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PIÈCES INÉDITES
ARMAGNAC (Bernard vu, comte d*) (La Normandie sous Charles VI)
Après la bataille d'Azincourt », si fatale à la noblesse française, le comte d'Armagnac reçut l'épée de connétable (30 décembre 1 4 1 5 *.> Revenu dans la capitale, il rendit à son parti épuisé par la dernière défaite, une force nouvelle, et se fit nommer le 12 février 1416, gouverneur général des nuances et capitaine-général de toutes les forteresses du royaume. Les Anglais étaient alors en Normandie, où ils occupaient Harfleur » : le connétable résolut de les chasser de cette province. C'est au moment même où il commençait à mettre son dessein à exécution, qu'il donna la charte dont nous avons le vidimus 4. Le comte ordonne à tous les officiers du royaume de laisser passer franchement et quictement Jean de Guillonnel, fourrier du duc de Berri, qui est chargé d'amener par terre et par eau le vin et tous les vivres nécessaires à l'entretien de l'armée.
Donné par coppie soUbz le scel de la chastellerie de Mante le lundi vin* jour du mois de juing Tan de grâce mil quatre cens et seize les lettres dont la teneur ensuit :
Bernart, conte d'Armignac, connestable de France, lieutenant de Monseigneur le Roy et cappitaine général sur le fait de toute sa guerre, à
1 25 octobre 1415.
* Il succédait au connétable Charles d'Albret, tué à Azincourt.
• Ils s'étaient rendus maîtres de cette ville le 22 septembre 1415. 4 Cabiuet de M. J. Charavay ainé.
tous seneschaux, bajltis, preyoalz, eschevius, mayres, /coo&uk, cappitaines et guardes des bonnes villes, citez, chasteaulx, forteresses, pontz, portz, passages, travers, chaînées, destrois et jurictions, cappitaines de gens d'armes, archier6, arbalestriera et autres gens fréquentans armes et suyvao9 les guerres, et à tous autres les justiciers, officiers et subgiez de mon dit seigneur le Roy, auxquelz ces présentes seront montrées ou à leurs lieuxtenants, salut. — Comme Jehan de Gaillonnel, fourryer de Monseigneur le duc de Berry, ait propos et entencion de porter et faire admener ta somme de cent queues de vin et autres denrées et marchandises nécessaires pour nous et ceulx de nostre compaignie en ce présent voyage que par le commandement et ordonnance de mon dit seigneur le Roy nous faisons présentement en sou pays de Normandie à rencontre des Anglois, ses ennemis et adversaires, pour ce nous mandons et estroictement enjoignons à voz diz cappitaines, archiers, arbalestners et autres gens de guerre fourregeurs et suyans les armes Que au <dit De Gaillonnel, ses gens et depputez en portant ces présentes et admenant lestliz violet autres denrées, comme dit est, vous ne faictes, ne donnez, ne souffrez estre fait ou donné aucuns mal, violance, inquiétacions, arrest, destourbier ne empeschement en corps ne en biens en quelque manière que ce soit. Et si mandons et très eslroictement enjoingnons de par mon dit seigneur le Roy et de par nous par vertu du novoir à nous donné, à vous ses diz justiciers, officiers et subgiez que le dit Guaillonnel, ses gens, voicturiers, cbevaulx, charios, charrettes, batheaulx. charges de vin et autres choses surdictes, vous et ohascun de vous, si comme lui appartendra, faictes, laissiez et souffrez aler, venir, passer, repasser, estre, demeurer et séjourner par eaue et par terre, franchement et quictement, en et parmi voz villes, citez, chasteaulx, forteresses, pontz, portz, passages, chaucées, travers, destrois, Juridictions ot autres lieux, sans leur donner sur ce aucun arrest ne empeschement, et sans prandre ne exiger
Sour les dictes causes, péages, impositions, travers, acquict ne autres reevances quelconques, amcoys voz de vivres, guides et autres
qhoses à eulx nécessaires à leurs despens se besoing en ont et par eulx en estes requis en vous remonstrant ces présentes, saiohant que se vous ou aucuns de vous estes trouvez faisans le contraire, vous en serez puitis que ce sera exemple à tous autres. Donné soubz nostre scel à Pou toise le xxne jour de may l'an de grâce mil cccc et seize. — E< y avoit on marge dessoubz : Par Monseigneur le conte connestable et lieutenant, A. Lasaian; les dites lettres scellées du scel de mon dit seigneur le connestable.
Le dit jour et an premiers dessus escrips comparut personnellement devant moy Nicole Boutdumonde, tabellion juré du Roy nostre sire en la dicte chastellerie de Mante, Jehan de Gaillonnel, voicturier par eaue, lequel jura et afferma par son serement que eu son bastel avoit pour mon dit seigneur 'le connestable et qu'il rnenoit en l'oost pour lui cinquante sept queues de vin qui au jourdui sont passées par soubz le pont de Mante franchement et quictement, sans paier aucun acquit. Donné en tesmoin de ce au rapport du dit juré comme dessuz soubz le dit seel.
N. BOUTDUMONOE.
La campagne du connétable ne fut pas heureuse Après avoir obtenu un léger avantage sur le comte de Dorset, commandant de la ville d'Harlieur, il fut battu 1 et revint à Paris, où g1 eux ans après
» Monstrejet, édition du Panthéon, p. 397. - Ju vénal des Urains, édition Michaud, p. 530.
il devait être massacré par les Bourguignons. Le roi d'Angleterre ne tarda pas à s'emparer de toute la Normandie dont la capitale lui fut livrée le 19 janvier 1419, malgré la défense héroïque des bourgeois qui appelèrent vainement à leur secours le roi de France et le duc de Bourgogne.