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PIÈCES INÉDITES
FADERT (le maréchal).
Nous avons donné dans noire dernier numéro une curieuse lettre du maréchal Fabert que nous avions extrait d'une correspondance de lui que nous possédons. Aujourd'hui nouspublions les sept lettres qui nous restent : elles sont toutes adressées à Arnauld d'Andilly, a Port-Royal.
La première lettre est dalée du 18 avril 1660. Fabert parle d'abord d'un ouvrage d'Arnauld d'Andilly, puis ils'élendsur les événements politiques du temps.
Le 18* avril 1660.
Les concidéralions que vous faites sur lavantage des Vandales et le malheur des Chrétiens, son sy belles quon ne saurait les tire sans sentir dans son esprit je ne scay quoy qui fait cognoistre qu'il y a deux chemins dans la vie, dont l'un est peu suivy et l'autre est plain de tout le monde. Et cella, Monsieur, me faitpencerquese que vous apcllez secrets impénétrable de Dieu peut estre un effort de sa bonté pour sauver bien des gens qui se fussent perdus en vivant dans la joie, et dedans les plaisirs. Vous savez que la troupe cnmeine le particulier qui en est et que cella dans un temps d'abondance et de paix perd une infinité de gens ; mais sy des ennemis en corps attaquent un estât, chascun par l'intérest commun tache à leur résister, et de cest engagement publique
l'on vient dans le particulier qui porte à faire des actions pour acquérir honneur. S y la Religion s'en meslc l'on s'allume le cœur de courage et de zelle et ce qui contre des fidclles ferait un grand soldat, fait lors un grand saint et niartir, combatant et soufrant pour la foy. Ainsy, Monsieur, faute d'estre jette" dans un estât semblable à celuy où les Vandales mirent les Chrétiens en Afrique voyez eombieo de gens eussent estez perdus qui sont en paradis. Tel aujourd'hui en France poura estrq daunez qui teroit son salut s'il estoit en Candie '.
Vous avez eu raison de vous persuader que la mort du Roy de Suède * ne scroil pas d'une dangereuze suite. Les nouvelles que je reçois de La Haye, assé souvent du Nort, porte que la paix doit y estre eouclue à présent. L'on croit aussi celle d'entre la Polongne et Suéde * et .l'Empereur fait espérer au comte de Furslemberg de le renvoyer aux Électeurs de Mavance et Colongne avec contentement sur la demande qu'il luy fait de leur part pour empescher la guerre ou pluslost pour donner la paix à l'Allemagne. C'est ce que l'on m'escrit sur l'advis que j'ay donner ans Electeurs que le secours de France estoit prest à marcher sur leurs ordres.
Au nom de Dieu, Mousieur, n'oubliez pas de faire imprimer la guerre des Vandalles : cella certainement sera util. Les petits libvres se lisent par bien des gens et cella touche de vcoir quil y a douze cent ans que lou disait la messe, etc. Il est à espérer que ceux de la religion prohleront de ses beaux tesmoignages.
La seconde lettre, du 2 mai 1660, est relative aux événements politiques, aux intrigues des Anglais pour empêcher la conclusion de la paix entre, la Suède et le Danemark, et enfin aux secours que Louis XIV devait envoyer en Candie aux Vénitiens.
Le 2 may 1660.
L'on confirme lousjours de plus en plus la nouvelle que l'Empereur est porté à la paix et le marquis de Fuentés, ambassadeur d'Espagne auprès de luy, escrit à l'électeur de Cologne qu'il est prest à rendre ce que ses armes ont occupez dans la Poméranie. Il adjoute que pour d'autant mieux acheminer les choses l'on a estez d'advis de l'aire passer le président Colhert à l'assemblée qui est près de Danzick. Vous savez ce que font les Anglais à La Haye pour faire désister les estats de vouloir que les Suédois se relascheul de Dronlheim sous prétexte quils ont causez des frais au Roy du Danemark par le retardement que leur feu Roy avait aporté à la paix. M. de Thou doit seconder la harangue que l'envoyez Downing a faille sur cella. Je-croy que les estats y donneront les mains quoy qu'on croye qu'ils avoyenl desseing d'avoir Dronlheim par engagement pour les frais qu'ils ont fait pour cette guerre du iNord. Le Brandebourg est tout à fait las de guerre à ce que l'on m'en a mandé de Berlin de sorte que je ne veoie rien qui n'aille à terminer les différends des princes chreslieus et à pousser leurs armes aux secours de la Transilvanie et des Vénitiens. Peut eslre S. Em. a-t-elle commeucez : elle a escrità uu de mes amis qu'elle envoyait ses gens qui se sont embar
1 Louis XIV envoyait du secours en Candie aux Vénitiens. • Charles-Gustave X, roi de Suède, n. 1G22, m. le 23 février 1GG0. a Le 3 mut uu traité fut conclu à Oliva entre Charles XI, roi de Suède, et lu l'ologue.
quez en Provence pour un fort grand desscing. Il n'y en peut avoir à mon opinion de tel que contre le Turc. Peut-estre l'envie que j'ay que relia soit me fait pousser colla trop loing dedans mon espérance," mais j'ay plaisir à y poncer et je scay que vous désirez cette guerre sy sainte.
Je vous remercie, Monsieur, de la joye que vous m'avez donnée en m'aprenant ie mariage de Monsieur d'Andilly. Après vous je ne croy pas que personne en aye tant que moy. Je souhaitois que vous eussiez ce contentement là. Le choix que vous avez fait ne peut estre que bon. Vous savez qu'en cette affaire la personne est ce quxm doist concidérer par préférance à tout et quand l'on ci laisse mesner par un aussi bon guide que vous l'ettes on ni peut qu'estre heureux. Je prie Dieu seulement que vous jouyssiez longtemps du contentement que vous allez recevoir.
Le fils d'Arnauld d'Andilly dont il est question dans la précédente letlce est Simon Arnauld, marquis de Pomponne, diplomate distingue, qui épousa, en 1660, Catherine Ladvocat. La 3e lettre, qui suit, est entièrement consacrée à cet heureux mariage.
Le 5 mai 1660.
Vostre bilkt du 30 m'a redoublé la joye que j'avais de l'heureux mariage de Mr vostre fils : ce que vous me fautes l'honneur de m'escrire des perfections de Mad. sa femme m'asseure qu'elle le rendra heureux. Je frémis lorsque je pence à ces sortes de marchez. J'en ay fait un en ma tille aisnée 1 et j'en ay d'autres à faire en deux autres dont l'une s'advance assé en aage ». Le premier m'a fait sentir la peine qu'il y a à un père de deslivrer un enfant à un homme qui en peut être aussi bien le tiran que le marry. Je fcay qu'en donnant les autres j'aurez la mesme apréheution. Il y a tant d'imperfection cachées parmi les hommes et il en nayl de sy grandes et sy surprenantes à quelques uns dans un aage auquel il y aurait subjet de croire qu'ils se corrigeroyent de celles qu'ils auroyent,"que je ne puis savoir cella et aymer mes enfans autant que je les aymesans craindre horriblement de les mal marier. Je vous dis cella, Monsieur, pour vous faire cognoistre combien je vous estime heureux d'estre hors de la peine où je suis, et estant autant persuadez que vous le devez estre que je ne suis pas moins que vous mesme touché de ce qui arrive vous pouvez vous représenter mieux que je ne pourais vous le dire la joie que je ressens du sujet de la vostre et de ce que vous estes hors de la crainte dans laquelle je suis.
Les quatre autres lettres du maréchal sont en partie relatives aux démêlés d'Isaac de Pas, marquis de Feuquières, gouverneur de Verdun, avec le Parlement de Metz. Elles renferment a cet égard des détails fort curieux.
A Sedan, le 12 mai 1660.
J'ay bien reçu le billet que voii3 m'avez fait l'honneur de m'escrire le 5, mais n'y ayant rien qui me donne subjet d'y répondre je ne vous
i Anne- Dim- Donnée, marine en 1657, à Louis de Cominges, marquis de Vervins. premier maître d'hôtel du Roi, mort eu 1663. Klle se remaria a Claude François de Mérode, marquis de Trélon.
» Ses deux autres filles étaient Claude et Angélique (V, Moreri, art. Fabert).
aurez pas fait celuy-cy sy je n'eusse eu à vous dire que le lieutenant générai de Verdun estant de Metz venu iey pour me demander recommandation en une a lia in? qu'il a, estant mandé à la cour par un veniat. Je lui refusa y d'en esc rire et lui conseillay de se mettre bien avec son gouverneur. Il me témoigna qu'il ferait pour cella toutes choses possibles et me parla de sortes qu'il me persuada qu'il disait vray. Je luy donnay une lettre pour vous qiril ne l'eust pas parce que je la lui donnay le lendemain matin en sortant à l'ouverture des portes. J'ai maintenant à vous dire que je ne luy ai jamais parlé que cette seulle fois, que je ne répond pas de ce qu'il promettra et qu'en escrivant je n'ay eu de desseing
3ue de remettre cest homme à son debvoir. Ainsi sa estez par l'intérest e Mr le Marquis de Feuquiôres que j'ay agy, et sy vous jugiez que la proposition que je vous ay faitte ne luy soit pas advantageuse, je vous suplie ne luy en point parler et brusler mon billet.
Encore une fois, Monsieur, ie vous suplie de croire que j'ay une joye extrême de celle que vous donne le mariage sy heureux de Mr d'Andilly.
Le 20 juin 1660.
Vous pouvez estre asseurez que je me tiens bien mieux instruit des choses que vous me dites que je ne croirois lettre sy je m'en estois instruit moy mesrae. C'est assê que vous ne croyiez pas M. Gillet innocent pour que je le tienne coupable. Je vous ay manué cy devant que je ne le cognois point : ce que vous escritde luy Mons. le Marquis de Feuguières me fait croire que c'est un homme sur la parole duquel il ne faut pas s'abandonner. Je vous envoie une lettre qu'il m'a escrit et la copie de la réponce que je luy fais. Vous bruslerez le tout qui ne vaut pas la peine d'estre envoyez et sy vous voulez que je lui escrive quelque autre chose que ce que je luy mande je le ferez tout ainsy que vous me le dicterez, mais prenez garde qu'il y a des esprits qui lors qu'on les veut un peu pousser pour leur faire faire quelque chose pour leurs intérêts ils croyent aus3y tost que c'est quon les recherche. La conduit te de cet homme envers vous ne me plaist point non plus que celle qu'il a tenue à Paris pour son gouverneur. S'il y a de la vanité dans sa teste, je croy qu'il faut le laisser venir.
Lei\* Juillet 1660.
Je ne scay ce qu'est devenue la lettre du sieur Gillet que par vostre billet du premier vous me mandez n'avoir pas resseue il faut qu'elle ait estez oubliée en fermant le pacquet et bruslée avec celles qu'on brulle à chacun ordinaire. Je metterez moy-mesme avec ce billet la responce u'il m'a failte à la lettre dont je vous ai envoyez la copie. Ce sera à vous e juger de son intention. Je vous ay déjà escrit que c'est un homme que je ne cognois pas, ne l'ayant vue qu'une seule fois, mais quant toute ma vie jel'aurois pratique et que vous ne l'auriez vu qu'un instant, je croirais que vous le cognoistriez raille fois plus que moy. Outre la vanité que Vous luy avez remarquée il peut encor estre poussé par le parlement de Metz que je veoi estre en appétit de prendre authorité sur toutes choses et apuyer assé le lieutenant général de Metz qui par ce chemin là croit se rendre concidérable. Vous savez de combien de différents esprits les corps sont composez. Je tiens celuy du parlement de Metz fait ainssy que les autres. Peu d'hommes cherchent de la réputation par une conduilte sage et réglée ; elle vient par là avec trop de lenteur et il couste beaucoup à l'acquérir. Faire le zellezpour acroistre le crédit d'un
corps duquel l'on est, qui porte le nom de souverain. Soubs ces gens là faire t'enchantez pour leur plaire et le pationné pour l'intérest du peuple sont des choses où nous voyons chascun tomber, et par là naistre les divisions qui sont dedans les villes. D'aflleur vous savez combien les Parlements et les gens de justice sont contraire à toute autre authorilé et la jalousie qu'ils ont contre les gouverneur?, ce qui vous doibt empescher d'estre surpris d'aprendre par ce billet qu'on m'a dit qu'il v a des mémoires donnez au parlement de Metz contre le Marquis de Feuquieres. Peut estre le scait-il, mais moy ne sachant pas qu'il le sache je croyestre obligé de le luy faire savoir et que c'est le luy dire de vous le dire à vous.
H ne faut que brusler la copie delà lettre que j'escrivées au sieur Gillet il y a quelques jours, et la reponce cy jointe qu'il m'y a faitte: cella ne mérite pas de urettre renvoyez.
Le 3 octobre 1660.
J'avois receu la responce que vous m'aviez fait le 7 à ma lettre du 2. Il est vray que j'avois eu desseing d'aller à Bourbon et que lors que je pris congé du Roy et de S. Em. que je leur dis que j'yrois, mais ayant depuis conciderez que Plombière estoit beaucoup plus près çl'icy où je pouvois venir pour donner ordre à des baslimenls de Paix que j'y fais faire, je changea y de desseing et m'en vins à Sedan. Je ne scay encore si j'yray à Plombière ou non : le mal qui m'obligeoist à faire ce voyage nï'ayant quasy entièrement quitté depuis huit jours.
Ce changement a fait courir un bruit quej'estois disgracié et en suilte un autre que le Roy venoit icy, mais Ton parle à Paris avec sy peu d'aparence de raison que ses bruits là quoy qu'entièrement faux ont encor plus de fondement que les autres qu'on forge tous les jours.
J'ay envoyez au gouverneur de Maestrik l'imprimé fait par M. Frideau : il me mande que les ministres en out estez fort estourdy. Le fourbe qui avoit pris son nom n'est ny passé par là, ny par icy.
C'est ici que, par ordre chronologique, doit se placer la lettre de Fabert que nous avons donnée dans notre dernier numéro.