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JACQUES CHARAVAY

Les Curieux de documente historiques viennent de perdre un homme de bien, un homme de savoir et d'expérieuce avec lequel ils se plaisaient à converser et à s'instruire : le 23 avril 1867, est mort Jacques Charavay, né à Lyon, le 8 août 1809, fils d'Antoine Charavay, mort peu de mois "avant lui, dernier survivant des vieilles troupes de notre expédition d'Egypte.

Jacques avait trois frères : de bonne heure, il se mit vaillamment à la tète de la maison de son père et l'aida à élever sa jeune famille. Au milieu de tous ces soins, il se livrait à l'étude du droit sous la direction d'un avocat distingué, et finalement devint huissier. Un penchant inné pour les collections l'avait porté, dès 1830, à la recherche des manuscrits et des autographes. Lui-môme racontait qu'ayant fait l'acquisition d'une bibliothèque, il avait trouvé dans un tiroir une liasse de vieux papiers, parmi lesquels se trouvait une correspondance de l'abbé de Chaulieu, prose et vers. Ce fut pour Charavay tout une révélation, et dès ce moment Je moindre de ses loisirs appartint aux études historiques. A force d'accumuler des livres, il se fit libraire, vendit sa charge d'huissier, abandonna sa librairie à ses frères, et vint s'établir à Paris pour donner plus d'extension à ses recherches autographiques.

Le goût des autographes commençait alors à vouloir s'étendre. Toujours limité à quelques Curieux, il n'avait cependant jamais cessé d'être cultivé de loin à loin par quelques bons esprits. Erasme, le familier du chancelier Thomas Morus et du peintre Jiolbein; La Croix du Maine, les Béthune, les Galgnières, les Dupuis, les Villenavc, les Monmerqué, et un petit nombre d'autres adeptes, ' savaient s'éclairer de cette lumière de l'histoire et dés sciences. Mais ce' n'était point un goût suflisamment répandu, ayant son rayonnement, sa science, son commerce et ses ventes réglées. Deux ou trois personnes seulement s'occupaient accessoirement d'aider les amateurs dans leurs recherches. C'était" le libraire Téchener, et surtout le relieur Charon, qui avec Lefèvre, l'intelligent libraire de l'arcade Colbert, mettait la plus active sagacité à l'expansion du culte de l'autographe. Les pièces historiques n'avaient guère jusquelà figuré que comme accessoires à la fin de catalogues de biblio- : thèques ; ils commencèrent à être l'objet de catalogues séparés, généralement rédigés avec soin, et qui allèrent solliciter en France et à l'étranger les penchants curieux qui ne demandaient que les occasions de prendre leur essor. Charon fit des ventes publiques nombreuses et versa dans le commerce de précieux matériaux pour , les écrivains, s'étudiant surtout encore à servir d'intermédiaire aux Curieux pour des relations d'échange. Il se retira ensuite dans une petite maison de campagne construite avec le fruit de son travail. Parut à cette époque Charavay, qui mit à profit, dans la môme voie, l'instruction qu'il avait opiniâtrement acquise. Il fit aussi des ventes publiques nombreuses dont le chiffre se monte à plus de soixantequinze, et dont la première date de mars 1843. Les autographes qui la composaient provenaient de M. Alexandre Martin, une bonne plume, un vrai connaisseur, et de M. le baron deLaRocheLaCarelle, qui avait la délicatesse curieuse de l'esprit. Parmi les grandes ventes qu'il a faites et qui ont laissé des traces précieuses dans toutes les collections, sont celles des cabinets Villenavc, Esterhazv, Rénée, de Lajarriette, Chàteaugiron,Succi, d'Hunolstein, Gilbert, de Saint-Georges. La plus belle sans contredit a été celle de M. de Lajarriette, de Nantes, faite en 1860, et qui, dit-on, a produit plus de soixante mille francs, le plus haut chiffre qu'ait atteint jusqu'à présent en France une vente de ce genre de curiosités.

Charavay publia aussi un bulletin d'autographes à prix marqués, dont le n» 150 étaH sous presse lorsque la mort vint le surprendre.

L'œuvre de Jacques Charavay est dans ses catalogues. Il faut cependant citer aussi un ouvrage dont il a été l'éditeur :

Le Bulletin du département de Rhône et Loire, du 8 août au 30 septembre 1793, imprimé par ordre du Comité général de surveillance et de salut public de Lyon, mis au jour par les soins de Charavay fils aîné, sur le seul exemplaire connu. Paris, Charavay et France, 1845, in-4°.

11 a donné aussi, en 1862, un Catalogue d'une importante collection de documents autographes et historiques sur la Révolution française, qui est fort bien fait. <

11 avait formé une bibliothèque d'ouvrages historiques, par exemple V Histoire des Français de Simonde-Sismondi, Y Histoire de la Révolution et celle ùeYEmpire par M. Thiers, qu'il ailluslrées de portraits, de gravures et d'autographes souvent précieux : 11 était i la source. C'est une collection unique à laquelle le temps ne peut qu'ajouter beaucoup d'intérêt et de valeur.

L'état de la santé de Jacques Charavay, épuisé de travail, pour soutenir avec honneur une famille nombreuse, l'avait forcé, dans ces derniers temps, à se retirer dans\inc petite maison qu'il avait acquise au Vallois-Perret, et c'est là qu'après deux ans de luttes et de souffrances, il est mort au milieu des siens et de ses papiers, qu'il maniait encore en rendant le dernier soupir, dictant des notes a son (ils et revisant les cartes du catalogue Monmcrqué .

C'est une perte pour tous ceux qui s'occupent de documents historiques. A force d'en voir passer sous ses yeux, il avait acquis un coup d'œil assuré, une expérience qu'il savait raisonner ; et sa probité qui allait jusqu'à la délicatesse, faisait de lui un homme sûr du meilleur conseil.

Il laisse un fils, élevé en Curieux, admis* à l'école des Charles, et qui montre une ouverture d'esprit et un caractère dignes de son père, dont il n'a qu'à suivre l'exemple pourappeleti'estime de tous.

Le 30 avril 1867.

F. Feuillet de Conçues.

DÉGOUVEHTE DE PLUSIEURS LETTRES D'AEDE MANUGE L A\( li \

M. Armand Baschet doit paraître, au premier abord, un homme bien singulier. Un jour on le voit à Paris, tranquille, quoique toujours furetant curieusement et cherchant, puis on apprend soudain qu'il esta Mantoue ou à Venise et qu'il y passe des mois entiers,* transformé en érudit, en bénédictin. 11 reste tellement caché qu'on serait tenté de croire que la très-sainte inquisition, — fort heureusement défunte, — le retient dans les prisons de l'antique et illustre république. Que peut-il faire ? Pourquoi s'exiler si longtemps de la capitale au monde? En vérité, je le répète, M. Armand Baschet est un homme bien singulier. Il y a même des gens qui compatiraient à son sort s'ils savaient qu'il laisse les plaisirs mondains de Paris pour passer ses journées à remuer des monceaux de vieux papiers, de manuscrits plusieurs fois centenaires. Et cependant telle est la vie de M. Armand Baschet, vie de chercheur patient, d'érudit intrépide. On ignore trop combien il est pénibleet ingrat ce travail qui consiste à dépouiller des archives qui, depuis des siècles, séjournaient tranquillement dans des armoires ou dans des coffres et que jamais une main profane n'osait venir remuer. Mais aussi combien douce est la joie de Pérudit qui découvre au milieu de pièces sans valeur un document historique jusqu'alors inconnu. Cette joie, M. Armand Baschet l'a éprouvée maintes fois, et le monde littéraire en a ressenti les effets. 11 est inutile de citer ses Relations des ambassadeurs vénitiens et le Roi chez la Reine où le spirituel érudit a semé ce qu'il récoltait de tous côtés, mais nous croyons d'autant plus devoir rappeler ses curieuses

publications de lettres inédites de Kubens et d'André Mantegna que l'hcureux chercheur vieut de faire dans le môme genre une bien précieuse découverte. Nul n'ignore combien sont rares les lettres d'Aide l'Ancien, l'illustre imprimeur vénitien : la plupart des collections, pour ne pas dire toutes, en sont dépourvues. Les documents sur la vie du grand typographe manquent également. Il fallait un heureux hasard pour en trouver, et c'est a M. Armand Baschet que revient l'honneur de nous donner des renseignements nouveaux sur Aide l'Ancien. Neuf lettres inédites, .quatre demandes de privilèges, son testament, et quelques pièces à lui relatives, le tout accompagné de notes fort curieuses, voilà ce que nous valent les recherches d'un érudit distingué. Ces lettres ont élé découvertes dans les archives de la maison dcMantoue, mais c'est à Venise qu'a élé composé l'ouvrage qui les contient et dont le titre est fort simple : Aldo Manuzio : Lettres et Documents, 1495-1515. C'est à Venise aussi qu'il a été imprimé. — Destiné à quelques amis et bibliophiles et" tiré ù 160 exemplaires, dont aucun n'a été mis dans le commerce, ce livre, en même temps qu'il est, par le contenu et par l'impression, digne de ligurerdans le cabinet de tous les hommes sérieux, est déjà devenu une rareté bibliographique. L'auteur a bien voulu, avec sa gracieuseté ordinaire, nous honorer d'un exemplaire : nous l'en remercions d'autant plus vivement qu'il nous a procuré le plaisir d'entretenir en toute connaissance de cause nos lecteurs de cette importante publication, et de les instruire d'une découverte qui intéresse tous les amateurs d'autographes.

M. Armand Baschet va sans doute retourner à Venise continuer le cours de ses recherches et de ses travaux. L'accueil que tous les hommes sérieux font a ses ouvrages doit être pour lui une douce rémunération de ses peines. Nous souhaitons qu'il fasse encore de curieuses découvertes et qu'il rende à l'histoire tant de documents enfouis dans les archives Fi riches et si peu fouillées de l'antique cité des doges, de la reine de l'Adriatique.

LISTE PAR ORDRE ALPHABETIQUE DES MEMBRES DE L'ACADÉMIE FRANÇAIIE DEPUIS SA FONDATION JUSQU'A NOS JOURS, DRESSÉE PAR ALDEBT BASCE Cl KT1ESNE CIIABAIAW

E.mpis (Adolphc-Dominiguc-l'Ioreut-JosephSiMONis), auteur dramatique, né à Paris le 2(J mors 17«J5. Il fut élu le 1 1 février 1847 en remplacement de M. de Jouy, et prononça son discours de réccplion le 23 décembre suivant.

Esmknap.d (Joseph-Étienne), poète et littérateur, auteur du poème de la Navigation, ne à Pélissane (Bouches-du-Rhône), le 7 novembre 1767, mort par accident à Fondi, près Naples, le 25 juin 181 1. Il succéda, le 7 novembre 1810, au comte de Bissy, prononça son discours de réception Je 26 décembre de la même année, et fut remplacé par Ch. Lacrctelle (5« fauteuil).

Esprit (Jacques), littérateur, un des beaux-esprits de l'hôtel de Rambouillet, né à Béziers le 23 octobre 1611, mort dans la môme ville le 8

juillet 1678. Il succéda, en 1639, à Philippe Habert, et fut remplacé par Golbert, archevêque de Rouen fauteuil).

Estrées (César, cardinal d'), évêque de Laon, habile diplomate, néàParis le 5 février 1628, mort dans la même ville le 18 décembre 1714. Il succéda, en 1656, à Du Ryer, prononça son discours de réception ie 31 mars de la même année, et fut remplacé par le maréchal d'Estrées (9e fauteuil).

Estrées (Jean d'), abbé de Saint-Claude, ambassadeur en Portugal et en Espagne, archevêque de Cambrai, neveu du précédent, né à Paris, en 1666, mort le 3 mars 1718. Il succéda, en 1711. à Boileau- Despréaux, prononça son discours de réception le 25 juin de la même année, et fut remplacé par Réné d'Argcnson (36e fauteuil).

Estrées (Victor-Marie, duc d'j, maréchal de France, gouverneur de Bretagne, vice-roi d'Amérique, membre de l'Académie des Sciences et de celle des Inscriptions, frère du précédent, né à Paris, le 30 novembre 1660, mort dans la môme ville le 28décembre 1737.11 succéda, en 1715, à son oncle le cardinal d'Estrées, prononça son discours de réception le 23 mars de la même année, et fut remplacé par le duc de La Trémoille (9e fauteuil).

Ètienne (Charles- Guillaume), poète et auteur dramatique, publiciste libéral, député sous la Restauration et sous Louis-Philippe, né àChamouilly (Haute-Marne), le 6 janvier 1778. mort le 13 mars 1815. Il succéda, en 1811, à Laujon, prononça son discours de réception le 7 novembre de la môme année, fut excfu par l'ordonnance royale du 21 mars 1816. Réélu le 2 avril 1829 après la mort d'Auger, il prononça un second discours de réception le 24 décembre de la môme année, et fut remplacé par Aifred de Vigny.

Falloux (Alfred- Frédéric-Pierre, comfe de), historien et publiciste, dé-

Euté, ministre de l'instruction pullique, en 1818. né à Angers (Maine-etoire), le 11 mai 1811. 11 fut élu le 10 avril 1856 en remplacement du comte Molé, et prononça son discours de réception le 26 mars 1857.

Faret (Nicolas), historien et littérateur, né à Bourg-cn-Bresse (Ain), vers 1600, mort à Paris, en septembre 1616. Membre de l'Académie dès sa fondation, il fut remplacé par Duryer (9e fauteuil).

Favre (Jules-Gabriel Claude), avocat et éloquent orateur parlementaire, représentant du peuple, en 1818, et député sous Napoléon III, né à Lyon (Rhône), le 31 mars 1809. Il fut élu le 2 mai 1867 en remplacement de Victor Cousin (12« fauteuil) l.

Féletz (Charles-Marie Dorimonr, abbé de), critique distingué, né à Grimont (Corrèze), le 3 janvier 1767, mort le 11 février 1850. Il succéda, le 14 décembre 1826, à Villar, prononça-son discours de réception le 17 avril 1827, et fut remplacé par M. Nisard (39e fauteuil).

Fénelon (François de Saugnac de La Mothe), l'illustre archevêque de Cambrai, né au château de Fénelon, en Périgord, le 6 août 1651, mort à Cambrai le 7 janvier 1715. Il succéda, en 1693, à Pellisson- Fontanier, prononça son discours de réception le 31 mars de la même année, el fut remplacé par Gros de Boze (32e fauteuil).

Ferrand (Antoine-Francois-Claude, comte), historien et publiciste, ministre de Louis X.V1II, né à Paris, le 4 juillet 1751, mort dans la même

i Le retard apporté à la publication du présent numéro nous a permis de comprendre M. Jules Favre dans notre liste.

Tille, le 17 janvier 1825. Il fût élu par ordonnance royale dû 21 mars 1816, et remplacé par Casimir Deiavigne.

Feuillet (Octave), romancier et auteur dramatique, né à Saint- Lô (Manche), le 10 août 1821. Il fut élu le 3 avril 1862 en remplacement de Scribe, et prononça son discours de réception le (17« fauteuil).

Fléchier (Esprit), évéque de Nîmes, illustre orateur de la chaire, né à Pernes (Vaucluse), le 10 juin 1632, mort à Montpellier le 16 février 1710.

11 succéda, en 1673, à Oodeau, prononça son discours de réception le

12 janvier de la même année, et fut remplacé par H. de Nesmond (1er fauteuil).

Fleury d'abbé Claude), sous-précepteur des petits- fils de Louis XIV, auteur de V Histoire, ecclésiastique, né à Paris le 6 décembre 1640, mort te 14 juillet 1723. Il succéda, en 1696, à Jean de La Bruyère, prononça son discours de réception le 16 juillet de la même année, et fut remplacé par Adam (27° fauteuil).

Fleury (André- Hercule, cardinal de), précepteur et premier ministre de Louis XV, évôque de Fréjus, né à Lodève (Hérault), le 22 juin 1653, mort à Paris le 29 janvier 1743. Il succéda, en 1717, à Fr. de Callières, prononça son discours de réception le 23 juin de la même année, et fut remplacé par le cardinal de Luynes (28* fauteuil).

Florun (Jean-Pierre Claris de), littérateur et fabuliste, né au château de Florian, près Sauve (Gard), le 6 mars 1755, mort à l'orangerie de Sceaux le 13 septembre 1791. Il succéda, en 1788, au cardinal de Luynes, prononça son discours de réception le 14 mai de la même année, et fut remplacé par... (28e fauteuil).

Flourens (Marie-Jean-Pierre), savant physiologiste et écrivain dis* tinjrué, membre et secrétaire-perpétuel de l'Académie des Sciences (1828-1833), né à Maureilhan (Hérault), le 13 avril 1794. 11 fut élu le 20 février 1840, en remplacement de Michaud, et prononça son discours de réception le 3 décembre suivant .

Foncemagne (Etienne Lauréault de), érudit et littérateur distingué, membre de l'Académie des Inscriptions (1722), né à Orléans (Loiret), le 8 mai 1694, mort à Paris le 26 septembre 1779. Il succéda, en 1737, à Jlussy-Rabutin, évêque de Luçon, prononça son discours de réception le 10 janvier de la môme année, et fut remplacé par Chabanon (18e fauteuil). * , -

(La suite au prochain numéro.)

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