‹ L'Amateur d'autographesChapitre 33 sur 175 · LES MARÉCHAUX DE VILLARS ET DE BESONS, EN · texte numérisé non relu

LES MARÉCHAUX DE VILLARS ET DE BESONS, EN

La paix d' lHreçhJi(M> «rri ^4,743) ne ferma pas définitivement cette lutte désastreuse que Lou& XIV soutenait depuis plusieurs aimées contre l'Europe entière coalisée contre lui. L'Empereur n'acquiesça pas au traité et continua la guerre. Deux armées devaient eire envoyées sur le Rhin et la Moselle : les maréchaux de Villars et d'Hareouri furent désignés pour les commander. Villars fut remplacé par Besons: mais le duc d'Harcourt, atteint d'une attaque d'a-

Soplexie, se vit hors cTétattfe servir. 1 Des deux armées on n'en t qu'une dont le commiâridement fut donné à Villars. * De là grande répugnance du maréchal de Bvsons d'obéir à son collègue. C'est alors que le ministre de la guerre VoysuH ' lui écrivit pour le prier de vaincre cette répugnance oui pourrait nuire au service uVRoi. 11 adressa aussi une lettre à Villars dans le môme but. Cèlleftè Voysin à Jtesons fait partie de la vente du i8 mai et nous pouvons la donner à nos lecteurs ; nous ne savons ca.-qu'e&l devenue la lettreiqui a été envoyée à Villars. / ..' ,

Je voy avec une extrémé peine, Monsieur, que vous estes fasché de . vaitf trouver, dans la nteasUé de- joindre Mi le maréchal de Vilar s. Le roy vous regarde comme un homme sage-, et tousne voaîés pas détruire cette prévention heureuse et favorable de Sa Majesté. Elle a jugé qu'il couvenoità son service^ soit qu i» y ait,deupq armées sur le Rhin et la Moselle ou qu'elles se réunissent en uné, qu'il y eust deux maréchaux de FrAnce. Cela ue vous faisoitjaujGuoue peine avec M. le maréchal d'Harcour, un événement impréveu lait marcher M. le maréchal de Vilars; c'est ce changement qui vous Tait peine. Je conviens què vous tronverés moins d'agrément avec luy et que les manières sont différentes. Si les hommes principaux comme vous n'alloient faire la guerre que pour leur plaisir et si le service du Roy, l'envie de luy obéir et de Ju y- plaire, >ne faisaient pas vo>tre principal objet, vous pourrié3 vous laisser aller à vos premiers mouvements; et vous scavés bien quesi l'arangemeni n'avoit paseslé comme forcé j 'au rois entré avec plaisir dans ce quj pou voit estre devostre goût et de vostre couvenance. La fatalité en a disposé : M. lu maréchal de Vilars se trouve l'ancien comme l'esloit M. le maréchal d'r|arcouj\ Vous avez vou*-mesme formé le dessein du siège de Landau et Vostre projet avec M. d'Harcour estoit de rassembler toutes les forces pour ce siège. M. de Vilars suit le raesme plan. Le corps à Trêves estoit bon pour embarasser les ennemis avant que toute l'armée pust se déterminer sur Landau. Si on p< ut faire ce siège il est certain que l'on ne peut y marcher trop tost et qu'il vault mieux estre sur la Quercne le 5 juiu qued'attendre au dix; vous conviendrésque ce n'est pas changer le projet. Vous serez apparament chargé défaire le siège et je suis persuadé que M. le maréchal de Vilars aura plus d'égards et de ménagements pour vous que vous ne le penses. Rappelés, je vous supplie, ce que vous avés veu vousmesme plusieurs fois eu Flandre. M. le maréchal de Villeroy fit le siège de Char-

1 S1 Simon, t. x, p. 373.

• Mémoiits tiu mariehidde Villars, édition Michaud, t. xxxm, p. 217.

3 Voysin fut nommé chancelier peu après. Saint Simon ne le ménage pas dans seâ ; Mémoires. . Ils lui (Torcyji avaient dit-il, substiloé Voysin, créature et âme damnée de M- de Mainteuon et de sa fortune, et aussi ignorant d'ailleurs et auisi vendu qu'il le leur falloir t»t(?4 *j p. 377^:1 a . ,:im uiioibu 1

leroy 1 pendant que M. le maréchal de Luxembourg commando^ l'armée. M le maréchal de Catinat se trouva dans le mesme cas, faisant le siège d'Ath 2 pendant que M. le maréchal de Villeroy comniandoit l'armée, et M. le maréchal de Bouliers, qui avoit une armée séparée, joignit M. le maréchal de Villeroy. Les 2 armées n'en faisant plus qu'une, ces Messieurs n'estoient pas plus sapes que vous : M. de latmat, avoit commandé en rhef l'année de Ûauphiné- Ils auroient esté fort aises que la chose eust tourné autrement, mais il n'y parut pas, qnoy que M. lé maréchal de Luxembourg 3 et M. le maréchal de Villerov allassent Souvent visiter les attaques, et, lorsqu'ils y estoient, ils v donnoient les ordres- quelle jugeoient convenables. M. le maréchal de Vilars ne fera pas pins et fora peut-estre moins par l'envie qu'il marque avoir de vous marquer plus d'estime et plus d'envie d'avoir vostre amitié qu'à un autre. Je vous conjure de ne vous point laisser aller au chagrin et d'esloi{;iier ceux qr: voudraient vous y entretenir. Il y en a beaucoup pour qui c'est uupla. sir d'entretenir la division. II ifaéste rien fait exprôâ contre vous, il tj' a mesme rien qui ne soit dans l'ordre ordinaire. Si to>t que la nécessité vous met ensemble cette nécessité v est tant par la volonté du Roy que parce que cela est véritablement du bien de son service. La peine que vous y avés vous sera d'un ^rand mérite: le Rdy la connoist et vous eu scaurfi plu- de gré que si vousfaisiés choses plus importantes et considérables. Il me semble que touis bons sujets zélés, attachés a sa personne etqui en ontieceu desgrâces, doivent éuter de luy causer de lYmbaras et peine d'esprit. Faittes, je vous supplie, en cette occasion, ce que vous conseilleras de faire a un autre. Vous n'avés rien à craindre de tout ce qui reviendra de ce costc-cy. Reposés vous en sur mov. Je croy que vous ne doutés pas que je ne vous parle bien sincèrement par l'eflvct d'une ancienne ainiti»'-. Je suis trés-sincerement, monsieur, vostre trés-humble et très-obéissant serviteur. -in»

• J \J: : VOYSIN.,1 >)i ,1

A Marly, le 30 may 1713. „.: . . . ..

Le môme jour, le ministre écrivit à une dairiè, sans doute la maréchale de bVsbtis, * la leïtre suivante : .

Je fais aujourd'huy response h'W 'Je marèctial de Besons aussi bien qu'à Mp le maréchal de Vilars. Madame, il n'est pas possible d'empesctier que les armées ne se joignent pour exéctitter les ordres et projets du Roy et profil ter de la supériorité sur les ennemis-, niais les estais majors seront toujours distincts' el séparés. M' -te maciéchalde Besons aasâésbon esprit pour comprendre que cela n'est pan praticable autrement 11 est homme sage, zélé pour le service du Roy. le hasard l*a mis dans la situation où il est, et lorsque Mrle maréc hal *^e Boufllerset Mr le maréchal de Catinat se sont trouvé dans le même cas, ils ont sceu s'accomoder au temps et à la nécessilé..Le RoXjIui scaura beaucoup de gré du sacrifice qu'il luy fera en cette Oceâ&bu. Fortifiés-le, je vous supplie, pour qu'il ne se laisse pas aller à de premiers mouvemens. Je ne laisse pas d'es-

1 La ville de Charleroy fut prise le 11 octobre 1693, peu de temps après la bataille de Ner^inde 1' li • ! ' . :. i. ^ / ,

• ^ Ville forte de Belgique (province d'Hainaut) prise par Catinat le ji^n

1 Si Voysin veut parler du siège d'Ath dans ce membre de phrase, comme nous le pensons, il a fait une erreur de nom et a voulu metmï Boufflers ou Catinat, au lieu de Luxembourg, car ce dernier était mort le* janvier 1695. - 1 u .

' Saint Simon (t. x, p. 284) donne de curieux détails sur elle et «on aari.

crh^'à M' te tnatéchat de Vilàrs de manière à fottiflerfeiiTife mi'il témoigne avoir d'avoir toutte sorte d'égards et ménagements pour Mr 1e marônhal de Besons. Je suis avec respect, Madame, vostre très humble et très obéissant serviteur,

Voysin.

A Marly, le 30 may 1713.

Saint-Simon ne, parle pas de cette rivalité survenue entre les maréchaux, lui qui, cependant, ne manque jamais de décocher contre Villars quelques traits bien cruels, quand il en trouve l'occasion. Vil la rs lui aussi n'a garde de rappeler cet épisode : il traite même assez bien son collègue dans ses Mémoires. « Je me rendis, dit-il, le 24 mai à Metz où pavois donné rendez-vous au maréchal de Bezons. It me rnaraua un vif désir d'avoir toujours une armée séparée. Je l'assurai d une grande attention à tout ce qui pourroit lui être agréable; j'ajoutai que jusqu'à ce que les premiers mouvemens pussent faire voir clair sur le succès des entreprises, je ne pou vois moi-même juger si la campagne s'ouvriroit par une action générale, ou s'il seroit possible de faire un siège : que dans le premier cas il choisiroit lui-même l'aile qu'il voudroit commander ; que dans le second il seroit chargé du 3iège, ou de l'armée d'observation. 1 • C'était agir galamment, mais Villars semble donner une leçon à son collègue quand il dit plus loin : * « Il est à observer qu'avant l'ouverture de la campagne on avoit soutenu, pour faire plaisir au maréchal de Dezons, qu'il falloit deux armées ; que la sienne marcherait sur la rivière de Glane, pendant que celle du maréchal d'Harcourt passeroit le Rhin au Fort-Louis. » Après avoir montré l'inconvénient de ce projet, il ajoute : « Et voilà ce que produisent lescabalesde cour, uniquement occupées des intérêts des particuliers, et jamais de ceux du Roi, »>

Le siège de Landau eut lieu et ce fut Besons qui commanda. Il y mit assez de lenteur pour que Villars fut obligé de lui en faire l'observation, mais en termes très-mesurés, « et tels qu'il convient de les employer avec un homme de pareille dignité. 3 ■> La tranchée fut ouverte le 25 juin, et le 20 août le Pee Alexandre de Wurtemberg se rendit avec 8,000 hommes. Saint-Simon 4 raconte cette prise en quelques lignes où perce sa partialité contre Villars. « Besons, ditil, fit le siège de Landau, où Villars vint une fois ou deua se promener et faire le général. Il commandoit l'armée qui couvroit le Siège.

Etienne Charavay.

quelques lettres de déranger

La vente d'autographes du 18 mai contient sept lettres de 111îtistre chansonnier. Presque toutes sont intéressantes et capitales.

i Mémoires du maréchal de Villars, édition Michaud; p. 218. »Id , p.2-22.

3 ld , p. 220-1.

<* Mémoires, t X, p. 429-30. .z .\ . . IU\. hi:, :-

Sont-elles publiées? c'est ce que nous n'avons pas vérifié. Dans le doute nous n'en donnerons que quelques fragments curieux qui, inédits ou publiés, feront certainement plaisir à nos lecteurs. La pre-1 mière est du 10 septembre 1827 : elle est adressée à Madier-Montjan et relative à la mort de Manuel.

« Quel homme c'était ? s'écrie- t-il, et quel 'homme il eut pu être encore!.... Vous aurez vu par les journaux que nous voulons élever un monumentsur la tombe de Manuel, non un fastueux mausolée, mai* un témoignage de' reconnaissance publique qui soit, par sa Simplicité, en rapport avec le caractère de celui à qui il doit être consacré. Une souscription est ouverte ; les fonds en sont versés chez Laffitte : il nous importe d'avoir beaucoup de souscripteurs et non de riches souscrit tions. »

La seconde, du 13 février 1828, est adressée au môme. Béranger l'engage vivement à se présenter à la députation, lui promet son concours et lui demande une lettre qu'il puisse montrer; ...

« Votre fierté sera peut être blessée, M. le juge, de recourir a un pauvre chansonnier pour vous faire épauler^ Point de fierté, Monsieur : fl y a de

SI us gros seigneurs que vous qui voudraient bien avoir le chansonuier ans leur manche. Allons, encore uu petit morceau d'éloquence ! Ce sont des échantillons que nous autres courtiers, nous donnons pour faire juger de la pièce. Ah ! mou cher ami, combien je désire votre élection ! Je connais tous nos grands nommes : j'en suis las. Des avocats, des avocats et toujours des avocats ; de l'esprit, beaucoup d'esprit ; des talents même et de grands talents. Mais sauf deux ou trois éxecutions, point de cœur dans tout cela, point de caractère, point de véritable patriotisme. Qu'il vienne un homme, un second Manuel, et toutes les profondeurs doctrinaires, toutes les subtilités de l'esprit s'évanouiront devant celui qui ne sera guidé que par un grand désintéressement, une raison droite, un ferme courage, et une conscience imperturbable. Venez donc, mon cher ami. Venez, en dépit de femme et d'enfans, occuper une place qui vous est due et nous aider à sauver la France, cette chère patrie, qui n'a peutêtre besoin que d'une voix de plus pour sortir complètement de sa léthargie. »

Après ce morceau éloquent, Béranger, le 28 août 1829, lui écrit une autre lettre sur le môme sujet :

« Vous avez du courage, dit-il; ainsi on peut vous le dire sans crainte d'attiédir votre zèle, il y a bien peu de patriotisme réel aujourd'hui. Voilà surtout pourquoi c'est un devoir de saisir les positions où l'on peut réchauffer l'enthousiasme de la liberté, prêt à s'éteindre dans toutes les araes. Il faut braver jusqu'à la prison. • . , .*

Nous venons de voir Béranger défendre la tête haute sesidées politiques : regardons-le maintenant badiner avec sa nlume et écrire à Grandville une lettre qui est un modèle de style. H le félicite sur le talent qu'il a bien voulu consacrer à l'illustration de ses refrains.

« Jamais plus heureuses inspirations n'ont rencontré un crayon plus spirituel, plus fécond, plus intelligent que le vôtre, et je suis tout fier de me .voir commenter par vous, au risque de voir préférer le commentaire au texte. Je vous assure, Monsieur, que cela m'arrive, moi qui pourtant dois être un peu plus partial que le public. Il vous piait souvent 4e

tiret Uriè îd& ingénieuse de teUe chanson qtoe>je sais être une (demies pins mauvaises,; et je me .deirmml t: alors s» je ne devrais pas, me \î âctoir « 4e voir ainsi mes vi»>ux p£< liés oui s eu Jumiôre, uiaw jl est si naturel ^eMiçelui ,m * Aooûô taat 4'eçpwt *aux bêtes en ajoute à mes œuvres. » -, ...

jU iOiA^uièfliQ, ^^e ^Perrotin, est une jolie lettre de recommandation. U dixième,, M 1*% relative à Emile Debraux a été

Subliée par nous dans notre o° 103. Dans la septième, adressée à [«• Oadchois-Lemaire on trouve ce curieux passage :

a'f'JJ'ai çu aussi ries tracasseries ; moi, c'est avec l'Académie. Savez-vous gue j'en ai ét£ # uéux floigts. Si vous étiez venue, je vous aurais montré ma correspondance à Ce sujet. Ma frayeur a été des plus vives. Heureusement elle n'a duré que 24 heures. A l'avenir, la lettre que j'ai écrite m'é-

!0n voft'qu^'tdutes ces lettres sont d'un grand intérêt et qu'elles nous ^mettent d'apprécier' le grand chansonniër et commebômrae e,t'comniè épistolairé.

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