EUGÈNE SUE EX EJD JUIF ERRANT
Il faut rendre cette justice à Eugène Sue, dit l'auteur de son article dans la Biographie Didot, qu'il a toujours supporté la critique sans aigreur. La lettre que nous allons reproduire en est une preuve : Le célèbre romancier y répond aux observations qu'une dame lui availfaites sur son Juif Errant.
« Veuillez croire, Madame, que je vous serai toujours très reconnaissant de la franchise avec laquelle vous m'avez fait l'honneur de m'écrire au sujet du Juif Errant. Me sTa-l il du moins permis de regretter, Madame, que votre jugement n * reporte que sur des citations, que sur des fragmente et non sur l'ensemble de l'ouvrage dont plusieurs parties eussent peut-être trouvé grâce à vos yeux. Vous m'accorderez du moins cette justice, Madame, qu'indépendant de tout et de tous j'ai accompli sinon avec talent, du moins avec conscience et conviction une œuvre qu'à mon point de vue je croîs utile et bonne, — sinon par son éxecution du moins par ses tendances, — tout en regrettant bien sincèrement, Madame, de me trouver dans un si complet désaccord avec vous sur un sujet si important, Je n'oublierai jamais le sentiment d'intérêt etde bienveillance qui a dicté les critiques que vous a.ec daigné me faire, et l'un de mes plus précieux et plus honorables souvenirs sera celui de l'indulgente bonté que vous avez bien voulu me témoigner si souvent.
« Veuillez agréer, Madame, l'assurance de mes sentiments les plus respectueux.
« Eugène Sue. »
Ml HV
Méry est mort et tous les journaux, grands et petits, ont rendu à sa mémoire un dernier et solennel hommage. Nous ne voulons pas rester en arrière et, pour nous associer au concert d'éloges qui a retenti de toutes parts, nous ne saurions mieux faire que de publier le billet suivant écrit a Jules Lccomte alors que le grand pcrëte était déjà atteint de cette maladie qui Ta conduit au tombeau.
« Mon cher Lecomte,
• Une convalescence en janvier est une seconde maladie. Je suis bien, mais je suis prisonnier. Si j'avais eu le moindre clair de lune à midi j'aurais fait quelques visites et je n'aurais pas oublié la rue Thérèse. Maintenant quand sortirai-je de ma prison? c'est une affaire de thermomètre. 11 me faut beaucoup de dégrés pour sortir. Voyez, à quoi puis-je être bon à la chose dans cette réclusion ?
• Voire bien affectueusement dévoué,
« Méry. »
« 3 janvier. »
.11 I i * swin 1 ET MAm i i iM
Nous détachons d'une lettre de Jules Sandeau écrite en août 1848, de Plaisance, par Nantes, à son ami Armand de Pontmartin, le passage suivant tout relatif à la composition de son roman de Madeleine :
« J'espère bien, mon ami, que vous ne m'en voulez pas de ce long silence. J'ose croire qu'au point où nous en sommes de semblables façons d'agir sont moins un signe de négligence qu'un témoignage d'estime etde confiance dans la solidité des affections. Vous ave* su d'ailleurs eu quelles mortelles langueurs a traîné cette malheureuse Madeleine. J'ai pensé n'en jamais finir ; je vous assure que j'ai dépensé en ces deux derniers mois de chaleur plus d'énergie et de volonté qu'il n'en faudrait pour gagner une bataille. N'était-ce pas une bataille en effet? Seulement je crains * bien ne pas l'avoir gagnée. Entre nous, c'est le moindre de mes soucis. J'ai la conscience de n'avoir pas fait là une mauvaise chose et j'ai bien de la peine à croire qu'on n'y reconnaisse pas tout au moins un amour sincère de ce qui est bon et hounête. Gela me suffit, je n'en demande pas davantage. Je suis parti le 3 août, sans me préoccuper du petit bruit qui pouvait se faire autour de mon dénouement ; m*1 voici loin de Paris, en pleine campagne, tranquille, heureux, entre ma femme et mon enfant, et, pour surcroit de bonheur, j'ai prés de moi ma vieille mère qui a pu trouver assez de forces et de santé pour venir embrasser ses enfants. Si mes amis sont heureux, tout est bien et rien ne manque à ma joie
Travaillez, mon ami ; vous avez du talent et déjà du succès. Travaillez et je vous prédis qu'avant peu vous aurez au soleil la place que vous méritez. Je désirerais seulement vous voir mettre plus de suite Mans l'arrangemeut de votre existence littéraire... »
U l El" RACIIKL
Le célèbre poète provençal écrit de Marseille, 18 juin 1850, à un critique qu'il appelle cher maître, les lignes suivantes où il parle
do Rachel et desa Fille d'Eschyle, qui lui valut d'être couronné par l'Académie française :
« Vous avez beau dire avec une grâce san3 pareille que les muses ont déplacé le siège de leur gouvernement. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'en dépit de cette assertion par trop aimable, et en dépit de ce soleil provençal pour lequel M. de Lamartine m'attribue un culte exagéré, — je me désespère de végéter à 200 lieues de la ville que vous habitez. Je compte bien, Dieu merci, que mon vœu le plus cher, celui d'aller vous serrer ta main, ne sera pas cette fois trop difléré. M"* Rachel m'a promis, m'a donné sa parole d'honneur , de rendre à la scène, vp.rsle mois d'octobre, celte fille d'Eschyle qui vous doit tant. J'appelle donc de tous mes vœux, en vue du bonheur que j'aurai de vous revoir, l'époque désignée par Yillustre bohémienne, comme l'appelait un jour Jules Janin. »
Ces quatre lettres font partie du bulletin n° 146 de M. J. Charavay aîné.
NOUVELLES DIVERSE
Le Bulletin n° 146 de M. J. Charavay aîné est sous presse. Il ne renferme pas. comme le précédent, nombre de pièces d'une grande valeur, mais des lettres d'un prix modeste et accessible à tous les amateurs. On y trouve, pour les célébrités contemporaines, un choix remarquable d'autographes d'un grand intérêt. On ne saurait en effet désirer mieux que les lettres d'Aulran, sur sa fille d'Eschyle, de Balzac, Albert de Broglie, sur Rossi, Victor Hugo, Lamennais, Raspail, George Sand, sur François- fe-Champy Jules Sandeau, sur Madeleine, Emile Souvestre, Louis Veuillot, etc. Parmi les souverains on remarque les rois de France, Louis XI, lettre signée sur papier, Charles VH1, François K François II, Charles IX, Henri 111, importaut document sur l.i ville de Metz, etc., Catherine de Médicis, Marguerite de France, la reine Margot, Marie de Médicis, Marie- Antoinette, Ferdinand I**r, roi de Naples, Yolande de France, la sœur de Louis XI, René d'Anjou, le bm roi René, les empereurs d'Allemagne Léopold Ier et 11, Bonaparte, Napoléon III, le pape Pie IX, etc. Citons encore, parmi les académiciens, Argenson, Chàteaubriand, Foncemagne, Bernardin de Saint-Pierre, Sedaine, Voisenon l'abbé de), Voltaire, une lettre a. s. à Mootcrif, sur la Henriade et 'Histoire de Charles XII, une lettre autographe, 4 lettres signées et le manuscrit d'Adélaïde Du Gucsclin. — Enfin on nous permettra de faire remarquer les noms suivants : Montpensier (la de), Helvëtius, sur Bossuet et Fénelon, Guise (Henri leT, duc de), 1. a. s., Bernoulïi (Jean), Fabert, Saxe (Maurice de), Lebeau, Collé, Gossec, Vernet (Joseph), Saint-Simon, le philosophe, Latour d'Auvergne, les maréchaux Lefebvre, Kellcrmann et Pérignon, Wellington, Kotzebue, Loriquet (le Père), Béranger, intéressantes épîtres, Morny (le duc de), etc., etc.
— On lit dans V International : L'illustre professeur Faraday a reçu la Médaille Albert (en or) de la Société des arts, que lui ont valu ses
randes découvertes en électricité, magnétisme et chimie. Une inisposition qui dure depuis quelque temps n'a pas permis au savant de recevoir cette médaille eu meeting public.
— Le Bulletin n° 13 de M. G Charavay vient de paraître.
— Le Moniteur de l'A rchéoloyue change de résidence : ses bureaux sont maintenant ci Montauban, 35, rue Lagarrigue. C'est de là que nous est parvenu le 1er numéro de la seconde série, qui a 32 pages. Il contient des articles fort curieux accompagnés de figures explicatives. Le prix de l'abonnement (6 fr. 50 par an), est si modique qu'il n'est pas un archéologue ou un érudit qui n'ait voulu souscrire à cette œuvre si importante.
Musée d'autographes aux Archives : C'est le 15 août prochain, au premier étage du principal corps de logis dans les appartements de la princesse de Rohan-Soubise qu'on ouvrira ce curieux musée d'autographes, de documents, de manuscrits, de sceaux, etc., formé par les soins du savant directeur des Archives, M. le comte de Laborde. Nous applaudissons de toutes nos forces à cette noble idée et nous nous proposons de reparler plus longuement de celte collection quand elle sera mise à la disposition des curieux.
Musée historique a l'hôtel-de-ville : La Chronique des Arts annonce que le conseil municipal de Paris vient d'acheter de M. Legras, moyennant 35,000 fr., sa collection de jetons des prévôts des marchands, de méreaux et de médailles relatifs à l'histoire de Paris. Voilà une nouvelle acquisition destinée à enrichir le musée historique que M. le B°° Ilaussmann forme à l'Hôtel-de-ville.
Musée de Florence. — L'administration des musées royaux vient de prendre une mesure véritablement intéressante pour tous ceux qu'attire à Florence l'admiration ou l'étude des richesses artistiques accumulées dans cette ville. Une innombrable quantité de dessins de maîtres jusqu'à ce jour enfouis dans des cartons ou entassés dans des vitrines, ont été disposés dans la longue galerie qui relie les Uflizi au palais Pitti en traversant le Ponte Vecchio et plusieurs rues, et il a été établi, de concert entre la direction des musées et le ministre de la maison du roi, que le passage entre les deux palais serait désormais ouvert au public. Cette galerie, qui réunit en une seule les deux plus riches collections artistiques de Florence, s'appelera la « galerie du Corridor. »
(Petit Moniteur).
Bibliographie : Nous avons reçu de M. Ferdinand Pouy, d'Amiens, nn curieux petit volume intitulé : Blasons et anagrammes picards1. Nous y avons trouvé une foule de révélations curieuses. dont nous entretiendrons prochainement nos lecteurs.
* Amiens, Lemer, éditeur, place Përigord, 3.
Le Directeur-Propriétaire : Jacques CHARAVAY. Abtjevflle. — Irap. P. Briez.
N« 111. — 5« Année
1« Août 1866
, «O, à Paris
PBIX DB L'ABONNEMENT POUR PARIS ET LES DEPAR1
Pour six mois 6fr. | Pour un an 12 fr.
Londres : MM. Puttick etSimpton, 47, Lei-
cester-Square.
Dresde (Saxe) : U. Richard Zeune, Priess-
nitzatrasse, 16.
La Hatb : M. Martinw Nijhoff, 49, Raams-
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Leipzig ; M. Otto-August Schulz.
Turin : MM. Bocca frère».
Bruxelles : M. Van Trigt, 30, rue S«-Jeau Madrid : M. Bailly-Baillière.
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PIÈCES INÉDITES
ANGEIVNE6 (Louis D').
[Henri III el la Pologne, en 1575.)
Le 30 mai 1574, à trois heures de l'après-midi, Charles IX mourait au château de Vincennes, à l'âge de 23 ans. Le lendemain Catherine de Médicis prit la régence et s'empressa aussitôt d'envoyer à son fils chéri le duc d'Anjou qui régnait alors en Pologne, le marquis de Barbczière pour lui annoncer le décès de son frère • et le presser de tout quitter pour repasser en France. 1 • Afin d'éviter tout retard et de prévenir les accidents qui pouvaient arriver à son premier messager, la reine-mère en dépêcha un second • deux jours après. Enfin le 4 juin une espèce d'ambassade fut envoyée au roi de Pologne pour lui notifier la mort de Charles IX et son avènement à la couronne, et le prier de hâter son retour en France. Le seigneur de Rambouillet, dont nous allons reparler plus longuement, Antoine d'Estrées • et Henri d'Albret, baron de Miossans, réprésentants le premier la Reine, le second le duc d'Alençon et le troisième le roi de Navarre, composaient cette députation. Henri III, on le sait, s'enfuit de sa capitale, et son voyage de Vienne à Lyon à travers l'Italie ne fut qu'une suite de fêles et de plaisirs sans fin comme les aimait du reste le prince efféminé qui venait succéder à Charles IX. Cependant il n'avait pas renoncé à régner sur cette
i Pierre de L'Estoille, coll- Mtchaud, t. XIV, p. 56.
i Alagdelon de La Faiole, sieur de Neuvy.
» Grand-maltre de l'artillerie, père deGabrielle d'Estrées.
Pologne qy*il avait abandonnée pendit la buH, ?ans même prévenir ses sujets ou tout au moins les hauts personnages du pays de ce départ précipité. A peine sacré roi de France (13 février 1575) Henri III résolut d'envoyer en Pologne un de ses fidèles serviteurs pour essayer de garderez royaume là, si c'était possible. Il fit choix tout d'abord de ce même seigneur de Rambouillet que la Reine lui avait dépôché lors de la mort du roi. Nicolas d'Angennes, seigneur % de Rambouillet, do La Villeneuve et de la Moutonnière, était un diplomate habile que Charles IX avait chargé, en 1566, de porter le collier de son ordre au duc de Norfolk et au comte de Leicester, à Londres *. Catherine de liédicis avait bien su l'apprécier et c'est pourquoi elle l'avait signalé à son fils pour remplir la mission délicate et bien difficile de lui conserver la Pologne. La lettre suivante raconte le langage que tint Catherine de Médicis à ce sujet. On y voit briller dans tout son éclat et dans toute sa profondeur l'esprit politique et plein de finesse de la vieille reine qui semble
Jouer avec les objections qu'on lui fait et qui répond à tout sans lésilalion et victorieusement. L'auteur de la lettre est le frère même du personnage dont nous nous occupons. Louis d'Angennes, marquis de Maintenon et baron de Meslai, ambassadeur en Espagne, chevalier de l'ordre du Roi, fut un fidèle et vaillant serviteur de Henri III et de Henri IV. C'est lui, si nous en croyons une note manuscrite de Mr Lucas de Montigny que nous avons sous les yeux, qui, voyant, après la prise de Paris, le Roi jouer avec la duchesse de Montpensier, l'instigatrice de Jacques Clément, adressa à Henri IV ces paroles qui sont un reproche bien cruel : « J'ai cru voir l'ombre sanglante de Henri III qui vous regardoit ! » La lettre porte la subscription suivante : « A Monsieur, Monsieur de Rambouillet, chevalier de l'ordre du Roy, conseiller en son conseil privé, cappitaine de ses gardes, gouverneur et lieutenant pour Sa Majesté au pays du Mayne ». »
Mon frère, j'ay esté ce matin au disoer de la Royne, laquelle devant que ce mettre à table soudain qu'elle m'a veu, m'a demandé où vous QBtiés; et je luy ay dict que vous estiés chés vous. Sur cela elle m'a dict en riant que il falloit qu.; vous allassiez en Poloijrne. Je luy ay respondu aussy en riant que je pensois qu'elle ce mocquoit et qu'elle no le disoit
f)as à bon escient. Sa Magesté m'a dict qu'elle ne ce mocquoit point, que e Roy vouloit retenir s'il pouvoit ce Hoyaulme la et qu'il ne pensoit pointny eHeauesy y pouvoir emphrier personne qui l'y peultmyeufe servir et que les Pulounois qui sont icy le disoienl tout d'une vois, et mesmes hyer un luy «voit faict grande instance artin qu'on vous y envoiast, mais que le Roy, aiant sceu ce matin que vous vous en estes allé chôs vous, lui avoit dict qu'il pensoit que vous en aviés ouy quelque vent et que cela vous avoit faict desloger et qu'elle te pensoit aussy et qu'il falloit que vous revinsiés. Je luy ay dict que vous aviés bien sceu le bruiet qui en couroit par la court mais que cela ne vous avoit point fairt partir d'ieyerque vous estiés allô chés vous pour ad viser à vos affaires avec
* V. Moreri, article Angennes. '.
1 Coll. deM'J. Charavay atoé.
vostre beau -père et vostre belle-mère qui y estaient ». Après cela elle est revenue à dire qu'il n'y avoit personne qui fust plus propre pour eeste charge que vous et à la tin m'a tant pressé que j'ay esté contrainct de luy dire que eur le bruict qui en couroit je vous avois ouy dire que c'estoit chose que vous ne pou vies faire et à quoy, quand bien vous vouldriés, vous ne sériés pas propre pour ce que vous avés promis au nom du Roy beaucoup de Choses tant pour le public comme aussy pour des" courtisaus particuliers ausquels on n'avoit point satisfaict et qu'on vous le éemanderoit. À cela Sa Magesté m'a respondu qu'on vous bailleroit de quoy leur satisfaire et que le Roy ne tous feroit point partir que voua n'euasiés cinc cens mille francs. Après* je luy ay allégué, suivant ce qud
E)us avions résolu, vos affaires domesticques et les luy ay déduictes le yeulx que j'ay peu. Elle m'adict que le Roy n'entendoit point que vous fissiés le voyage à vos despens et gue non seulement il vous bailleroit de quoy le faire bien grandement, mais aussy il vous paieroit ce qui vous estoit deu par le passé. Je luy ay remonstré après Testât où en fut ma seur l'aultre voyage et le danger où elle en seroit à ceste heure, mais elle a tourné cela eu risée. Après je luy ay dict foppinion que vous aviés que cela vous estoit pourchassé par des ^ens lesquels ne vous vouloient guères de bien et qui oultre cela estoient bien aises d'esloigner du Roy et d'elle tout ce qui ne despendoit point d'eus et mesmement ceus qui estoient tout à elle comme vous, ou bien que par là ils cherchoient de vous mettre de plus en plus maie grâce du Roy quand il ne pourroit faire ce qu'il commandoit. A cela elle m'a dict que elle seule et non aultre vous avoit nommé à ceste commission pour scavoir que vous la fériés fort bien et pour l'envie que monstrent d'avoir que vous y alliés tous les Polonnois qui sont icy, et qu'elle scait qu'on n'y scauroit envoier personne qui y soit myeuls venu. Bref, à tout ce que je luy remonstrois elle trouvoit des responses. Mais à la fin elle m'adict que le Roy, sachant que vous vous en estiés allé, avoit ce matin parlay d'y envoier Monsieur le mareschal de Bellegarde * et qu'il falloit scavoir ce qui en seroit prumier que de vous en parler davantage, et sur cela elle m'a fait sortir pour ce qu'elle vouloit aller à ses affaires en sa chambre, prumier nue disner. Depuis je suis rentré et ay esté tout du long de son disner et luy ay parlay d'autre chose, mais elle ne m'a plus parlay de vous, de façon que pour ce coup vous en estequicte et croy que vous ne pristes jamais milleur party que de vous excuser d'absence. J'ay compté à Monsieur le Cardinal * tout ce que dessus qui espère que puis qu'il y en est entré un aultre en jeu que on ne vous remettra point en cause, et je le croy aussy, ou pour le moins il vous sera plus aisé de parer l'estocquade. Or je n ay voulu faillir à vous en advertir et vous déduire le tout bien au long affin que vous sachiés tout ce que Sa Magesté scait alléguer et aussy pour ce que j'ay pensay que vous attendiés en bonne dévotion de scavoir ce qu'elle m'auroit dict. Si en aultre chose je suis bon à vous faire quelque service commandés moy et je vous obéiray toute ma vie d'aussv bon cœur comme je me recommande bien humblement à vostre bonne grâce, priant Dieu,
* Nicolas d'Àngennes avait épousé Julienne, dame d'Arquenay, de Champ • fleuri, de Biguon et de Maisoncelles, fille unique de Claude, seigneur d'Arquenay. vidamedu Mans, et de Madeleine de Bourgneuf de Cucé.
* Bellegarde (Roger de Saint Larv de), maréchal de France, né au commencement du xvie siècle, mort en 1579, empoisonné, dit-on, par l'ordre de Catherine de Médicis. v| ■ u
» Sans doute le cardinal de Guise.
Mon frère, qu'il voua donne en sainte, longue et heureuse vie. De Paris, ce xii4 de mare (1575).
Vostre bien humble et obéissant frère à jamais,
Màintenon.
Nicolas d'Agennes ne fut pas envoyé en Pologne : le maréchal de Bellegarde partit à sa place, mais celui-ci, irrité contre le Roi qui 1 avait disgracié, ne dépassa pas le Piémont, et s'allia avec le duc de Savoie pour nous combattre : on essaya bien des moyens pour ramener au devoir le vieux maérchal : le poison seul put en triompher. De cette façon la Pologne ne nous fut pas conservée et un prince de Transylvanie, Etienne Battori, fut élu roi. Henri III n'en conserva pas moins le titre de Roi de France et de Pologne, imitant en cela les souverains de l'Angleterre qui prirent longtemps celui de Rois de France, et les rois de Piémont qui s'intitulaient pompeusement Rois de Chypre et de Jérusalem 1
LOUVOIft
Avant Louis XIV et au commencement de son règne, l'armée, dont Richelieu et Mazarin avaient cherché sans cesse à diminuer les privilèges, avait une organisation vicieuse qui donnait un libre cours aux plus grands abus et aux plus graves désordres. Pour changer ou pour améliorer un tel état de choses, il fallait un homme de génie qui joignit à l'expérience et à l'habileté une probité a toute épreuve, qui fut sévère mais juste, et qui, doué d un esprit ferme et d'une volonté indomptable, luttât avec courage contre les préjugés de son temps, contre les murmures et les clameurs des dilapidateurs et des courtisans, et enfin contre la faiblesse et Tingratitude de son roi. Tel fut Louvois qui réforma l'armée pendant que Colbert réorganisait les finances. De sévères règlements vinrent % » réprimer les désordres, mais, comme le fait très bien remarquer* l'historien du grand ministre S si Louvois était inexorable pour les fautes commises contre la discipline, il prenait aussi fort souvent la cause des soldats contre les officiers qui exécutaient trop servilement les règlements ou les interprétaient mal ou parfois môme les outrepassaient. La lettre que nous allons publier en est une preuve. Louis XIV rendit, le 20 mars 1686, une ordonnance * contre ceux de Sa Majesté qui commettront des blasphèmes. » Les coupables, au terme du règlement, devaient avoir la langue percée d'un fer chaud. La punition était bien dure : d'aucuns n'en jugeaient pas ainsi. Ils voulaient forcer ceux qui entendraient un soldat blasphémer à le dénoncer • . Sur ce, Louvois consulté réprime ce zèle aveugle. Sa lettre est adressée à Mp D'Herle ville ».
1 H* Camille Rousset, maintenant historiographe du ministère de la guerre, a fait une Histoire de Louvois qui est un chef-d œuvre de science et de sagacité. — Voir les preuves de ce que nous avançons dans le tome I" de son Jt>el ouvrage, chapitre v.
* Les termes de l'ordonnance obligent seulement les officiers à remettre aux prévôts les soldats qui auront blasphémé.
•Cabinet deM'J. Charavay aîné.
À Versailles ce 6 féTrier 1688.
Monsieur,
J'ay receu la lettre que vous avés pris-la peine de m'escrire le 26* du mois passé. Il ne convient pas d'obliger le s? de La Rivière de Mon treuil à se rendre dénonciateur contre le soldat de la garnison dePignerol qu'il a entendu blasphémer, mais pour peu que l'on veuille s'apliquer à veiller les soldats qui jureront il sera aysé d'en prendre en faute et d'en faire un exemple.
Je suis, Monsieur, votre très humble et très affn* serviteur,
de Louvois.
On peut citer comme un exemple de la justice du ministre, une lettre écrite à Dufay, gouverneur de Fribourg, à propos d'un malheureux soldat qu'on a passé par les armes sans même l'avoir entendu, noble lettre qui fait le plus grand honneur a l'humanité de Louis XIV et de son grand ministre, et que Mr Camille Rousset a reproduite dans son Histoire de Louvois.
. BOU E* A IVGER (Le Général).
[Arrestation de Madame Tallien, en juin 1794).
Au moment où Mr Arsène Houssaye vient de fixer sur l'héroïne de la réaction thermidorienne les regards du public et l'attention des critiques, il nous a paru curieux de publier le procès verbal de son arrestation, daté du 1« juin 1794. On sait qu'à cette époque Tallien, qui protégeait la citoyenne Fonlenay, était très mal vu par Robespierre, à cause des excès auxquels if s'était livré.
Rapport du citoyen Boulanger sur l'exécution de l'arrêté du Comité de Salut public de Ja Convention nationale en datte du 7 prairial dont il a été chargé qui ordonne que la citoyenne Cabarrus Fonlenay sera arrêtée et mise au secret et que l'on arrêtera de même tout ce qui sera avec elle.
Le 13 prairial l'an 1' de la République française une et indivisible. Ayant pris toutes les précautions pour mesurer de toutes les dé marches de la citoyenne Fonlenav et étant parvenu à la suivre dans tous les changements de domicile qu'elle a multiplié tant à Paris que dans les environs, je suis parvenu à arrêter à Fonlenay aux Roses sa femme de chambre qui y devait enlever ses effets, ce que prouve le procès verbal dressé à Fonlenay cir collé n° t. J'ai arrêté de même son domestique 1 dans la maison du citoyen Desmousseau, rue de l'Union, n-6, section des Champs Elysées où j'ai trouvé les etîetsde la citoyenne Fonlenay que l'on allait lui expédier à Versailles, ce que prouve le procès verbal ci-joiut cotté n" 2. El entin j'ai arrêté la citne Fonlenay et le jeune homme qui l'accompagnait à Versailles dans la nuit du 11 au 12 prairial ainsi que l'indique le procès- verbal dressé à Versailles, ci cotté n° 3. La citoyenne conduite à la section desChamps Elysées y a été interrogée ainsi que le citoven Query qui l'accompagnait, ce qui se trouve constaté par le procès-verbal n°4. En exécution de l'arrêté du Comité de Salut public, la citoyenne Fonlenay a été conduite à la Petite Foire où elle a été mise au secret, le ceD Query au Luxembourg, et le domestique et la femme de
» Ce domestique s'appelait Guillaume Bidos. Son ordre d'incarcération est du 12 prairial. ,
chambre, l'un au Luxembourg , l'autre à la petite Force. L'on a cru devoir de suite par mesure de sûreté eu apposant les scellée sur les effets et la chambre de la citoyenne Fontenay dans la maisou de Desmousaeau, devoir ordonner la conservation de ce citoyen et de sa femme dans leur domicile jusqu'à ce que le comité se soit déterminé d'après les rapports que nous allons indiquer de ces cit«M avec la cilne Fontenav.
Ue toute notre opération il résulte que la e,BM Fontenay, fille de Gabarrus, banquier espagnol qui a tant agioté dans la Banque de St Charles en Espagne, dans l'affaire du canal de Murcie, dans les opérations des piastres , agiotage protégé par Mr Calonne, etc., s'était divorcée il y a plus dé quinze mois d avec son mari 1 à l'époque où tous ceux qui avaient des projets d'émigration avaient pris cette marche : que depuis ces quinze mois on la voit successivement à Boulogne -sur- Mer, a Paris, à Bordeaux, aux eaux sur la frontière de l'Espagne, puis à Bordeaux où son mari la revient trouver pour se réunir a elle et finit par s'occuper à régler un divorce qui traîne depuis plus de 16 mois, après quoi il s'embarque et disparaît ; ce même mari pendant les troubles du Calvados se trouve dans une terre qu'il possède dans ce département. Enfin la citn% dans le compte qu'elle rend de ses séjours différents, se trouve dans l'espace de 13 mois avoir 3 mois passés dont elle ne rend aucun compte.
On voit la citue Fontenay liée à Bordeaux avec le représentant du peuple Tallien, on la voit là acquérir une association desalpétre avec un enfant de 14 ans dont elle dit à peine connaître le père ; on la voit contrainte par Isabeau, le représentant du peuple, de partir de Bordeaux, malgré la loi et l'autorisation des autorités constituées. Elle arrive à Orléans et bientôt se fait donner une nasse pour Fontenay aux Roses, propriété de son mari, où on retrouve Tallien fréquemment avec elle ; munie de 8a commission de salpêtre, on la voit à Paris et presque toujours avec Tallien soit chez Méan, restaurateur, etc. On la voit coucher chez Gibert, notaire, rue Honnoré, et puis à diverses reprises chez le citen Dumousseau, maison de Duplex aux Champs Elysées. Ou la voit prendre une maison à Chai Ilot, v mettre les ouvriers et puis suspendre les trauvaux ; on la voit stimuler sa femme de chambre d'aller faire viser un passe port qu'elle a de Bordeaux et qui se trouve, quant au signalement, avoir beaucoup de rapport avec elle ; tout est combiné pour un départ; tous les gens et les effets se doivent réunir à Versailles et l'on parle de retourner à Bordeaux. Dumousseau confesse que lui-même a désiré le voyage de Versailles, espérant que d'anciennes liaisons projettes entre Félix Lepelletier et la citDe Fontenav pourraient se renouveler et détruire tes inconvéniens des liaisons avec Tallien ; on voit ce même Tallien fournir un domestique pour avoir à Fontenay aux Roses une expédition du procès-verbal. La citne produit un certificat signé des représentants Bn val, Monestier, Isabeau et autres, qui déclare qu'elle ne doit pas êtreregardée comme étraugère quoique née à Madrid ». Elle déclare enfin avoir eu des correspondances et des relations avec Tallien et Monestier, représentais du peuple dans le Midi, avec Frécheville, actuellement destitué, Jagou, officier de santé à l'armée du Nord, Félix Lepelletier, etc. Elle a fait partir son fils pour Bordeaux, où il est avec deux domestiques, en hôtel garni, et cela au moment où elle revenait ici.
Voilà ce qu'ont produit les différentes enquêtes : le Comité de Salut public jugera du tout.
» M. Devin de Fontenay, conseiller au parlement de Bordeaux. « M-f Tallien est née à Sarragosse, en 1775, et non à Madrid.
L'on observe que tous mi papier*, portefeuilles les scellé8dan8 la maison de Dumousseau.
et écritoires sont sous
Boulanger,
Général de brigade.
Tallien, comme nous l'avons déjà dit, n'était pas en bonne intelligence avec Robespierre. Le 14 juïn 1794 il fut rayé de la. Société des Jacobins. Aussi devin t-i l un des principaux artisans de la journée du 9 thermidor. 11 dut, dit-on. l'énergie qu'il déploya en cette circonstance, à l'influence de sa femme qui lut la reine de ra réaction, et dont le salon" devint bientôt aussi célèbre qtie cèux du xviîi* siècle et que le fut plus tard celai de son amie M*# de Récflmier. Le général Boulanger, signataire de la pièce, était un fidèle partisan de Robespierre dont il partagea la triste destinée.
Étienne Charavay.
COMPTE.REIVDU DE LA VENTE DE hih JOUA' ITOBÏHÏ A LOM)HIH
La vente de sir John Fenn que nous avons précédemment annoncée, a eu lieu à Londres, les 16, 17 et 18 juillet, par (es soins de MM. Puttick et Simpson, avec un succès que faisait présager l'importance de cette collection. Voici quelques prix qué nous devons à l'obligeance de nos honorables correspondants : n° 37. Brotme (Thomas), auteur « of Religio Medici », 5 lettres, 87 fr. 50 ; — N«» 141-158. Elisabeth, reine d'Angleterre, 18 lettres ou proclamations, d'un grand intérêt historique, achetées 1597 fr. 50 pour la Société des Antiquaires ; — N° 178. Gardines (Stephen), évèque de Winchester, L s., 87 fr. 50;— N° 228. Henri VIII, roi d'Angleterre, 1. s. au cte de Sbrewsburg, achetée 175 fr. par M. Boone; — N° 320. Marie, reine d'Angleterre, L s., acquise lit) fr. par MM. Waller and son, libraires; — N° 411. Philippe lly roi d'Espagne, et sa femme Marie, pièce signée, 250 fr. (Waller) ; — N° 468. Sterne (Lawrence), h a. s., 2 p. in-4°, achetée 137 fr. 50 par M. Gibbs; — N°53l. Washington (George), 1. a. s., 1772, 2 p. in-fol., 131 fr. 25 a M. Appleton ; — N°» 5*9 et 550. Pièces signées |>àr l'archevêque Aobot, le chancelier Bacon, etc., v62 fr. 50 (Waller) ; — N° 596. Charte contenant la requête que le duc de Glocester fait au roi Henri VI touchant le cardinal de Wynchester, 875 fr. (Boone) ; - Nv° 613. Pièce sur vélin -contenant les armes des lords et comtes d'Angleterre, avec tes blasons coloriés, 250 fr. (Boone) ; — N° 682. Norfolk (Thomas Mowbray, duc de), pièce sur vélin, de 1401, 262 fr. 50 (Boone) ; — N° 697. Norfolk, divers documents, 262 fr. 50 (Boone); — N° 785. Charte du roi Stephen, de 1137, 750 fr. (Boone) ; etc., etc.
Nous nous bornerons, en terminant, à faire remarquer que beaucoup d'autographes, si nous eh jugeons par les prix ci-dessus, ont à Londres une valeur bien plus grande que chez nous. Nous en citerons comme un seul exemple la lettre de Washington, vendue 131 fr. 25 î