LOUIS XIV NOTIFIANT A L'ËMPEREUR LA NAISSANCE DE LOUIS XV
- — Lettre signée, adressée à VEmperewr monsieur mon frère et très aimé cousin, par laquelle il lui annonce la naissance du duc d'Anjou, (depuis Louis XV).
« Monsieur mon frère et très aimé cousin, « Les liaisons du sang qui sont entre nous m'engagent à donner part à Vre M* de la naissance du prince dont Dieu vient de bi'nir les couches de la duchesse de Bourgogne, ma petite-fille, estant persuadé que vous la receveréB avec les mesmes senlimens que j'auray toujours pour V™ Mu en pareille occasion, et, priant Dieu qu il la conserve longues années, je suis, Monsieur mon frère et très aimé cousin, deV" M-.
a Très affectionné frère et cousin,
« Louis. »
« A Versailles, le 15* février 1710.-
Denis (M™). — Trois curieuses lettres écrites à M. Duv}vier, son mari :
« Si vous avez trante-deux cartiers de noblesses j'en ai mille de sensibilité pour vous.
« Vous me mettez au désespoir, vous n'avez nulle confiance en moi. Si nous étions unis, loutneserait-il pas comun entre nous ; vous me tuez, tous eu serez fâché quand il n'en sera plus temps.
« Je vous aime d une façon que je n'ai jamais éprouvée ; je vous le dis avec d'autant plus de hardiesse que c'est un amour platonique qui ne désire que votre confiance et votre bonheur. Laissez- moi vous aimer à ma manière ; pardonnez à mon âge, aiez pitié de moi ; je déchirerez deyant vous en mille miettes, ce que vous me renvoyez ; vous me manquez, c'est l'ingratitude la plus offensante, mais il faut que je vous parle, mon cœur est trop plain.
« Imaginez- vous que je suis le meilleur de vos amis, usez-en avec moi comme vous feriez avec lui ; ne me refusez rien lorsque je pourais contribuer à votre bonheur, voilà tout ce que j'exige, je vous déclare que je veux partager avec vous mes pensées, ma vie et tout ce que je possède, ou donnez-moi un coup de pistolet par la teste, vous me rendrez un grand service. A ce soir. *
« Il faut que le neveu de M. de Voltaire ait ses ouvrages ; j'espaire qu'à ce titre vous voudrez bien les lire quelques fois :
« Vous étiez triste hyer, qu'avioz-votis? Ai-je fait quelque chose qui ait pu vous déplaire ; si cela est il faut me le dire.
« Pourquoi êtesvous venu souper chez moi hier ; vous étiez engagé chez Mm8 de Monconseil. Je prétans que vous vous amusiez, le reste ira comme il poura. Venez-vous au salon, dites oui, ou nom; mais surtout faites votre volonté. Si vous dites oui j'yrais vous prandre à une heure; j'ai tant de chose à vous dire que je ne vous en écrirai pas une, que je ne sache ce que vous aviez hyer contre moi. J'ai rêvé toute la nuit à cette mine triste que vous fesiez ; j'en ai cherché le sujet dans ma teste et dans mon cœur, je n'y ai trouvée que la douceur de vous aimer. »
« Je vous envoie l'image de l'être qui m'a été le plus cher ; j'espère que vous la recevrez avec d'autant plus de plaisir que vous aimiez ce grand homme et qu'il vous aimait. Je l'ai perdu \ votre amitié peutseuile m'en consoller. »
Collin-Harleville. — Nous trouvons dans une lettre, datée de Mévoisin, par Maintenon, 30 sept. 1803, et adressée à M. Jos. La-
' Voltaire était mort le 30 mai 1778.
vallée, secrétaire-perpétuel de la société philotechnique, ce curieux
passage :
« Me voici encore pour longtems peut-être dans ma solitude. La délicatesse de ma santé, le besoin de l'air natal eLdu repos ne sont pas les seules raisons.qui m'y retiennent. Une mélancolie profonde et presque incurable est encore mon principal motif. Par malheur, elle ne me permet pas même de travailler. Je lis, je rêve et je me promène, voila tout. Dans mes rêveries je comprends le souvenir de mes amis, de mes collègues, qui me suit dans mes bois et tempère le sentiment de mes peines, heureux si ma longue absencn ne me tait point oublier de ceux que je regrette, particulièrement de la société phylotechnique dont je suis un membre si inutile, et de son digne secrétaire. *
Toutes ces pièces font partie du bulletin n° 146 de M. J. Charavay atné.
XOrVKLLIÎS DIVERSES
Le bulletin n° 11 de M. G. Charavay vient de paraître. Il contient entre autres noms, des autographes d'Adams, de Béranger, de Boileau, de Franklin, de Jefferson, Mathieu Marais, Marmontel, Napoléon II, etc.
— Le Moniteur de l'Archéologue et du collectionneur change de rédacteur-en-chef. C'est M. Coustou, rue Deville, 15, à Toulouse, qui est chargé maintenant de la direction de ce curieux journal.
Concours sur Saint Evremond. — L'Académie française vient de jueer le concours ouvert par elle sur Saint-Evremond. C'était une rude tàcne, car les manuscrits étaient en assez grand nombre. Après une longue discussion l'Académie a partagé le prix entre M. Gilbert et M. Gidel, professeur de rhétorique au lycée Bonaparte. Ses éloges de Regnard et de Vauvenargues avaient déjà valu à M. Gilbert deux nobles couronnes. Il vient d'en conquérir une troisième, ce dont nous lefélicilonssincèrement. Les couronnes en effet aident à attendre les palmes; elles y conduisent même parfois : M. Prévost Paradol en est un exemple. M. Gilbert du reste ne se borne pas à ces travaux académiques : il a déjà publié une édition de Vauvenargues qui compte parmi les meilleures, et il en prépare une de La Rochefoucauld où l'éditeur, parait-il, a déployé toute son érudition et tout son talent. Nous en reparlerons dès que l'ouvrage aura paru.
Un autographe de rossini. — La petite revue, du 19 mai, nous raconte une anecdote sur Rossini et nous donne le fac-similé d'une signature que traça l'illustre compositeur sur le registre d'une mairie quelconque, comme témoin. Cette signature est accompagnée de 4 dièzes. C'est en cela qu'elle se dislingue des signatures ordinaires de Rossini qui sont accompagnées des notes, rfo, mi, sol, ce qui veut dire accord parfait. Voilà l explication des 4 dièzes donnée par un ami de leur auteur. « C'est un rébus d'un autre genre que le premier; Rossini l'emploie quand il a envie de travailler, c'est-à dire très-rarement. Vous n'ignorez pas que les
Suatre dièzes de la gamme de mi naturel sont posés sur les notes fa, o, sol, ré, dont les lettres initiales sont celles des quatre mots : fatigué de se reposer. »
Une romance oe Henri iv. — L'Intermédiaire du 10 mai contient une curieuse note de M. le baron Feuillet de Conchessur la romance de Charmante Gabriellc attribuée à Henri IV. Nous en extrayons le passage suivant :
« Traversant un jour Avignon, j'y fouillai les magasins de bric-à-brac
de compagnie avec un vieil ami, curieux célèbre du pays, le bon, l'excellent Requien, un des derniers fidèles de cette forte race provinciale, qui adorent leur ville comme une maltresse, et n'ont rien qui ne soit à elle ; bonhomme ingénieux et sérieusement savant, qui, pour se survivre à lui-même en sa chère cité, lui a fait, de son vivant, cadeau de sa riche bibliothèque et de toutes ses collections. Sous la poussière de vieux cahiers sans nom, de bouquins vermoulus sans commencement ni fin, de ponts-neufs chancis, nous découvrîmes des papiers de la famille d'Estrées, parmi lesquels des lettres et un manuscrit de la romance * Charmante Gabrielle \ » nous arrachèrent une exclamation soudaine: nous venions de reconnaître l'écriture et le monogramme de Henri IV ! Au lieu des sept couplets connus dont le caractère ne semble pas identique, la feuille complète d'ailleurs et encore revêtue de ses soies et de ses cachets, ne contenait que les quatre donnés par M. Berger de Xivrey, et dont chacun était suivi du refrain tout entier: « -Cruelle départyel »
* Nous appelâmes en Avignon et à Paris tous les experts à donner leur avis touchant la chanson. Et d'abord, la pièce était incontestablement de la main du Vert-Galant ; mais ce n'était pas là une preuve irrécusable qu'il en fût l'auteur. Tout à côté, dans la môme mine, se trouvait, de lui a Gabrielle, une lettre qui n'était point datée, mais qu'on a rapportée à l'année 1598, époque où le roi pressait le plus vivement sa séparation d'avec la reine Marguerite, et où la belle d'Estrées eut le plus près la main sur la couronne. La missive, qui pourrait bien être la lettre d'envoi de la chanson, commence par les mots rappelés par votre correspondant: — « Ces vers vous représenteront myeulx ma condytyon et plus agréa- « blementque neferoyt la prose : Je les ay dyctezntm arrangez...» S'il s'agit, en effet, de notre romance, le roi n'y serait que pour la pensée. Henri, comme plus tard le grand Frédéric, avait ses arrangeurs complaisants, comme Gabrielle elle-même avait aussi le sien: le cardinal Du Perron, qui lui rimait ses réponses à son royal amant....*
Ventes. — Le 30 mai, M. G. Charavay a fait une vente de quelques autographes provenant du musée Gampana. Voici quelques-uns des prix que se sont vendues les principales pièces : Sigismond III, roi de Pologne, 1. s., 10 fr.; Sixte- Quint, 3 l.s., 15 fr. 13 fr. et 15 fr.;9 pièces intéressantes sur les guerres de religion en Provence, 40 fr.; Von Pedro de Tolède, L. a. s. et 1. s., 15 f. et 10 fr.; Albe (le duc d'), I. s., 18 fr. Alan (le cardinal), I. a. s., 7 fr. 50; etc. Un tableau ancien attribuée a Sasso Ferrato et représentant le Christ en croix, St. Jean et les Saintes Femmes, a été acheté 850 fr.
— M. Jacques Charavay aîné fera encore une vente d'autographes dans le courant du mois de juin. Citons par avance quelques-unes des pièces que contiendra le catalogue : Charles, duc de Guyenne, frère de Louis XI; Descamps (J.-B.); Duchatel (Tanneguy), le sauveur de Charles VII, François II, roi de France, lettres signées comme dauphin et comme roi ; Montmorency (Anne de); Orléans {Charles et Marie d'), Pelletier (Dom); Prud'hon: Rousseau (J -B.); Turenne; Winckelmann, les papes Léon XI, Benoit XIII et XIV, Clément VIII, Paul V, Grégoire XIII, Innocent X et XI; Schelling; Marie- Casimir e, reine de Pologne; Sobieski (J.-L.-H.), le fils de Jean ; Ba'if (Lazare de); Bouhier (le Pl), Chabanon, Danton, La Valette (le Card. de), Millevoye; Ninervois (le duc de); Saint-Pierre (Bernardin de) ; Saxe (le maréchal de) ; Maintenon (Madame de) ; Sêvigné (la marquise de) ; Longueville (la duchesse de) ; Louis XI et Charlotte, sa femme: Christine de Suède; Guise (les); Ferdinand-le-Catholique ; Anne de Bretagne ; Richelieu ; Poniatowski ; etc., etc.
CHRONIQUE
Le nouveau moufle, essentiellement pratique, utilise avec un sens industriel merveilleux les splendeurs de la végétation. Les Américains viennent de faire un journal avec un peuplier. Le fait est étrange mais parfaitement exact, line société, à Philadelphie, alimente avec du pa-
Îner de bois les presses du North amèrican gazelle. Voilà les dernières brêts vierges destinées à servir de pâture au monstre créé parGuttemberg.
L'heureux auteur du Lion amoureux va se voir l'objet d'un honneur inusité. Son buste sera prochainement exposé au foyer de la Comédie française, distinction réservée jusqu'ici aux morts. Quelle hâte! Les amis de M". Ponsard.se sentent-ils si pressés de disputer à l'oubli l'auteur de Lucrèce ?
On a beaucoup parlé et un peu ri de celte idole indienne exposée actuellement boulevard Malesherbes. Nous l'avons vue: c'est une œuvre exquise qui allie à un sentiment délicat et gracieux le caractère hiératique et grandiose des vieilles sculptures égyptiennes. Ce morceau, d'une antiquité très reculée et absolument archaïque et avec cela d'une délicieuse fraicheur. Il charme comme une page du Ramayara : il vaut qu'on l'aille voir.
Un jeune avocat, M. Gabriel Destailleurs , le fils du savant éditeur de Labruyerex a lu dans une spirituelle réunion où nous nous trouvions avec IL Etienne Gharavay, une lettre fort curieuse delà chevalière d'Eon touchant Beaumarchais qu'elle apostrophe avec une vigueur toute masculine. Monsieur Destailleurs a mis, avec une bonne grâce charmante, à la disposition de l'Amateur d'autographes cette lettre adressée à son aieule maternelle et qu'il conserve parmi ses papiers de famille.
Cette semaine, M. Chéron de Villiers nous annonçait cru'il avait reçu en
communication une série de lettres politiques .de Charlotte Corday qui
prendraient place en substance ou eu extraits dans une nouvelle édition
de son excellent livre. L'historien de Charlotte Corday a été d'autant plus
heureux de cette communication que ces nouveaux documents ne font
que corroborer ses assertions sur les opinions politiques de sou héroïne.
Annonçons, pour bien finir, une courageuse publication. M. G. Dufresne de* Beaucourt, dont l'érudition est connue dans le monde lettré, entreprend en ce moment une revue historique destinée à redresser les erreurs et à éclairer les doutes dans tout le domaine de l'histoire. Nous comptons que, grâce à sa sincérité éclairée et au concours des archivistes et des spécialistes éminenis dont il a su s'entourer, le succès ne lui fera pas défaut. Nous reparlerons à loisir de celte louable entreprise à laquelle nous prenons un véritable intérêt, car nous savons qu'appeler rattention sur les publications sérieuses, c'est parler en notre faveur.
Le Directeur-Propriétaire ; Jacques CHARAVAY.
Abbeville. — Imp. P. Briez.
No 108. — 5« Année
16 Juin 1866
Bureaux s rue de» Grand»- Augustin», SiO, a Paris
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Étranger : le port en sus.
Londres : MM. Puttick et Simpson, 47, Lei-
cester-Square.
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nit/.strasse, 16.
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traat.
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Bruxelles : M. Van Trigt, 30, rue S«-J eau Madrid : M. Bailly-Baillière.
S 4.int-Péter s bo u r g : M. Jacques Issakoff. Moscou : MM. Gauthier.
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Les demandes d'abonnement et toutes les communications relatives au Journal doivent être adressées, franco, à M. Jacques CHARAVAY.rue des Grands- Augustins, 26.
PIÈCES INÉDITES
Il y avait beaucoup à glaner dans la vente que M. J. Charavay aîné fera le 28 juin. Nombre de pièces en effet joignent à la rareté un intérêt historique qui les rend doublement précieuses pour les amateurs. Pour en donner une idée, nous avons choisi quelques-unes des plus curieuses pour les reproduire avec des notes et des commentaires. Puisse notre choix obtenir l'assentiment de nos bienveillants lecteurs.
Lettre signée, datée de Corbeil, le 17 juillet 1465, et adressée « à nostre amé et féal conseiller le bailly de Lyon ou à son lieutenant. » Le roi y rend compte de la bataille de Monllhéry qu'il avait livrée la veille, et il donne sur cette journée des détails fort importants.
De par le Roy,
Nostreamé et féal, hier environ deux heures après disner estant les Contes de Charrollois et de Saint-Pol, Alof de Clèves, 1 le bastard de Bourgoingne * et tous leurs gens en bataille emprès Montlehery fortifiiez de leurs charrois, 8 fossez, Ribaudegums et autre grosse artillerie,
1 Adolphe de Clèves, seigneur de Ravestein, fils puîné d'Adolphe de La Marck, premier duc de Clèves.
* Antoine, un des nombreux bâtards de Philippe-le-Bon, et le plus illustre d'entre eux. Sa mère s'appelait Jeanne de Prasles. Antoine donna tant de preuves de bravoure qu'il fut surnommé le Grand. 11 commandait alors l'arrière-garde.
Bagages.
feusmes conseillez 1 £e les assaillir et combatte, et ainsi fut fait et grâces à Dieu eusmés du meilleur, et fut la victoire pour nous et par 'deux ou troys foiz senfouyrent ledit Conte de Cbarrollois et la pluspart de ses gens et ledit Conte de Saint Pot et uesqudz ont esté destroussez que mors que prins depuis la bataille qui sen rouvrent bien deux mille : et entre autres le sire Desmeries et le sire de Haplaineourt * ont esté prins et y en a encores plusieurs qui sen sont fonyz lesquelz on poursuit, et desja en ont esté amenez plusieurs en ceste ville de Corbeil. Et en tant que touche le principal de la bataille, il en est mort de leurs dis contre ung des nostres, ainsi qu'il a esté trouvé et en y a eu de xiui à xv * mors » de leur
Eart et de deux à troys cens prisonniers dont il y en a de gens de bien eaucoup, et comme avons sceu, le bastard de Ifourgoingne a esté tué 4 et ou lire nous a esté rapporté que lesdis Contes de Cbarrollois 8 et de Saint- Pol ont esté griesvement niecèz et deraourasmes ou champ jusques à soleil couchant, et environ soleil couchant que le chaçqp nous estoit de mouré nous re trais mes et venismes jusques en ceste dite ville de Corbeil, et toute nostre armée avec nous excepté aucuns qui cuidoient les choses autrement estre et à ceste cause se sont retraiz en plusieurs lieux. « Les quelles choses vous voulons bien signifier afin que en puissiez rendre grâces à nostre Seigneur. Donné à Corbeil iexvir* jour de juillet.
Loys. — Toustain.
Celte lettre ne manque pas d'une certaine énergie, ce qui ne doit pas nous étonner, car Louis XI, qu'on s'est plu à nous dépeindre sous de si noires couleurs, était brave de sa personne, et il l'avait bien prouvé la veille, lorsque, s'élançant au milieu de ses soldats qui le croyaient mort, il les avait ramenés au combat par ces paroles: « Non, mes amis, non, je ne suis pas mort. Voici votre roi, défendez-le de bon cœur. » — Louis XI regarde la bataille de Montlhéry comme une victoire signalée, pendant queson adversaire, lecomtede
4 C'était Pierre de Brézé, le grand sénéchal de Normandie, qui avait engagé la bataille, malgré le Hoi. Comines lui prête ces paroles qu'il aurait adressées à un de ses compagnons d'armes en pariant du Roi et du duc : - Je les mettra;- aujourd'hui si près l'un de l'autre, qu'il sera bien habile qui les pourra desmesler. » Brézé fut tué un des premiers.
" Ils s'étaient enfuis jusqu'au Pont-Sainte-Maxence, où ils tombèrent entre les raaim du seigneur de Moui, capitaine de Compiègne, oui avait rassemblé les garnisons voisines pour couper le passage aux fuyards.
• D'après Comines, le Roi perdit plus de gens à cheval et les Bourguignons 1 plus de gens à pied. « De prisonniers bons, les gens du Roy en eurent des
meilleurs de ceux qui fuyoient. Des deux parties il mourut deux mille hommes du moins. »
* Faux bruit : le bâtard de Bourgogne avait vaillamment combattu comme à son habitude. Son enseigne tut toute dépécée, « tellement qu'elle n'avoit pas un pied de longueur. >» Antoine ne mourut qu'en 1504 après avoir été comblé de faveurs par Louis XI auquel il se rallia après la bataille de Nancy, en 1477.
« Le comte de Charolais avait en effet été blessé- d'un coup d'épée à la
Î;orge : il eut même perdu 1a vie sans le dévouement du flls d'un médecin, ean Cadet, suivant Comines, Robert Cottereau, selon M' de Barante, qui se jeta entre lui et un français qui sommait le eomte de se rendre. Il avait reçu auparavant un coup de lance qui lui avait fait une forte contusion à Ja poitrine.
e Entre autres le comte du Maine qui n'avait même pas essayé de résister au comte de Charolais.
on
en considère les suites on est forcé de reconnaître que Louis XI, bien quil se fût retiré à Corbeil et qu'il eût laissé à son impétueux adversaire la vaine gloire de coucher dans les plaines de Montlhéry, était réellement le vainqueur, puisque la ligue du bien public ne survécut pas longtemps à cette bataille.
Lettre signée datée de Blois, le 16 avril 1498, et adressée à Hercule 1er d'Esté, duc de Ferrare. Le roi lui annonce le décès de Charles Vlll (mort le 7 avril) et son avènement au trône.
Mou Cousin, jecroy que de ceste heure avez bien peu savoir le trespas de. feu mon très cher Sr et frère le Roy dont Dieu ait l'ame ; et que depuis iceluy comme vray successeur et héritier de la couronne mes ■ parents, subgects, officiers, serviteurs et bonnes vUljes de mon royaume, se sont retirez par devers moi pour aider adonnerotdre et provision aux faiz et afaires d'iceluy mon Royaume.
Toutefibis je vous en ay bien voulu escripre et advertir saichant certainement que vous en serez très-joyeux. Et au surplus que si mondit feu Sp et frère durant le temps de son règne vous a porté et favorisé, que vous ne me trouvez èn moindre vouloir, désir et affection de vous porter et favoriser ainsi que plus à plain j'ay charge à Nicolas Alemant, porteur de ceste, vous dire : Et adieu, mon Cousin, qui vous ait en sa garde. Escrit à Bloys le xvi- jour d'Avril. '
Lots - Robertet.
FERDWAWD VETWABELLE.
Lettre signée collectivement, datée d'Alcala, le 8 février 1486 (1487, n. st.). C'est une lettre donnée à leur ambassadeur auprès du .Pape, et dont nous allons reproduire les passages les plus curieux.
Don Fernand et dona Ysabel, par la grâce de Dieu, roi et reine de Castille, de Léon, d'Aragon, de Sicile, de Tolède, de Valence, de Gallice, de Majorque, de Séville, de Sardaigne, deCordoue, dé Corse, deMurcie, de Jaën, des Algarves, d'Algésiras, de Gibraltar, comte et comtesse de Barcelone, etc..
Comme tout avantage vient de Dieu nostre seigneur tout puissant, par lequel les rois régnent sur la terre et reçoivent de sa main les trônes et les seigneuries, c est une chose convenable que l'auteur de tautde biens et de grâces, comme on en reçoit de lui chaque jour, soit remercié, servi et obéi par les mortels, en donnant et rendant à ses vicaires sur la terre cette obéissance et ce respect qui de droit leur sont dus ; et parce que depuis Ta mort du pape Sixte1 d'heureuse mémoire, le sacré collège des cardinaux de la Sainte Eglise de Rome, éclairés par l'esprit Saint, assemblés et unanimes dans leur conclave ont choisi et créé pour souverain pontife romain dans l'Eglise universelle notre très saint père Innocent VIII auquel nous, comme princes catholiques voulant donner et rendre cette obéissance et ce respect que nous lui devons et sommes obligés à lui rendre et que les rois de glorieuse mémoire nos ancêtres eurent coutume de donner et de rendre, comme jusqu'ici occupés à la guerre que nous
* Sixte IV, mort en 1484.
faisons sans interruption au Roi et aux Maures de Grenade, et à d'autres choses concernant le gouvernement de nos royaumes et Seigneuries, nous n'avons pu ie faire comme nous le désirons ; aujourd'hui nous décidons d'envoyer nos ambassadeurs à Sa Sainteté pour lui rendre ladite obéissance. Kn conséquence, nous confiant en la noblesse, prudence, fidélité et discrétion de vous, don Inigo Lopez de Mendoça et comte de Tendilla, notre capitaine et membre de notre conseil, par la présente nous vous faisons, créons et constituons notre orateur et ambassadeur, procureur
et nonce
. . . et vous donnons et accordons tout notre libre, plénier, suffisant et complet pouvoir, et faculté entière, selon que mieux et plus complètement nous les pouvons donner et accorder de droit, pour que pour nous et en notre nom, et pour nos royaumes, terres et provinces et iles, et pour tous nos sujets et habitants de toutes nos autres seigneuries, vous puissiez paraître et paraissiez devant le dit notre très saint Père Innocent Vlll comme vicaire du Christ et vrai successeur de saint Pierre, et lui témoigner, donner et rendre, témoigniez, donniez et rendiez l'obéissance et le respect aue nous, comme rois et princes chrétiens, nous lui devons et sommes obligés à lui rendre, selon ce que firent et eurent coutume de faire les rois de glorieuse mémoire nos ancêtres aux Pontifes
passés
Donné en la ville de Alcala de Henarès le huit du mois de février l'an de la naissance de Notre Seigneur Jésus Christ mil-quatre-cent- quatrevingt-six.