POÈME INÉDIT DE J.B. SALLB
Publié par Georges Moreau Chaslon *
Nous sommes bien en relard avec ce petit volume, qui, tiré à 150 exemplaires, et destiné aux curieux, doit être depuis longtemps
* Paris, Miard, éditeur, rue de Rivoli, 170, 1 vol. in- 12.
épuisé. Cependant nous voulons en dire quelques mots. Monsieur Georges Moreau Chaslon possède l'original du poërae de Salle, comme il a celui de la Charlotte Corday qu'il a publiée il y a deux ans. 11 avait dédié la tragédie à M* Ponsard : c'est à Mr Jules Janin qu'il offre le poème de Danton aux enfers. Qu'est-ce donc que ce nouvel ouvrage du conventionnel Salle qui charmait par de telles occupations les loisirs d'une retraite forcée? Composée en vers de dix syllables, la pièce qui nous occupe, raconte l'arrivée de Danton aux enfers où il est reçu par Marat et ses satellites qui font éclater leur joie. Danton raconte aussitôt, dans uue assez longue tirade, sa lutte avec Robespierre et enûn sa défaite. Sur l'échafaud il veut parler et accabler de reproches ses bourreaux :
* — Quoi, vils coquins, bourreaux, sotte canaille, « Valets d'un monstre, instruments des tyrans,
« Quoi, scélérats !... j'allais dans ma colère, « De tous leurs noms accabler ces brigands, « Quand tout-à-coup ie vis ma tôte à terre,
* Et, qui pis est, nos braves des faubourgs, « Qui si souvent m'avaient prêté secours,
« M'apolaudissant et riant ou parterre.
« Lors je compris qu'il serait superflu
* De répliquer ; que, tout étant conclu,
« H ne restait qu'à me mettre en campagne.
* Je partis donc, maudissant la Montagne.
« En moins de rien j'arrivai dans ces lieux. « Mes bons amis m'attendaient à la porte ; « Car le juré les avait, sous mes yeux, a Expédiés pour me servir d'escorte, etc. »
Satan lui-môme prend ensuite la parole. Il se réjouit de l'arrivée de Danton, et l'engage à rester parmi eux.
« Tu veux régner ? Et dans quels autres lieux a Pour tes plaisirs pourrais tu trouver mieux ? « La force ici fait seule la puissance.
« De. muscadins nos chaudières sont plaines ; « Dans nos brasiers ils tombent par centaines. « Sur ces damnés et sur ceux à venir, « Que nos amis, exerçant leur adresse, « Aient par brevet l'emploi de les rôtir, a J'en fais, Messieurs, la motion expresse. »
Comme on le voit, cette pièce n'est qu'une violente satyre contre Danton et ses amis. Hébert et Marat n'y sont pas plus ménagés. Salle met du reste dans la bouche de Danton une violente tirade
contre le gouvernement de Robespierre et l'état de ta France. En effet, ami des Girondins et girondin lui-môme, il devait détester Danton et ne pouvait aimer Robespierre. — Pour juger la valeur littéraire de cette œuvre nous ne saurions mieux faire que de reproduire, en terminant ce petit article, ces quelques mots de Mr Georges Moreau Chaslon : « Si le pamphlet est violent, il n'est pas sans mérite; les vers de la Descente aux enfers sont infiniment supérieurs à ceux de la tragédie de Charlotte Corday. Malgré ses talents <poli*iques et son éloquence, Salle n'était pas né pour chausser le cothurne ; le genre satirique était plus conforme à sa nature. *
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RLABOIVS EX AIVA.GjntA.MMES PICARDS
PAR F. PfOUY '
Blasonner signifiait autrefois parler de quelqu'un, le décrire avec sos bonnes ou ses mauvaises qualités, mais particulièrement critiquer, blâmer. C'est dans ce sens que l'entendait Marot quand il dit :
De moi mesdit partout injustement Et me blasonne.
Un blason est donc une pièce de yers où l'on juge un homme, où l'on décrit une chose, tous les anciens poètes ont cultivé ce genre : deux surtout y ont brillé: Gilles. Corrozet et Claude de Mons. Du premier, Mr Poiry cite une assez longue tirade où on peut étudier le genre de construction de la maison d'un riche seigneur du xyi* siècle et où on voitpasser sous ses yeux les différents objets quj en faisaient partie. Le cabinet bien entendu n'est pas oublié :
Cabinet de tout rempli, Cabinet de tableaux rempli, Et de maintes belles images, De grands et petits personnages, Cabinet paré de médailles Et curieuses antiquailles, etc.
Puis quand il arrive à la bibliothèque le poète prend un ton plus sérieux et il emploie le vers de dix pieds :
Mais quel plaisir plus grand peut-on avoir Que d'enseigner, d'apprendre et de savoir? Que plus grand bien peut ung mortel ès-lire Que composer, chanter, escripre et Jire ?
Nous ne pouvons nous dispenser de citer ce joli quatrain qui termine sans doute la pièce :
* Amiens, Lemer, éditeur, in-18.
Quand un hostel est fait par artifice, Pompeusement et d'exquise façon, Après qu'on a bien loué l'édifice, L'honneur dernier en revient au masson.
« Ici, ,<lit M* Pouy, l'honneur est au poète Corrozet, qui mérite bien qu'on le loue. »
Nous passons Je blason de la ville eteilé d'Amiens au xvie siècle, par Pierre Grosnet, et nous tombons en plein Claude de Mon» Ce poète là, bâtons-nous île le dire, se créait des difficultés. C'était un anagrammatiste enragé, c'est-à-dire qu'il cherchait à trouver, en combinant les lettres d'un nom, un mot ou une devise. Malheuraux ennemis ! Claude de Mons composait ses anagrammes exclusivement avec des mots tirés de l'écriture sainte. Il s'est occupé spécialement des personnages picards de son temps. W Pouy en cite plusieurs. Voici quelques-uns des plus curieux :
Pierre 1 Ermite de Amiens donne très rare ennemy de l'impie. — Jean-Baptiste Collebert : fournit l'anagramme suivant que nous reproduisons en entier :
Pour maintenir au joug d'astrée Ferme l'amiénoise contrée, En toute œuvre et tout jugement, Sans fourbe grande ni petite, Cheminant toujours droictement; C'est la probité bénite.
Pierre, le cardinal de Beirules, il brille plein d'ardeur sacrée.
Après les louanges, viennent les traits cruels. C'est sur Luther, écrit Lutkère, et sur Calvin que le poëte exerce sa verve satyrique. Le premier donne l'anagramme Yllermite Truant.
Profane hérétique, Moyne perverty, Gourmand et lubrique.
Du cloître sorty :
Il trompe les âmes, îLeur insinuant Ses erreurs infâmes, L'herraite truanp\
Vient le tour de Maistre Jean Calvin : Luminaire satanic, voilà son lot.
Au lieu de mettre au chemin salutaire Fidèlement le peuple Genèvots, Ce noir flambeau d'une infernale poix, L'en divertit à faux jour, au contraire,
1 Né en 1591. mort subdélégué de l'intendant d'Amiens, le 7 mai 1677.
» Claude de Mons écrit les noms à sa façon : Collebert, Luthère, Beirules, etc.
Par son éclat bizarre et fantaslicq, Guide abuseur, vrai fanal héréticq, Et nomément satanic luminaire.
Ce curieux opuscule se termine par des -anagrammes sur Jésus- Christ, la Sw Vierge, etc. Mr Pouy a tiré un instant de l'oubli deux
genres de poésies bien cultivés au xvn' siècle, mais abandonnés epuis longtemps. Tous les curieux lui sauront gré de leur avoir mis sous les yeux quelques fragments de nos vieux poètes que nous, gaulois du xix« siècle, nous aimons toujours à relire et à méditer.
\OL VIXLK8 DIVERSES
Dans le dernier numéro du Bulletin du Bouquiniste 1 août), Mr Cli. Tamizey de Larroque a publié une lettre d'isaac de Bensserade adressée au chancelier Seguier et une épitrede Ratabon relative au logement du poète qui avait toujours peur que les poutres de son appartement des Tuileries ne lui tombassent sur la tête. C'est une bonne fortune pour les curieux, car on sait combien sont rares les lettres de Bensserade.
— Un nouveau journal vient de paraître : il a pour titre le Bibliophile Belge, bulletin trimestriel, publié par la Société des bibliophiles de Belgique. 11 formera un volume par an (4 livraisons). Le prix de l'abonnement est de 10 fr. pour, la Belgique et de 12 fr pour l'étranger ».
— Alors que tout le monde s'occupe des bibliothèques communales, nous croyons opportun de rappeler à nos lecteurs le Moniteur de l'Archéologue*, qui vient de commencer sa deuxième série. Chaque abonné a cette revue mensuelle a droit de désigner une bibliothèque commuuale ou tout autre établissement d'instruction publique, auquel sera desservi un second abonnement