‹ L'Amateur d'autographesChapitre 141 sur 175 · LOUIS XV · texte numérisé non relu

LOUIS XV

Lettre à Tabbesse de Munster-Pilseîi sur la guerre d'Allemagne.

Madame l'abbesse de Munster-Pilsen,

La guerre qui s'est allumée en Allemagne et qui s'y continue au mépris des lois et constitutions germaniques, et au grand préjudice de plusieurs Etats considérables de l'Empire, a obligé ces Etats oprimés ou «.ttaqués et plusieurs autres qui s'intéressent véritablement au salut de la patrie Germanique de réclamer ma garantie et mon secours, tant eu vertu de la paix de Wesiphalie que des alliances deffensiveri que j'ay contractées avec divers princes de l'Empire. Comme je n'ay rien plus à cœur que d'exécuter les traités par lesquels je suis engagé à la défense de mes alliés et au maiutien des traités de Wesiphalie, dont je suis garant et qui

ont été la base de tous les traités que j'ay faits avec différentes puissances d'Allemagne et nue je Buis animé du désir le plus sincère de concourir selon le vœu de l'empire au promt rétablissement de la paix publique i'ay pris la ferme résolution de faire les plus grands efforts pour remplir ces importants objets. En conséquence je vais envoyer une armée nombreuse en Allemagne. L'Empereur et l'Impératrice Reine de Hongrie et de Bohême vous auront déjà adressé Ieur3 lettres réquisitoriales pour vous engager à donner à mes troupes le passage libre et ami par vo3 états et je vous en fais icy ma réquisition parliculière. Mon dessein étant qu'elles ne vous causent aucun dommage, j'ay donné les ordres les plus précis pour qu'elles observent la plus exacte discipline, que tout ce dont elles auront besoin soit payé ponctuellement et j'ay envoyé des commissaires pour concerter d'avance tous les arrangements nécessaires. Ces précautions, le motif légitime qui dirige mes mesures, enfin votre zèle pour la patrie Germanique m'assurent que vous voudrés bien aporter toutes les facilités qui dépendront de vous pour le passage libre et ami de mes troupes et tout ce qui pourra concerner leur service, et je puis vous répondre aussi du gré que je vous en sauray. Sur ce je prie Dieu qu'il vous ait, Madame l'Abbesse de Munster-Pilsen, en sa sainte garde.

Ecrit à Versailles, le 2* Mars 1757.

Louis.

Roujllé.

DUftAULX Jean)

Curieuse épitre de Dusaulx, le traducteur de Juvénal, où il remercie Palloy de l'envoi d'une pierre de la Bastille.

Paris, le 16 janvier 1791.

Je viens, mon cher et généreux Palloy, de recevoir à l'instant et votre plan de la Bastille, et les pièces intéressantes qui t'accompagnent. Certes, voilà des étrennes aussi bien assorties à votre patriotisme, qu'au temps présent ; des étrennes vraiment nationales, et non moins agréables à l'œil de tout bon Français, que douces à son cœur : d'ailleurs, ce don de votre amitié, que je sais apprécier, ne cessera jamais de me rappeler et ce que nous avons vu l'un et l'autre à l'hôtel de ville le 14 juillet 1789, et tant d'autres circonstances, dont j'ai tenté dernièrement, en qualité de témoin et d'acteur, de transmettre le souvenir authentique, à nos derniers neveux.

Quel jour, brave homme, que ce 14 juillet, qui, sur le champ, servit d'époque, .et comme au premier coup de tocsin, nous sortîmes tous de notre léthargie; vous le rappelez vous bien ce jour d'enthousiasme, de terreur et de larmes ; mais enfin de triomphe et de gloire? Aux prises avec les terribles incidents qui se succédaient d'un moment à l'autre, et le plus souvent hors de vous-même, vous avez, mon ami, plus agi qu'observé. Non, vous n'avez pas pu, comme je l'ai fait, vous voir et vous entendre. Savez -vous que, dans notre comité permanent, vous et le hardi Francotay, vous files trembler à propos des gens pusillanimes ou mal intentionnés? que vous leur fîtes Laisser les yeux, et les réduisîtes à un honteux silence ? les lâches ou les perfides osaient nous blà-

mer, dans ce moment suprême, d'avoir unanimement conjuré la prise de la Bastille ; repaire non moins funeste, non moins atroce, que celui des Phalaris ou des Cacus ; ils osaient douter de notre prochain triomphe, et ne cherchaient, par toutes sortes de subterfuges, qu'à le faire avorter.

Les destins de l'empire en avaient autrement ordonné. Vous et les ardeus patriotes qui vous escortaient, brûlant tous d'achever votre conquête, et dociles à la voix de ces chers électeurs, deces génies tulélaires, qui vous ont si bien dirigés et secondés, vous retournâtes au combat, d'où vous n'étiez venu parmi nous que pour y requérir de nouvelles munitions, dont manquaient les soldats citoyens, exposés sans défense au feu roulant de la Bastille. Vous n'en revîntes qu'après avoir détruit et renversé les antiques barrières de cet affreux palais du despotisme. Ce fut alors que nous en vîmes paraître les dépouilles composées de tous les instruments de la tyrannie; ce fut alors que vous traînâtes à notre tribunal les prisonniers, les satellites, surpris et vaincus dans cette forteresse humiliée.

Grande et mémorable expédition ; mais les générations futures sauront aussi que l'intrépide Pallôy, après avoir puissamment contribué à la conquête de ce môle informe, dont l'aspect consternait jusqu'à l'iunocence, eût encore, de son propre mouvement, l'honneur d en avoir douné le premier le signal et l'exemple de la démolition : qu'il l'a heureusement achevée sous les auspices de la commune de Pans, et aux acclamations de ses concitoyens, ravis de son désintéressement et de son zèle inaltéralble.

Que lui restait- il à faire, après la prise et la subversion de la Bastille? le fait va l'apprendre.

La postérité n'ignorera pas noli plus que par un élan digne de ces Grecs qui, du tems de Thémistoele, et de Périclès, armaient des flottes à leurs propres dépens, et construisaient des monumens publics ; la postérité saura que ce même Palloy, qui, sur les débris de la noblesse féodale, s'est créé une noblesse vraiment civique, sacrifia la moitié de sa fortune, si bien acquise, pour manifester à toute la France, les horribles formes de l'antre trop fameux où, depuis plusieurs siècles, le despotisme français entassait à son gré de nombreuses victimes... Que dis-je, à la France? à l'Europe entière, aux trois autres parties du monde; car l'aspect seul de ces Bastilles récemment embarquées, et flottant aujourd'hui sur toutes les mers, iustifira bientôt notre sainte insurrection aux yeux de l'univers, la fera bénir par tous les peuples libres ou. esclaves, et produira, n'en doutons pas, d'autres insurrections utiles au genre humain.

Quel homme, en effet, s'il en mérile le nom, et pour le peu qu'il ait le sentiment ou le regret de la liberté, ne frissonnera pas, quand on lui dira, dans les pays lointains : Regarde* ees pierres que l'art a sculptées autant en l'honneur de la liberté qu'en haine des tyrans ; eh bien ! elles furent souvent arrosées de larmes et de sang; ce sont des pierres arrachées des plus sombres cachots. Quel homme, quand il verra, quand il apprendra ce que c'était que celle prison d'Etat, et quel en était le régime, ne jurera pas, du fond du cœur ; ou de s'opposer à la naissance d'une pareille tyrannie ; ou , si elle existait , de l'abolir à notre exemple.

Je vous ai retracé, mon cher Palloy, vos titres incontestables, et les plus beaux momens de votre vie : il vous en reste encore assez pour jouir longtemps avec les compagnons de votre gloire, et des suffrages de vos compatriotes et de la reconnaissance des nations.

Puisse, chez nous, la reconnaissance publique graver un jour sur votre tombe, faite en forme de Bastille à moitié détruite :

Page 1