‹ L'Amateur d'autographesChapitre 61 sur 175 · RICHELIEU ET LOUIS XIII · texte numérisé non relu

RICHELIEU ET LOUIS XIII

D'après des documents inédits, par M. le comte H. de La Ferrière; Paris, imprimei ie impériale, 18G6, 24 p. iu-8.

Monsieur le comte de La Ferrière a exploré en connaisseur les archives de Saint-Pétersbourg et, revenu les mains pleines de tré-

sors* il nous communique ses découvertes dans deutf curieuses brochures. Nous avons analysé dernièrement son rapport : il nous reste à parler maintenant du second opuscule.

Tous ies règnes sont bien représentés à Saint-Pétersbourg, et les documents sur Louis XIII sont aussi importants que nombreux. Tout d'abord nous trouvons la correspondance de Pbelypeaux d'Herbaut, secrétaire d'État des affaires étrangères, avec Al. de Césy, ambassadeur à Constantinople. Depuis 1626 jusqu'en 1629, époque où mourut M. d'Herbaut, tous les faits qui se passaient à la cour y sont consignés. M. de Bouthillier continua de correspondre avec M. de Césy, et de plus avec Al. de Brasset, ambassadeur en Hollande, et Al. uë Léon, ambassadeur à Venise. Cette longue suite de lettres, qui a malheureusement été transportée en Russie, s'ouvre le 20 juin 1629 et finit au mois d'avril 1635. — A cette époque les documents ne font pas défaut. En six volumes in-folio se trouvent réunies toutes les lettres adressées de tous les points de la France au chancelier Seguier, recueil unique, surtout pour l'histoire de nos anciennes provinces. Il faut voir dans la brochure de Al. le comte de La Ferrière, les extraits qu'il en donne. Cependant il nous a paru curieux de reproduire la lettre suivante de Sublet Desnoyers écrite â Brasset, notre ambassadeur en Hollande, lors de la création de l'imprimerie royale :

« Monsieur, il y a déjà longtemps que je suis dans le dessein d'établir une imprimerie royale au Louvre, et parce que je désiré y faire faire toutes choses avec le plus de perfection qu'il sera possible, et que j'apprends qu'aux imprimeries de Hollande 1 on a un secret pour l'encre qui la rend beaucoup plus belle et plus nette que l'on ne fait pas en France, et qu'aussi il se trouve un bon nombre de compagnons imprimeurs en ce pays-là, mesme à Amsterdam, Leyden, qui seroient péut-estre bien aises de venir gagner mieux leur vie par deçà, je vous pue de prendre la peine de vous informer si l'on pourra trouver des ouvriers és dites imprimeries, et au moins quatre pressiers et quatre compositeurs, et entre eux, si l'on pourra avoir un qui tache faire de cette encre d'imprimerie, et traiter au plus tost avec eux pour les frais de leur voyage et pour leur entreiènement au prix plus raisonnable qu'il se pourra comme entre particuliers, car il. n'est pas à propos de mesler, en quelque façon que ce soit, le nom du roy en cela, ni de descouvrir nostre dessein aux estrangersqui youdroiept le traverser en ce qu'ils pourraient. Il vous plaira donc de faire toutes diligences comme de vous et pour quelqu'un de vos amis. Vous pourrez bient s'il vous plaist, dire que c'est le sieur Cramoïsy, libraire, à Paris, qui, ayanj entrepris quelque gran^ ouvrage, vous a fait cette prière ; mais je ne désire pas que I on sache, en façon quelconque, que ce soit jiour l'imprimerie royale, ni que je m'en mesle. Je vous supplie de me mander, le plus tost que vous pourrez, ce que vous vous en promettez. »

L'année suivante Sublet Desnoyers écrivait à Al. de la Thuilerie :

« Nous sommes maintenant en train de faire imprimer dans l'imprimerie royale le Gàheti et PHippocrate, et parce que cet ouVrâge est de grand poids et que nous voulons qu'il ne sorte rien de cette imprimerie royale qful ne soit flàrfaïct, je vous prie de vous informerai, dans les bibliothèques curieuses de ces quartiers, il ne se trouve point quelque manuscrit de

ces deux excellente auteurs, et 8*11 y auroit moyen d'en a^olr des copies ou d'achetrr les originaux, ce qui doit se cotiduire avec adresse et sans que Ton pénètre notre dessein, car il est bien certain que, si Ita a'en doutait, on eu tireroit jamais rien. •

Ces lettres sont fort intéressantes et méritaient d'être reproduites. — La curieuse brochure de M. Je comte de La Perrière se termine par un document de la plus grande importance : c'est une lettre de Louis XIII, datée du 13 août 1642, et adressée à M. de Rorté, ambassadeur en Suède. C'est un récit de la conspiration de Cinq-Mars dans lequel on retrouve le même homme froid et insensible qui à l'heure même où son ancien favori périssait sur l'échafaud, disait en regardant sa montre : « M. le Grand fait en ce moment une vilaine grimace! »

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