‹ L'Amateur d'autographesChapitre 156 sur 175 · LA VENTE DES 16 ET 17 DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

LA VENTE DES 16 ET 17 DÉCEMBRE

M. Étienne Charavay dirigera, les 16 et 17 décembre, la vente de la collection d'autographes de M. Blanchart. Le catalogue vient de paraître et doit être maintenant dans les mains de tous les ama • teurs. On nous permettra de donner ici un résumé des pièces qui le composent, en les groupant par catégories:

Souverains : Jean, roi de France, une charte non signée mais intéressante pour l'histoire de l'époque ; Henri IV, curieuse lettre d'amour; Anne d'Autriche ; Louis XIV. - Philippe II, roi d'Espagne; Charles V*»-, roi d'Angleterre, pièce signée, comme prince de Galles ; Frédéric 7«r et //, rois de Prusse. — Beauharnais (Joséphine), impératrice des Français, plusieurs lettres ; Bonaparte Jérôme), lettre très- curieuse, écrite en 1814 ; etc.

Littérateurs et Ecrivains : Cette série débule par une p èce d'une excessive rareté, une lettre autographe signée de Ronsard, le prince des poètes du XVIe siècle, dont il n'a passé à notre connaissance dans les ventes publiques qu'une lettre signée vendue 111 fr; à ses côtés marchent Philippe Desportes, Jean de Lingendes, dont le nom n'a pas sans doute l'éclat de celui de ses illustres confrères, mais dont les autographes n'en sontpas moins rares, et Anne aVUrfé, frère de l'auteur de l'Astrée. Puis vient Malherbe, qui est représenté par une lettre d'amour écrite dans les termes usités ae la galanterie au commencement du XVII* siècle, et qui n'est pas une des pièces les moins piquantes de la venle. Citons aussi une quittance signée de Gaspard de Fieubet, ce poète Toulousain, qui composa les épitaphes de Descartes et de Saînt-Pavin, et dont les autographes se rencontrent difficilement. — Voici maintenant un manuscrit autographe de Senegé, qui est un des articles les plus précieux du catalogue : puis il convient de nommer De fhou (J.-Aug.), le grand historien ; Thori, un écrivain du XVII» siècle : SaitihEvremond ; Mascaron, le grand prédicateur, une lettre à Mlle de Scudéry ; Rapin (le père) ; ffozier (Pierre d*), le célèbre généalogiste ; Chaulieu (l'abbé ne), une jolie lettre aut. sig., ce qui n'est pas commun ; Galland, le traducteur des Mille et une Nuits; Rousseau (J.-B.), une lettre et un quatrain ; Laurière, le

savant jurisconsulte ; Boissard, écrivain franc-comtois ; Gaultier et Breitinger, deux écrivains protestants; Galiani (l'abbé), une lettre et un manuscrit des plus piquants ; La Grange-Ci hancel, l'auteur des PhiUppiqucs qui lui valurent tant de tribulations; Rousseau (J.-J.), unelettre intéressante et un cahier de musique copié par lui; Racine (Louis); Ramsay, l'historien; Pictet, lettre à Voltaire; — les écrivains allemands Wieland, Weisse, Hagedom, Huberel Lavater; — Roucher, charmante épître à sa fille ; Malfilâtre et Hcgésippe Moreau, deux poètes célèbres par leurs infortunes et dont nous n avons que des fragments : Millevoye ; La Mètheric, lettre intéressante ; Rouget de Liste, un chant patriotique qui peut être considéré comme le pendant de la Marseillaise; Maistre (le Cte Joseph de), superbe lettre à Ballancne ; Pellico (Silvio), lettre empreinte des sentiments religieux qui l'animaient ; Thierry (Augustin) et Niebuhr, deux des plus grands historiens du XIXe siècle ; Beyle (Henry) ; Barbier (Auguste) ; Heine (Henri). — Terminons en citant des pièces de vers de Théophile Gautier, Méry, Alexandre Dumas père et fils, et Eugène de Pradel. Notons que cette dernière est intitulée Y Autographe.

Académiciens : Scgrais, pièce seulement autographe ; Bossuet% lettre intéressante sur lequiétisme ; Pellisson-Fontanier ; Perrault (Charles) ; Saint- Aignan (le duc de), jolie lettre à Mlle de Scudéry; Saint-Pierre (l'abbé de; ; Nivernois (le duc de) ; Voisenon (l'abbé de), pièce de vers ; Voltaire, la dernière page de sa Vie de Molière, avec approbation de Fontenelle et de Crébillon ; Saint-Lambert, lettre de sa jeunesse ; Thomas ; Saint-Pierre (Bernardin de) ; Radonvilliers (l'abbé de); Saurin; Collin-flarleville, plusieurs lettres; Parny ; Buffon, jolie lettre seulement signée ; Laville (Ignace de) ; Laharpe , Ducis, deux tragédies autographes ; Bailly, pièce intéressante ; Volney; Morellet (l'abbé); Cuvier (Georges); Lacretelle aîné et jeune ; Nodier (Charles), lettre et pièces de vers; Musset (Alfred de), jolie lettre: Brifaut, tragédie autographe ; Hugo (Victor) ; Lamartine ; Falloux; Sacy (Silvestre de), article aut. sig ; Dupanloup ; etc., etc.

Grands capitaines : Armagnac (le connétable Bernard d'), charte non signée mais fort intéressante ; La Tour du Pin Gouvernet, le compagnon d'armes de Lesdiguières ; La Meilleraie (le maréchal de), pièce superbe \ Rantzau, belle lettre ; Sch omberg, pièce historique ; Navailles, maréchal de France; Saxe (Maurice de) ; Marmont, lettre des plus curieuses ; les généraux Canuel et Donnadieu, documents d'une grande importance ; etc.

Diplomates et Hommes d'État: Poupetde la Chaulx, chambellan de Charles VIII, qui réunit dans son château une Bibliothèque d'où l'on a tiré les Mémoires d'Olivier de la Marche, et dont les autographes sont fort rares ; l'Hospital (Michel de), l'illustre chancelier , document historique du plus haut intérêt, daté du 25 août 1572, lendemain de la Saint-Barthélemy, et l'un des plus importants du catalogue; Angcnncs (Louis d'), pièce historique,

Luxembourg- Piney (le duc de), belle lettre ; Granvelle (Nicolas- Perrenot, cardinal' de), sauvegarde signée, pièce fort curieuse; Bérulle (le cardinal de), lettre relative à Rubens, un des articles les plus intéressants de la vente ; Joseph (le Père), pièce importante ; Mazarin, lettre où il annonce qu'il vient d'être nommé vicelégat d'Avignon: Foucquet, pièce toute relative au Dauphiné; Mole (Mathieu); Cnaulnes (le duc de), gouverneur d'Amiens; Terray (l'abbé) ; Carrel (Armand); Cavour; Mazzini, 2 lettres ; etc.

Femmes célèbres : Marguerite de Valois, reine de Navarre, sœur de François Ier. superbe lettre, rare autographe signée ; Lorraine (Jeanne d'Harcourt, duchesse de); Diane de France, duchesse d'Angoulême, fille légitimée de Henri II ; Angennes (Julie d'j, une des plus belles lettres qui aient paru d'elle dans les ventes: Nemours (Marie d'Orléans, duchesse de), fille du duc deLonguevilIe ; Sablé (la Mse de), une pièce signée, ce qui n'est pas commun ; Maintenon (Mme de); Schurman (Anne-Marie de), une des femmes les plus savantes du XVIIe siècle ; Maine Ha D9se Du); Albany la (C,M d'), l'amie d'Alfieri ; Staël (Mme de) : Récamier (M01*) ; Berri (la duchesse de); Aumale (la D^d') ; Orléans (la [princesse Marie d'), duchesse de Wurtemberg ; etc.

Artistes: Boffrand, savant architecte ; Felsing, habile graveur; Toschi, sculpteur italien; Cwnélius, le célèbre peintre allemand. — Salieri (Ant.), morceau de musique ; Mèhul ; Bellini ; Halévy, noble lettre ; Donizctti, correspondance fort curieuse, et morceau de musique inédit, etc.

Révolution française : Mirabeau, une superbe lettre sur sa correspondance avec Sophie ; Guadet, le conventionnel girondin,

?ièce rare ; Rabaut de Saint- Etienne, lettre d'un grand intérêt; Wionei Coustard, deux documents historiques sur la journée du dix août; Lebrun-Tondu, lettre sur l'exécution de Louis XVI; Mercier, l'auteur des Tableaux de Paris ; Play (air (W.), un document delà plus grande importance pour la fabrication des faux assignats ; Bandas, plusieurs lettres ; etc.

Célébrités diverses : Berri (Jean, duc de), charte non signée ; Orléans (Charles d'), pièce signée avec une ligne autographe, sur papier, ce qui est très-rare ; — Vincent-de-Paul (Saint), plan autographe d'un de ses sermons ; — Bonnivard (Fr. de), le grand patriote genevois, pièce fort rare ; Montmorency- Boute ville, lettre des plus curieuses sur ses démêlés avec Beuvron qui causèrent le fameux duel, pour lequel il fut condamné à mort et exécuté ; Lausun (le duc de), épitre fort piquante sur la rupture de son mariage avec Mademoiselle de Montpensier, et qui est sans contredit un des articles les plus curieux du catalogue ; — Tournefbrt, le célèbre botaniste, et Victor Jacquemont, l'intrépide voyageur ; — Mesmer, l'auteur de la doctrine du magnétisme animal, et Latude ; — Talma et Rachel ; etc., etc.

Tel est le résumé dis pièces de cette vente qui contient des lettres

aussi remarquables par leur rareté que .par leur importance historique ou par l'intérêt piquant qu'elles présentent. Nos lecteurs peuvent du reste s'en rendre compte par les emprunts que nous y avons faits dans les Pièces inédites et dans les Variétés. Pour terminer nous signalerons quelques documents intéressants sur les Provinces, et, en première ligne, la série de pièces sur la Provence qui est de la plus haute importance pour l'histoire de ce pays et qui, nous l'espérons, ne sera pas disséminée.

MANUEL DE L'AMATEUR D'AUTOGRAI»Ui:»

# (GUA DK MALVtS-GCÉNÉK)

GUA de MALVE8 (Jean-Paul), mathématicien et économiste, auquel on attribue l'idée de l'Encyclopédie, membre de l'Acad. des Sciences, n. à Garcassonne, (Aude), 1713, m. 1788.

Quelques lettres. En moyenne, 4 fr.

GUADAGNI (Léopold-André), célèbre jurisconsulte italien, le Cujas du xvme siècle, n. à Florence, 21 nov. 1705, m. 6 mars

Une lettre de lui a été payée 2 fr. 50 à la vente Succi.

GUADET (Marguerite-Elie), célèbre conventionnel, un des chefs du parti girondin, n. à Saint-Emilion (Gironde), 20 juill. 1758, décapité à Bordeaux, 15 juin 1794.

1. — L. a. s. à M. Mailleres, notaire à Bordeaux, t p. in-8*. — 14 tr. |Na 159, Lalande, 1850) ; 12 fr. |N- m, Trémonl, 1852.)

2. - L. a. s. à Servan: Paris. 10 juin aniv (1792). 1 p. 1/4 in-4"-15 fr. (N° 181, J. Gharavay, 1853); 27 fr. (N<> 222, /. Charavay, 1858) ; 21 fr. (N* 312, J. Charavay, 1865.)

3. — L. a. s. àServan ; Paris, il juin (1792), I p. pl. in-8', cachet. — 15 fr. (N°290, D'Hunohlein, 1863.)

Trè.'-jolie lettre, relative à son jeune frère. J.-B- Guadet S* Julien, lieutenant dos grenadiers des volontaires de la Gironde, et que le général d'Esparbùa demande pour aide-de camp.

Les seules lettres de lui qui aient passé en vente.

GUALANDI (Odoardo), philosophe néo-platonicien, évêque de Césène, n. à Pise, au commencement du xvie siècle, m. à Rome, 17 mars 1597.

Une pièce signée de lui s'est vendue 2 fr. 25. {Çatal. Succi,)

GUALDO-PRIORATO (Galeazzo), comte de Comazzo, célèbre historien et tacticien italien, auteur d'une Histoire de Mazarin et de la Fronde, û. à Vienne, 23 juill. 1606, mort dans la même ville,

Trois lettres de lui se sont vendues 7 fr., 5 fr. et 3 fr. 75.

GU ai/te Rio (le cardinal Philippe-Antoine), vice-légat d'Avignon , nonce du pape auprès de Louis XI V, abbé de Saini-Remy de Reims

et de Saint- Victor de Paris, connu par son attachement à la France et son amour pour les lettres et les arts, n. àSan-Quirice-de-Fermo, 24 mars 1660, m. à Rome, 21 avril 1728.

Deux ou trois lettres : en moyenne 5 fr.

GUALTERUZZI (Charles), célèbre littérateur italien, exécuteur testamentaire de Bembo, n. a Fano vers la ûn du xv« siècle, m. vers 1569.

L. a. s. àM. Jules Barbieri ; Rome, 1556, i p. in-fol. Raccommodée. — 17 fr (N- 260, Ch. R*¥* de Milan, 1863); 7 fr. (N° 279, Succi, 1863.)

La seule lettre qui ait passé dans les ventes.

guarini DE Vérone, célèbre humaniste, un des premiers rénovateurs des lettres, qui apprit le grec à Constantinople sous Chrysoloras, et en répandit la connaissance en Italie, n. Vérone, 1370, m. à Ferrare, 4 déc. 1460.

L. a. s., en latin, à J. Àréiin ; Ferrare, 24 ayril, 1 p. in 8° oblong. — 26 fr. (N-279, Succi, 1863.)

Pièce unique.

GUARlNl (Jean-Baptiste), célèbre philologue et helléniste, fils du précédent, maître d'Aide Manuce et de Pic de la Mirandole, n. à Vérone, 1425, m. à Venise, 1513.

Un fragment autographe de lui a été payé 4 fr. 75. (Vente Succi).

guarini (Jean-Baptiste), diplomate, un des meilleurs poètes de son temps, auteur du Pastor Fido, petit-fils du précédent, n. à Ferrare, 10 déc. 1537, m. à Venise, 4 oct. 1612.

1. — L. s., avec la souscript. aut., à Bentivoglio; Mantoue, 13 mars 1603, 2 p. in-fol., cachet. — 42 fr. (N* 253, laverdet, 1861.)

2 — L. a. s. à Crispotti ; 17 mai 1603, lp. 3/4 in-fol. - 30 fr. (N° 260, Ch. /?♦**, de MUan, 1862.)

8. — L. a. s. ; Venise, 5 oct. 1605, l p. pl. in-fol. — 100 fr. (N° 279, Succi, 18C3.)

4. — L. a. s. à Louis Arioste, à Ferrare : Rome, 28 fév. »712, 1 p. pl. in-fol., cachet. - 18 fr. 50 (N°260, Ch. R— de Milan, 1862.)

Les seules lettres de lui qui aient passé dans les ventes.

GUARlNl tAlexandre), poète et littérateur italien, fils du précédent, n. vers 1575, m. 14 août 1636.

Une lettre de lui a été payée 7 fr. (Vente Ch. H***, de Milan.)

Giwsco (Octavien de), comte de Clavières, savant érudit, ami de Montesquieu, membre de l'Académie des Inscriptions, n. à Pignerol (Piémont), 1712, m. à Vérone, 10 mars 1781.

Ses autographes valent de 3 à 4 fr.

oudin de LA brenellerie (Paul-Philippe), littérateur et conteur, ami et secrétaire de Beaumarchais, dont il publia les Œuvra », n. à Paris, 6 juin 1738, m. à Paris, 26 fév. 1812.

Ses lettres se vendent de 3 à 4 fr.

gudin de la SABLONNiÈRE (César-Charles-Etienne, comte), brave général de la République et de l'Empire, n. à Montargis,

13 fev. 1768, blessé mortellement au combat de Valutina (Russie), 19 août 1812.

Ses autographes valent de 2 à 3 fr.

GUDIN (Jean-Antoine-Théodore), célèbre peintre de marines, n a Paris, 8 août 1802.

Ses lettres se vendent en moyenne 2 fr.

guébriant ( Jean-Baptiste Budes, comte de), maréchal de France, un des plus grands hommes de guerre du règne de Louis XIII, n. au château de Plessis-Budes (Gôles-du-Nord), 2 fév. 1602, m. à Rothweil (Souabe), des suites d'une blessure reçue au siège de cette ville, 24 nov. 1643.

1. — L. a. s. à M-« Du Hyrel, sa mère; Paris, t9 mai iG3l,2 p. in-fol., cachets et soies. — 30 fr (W 306, J. Charavay, 1865.)

Nouvelles de la cour el du cardinal (Richelieu). — Il ne sait quand il pourra avoir la charge qu'il désirait, M. le premier étant sur le point de perdre les bonnes faveurs du roi. — Lu roi a commandé au Parlement, qui se montrait récalcitrant, d'insérer dans les registres l'arrêt qui déclare criminel de leze-majesté tous ceùx qui se trouvent à la suite de Monsieur (Gaston d'Orléans) ; etc.

2. — L. a. s. à M"* Du Hyrel : Paris, 24 mars 1632, 2 p. pl. in-fol., cachets. - 33 fr. (N- 295, Saullay de Laistre, 1864.)

3. - f L. a. s. à M- Du Hyrel; Paris, 12 avril 1632, 2 p. pl. in-fol. 2* L. aut. à la même; 1" fer. 1632, 1 p. pl. in fol. — 31 fr. (N* 295, Saullay de Laistre, 1864.)

4. — L. a. s. à M. de Chavigny ; 29 janvier 1640, 1 p. pl. in -4°, cachets. — 1 fr (N# 142, Naudet, 1847): 7 fr. (N* 1034 du Bull. J. -Charavay.)

5. — L. a. s. au cardinal de Richelieu; 15 déc. 1640, 1 p. m- fol. - 2 fr. <No 71, Charon, 1839.)

6. — L. a. s.; camp devant Wolfenbutel, 30 juin 1641, 3 p. pl. in-fol. — 48 fr. (N- 290, D'Hunolstein, 1864.)

Récit de la bataille de Wolfenbutel, gagnée par lui, la veille, sur l'archiduc Léopold et Piccolomini.

7. — L. a. s. à M. Des Noyers; camp devant Holstein, 15 août 1642, 2 p. pl. in-fol., cachets. - 3 fr 10 (N* 71, Charon, 1839) ; 20 fr. (N» 190, Laverdct, 1854 )

Relative aux opérations de son armée.

8. — L. a. s.; camp devant Holstein, 3 sept. 1642, 3 p. In-fol. — 8 fr. (N- 165, Chateauairon, 1855.)

9. — L. a. s à M. de Ratabon ; camp devant Holstein, 9 sept. 1642, 1 p. pl. in-fol., cachets. - 8 fr. 50 (N* 123, Charon, 1845.)

10. — L. a. s. au cardinal Mazarm; Brisach, 5 mai 1641, 4 p. pl. in-fol. — (N* 135, /. Charavay, 1847) ; 26 fr. (N° 176, lYémont, 1852 )

Superbe lettre toute militaire écrite au moment où il va passer le Rhin, porter le siège de la guerre en Allemagne et tenir l'ennemi en respect. Approvisionnement*. Finances.

U. — L. a. s. (au cardinal Mazarin); Brisach, 15 mai 1643. i p. in-fol. — 10 fr. (S* 99, Dolomieu, I843j ; *27 fr. (No 249, Lajarriette, 1860.)

12. - L. a. s.; camp devaut MiJfflet, 23 août 1643, 1 p. in-fol. - 2 fr. 60 (»• 71, Charon, t839) ; 6 fr. (N* 110, Lalande, 1844.)

Belle lettre toute militaire sur l'état où sont les affaires. Il démontre combien il serait important de se rendre maître du Rhin, € tandys que nous en auons le temps et le moyen. » Détails fort intéressants à ce sujet.

13. — L. a. s. (au cardinal Mazarin) ; Erstein, 29 oct. 1643, 1 p. in-fol — 8 fr. (N- 222, y. Charavay, 1858.)

11 rend compte des opérations de son armée sur le Rhin.

Nous ne trouvons rien autre chose de lui dans les catalogues.

GUÉ Bill A NT (Rénée Du Bec-Crépin, maréchale de), épouse du précédent, habile auxiliaire de Mazarin pendant la Fronde, ambassadrice extraordinaire à Varsovie lors du mariage de Marie-Louise de Gonzague, n. au commencement du xvn« siècle, m. à Périgueux, 2 sept. 1659.

1. — L. a. s. à Bentivoglio, archevêque de Thèbes; Sienne, juillet 1665, 1 p. pl. in fol., cachets et soies. — 29 fr. (No 269, J. Charavay, 1862.)

2. - L. a. s. à Bentifoglio, archevêque de Thèbes; 28 juillet, I p. iu-fol., cachet. - 19 fr. (N« 279, Succi, 1863.)

Les seules lettres de cette femme qui aient passé en vente.

guéneau de montbéliard (Philibert), savant naturaliste, collaborateur de Buffon, n. aSemur (Côte d'Or), 1720, m. dans la môme ville, 28 nov. 1785.

Quelques lettres. De 4 à 5 fr.

GlTÉNÉE (l'abbé Antoine), savant controversiste du xvme siècle, adversaire de Voltaire qu'il combattit dans ses Le ttres de quelques Juifs, n. à Etampes (S.-et-Oise), 23 nov. 1717, m. à Fontainebleau, 27 nov. 1803.

Quelques lettres. En moyenne, 3 fr.

(La suite au prochain numéro.)

En dépit des personnes qui, malgré les services rendus à l'histoire par les autographes et par ceux qui les recueillent, distillent leur fiel et décochent leurs traits contre les curieux, nous persisterons à dire que rien ne nous paraît aussi intéressant qu'une promenade à travers une collection d'autographes. N'éprouve-t-on pas tout d'abord un certain plaisir à la lecture des écrits des hommes illustres, à la vue de ces caractères tracés par eux et qui sont de véritables reliques ? On conserve religieusement dans les familles tout ce qui rappelle les membres qu'elles ont perdus, les objets qui ont appartenu à l'aïeul, au père, les lettres écrites ou adressées aux ancê:res. Quoi d'étonnant qu'on recueille les autographes des grands hommes, puisque c'est là l'expre>sion de leur pensée la plus intime, et je préfère pour ma part une lettre de Voltaire à n'importe quel objet qui lui aurait appartenu? Qu'importe au reste d'entrer dans une semblable discussion ? Je m'adresse à des ôrudits et à des amateurs qui, je l'espère, sont complètement de mon avis sur ce point, et je condamne ceux qui ne seraient point convaincus à me suivre dans la rapide promenade, dans le petit voyage aue je vais entreprendre non pas autour de ma chambre, comme fit un écrivain célèbre, mais au milieu de la collection d'autographes qui va être dispersée prochainement. Je choisirai seulement les pièces qui présentent un véritable intérêt, car je ne veux que glaner par ci par là quelques renseignements historiques ou piquante, et sans faire de plus amples commentaires, permetiez, chers lecteurs, que j'entre en matière.

Je laisse de côté le XV* et le XVI8 siècle, où je pourrais cependant citer bien des pièces curieuses, pour commencer par Henri IV, dont je trouve une épitre galante. Je laisse parler le Roi, qui cultivait, comme chacun sait, ce genre de littérature.

« Mon cœur, je pansoys courre hyer un serf venant ycy, mes je me treuvés sy mal que je n'excécute poynt ce désayn. J'ay pryns médecyne aujourduy quy me mène comme yl faut. Je partyré demayn pour aller à Vatan et samedy à La Mesonfort. J'anvoye colporteur vysyter Me de Monpansyer et me réjouyr avec son inary et son oncle de leur fylle. Chaque jour que je passe me dure un syècle pour l'anvye que j'ay de vous voyr. Yl n'y aryen de nouveau. Bonjour, mon cœur : je te bèse un mylyon de foys. •>

« Ce xxvii»» octobre, à Chateauroux. •

Celle curieuse épître adressée par le Roi à une de ses maîtresses ne porte pas sa signature, mais elle est ornée de son monogramme, lequel se compose de deux M entrelacées, traversées au milieu par un trait, cequi fait la lettre H.

Nous n'avons pas à courir bien loin pour donner un pendant à cette lettre- Malherbe, le père de la poésie française, comme on l'appelle communément, le majestueux Malherbe vient nous Poffrir, qui s'en serait douté ?

Lisez, et vous verrez que le poète l'emporte, au moins dans ses expressions, en galanterie sur le Roi.

« 11 faut dire la vérité, Madame: qu'il est malaisé de se révolter contre une beauté comme la vostre, et que, quand nous en sommes venuz si avant à ce désordre, il est encores plus malaisé que tost ou tard une meilleure pensée ne nous rappelle à nostre devoir. Quelz extraordinaires murmures ou plutost quels prodigieux blasphèmes ne m'avoit fait faire le déplaisir de vos inégalitéz ? Avec quelles imprécations n'avoys-je protesté de mourir de mille morlz plutost que de me remettre jamais sur une mer où la navigation fut accompagnée de tant de périlz ? Et cependant, Madame, me Yoicy à voz piez si humilié qu'il ne rut jamais rien de pénitent comme je suys, et si amoureux que l'estant au-delà de toute mesure je ne le croy pas estre à beaucoup près ce qui est deu à vos incomparables qualitéz. Je ne scay certes de quelz yeux je vous regarde, mais il est très-vray que d'un jour à l'autre je trouve en voz perfections un progrès tellement avantageux que si hier vous m'estiez miraculeuse1 aujourdhuy vous m'estes divine, demain vous me serez déesse, et à ce compte là qui doute qu'à la fin pour vous nommer selon mon sentiment et selon vostre mérite les paroles ne défaillent à mon imagination. Considérez, s'il vous plaist, Madame, en la satisfaction que je vous fays combien les colères de ceux aui aiment sont ridicules. Moquez-vous des miennes et les effacez en vostre esprit comme sont effacés au mien les pensées qui ra'avoycnt porté à ce désespoir *. Je vous demande cesle grâce les genoux en terre et vous supplye très humblement, Madame, de croire que le désir "de vivre ne me durera qu'autant que vous conser-

1 Malherbe avait mis d'abord une merveUle, mais il s'est ravisé.

2 Malherbe a substitué cette expression à celle-ci qu'il a effacée: une si maiheureuse et si détestable rébellion.

verez l'affection inviolable que vous m'avez fait l'honneur de me promettre. •

On était très-fort au commencement du XVIle siècle sur l'article de la galanterie, si nous en jugeons par ces deux échantillons. Nous ferons seulement uu reproche à Malherbe, c'est que son épître est ornée de ratures et de corrections : nous aimons à croire qu'il les recopiait avant de les envoyer, et cependant la lettre que nous avons sous les yeux a bien (air d'être l'original adressé à la personne qu'avait offensée si mal à propos le poète : franchement c'était agir peu galamment.

Signalons aussi une lettre du cardinal de Bérulle où un des plus grands peintres du XVIr9 siècle est nommé dans cette phrase : t Un peintre nommé rubens y (en Espagne) est allé aussi. » Un peintre, n'était-ce pas parler de l'illustre artiste un peu légèrement et comme du premier venu, et cependant Rubens n'avait-il pas visité plusieurs fois Paris et n'avait-il pas exécuté pour Marie de Médicis cette suite de chefs d'œuvre que nous admirons encore au

la paix entre ce pays et l'Angleterre. Diplomate habile il fit échouer la politique de Richelieu, et la paix fut conclue le 17 décembre 1629. L'archiduchesse Isabelle employait souvent Rubens dans de telles négociations dont celui-ci se tirait toujours avec honneur.

Rions un peu maintenant, chers lecteurs, si vous le voulez bien, aux dépens de la Grande mademoiselle, comraeon l'appelait de son temps. Vous rappelez-vous cet amour insensé qui s'empara de M1Ie de Montpensier pour un petit cadet de Gascogne ? de la tendresse qu'elle lui témoigna, du désespoir quelle montra lorsque son mariage avec Lausun fut rompu par 1 ordre du Roi ? Rien de plus amusant qne les passages de ses Mémoires où l'héroïne raconte elle-même ses malheurs et ses tribulations, où elle répète ses conversations avec son amant, où elle peint des scènes qui touchent au comique, mais qui mon Irent combien elle était fortement éprise de Lausun. On empêche leur mariage; peu importe : elle ne pense qu'à lui, ne voit que lui, court à une revue parce qu'il s'y trouve, parce qu'il a mis un ruban bleu ou rose à son chapeau. Et Lausun, partageait-il cet amour qu'avait pour lui une femme de quarante ans ? ses protestations et sa douleur étaient-elles sincères? Je me permettrai d'en douter après avoir lu les Mémoires de la duchesse de Montpensier, et la lettre qui va suivre, malgré le désespoir dont elle paraît empreinte, ne me fait pas changer d'avis. Nos lecteurs en jugeront, car voici la pièce adressée par Lausun à la grande Mademoiselle, au moment où leur mariage venait d'être rompu, c'està-dire à la fin du mois de décembre 1670.

« Mademoiselle,

« Mes affaires se tournent dans un sigranjl désespoir qu'il n'y a plus rien à faire auprès dn Roy. J'ay en vein esseié de voir M. Colberl, puis Mr de Louvois, mais chacun s'e?t rais sur le pie de songer à sa fortune

en premier lieu et je trouve toute porte fermée. Une douleur affreuse succède à toutes les joies que Vostre Altesse Royalle m'a voit cosée. Guitry me vient d'assurer que l'on auroit beau demènder au Roy l'effet de sa parole, et il paroist en savoir plus qu'il n'an dit. J'ay un cœur tendre et sansible plus que Vostre Altesse Royalle ne pouroil se l'imaginer et dans la perte que je fais je prévois ma mort. Vous aviés fait paroistre une trop grande générositéet sans exemple quand vous vous estes donné à un homme tel aue moi. Je mourrai aux piés de Vostre Altesse Royalle d'amour et de douleur,

« Lausun. »

Inutile de rappeler que Mademoiselle de Moutpensier,toujours plus amoureuse de Lausun, l'épousa secrétement,etque leur union fut loin d'être sans nuages. De fréquentes querelles, que pouvaient expliquer leur différence d'âge et leurs caractères diamétralement opposés, des disputes où, paraît il, Lausun se serait permis une fois de maltraiter la duchesse, amenèrent leur séparation.

Pour varier un pou, voici un quatrain que fit Jean-Bap!i le-Rousseau pour mettre au bas du portrait de Guillaume de l'isle, le célèbre géographe. Il n'est pas inédit mais je le copie sur l'original :

« C'est lui qui le premier sur la foi des étoiles « Mit un tenue à la Terre et des bornes aux Mers, « Et lui seul à nos yeux sçeut lever tous les voiles « Qui nous cachoient encôr l'ordre de l'Univers. »

Puisque nous en sommes sur la poésie, que nos lecteurs nous permettent de leur donner un échantillon des vers de Dorât, ce type du XVIIIe siècle. Le litre est ainsi conçu : A Délie en lui envoyant mes ouvrages. Délie c'est Fanny de Bauharnais, celle qui a mérité l'épigramme célèbre de Lebrun-Pindare. Voici la pièce :

Reçois les fruits de mes loisirs C'est à toi que je les dédie A toi (jui consoles ma vie Qui fais ma gloire et mes plaisirs.

Va, je méprise la fumée D'un insipide et froid encens :

Je te dois tous mes sentiments :

Ton suffrage est ma renommée.

L'enfant ou le dieu que je sers Parmi les fleurs dont il me lie M'offre des myrtes toujours verts Et ton beau nom, jeune Délie, Sera trop souvent dans mes vers Pour que jamais on les oublie

Pardonne aux écarts indiscrets , -

D'une muse libre et fantasque

Qui ne peut soutenir le masque

Et toujours franche en ses portraits.

J'ai peint, j'ai trop chéri peut-être

L'amour qui change à chaque instant

Mais j'ai repris un nouvel être

Et j'ai connu l'amour constant

Dès que je vins à te connaître.

Je ne sais si mes lecteurs seront de mon avis, mais il me semble que ces vers ne sont pas les plus mauvais qui soient sortis de la plume de Dorai.

Sans nous écarter du XVIIIe siècle nous pouvons parler d'un des hommes les plus spirituels de la société des philosophes, de l'abbé Galiani, l'ami et le commensal de d'Holbach et de Diderot. Nous rencontrons de lui un manuscrit inédit qui nous montre bien le caractère du paradoxal abbé. C'est un traité des plus curieux sur l'opinion où l'on trouve un chapitre sur la domptabilité des bâtes et de l'homme dont nous extrairons les passages suivants afin de donner à nos lecteurs une idée de l'ouvrage : Après avoir montré comment se forme l'opinion chez les hommes, il ajoute :

« Pour dompter avec avantage il faut donc choisir le moment de la plus grande faiblesse 60it du corps, soit de l'esprit de ranimai qu'on veut dompter,soit qu'il s'agisse d'une opinion de force ou d'une opinion de raisonnement.11 faut choisir aussi lemomentdu plus profond sou venir,etquisegrave le mieux. Ces deux circonstances se retrouvent heureusement combinées dans l'enfence et dans la jeunesse. On ne dompte pas un vieux cheval sauvage, il faut prendre un poulain. Ce poulain attaqué par un homme très-robuste succombe, reconnolt l'infériorité de ses forces, désespère, est subjugué. Tout est fait : au lieu de poulain il devient cheval robuste, au lieu d^lexandre on met en croupe un eDfant. N'importe, ce qui e3t sur sa croupe est tousjours Alexandre et lui est tousjours poulain. Voilà l'origine de la puissance paternelle. L'homme est tousjours enfant devant son père: le père vieux, imbécile, radotteur, e6t toujours en âge de conseil, d'autorité, de raison. A la fin cela peut changer. Voilà de même l'origine de la puissance souveraine. Les grands génies fondent les empires, les petits en joui sent. Comment se forme un empire ? par accumulations imperceptibles qui empêchent de reconnaître le changement. Un peuple soumet une province, puis une autre, puis une autre, tousjours la capitale du petit peuple conquérant reste capitale de tout, quoique les conquis soient plus fort que les conquérants, comme l'Espagne relativement aux Amériques. A la fin peut-être la grosse pièce se détache.

« Ce qui est dit des forces lisiques, il faut le dire du raisonnement. Tout marche de même. Voulez-\ous établir une opinion? Prenez les enfants. Point de filosophes: leur raison est robuste, elle résisterait. Prenez le peuple, les femmes, les ignorants; leur raison veut combattre la nouvelle opinion, mais elle succombe faute de lumières. Tout est fait : attendez ; leur prolification (car les familles des pauvres multiplient et remplacent les riches qui vont tousjours s'éteindre) fera le reste, en cinq ou six générations l'opinion sera générale.

Qu'est-ce que c'est donc un vieux empire, une vieille croyance? c'est un reste d'un premier enfantillage conservé par le souvenir et l'abitude en dépit des circonstances changées (l'empereur d'Allemagne, la cour de Rome). Mais cet enfantillage, lorsqu'il s'établit, était il raisonnable? Oui. Lorsque les hommes crurent que le soleil tournait autour de la terre, que la teire était platlc, etc., avaient-ils raison? Oui, car les moyens de science, de sçavoir, qu'ils avoient allors ne leur indiquoient pas autre chose. Cette opinion donc sunjuga avec raison leur raison enfantine. L'homme n'est donc pas déraisonnable. Il est raisonable paresseusement et il se trouve en erreur malgré lui et sa raison pour ainsi

dire, uniquement parce qu'il n'est pas assez sur ses gardes sur les changements qui se font. Celui qui se lève de gran malin plante l'opinion, en profite et jouit lant qu'une foule d'inconvénients, d'absurdités ou d'incomodités détermine la masse à secouer le joug de l'opinion. Allors il tombe, mais il a joui longtemps, et le passé, personne ne peut le défaire. S'il est alerte, il se relève et recommence de plus belle. Voici l'histoire de la Compagnie de Jésus jusqu'à ce jour et de l'empire de Nicolas I, roi du Paraguay, qui va commencer. Deo gratias. »

Voici maintenant des vers galants du galant abbé de Voisenon, adressés à Madame Mariette :

Lorsqu'on fait des vers comme vous On ne doit iamais les reprendre :

Les lire rn a paru bien doux, Mais )'ai du regret à les rendre.

L'exiger est contre les mœurs, Quand on est lionneste personne.

Vous savez qu'en fait défaveurs Femme qui les preste les donne.

C'est par ces vers fort aimables que nous terminons le xvru« siècle pour nous entretenir un instant d'un écrivain original, homme d'esprit, joyeux conteur, ardent bibîiophile,de Charles Nodier. Nous avonsde lui sous les yeux deux pièces de vers: 1 une, composée à l'époque du mariage de Napoléon avec Marie-Louise, emprunte la forme épigrammatique et commence par ce vers pompeux :

Qu'au bruit de mes accents la terre se réveille t

L'autre est l'envoi à un ami d'un exemplaire des œuvres de Coulanges,et nous la reproduisons de préférence à la première :

Voilà cet aimable Co u lange, De nos jours un peu dédaigné, Qui chanta l'amour, la vendange, Et fut aimé de Sévigné.

Tu ne dois pas trouver étrange Cet hommage fait de bon cœur C'est un vaincu que ma main range Sous les drapeaux de son vainqueur.

Son recueil n'est pas sans mélange :

Il est moitié mal, moitié bien, J'ai moitié de bon dans l'échange Si tu veux me donner le tien.

Maintenant voici une lettre de Silvio Pellico adressée à l'abbé Farnier, à Chambéry, et qui respire la plus vive piété. Lisez plutôt :

- Monsieuu,

« Il y a tant de bonnes choses dans votre livre sur l'amitié que ce livre suffirait pour vous faire estimer, Monsieur l'abbé. Quand on vous a

connu personnellement on vous est plus attaché encore, je prends part au bonheur que vous allez avoir de recevoir le sous-diaconat. Je vous remercie de m'avoir eu présent ; les prière* que vous me demandez valent peu, mais je les adresse au Seigneur comme si tous étiez mon frère. Courage ! soyez constant, soyez fort : l'état ecclésiastique est beau et divin ; il faut y apporter de grandes vertus, les puiser dans la source qui est Jésus Christ. Que n'ai-je été aussi pieux que vous dans ma jeunesse? Que ne me suis je cousacré aux saints Autels? Inutile comme je le suis, j'applaudis au moins à ceux qui vouent leur jeunesse, leur vie à ce miuistère si digne, si bienfaisant. Je tache ainsi de m'associer aux mérites de ces âmes puissantes, comme le peuple ignorant s'associe aux prières de l'Église en disant : Amen.

« Je vous remercie des bonnes nouvelles que vous me donnez de la santé de mon cher frère Jésuite. Nous nous écrivons, mais souvent les lacunes sont un peu longues, car nos oppressions ne me permettent pas beaucoup d'écrire, et ce cher frère a bien des occupations à Milan. J'ai eu le plaisir de l'avoir quelques jours ici il y a deux mois.

« Quand je verrai Mme la comtesse de Valperga et la maison de Fornati je leur parlerai de notre abbé Farnier que nous aimons.

« Souvenez-vous de moi au pied de la croix, j'en ai besoin.

« Votre très-humble serviteur,

« Silvio Pellico. »

• Turin, 6 décembre 41. •

Encore des vers, chers lecteurs. Hélas oui ! est-ce ma faute si la collection est si riche en poésies originales, écrites de la propre main de leur auteur. Ceux qui vont suivre sont d'un poète Lyonnais, M. Joséphin Soulary, dont le recueil de Sonnets a obtenu un grand succès. Les vers sont adressés à Léon Boitel.

« De tant de noms fameux dont la Muse s'enivre « J'hésitais à subir le dangereux concours, « Et sans y rien tracer j'allais fermer ton livre « Quand l'amitié m'a dit : De grâce écris toujours!

• L'arbuste choisit-il ses parfums à l'abeille ?

• Tout souvenir est doux, s'il réunit les cœurs... « Poète ! quel enfant briserait sa corbeille

« Pour un bluet des champs qui se môle à ses fleurs ? »

Ces vers, n'est-il pas vrai, étaient charmants pour un album. En voici d'autres encore, mais ceux-là, cette fois, appartiennent à nos lecteurs et sont de notre domaine, car le titre de la pièce est : l'Autographe. L'auteur, Eugène de Pradel, célèbre improvisateur, la composa à Bourges le 1er juillet 1841, a la demande d'un amateur. Nous pensons que nos lecteurs ne trouveront pas ces vers déplacés dan3 notre recueil :

l'autographe

A s'occuper de moi l'amitié vous oblige. Pour elle me jetant quelque parole d'or, D'autographes choisis que votre ami collîge Le mien doit, dites-vous, augmenter le trésor.

Mais vous oubliez donc que si, par flots rapides,

S'échappent de ma voix des vers bons ou méchants,

Jamais sur le papier ne s'égarent mes chants

Qui, n'étant pas écrits, semblent moins insipides.

Le débit, le regard, l'accent fascinateur,

Donnent à la pensée une force inconnue,

Qu'elle perd trop souvent en apparaissant nue :

C'est ôter son pouvoir à l'improvisateur;

C'est dépouiller un mot, un vers de leur prestige,

Que les vouloir réduire à trouver un lecteur,

Ce qu'il entend créer élonne l'auditeur;

Le médiocre est bon, le passable est prodige.

Mais quand, sur le vélin, par des yeux défloré,

Le vers écrit se montre et subit l'analyse :

Quand chacun disséquant ses muscles verbalise,

Disserte sur un corps froid et décoloré...

Alors la moindre tâche est un défaut énorme,

On ne pardonne pas l'adjectif indigent ;

Une simple redite offre un vice affligeant.

Il faut être correct, pur, exquis dans la forme;

Le style est tout; le sens est moins ambitieux.

On dirait que l'esprit juge moins que les yeux.

Et je m'exposerais à la dent incisive

Dont la critique atteint ce qui peut être lu ?

Ma plume arrondissant ou bâtarde ou cursive

Fixerait dans son vol, mieux que ne fait la glu,

De mes plantureux vers l'audace progressive I

Non... Je ne puis souscrire au désir exprimé,

Tant que de légers sons caressant les oreilles

Feront croire au talent qui produit des merveilles.

Dans mon trône jaloux, drapeau du bout-rimé,

Et fier propagateur d'un facile délire,

De lauriers et d'encens je vivrai parfumé,

Tandis qu'imprudemment si je me faisais lire,

Je briserais moi-même et mon sceptre et ma lyre !

Et maintenant, chers lecteurs, que j'ai terminé.ma promenade, je souhaite qu'elle n'ait été ni trop longue ni trop ennuyeuse, et que vous ayiez trouvé dans le récit que je vous en ai fait quelques détails curieux, quelques renseignements piquants, car dans le cas contraire j'aurais perdu mon temps, et fait, comme il arrive souvent, une promenade inutile.

REVUE DES ARCHIVES

AIN (Suite).

Page 1