Eh bien ! tu sçauras donc Qu'il aime tous les Arts; qu'il est fou de Peinture,
D* Architecture, de Sculpture.
CONSTANCE
Seroit-ce un de ces gens qu*on appelle Amateurs ?
DAMON
Je ne le confonds pas avec la populace
De ces modernes protecteurs Qui des talens divers osent marquer la place ,
Des Artistes sont les Tuteurs, Se forment une Cour où leur grave manie
Daigne corriger le génie ; Qui jugent la peinture et la prose et les vers ,
Et qui jugent tout de travers.
Il n'est pas , lui , de cette espèce ; Il critique sans air, il loue avec finesse;
Sçait manier avec adresse
Le pinceau, le burin; il use noblement
Surtout de ses grandes richesses.
Il sçaura secourir un Artiste indigent ,
L*anrmer| le produire et cacher ses largesses ; Je crois que Ton peut estimer
Un Amateur si jeune et de ce caractère.
CONSTANCE
Je crois même qu'on peut Taimer.
Oui, Taimer, c*est mieux dit, et j'aime fort Valere. Aussi je lui prépare une bonne leçon ,
11 est gftté par l'Italie , Charmant, mais un peu fou; c'est une maladie ,
Une indiscrette passion Dont... tu dois le guérir. ,
CONSTANCE
Mais il ne m'a pas yûe,
DAMON
Et c'est bien mon intention Qu'il ne te sache pas mSme dans la maison.
De ses gens tu n'es point connue.
Mais il te yerra sans te voir.
Je lui fais Tendre ta statue Pour une Antique. Eh bien i sens-tu tout le pouvoir, Tout Teffet d'une Antique? Elle aura son suffrage, Elle passe pour Grecque. Heureusement pour nous La mode est pour le Grec ; nos meubles, nos bijoux ,
Étoffe , cofiffure , équipage y Tout est Grec, excepté nos âmes; et d'ailleurs Ta Statue a trompé jusqu'à des Connoisseurs.
CONSTANCE
Cela me réjouit d'avance.
Pour lui je serai donc une Antique? Je pense Qu'il sera bien surpris. Mais ne craignez-vous pas
De le blesser, de lui déplaire ?
Les hommes, m'a-t-on dit, sont tous si délicats Sur Tamour-propre! Et c'est se moquer de Valere.
Il ne faut point.
DAMON , (Vun ton ironique.
Le pauvre enfant!
En effet , je le plains , et j'aime ton scrupule.
(Avec vivacité.)
Je te le dis encor, je veux absolument Le corriger d'un ridicule.
Cest un enthousiaste 1 Ennuyé de Patis,
11 brûle d'habiter l'Italie; un pays
Où tout charme, dit-il, mes yeux et mes oreilles Où je marche entouré des plus rares menreilles. Il n'a point de lien qui puisse l'arrêter.
Feu son père, au retour de ce premier voyage,
Se proposoit de lui faire accepter Céliante, une veuve et coquette et volage , Très-bon parti du reste ; il cherche à l'éviter. Il faut avoir l'honneur de le fixer en France.
CONSTANCE
Mais avez-vous quelque espérance?
Pour moi, je ne crois point.
DAMON
Ma fille j il faudra voir.
CONSTANCE
Mais quelle impression peut faire une statue?
C'est là ce que je veux sçavoir.
Je l'attends ; laisse-moi. Je t'ai bien entendue , Et nous nous reverrons dans peu.
CONSTANCE
Mon père, en yérité, cela passe le jeu.
DAMON, seul,
Dequois'allarme-t-elle? Ah! bon, je Yois parottre Pasquin.