K\CORE LE* LETTRES LIE RABELAIS
Monsieur le Rédacteur,
Je vous laisse à penser rétonnement, le chagrin, que j'ai éprouvés, en voyant paraître dans l Amateur d'Autographes une lettre de moi, une étude historique, une discussion littéraire, où les fautes d'impression dénaturent le sens de mes idées et tendent à détruire de fond en comble les preuves que je me suis efforcé de réunir et de grouper, dans le but de démontrer que les lettres de Rabelais, écrites d'Italie et datées des mois de mars et avril 1538, sont fausses et péremptoirement fausses. Imaginez la douleur d'un peintre, à qui l'on présente son tableau crevé ou barbouillé, d'un sculpteur qui voit sa statue mutilée et défigurée.
Je vous avais demandé expressément de m'envoyer l'épreuve de mon article, que je vous envoyais, vous disais-je, sans le relire : sur cette épreuve, je devais corriger les fautes de l'i m primeur et partant lesmiennes. C'est dans des travaux de critique aussi délicate et minutieuse, que la correction d'une épreuve fait la valeur de l'œuvre. Jugez-en, et faitesen juger aussi vos savants lecteurs, en publiant cette lettre d'errata.
J'ai voulu prouver que Rabelais était à Paris aux mois de mars et d'avril 1538, et je crois l'avoir prouvé d'une maiière irrécusable, mais il ne fallait pas me faire dire qu'Étienne Dolet a tué un homme à Lyon le 1er janvier 1538, et que le 1er janvier 1538 il écrivait au cardinal de Tourn°n pour lui raconter les détails de ce meurtre, en lui dédiant un recueil de poésies latines, imprimé à Lyon, avec la date de 1537, selon l'Amateur d'Autographes !
Ce sont les dates que je discute dans les fausses lettres de Rabelais, et l'on me fait avancer des dates impossibles et ridicules. Ah ! monsieur le rédacteur, de pareilles dates sont des pavés sur la tête à.' xm Amateur... d'autographes !
Je ne reprendrai pas ma dissertation, que j'avais écourtée et fort abrégée pour la faire entrer dans le cadre de votre petite feuille, où l'érudition occupe pourtant une grande place ; je ne relèverai pas même une foule de fautes, que mes lecteurs voudront bien rectifier eux-mêmes; par exemple : obstinatus pour obstipatus, reclus pour sectus, etc. Je n'ai affaire qu'aux dates, dans ce débat spécialement chronologique. Il ne faut pas perdre de vue, en lisant mes observations sur les fausses lettres de Rabelais, que l'année commençait alors au jour de Pâques, du moins en France, et que par conséquent, d'après cette manière de compter, le 1er jour de l'année 1538 tombait le vendredi 21 avril. Ainsi donc, Etienne Dolet tue un homme à Lyon le 1er janvier 1538, arrive à Paris au mois de mars 1538, obtient sa grâce et s'en réjouit avec ses amis au mois d'avril 1538, et toujours sous le millésime de 1537, selon le calendrier de ce temps-là.
Nous ne saurions pas dire si Rabelais, dans le voyage qu'on lui fait faire en Italie, pour les besoins des fausses lettres écrites sous son nom, avait^ adopté le ( alendrier romain, qui commençait l'année au 1er janvier car les dites fausses lettres ne portent pas de millésime, ce qui est moins compromettant. Dans tous les cas, les Almanachs qu'il publiait ù Lyon t-e conformaient aux habitudes de la France et dataient du jour de Pâques le commencement de l'anuée.
Insistons sur un point capital, qui rectifie les erreurs de dates, que votre imprimeur m'a laissées pour compte. L'édition des poésies latines
d'Etienne Dolet (Stephani Doleti Carmina), imprimée à Lyon dans les ateliers de l'auteur, oortc la date de mdxxxvui, et non celle de mdxxxvii; la dédicace du second livre au cardinal de Tournon est datée du lw juin (Calendis iuniis) 1538. Le banquet des gens de lettres en l'honneur de Dolet, est donc du mois d'avril 1538, et Rabelais, qui était un des convives, ne pouvait pas se trouver en même temps à Paris et à Plaisance.
Ce sont là des dates certaines, qu'on peut opposer aux dates des fausses letties de Rabelais. Quant à l'écriture de ces lettres, je n'avais pas à y revenir, puisque j'ai dit à ce sujet tout ce que j'avais à en dire dans ma première dissertation sur une de ces fausses lettres, où le calligraphie a écrit Vincenne au lieu de Vicence ! Rien n'est plus aisé que d'imiter tant bien que mal une écriture quelconque, mais on n'imite pas facilemeot le style, la pensée d'un grand écrivain.
C'est à vous, monsieur le Rédacteur, c'est à vous qui avez la science et déjà l'expérience, c'est à vous de faire la guerre, une guerre impitoyable, à ces faux autographes qui déshonorent les collections les plus remarquables et qui découragent les véritables amateurs. Désormais je me condamne au silence dans une querelle qui menace de se prolonger comme celle des Anciens et des Modernes, et je ne dirai pas même mon mot, en présence de ces beaux autographes de Pascal, de ces innombrables autographes de LaRruyère, de ces étranges autographes deRotrou, qu'on a eu le malheur d'annoncer et, qui plus est, de montrer urbi et orbi.
Agréez, monsieur le Rédacteur, etc.
P. L. Jacob, bibliophile.
LISTE PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE DES MEMBRES DE L'ACADÉMIE FRANÇAISE
DEPUIS SA FONDATION JUSQU'A NOS JOURS, DRESSÉE PAR
Roquette (Henri-Emmanuel, abbé de), docteur de Sorbonne, abbé de Saint- Gildas de Ruis, qui prononça l'oraison funèbre de Jacaues II, né mort à Paris, le 4 mars 1725/11 succéda, en 1720, à l'abbé tlenaudot, prononça son discours de réception le 12 décembre de la même année, et fut remplacé par Gondrin d Antin. (38e fauteuil).
Rose (Toussaint), président à la Chambre des Comptes, secrétaire du cardinal de Retz, puis de Louis XIV, ami de Molière, né en 1611, mort à Paris le 6 janvier 1701. il succéda, en 1675, à Conrart, prononça son discours de réception le 12 décembre de la même année et fut remplacé par L. de Sacy. (6e fauteuih.
Rot h eli n (Charles d'ORLÉANS, abbé de), savant numismate et littérateur, né à Paris le 5 août 1691, mort dans la même ville le 17 juillet 1744.
Il succéda, en 1728, à l'abbé Fraguier, prononça son discours de réception le 28 juin de ia môme année, et fut remplacé par l'abbé Girard. (4e fauteuil).
Royer-Coi.làrd (Pierre-Paul), philosophe, écrivain et homme d'Etat, ué à Sompuis (Marne), le 21 juin 1763, mort à Chàteauvieux (Loir-et-Cher) le 4 septembre 1845. Il succéda, le 19 avril 1827, à Laplace, prononça son discours de réception le 13 novembre suivant, et fut remplacé par AT de Rémusat.
Rulhiêre (Glaude-Carlomao de}, historien et poète, né à Bondy, près Paris, le 4 mai 1737, mort à Paris le 30 janvier 1791. 11 succéda, en 1787, à l'abbé de Boismont, prononça son discours de réception le 4 juin de la même année, et fut remplacé par .... (40- fauteuil).
Ryer. V. Du Ryer.
Sacy (Louis de), avocat et littérateur distingué, traducteur des Lettres de Pline, né à Paris en 1654, mort dans la même ville le 26 octobre 1727. Il succéda, en 1701, au président Rose, prononça son discours de réception le 27 mars de la même année, et fut remplacé par Montesquieu, fauteuil).
Sacy (Samuel-U$tazade Silvestre de), littérateur et journaliste, né a Paris, le 17 octobre 1801. 11 fut élu le 18 mai 1854 en remplacement de Jay, et prononça son discours de réception le 28 juin 1855.
Sàint-Aignan (François-Honorat de Beauvilliers, duc de), bel-esprit et poêle, qui fut chargé de diriger les fêtes de la Cour, né le 30 octobre 1G07, mort le 16 juin 1687. Il succéda, en 1663, à La Mesnardière, prononça son discours de réception la même année, et fut remplacé par l'abbé de Choisy. (22« fauteuil).
Saint-Ajgnan (Paul-Hippolyte de Beauvilliers, duc de), lieutenantpéuéral, auteur d'Amusements littéraires, et d'un Mémoire dans le Recueil de l'Académie des Inscriptions, né à Paris le 15 novembre 1684, mort le 22 janvier 1776. Il succéda, en 1726, à Boivin, prononça son discours de réception le 16 janvier de la même année, et fut remplacé par Golardeau. (20* fauteuil).
Saint-Amant (Marc-Antoine Gérard, sieur de), poète, auteur du Moïse sauvé, si ridiculisé par Boileau, né à Rouen (Seine-Inférieure), le 30 septembre 1694, mort à Paris le 29 décembre 1662. Membre de l'Académie dès sa fondation, il fut remplacé par l'abbé Gassagne. (21 • fauteuil).
Saint-Ange (Ange-François Fariau, dit De), poèto, traducteur d'Ovide, né à Blois (Loir et Cher), le 14 décembre 1747, mortàParis le8décembre 1810. 11 succéda, le 4 juillet 1810, à Domergue, prononça sou discours de réception le 5 septembre suivant, et fut remplacé par Parseval de Grandmaison.
Saint-Gyr. V. Gïry.
Saint- Lambert (Jean-Frauçois de», poète, auteur des Saisons, né à Nancy (Meurtne), le 26 décembre 1716, mort à Paris le 9 février 1803. II succéda, en 1770, à l'abbé Trublet, prononça son discours de réception le 23 juin de la même année, et fut remplacé par Maret, duc de Bassano. (1" fauteuil).
Saint-Marc Girardin (Marc Girardin, dit), écrivain et publiciste, né à Paris le 21 février 1801. 11 fut élu le 8 février 1844, en remplacement de Campenon, et prononça son discours de réception le 16 janvier 1845. 119- fauteuil).
Saint-Pierre (Charles- lrénée Castel, abbé de), écrivain et publicisle, auteur du Projet de paix perpétuelle, né au château de Samt-Pierre- Eglise (Manche), le 18 février 1658, mort à Paris le 29 avril 1743. 11 succéda, eu 1695, a Bergeret, prononça son discours de réception le 3 mars de la même année, et fut remplacé par Maupcrluis. (8e fauteuil).
Saint-Pierre (Jacques-Henri- Bernardin de), l'auteur des Études de la Nature et de Paul et Virginie, né au Hâvre (Seine-Inférieure), le 19 janvier 1737, mort à Bragny-sur-Oise (Seine-et-Oise), le 21 janvier 1814. Il fut élu en 1795, membre de l'Institut, et fut remplacé par Aignan.
Saint-Priest (Alexis Guignard, comte de), historien et diplomate, né à Saint-Pétersbourg le 23 avril 1805, mort à Moscou le 29 septembre 1851. Il succéda, le 18 Janvier 1849, à Vatout, prononça son discours de réception le 17 janvier 1850, et fut remplacé par M Berryer.
Saint- Sorlin. V. Desmarets.
Sainte-Aitlaire (François-Joseph de Bbaupoil, marquis de), poète et bel esprit, un des habitués de la Cour de Sceaux, né au château du Bary (Limousin), en 1643, mort à Paris le 17 décembre 1742. Il succéda, en 1706, à Jacques Testu, prononça son discours de réception le 23 septembre de la même année, et fut remplacé par Mairan. (13« fauteuil).
Sainte- Aulaire (Louis-Clair de Beaupoil, comte de), écrivain et diplomate, né à Saint-Méard de Dromme (Périgord), le 9 avril 1778, mort à Paris le 12 novembre 1854. Il succéda, le 7 janvier 1841, à Pastoret, prononça son discours de réception le 8 juillet de la même année, et fut remplacé par M. le duc de Broglie.
Sainte-Beuve (Charles-Augustin), critique et poète distingué, né à Boulogne-sur-Mer le 23 décembre 1804. H fut élu. en 1844, en remplacement de Casimir Delavigne, et prononça son discours de réception le 27 février 1845.
Sainte-Palaye (Jean Baptiste de La Corne de), savant érudit, membre de l'Académie des Inscriptions (1724), né à Auxerre (Yonne), le 6 juin 1697, mort à Paris le 1er mars 1781. 11 succéda, en 1758, à De Boissy, prononça son discours de réception le 26 juin de la même anuée, et fut remplacé par Chamfort. (Ile fauteuil).
Saluer (l'abbé Claude), savant philologue, professeur de langue hébraïque au. Collège de France, garde de la Bibliothèque du Roi, membre de l'Académie des Inscriptions (1715). né à Saulieu (Côte-d'Or), le 4 avril 1685, mort à Paris Ie9iuin 1761. Il succéda, en 1729, à La Loubère, prononça son discours de réception le 30 juin de la même année, et fut remplacé par Coetlosquet. (15« fauteuil).
Salomon (François-HeDri), littérateur, président à mortier au parlement de Guyenne, né à Bordeaux (Gironde), le 4 octobre 1620, mort dans la même ville le 2 mars 1670. Il succéda, en 1644, à Nicolas Bourbon, prononça son discours de réception le 23 août de la même année, et fut remplacé" par Quinault. (28c fauteuil).
Salvandy (Narcisse- Achille, comte de), historien et homme d'Etat, né à Condom (Gers), le 11 juin 1795, mort au château de Graveson (Bure), le 15 décembre 1856. Il succéda, en 1836, à Parseval de Grandmaison, prononça son discours de réception le 21 avril de la même année, et fut remplacé par M. Emile Augier.
Sandeau (Léonard-Sylvain- Jules), romancier et littérateur, né a Niort (Deux Sèvres), le 19 février 1811. Il fut élu, en février 1858, en rempla-
cément de Brifaut, et prononça son discours de réception le 26 niai 1859. > fauteuil).
Saurin (Bernard- Joseph), poète dramatique, auteur de la tragédie de Spartacusy né à Paris, en 1706, mort dans la même ville le 17 novembre 1781. Il succéda, en 1761, à l'abbé Du Restiel, prononça son discours de réception le 13 avril de la même année, et fut remplacé par Condorcet. (39* fauteuil).
(La suite au prochain numéro.)