SIÈGE DE NANTES PAR LES VENDÉENS, EN 1T
I/armée vendéenne s'organisait, et Cathelineau avait été nommé généralissime, quand le 10 juin 1793 la prise de Saumur vint donner à l'insurrection une puissance redoutable environnée de tout le prestige qu'apporte la victoire. Aussi, d'accord avec Charette, Cathelineau voulut-il s'emparer de Nantes. L'expédition résolue, les deux chefs se mirent en route pour attaquer cetle cité, l'un par la rive gauche de la Loire, l'autre par la droite. Le 17 juin Angers fut occupé par les Vendéens, et le 20 ou 21 Ancenis fut évacué par les troupes républicaines. C'étaient quatre-vingt mille hommes qui marchaient
i C'est un accident semblable qui, 18 ans plus tard, rendit la bataille de Leipzig si fatale à l'armée française.
* Voir une lettre de la sœur de Marceau relatant ce fait. (Victoires et conquêtes des Français, t. v, p. 15 et 16).
» 11 fut tué à" Altenkircben le 20 septembre 1796.
4 Elle fait partie du Bulletin n» 147 de M' J. Cbaravay aîné.
sur Nantes, ville ouverte de tous côtés, sans fortifications, et défendue
8ar une garnison qui ne comptait pas plus de 10,000 combattants, ont la plupart étaient des gardes nationaux 1 . Le péril était pressant : une députation composée de patriotesdévoués,PierreChaux,Goudet, Pointel, Pompon, fut envoyée à Paris. Le 22 juin elle se présentai la barre de la Convention, et ces courageux citoyens surent tellement émouvoir les représentants du peuple par le tableau qu'ils firent de la détresse de la ville et de ses malheureux habitants, que Laporte s'écria : « Je demande que la Convention fixe l'heure où le tocsin sonnera dans toule la république. » » Mais la résistance de Thuriot, la lecture par Barère d'une missive rassurante du commissaire Choudieu et la nouvelle de la reprise de Parthenay sur les Vendéens par le général Westermann détournèrent Pattentiun de l'assemblée de la demande des courageux Nantais qui écrivirent, le 25 juin, aux administrateurs de la Loire-Inférieure, la lettre suivante:
Paris, le 25 juin 1793, l'an 2« de la République. Citoyens Administrateurs,
Nous vous envoyons inclus plusieurs imprimés, qui renferment notre appel aux Républicains, notre adresse à la Convention, et le décret qu'elle a rendu.
Nous avons vu plusieurs sections, uous avons été reçus comme de véritables frères ; on nous a baigné de larmes, et Paris va faire marcher à votre secours une force imposante, non pas par son nombre, mais par l'énergie républicaine de ceux qui la composeront ; mille canoniers et 48 pièces de canon sont déjà commandés.
Si les départements ne se disposoient à marcher contre cette ville nous aurions tiré plus de 20 mille hommes : mais, par une fatalité cruelle, on est parvenu à détourner l'attention de dessus les départements dévorés par la guerre civile, pour la fixer sur des citoyens, dont le vœu le plus cher, le plus ardent est de fraterniser avec tous les amis delà République. Nous avons été émus jusqu'aux larmes, en recevant les témoignages de leurs sentiments fraternels. Quelles âmes brûlantes', quel patriotisme! Ah ! si les Départements pouvoient connoître les hommes contre lesquels ils marchent, ils diriperoient bientôt lours pas du côté où la guerre civile dévore la République. Mais, nous osons l'espérer, le temps approche où le flambeau de la vérité éclairera tous les amis de la liberté, de l'ordre et de la paix.
Nous vous envoyons enfin la Constitution française. Vous ne sauriez imaginer avec quel enthousiasme elle a été reçue ici ; tout Paris est venu féliciter la Convention de son ouvrage ; nous avons vu le côté droit y applaudir, malgré ses protestations, et se lever par un mouvement involontaire pour concourir au décret qui lui donne l'assentiment de la Représentation Nalle- Lisez-la, chers concitoyens, et voyez si elle n'est pas un chef-d'œuvre de simplicité, de clarté et de popularité.
Le ministre de l'intérieur vous fait passer 500 mille livres sur laquelle somme nous avons prélevé celle de 40 mille livres pour le3 dépenses que nécessiteroient notre mission -, les hommes ne vous manqueront pas, mais bien les armes ; si nous eu trouvons, nous en achèterons.
« louis Blanc, Hist. de la Révolution, t. ix, p. 57. - Mémoires du général Turreau, liv. II, p. 77.
« Louis Blanc, t. ix, p. 57-59.. . :
Nous partons à l'instant avec les 4 commissaires de la Convention ; nous prenons quatre routes différentes et chacun de nous entretiendra correspondance avec vous.
On dit que la République du Midi commence à lever une tête audacieuse ; si cela est, vous avez le nœud de toutes les intrigues.
Au nom de la Patrie, entretenez, élevez le courage de nos concitoyens. Nantes a brillé d'uue manière éclatante au commencement de la Révolution ; nous avons l'heureux pressentiment qu'elle doit sauver la République par sa résistance inébranlable.
Les protestations contre l'arrêté du département de l'Eure 1 arrivent en grand nombre ; nous avons vu paraître à la barre plusieurs députés de différentes villes de ce Département qui sont venus assurer la Convention de leur inviolable fiJélité.
Nous vous embrassons en frères et en Républicains, et nous nous joignons à vous pour crier jusqu'à notre dernier soupir : Vive la République une et indivisible.
goudet. — pû intel. — pompon.
Pierre Chaux.
P. S. — Les canons partent, nous venons de les voir passer. Vous voudrez bien envoyer à la société * un de nos imprimés, et un exemplaire de la Constitution et lui communiquer notre lettre.
Ce n'était pas en vain que les députés Nantaisavaient com pté sur l'intrépidité de leurs concitoyens. Le 29 juin les Vendéens attaquèrent la ville, mais les efforts combinés de Charette et de Cathelineau ne purent venir à bout du courage héroïque des soldats et des habitants soutenus par l'exemple admirable de Canclaux, de Coustard, de Baco, le vénérable maire de la cité. Nantes fut sauvée par le patriotisme de ses défenseurs. « Le 30, une troupe consternée rentrait dans Ancenis, précédée d'un brancard sur lequel gisait Cathelineau. Il avait été atteint d'une balle qui s'était perdue dans la poitrine après avoir fracassé le bras : il ne survécut que quinze jours à sa blessure. »
Etienne Charavay.
(PRANÇOÏS II)
FRANÇOIS il, roi de France (10 juillet 1559), fîîs aîné et successeur de Henri H, n. à Fontainebleau, 19 janv. 1543, m. à Orléans, 5 déc. 1560. (Isographie).
1. - L. s. au maréchal de La Marche; Nogent-le-Roi, 14 nov. 1550, 1 p. in-fol., cachet. - 20 fr. (K° 124, Charon, 1845); - 75 fr. (N° 256, Fossé- Darcosse, 1862.)
1 Cet arrêté, pris par les Oîrondins rpii, vaincus par les Montagnards, soulevaient les départements, portait qu'une force armée de 4,000 hommes serait levée sans retard et une correspondance établie avec les autres départements. — (Louis Blanc, t. vw, p. . 89; Histoire parlementaire, t. xxviii, p. 149 150.) x «Chaux et ses amis faisaient partie du club Saint- Vincent. \Louis Blanc, t. ix, p. 61.)
Curieuse épître sur la bonne réception qui lui a été faite à son arrivée à Nogent Quand il sera avec le roi et sa cousine de Valentinois (Diane de Poitiers), il lui en fera le récit.
2. — L. a. s. an Roi son père (Henri II) ; Saint-Germain-en-Laye, 20 juillet (1552), 1 p. in-fol., cachet. - 135 fr. (N* 125, Tèchener, 1846); - 60 fr. (N* 135, /. Charavay, 184Î); - 95 fr. (N° 827 bis du Bull. J. Charavay.)
Avant entendu son désiré re'our en l'heureux succès de ses entreprises, après en avoir loué Dieu, il n'a voulu faillir à lui envoyer Lagarde. présent. porteur, pour se recommander très-humblement à sa bonne grâce, et lui rapporter nouvelles de sa bonne disposition.
3. — L. s., avec la souscript. aut., au connétable (Anne de Montmorency) ; Saint-Germain-en-Laye, 10 septembre (1552), 1 p. in-fol. — 38 fr. (N° 125, Tèchener, 1846.)
Il avait délibéré de lui écrire de sa main ; mais, après qu'il a eu achevé les lettres du roi et de la reine, sa plume s'est, trouvée si lasse, qu'il ne s'en a pu aider. « Et nay autre choie à vous mander sinon que jayme bien fort la karquenee que m'avez donnée car je nen ay poinct de si belle, je mectray peine de la bien garder pour lamour de vous. . »
4. — L. s., contresig. de Laubespine, aux habitants de la tille de Metz; Saint-Germain-en-Laye, 31 juillet 1559, 1 p. in-fol., cachet. - 13 fr. (H" 163, Emmery, 1850.)
5. — P. s., sur vélin ; Saint-Germain, 13 août 1559, l p. in-fol. oblong.
- 18 fr. (!*• 135, /. Charavay, 1858.)
6. - P. s., aur- vélin ; Saint-Germain, 15 août 1559, 1 p. in-fol. oblong.
— 13 fr. (N°323, /. Charavay, 1866.)
Ilfait don à Antoine de Brouilly. s* de Mesvilliers, de 400 livres tournois pour le dédommager des pertes qu'il a éprouvées pendant la guerre.
7. - P. s., sur vélin ; Viilers Cotterets, 20 août 1559, in-fol. oblong. - 23 fr. (N°290, D'Hunolstein, 1864.)
Ordre au trésorier de son épargne de compter à Jehan Yvirsen, son agent à Ragouze (Raguse), la somme de :M2 livios 8 sols tournois.
8. — P. s., sur vélin; Villers-Cotterels, 28 août 1559, in-fol. oblong. 8 fr. 50 (K° 148, CapeUe, 1849.)
9. — L. s. à nos chers et bons amis les Maire, eschevln, Conseil et Treize de la ville et cité de Metz ; Bar-le-Duc, 28 sept. 1559, 1 p. in-fol., cachet. —
17 fr. iN» 163, Emrnery, 1850.)
10. — L. s. à M' de Noailles, son ambassadeur en Angleterre ; 12 octobre 1559, 1 p. in-fol. - 18 fr. (N« 176, Trémont, 1852.)
11. — P. s., sur vélin ; Châlons, 20 octobre 1559, in-fol. — 15 fr. (N* 2010 bis du Bull. J. Charavay.)
12. — L. s. à Claude Cistel, trésorier de la marine du Levant; Blois, 8 noT. 1559, I p. in-fol. — 32 fr. (N* 323, J. Charavay, 1866.)
Ordre de payer à Hegnauld de Montauban, naguères capitaine de galères, 15,598 livres 14 sous tournois pour le paiement d'une galère appelée la Rapine avec les équipages que le feu Roi avait donnés au capitaine de La Ferrière.
13 — L. s., contres. Robertet, à sa cousine la duchesse de Mantoue ; Blois,
18 nov. 1559, 1/2 p. fn fol , cachet. - 30 fr. (N° 13,398 du Bull. J. Chmravay.)
14. — P. s., sur vélin ; Blois, 2 déc. 1559, in-fol. Jaunie par le temps. — 12 fr. (N° 279, Succi, 1863.)
15. — L. s. à .M* de Noailles, son ambassadeur en Angleterre ; Blois, 26 déc. 1559, 1/2 p. in-fol. - 15 fr. (N° 134, Laroche* Lacar elle, 1847); - 60 fr. (N° 249, Lajarrielle, 1860.)
16. - P. s., sur vélin; 1559, in-fol. - 18 fr. (N* 2,623 du BuU.J. Clia-
17. - L. s.; les Roches S'- Quentin, 1559. - (H- 46 bis, DeCourceUes, 1834 ) Pièce en faveur de Louis de Ramsey et Jehan de St Cler, archers de la
(La suite au prochain numéro.)
VARIÉTÉS
VAUNGOLR EX I>K PRÉSIDENT DOUHIER
Valincour 1 ne fut ni un grand poète, ni un grand écrivain, bien qu'il fit des vers et composât quelques ouvrages. 11 devint l'ami des grands hommes du siècle de Louis XIV : possesseur d'une certaine fortune, tous ceux qui étaient pauvres et dans le besoin trouvaient en lui un généreux appui : il obtint ainsi la réputation d'homme de goût, d'érudit distingué et de protecteur des gens de lettres. Nommé historiographe du Roi, il mérita l'amitié de Boileau qui lui adressa sa XIe satyre et celle de Racine, qu'il remplaça à l'Académie- Française (1699). 11 sut se concilier l'estime de tous et trouva grâce devant Saint-Simon 3 qui en trace le portrait suivant: « C'était un homme d'infiniment d'esprit et qui savait exlraordinairement ; d'ailleurs un répertoire d'anecdotes de cour où il avait passé sa vie dans l'intrinsèque, et parmi la compagnie la plus illustre et la plus choisie, solidement vertueux et modeste, toujours dans sa place, et jamais gâté par les confiances les plus importantes et les plus flatteuses. D'ailleurs très difficile à se montrer, hors avec ses amis particuliers, et peu à peu très longtemps devenu grand homme de bien. C'était un homme doux, gai, salé, sans vouloir l'être, et qui répandait naturellement les grâces dans la conversation, très sûr et extrêmement aimable, qui avait su conserver la confiance du roi, être considéré de Mrae ae Maintenon, et ne lui être point suspect, en demeurant publiquement attaché à M™* de Monlespan jusqu'à sa mort, et à tous les siens après elle. » — Voltaire, dans son catalogue des grands hommes du Siècle de Louis XIV, n'en fait pas un aussi grand cas. Il se borne à citer un de ses discours à l'Académie- Française et à dire : « Une énître que Despréaux lui a adressée fait sa plus grande réputation. On a de lui quelques petits ouvrages : il était bon littérateur. » Le dictionnaire de Moreri donne à Valincour les plus grands éloges. « C'était un homme si rempli de grandes ualités que Ton peut dire qu'il a fait un des principaux ornements u siècle dernier et du nôtre. » — Bref, en mettant de côté tout ce qui, dans ces jugements, peut être la part de la flatterie, il reste avéré que cet académicien assez inconnu maintenant fut un homme d'esprit et de goût, fort estimé de ses contemporains, et, ce qui est plus rare, aimé de ses confrères et de tous ceux qui avaient des rapports avec lui. Membre honoraire de l'Académie des Sciences et associé de celle des Inscriptions, il travailla à l'histoire de Louis XIV que Racine et Boileau avaient commencée. Il avait été aussi conseiller et secrétaire du cabinet du Roi, puis secrétaire général de la marine et des commandements du comte de Toulouse. Valincour
1 Valincour (Jean-Baptlste-HenrJ Dn Trousset de), né à Paris, le 1" mars 1653. i Mémoires, t. u, p. 273.
possédait à Saint-Cloud une jolie maison de campagne où il avait
entasse ses livres, ses tableaux, ses papiers et tous les documents qu'il avait rassemblés en qualité d'historiographe du Roi. C'est de là qu'il correspondait avec les littérateurs. Le président Bouhier, son confrère à l'Académie, était un de ceux auquel il écrivait le plus souvent. Nous avons entre les mains quelques lettres de Valincour au savant président du parlement de Dijon et nous en donnerons ici les. passages les plus curieux. La littérature, la poésie, voilà les sujets les plus habituels de ces épîtres : peu ou point de politique : quelques anecdotes par ci, par là, puis parfois des pièces de vers. Ainsi, le 11 décembre 1725, Valincour s'égaye aux dépens du Père Sanadon et des Jésuites :
« Vous allez voir net hyver un Horace avec une traduction et des notes du P. Sanadon, jésuite, en 8 ou 10 volumes. 1 0 curas hominum ! Est-ce donc la peine de se couper les cheveux, de se découvrir tes oreilles, de prendre un habit différent de celui des autres hommes et de s'enfermer dans uue cellule pour y passer sa vie à démesler le sens caché de cé qu'Horace à écrit à une g.... ou à expliquer ce que veut dire Equum supemum'! Gela me fait souvenir de ce que le vieux Patru dit un jour à un homme de môme robbequi lui demandait son avis ou plustost des louanges sur un ouvrage de pareille nature dont il Pavait ennuié une heure entière : « Mon père, avez- vous Un valet qui balaye votre chambre ? — Non, Monsieur: chacun de nous doit balayer la sienne. — Et combien de fois par jour ? — Une fois suffit. — Mon père, balayez la votre 4 fois et n'écrivez plus : vostre temps sera bien mieux employé. »
Celte curieuse anecdote témoigne du caractère ferme et indépendant d'Olivier Patru. Elle peut faire le pendant de celle-ci qui est plus connue Un grand seigneur, comme cela arriva si souvent, se présenta quoique sans aucun titre littéraire, pour succéder à Conrart. Patru donna son avis en ces termes: « Un ancien Grec avait une lyre à laquelle se rompit une corde. Au lieu d'en ajouter une de boyau, il en mit une d'argent, et la lyre perdit son harmonie. » Cette fois la vérité l'emporta, et le grand seigneur ne fut pas nommé.
Dans la môme lettre Valincour donne au président les nouvelles suivantes :
a Mr de Souvré * regardant hier à sa montre à la lueur d'une lanterne dans la galerie où loge le cardinal de Rohan tomba roide mort ; on n'eut pas le temps de le saigner. — Mr Le Peletier de Souzy a mourut nier. On
1 Erreur: La traduction d'Horace du père Sanadon parut en 1728, et ne se composa que de 2 volumes in-4. C'est un ouvrage estimé, souvent réimprimé etaccomnaiiné de nombreuses notes et de savants commentaires.
* Le TYllier (Louis-Nicolas;1, marquis de Souvré, fils puîné de Louvois, lieutenant général au gouvernement de Béarn et de Navarre, et maître de la • garde robe du Roi. né le 23 janvier 1667.
• Le Peletier de Souzy (Michel), conseiller au parlement, directeur-général des fortifications, né à Paris, e 12 juillet 1640. C était un homme fort instruit, surnommé par M' De Tourrci homo limatissimi ingenii L'académie des Inscriptions et Belles Lettres l'avait admis dans son sein comme membre honoraire, en 1701. ïl y avait six ans qu'il s'était retiré à 1 abbaye de Saint-Victor, lorsqu'il mourut le 10 décembre 1725.
croit qu'il avait 86 ou 7 ans, homme qui faisait homieur à l'humanité et à sa profession. »
Le Président Bouhier ne fut pas de l'avis de son ami sur le travail du Père Sanadon, comme le montre ce passage d'une lettre dn 29 décembre 1725 où Valincour déclame contre les métaphysiciens :
« Je consens donc en vostre faveur que le jésuite achève ses notes sur Horace et je conviens avec vous que chacun a besoin d'une poupée pour s'amuser et, à le bien prendre, les occupations, même les plus sérieuses, de la plupart des hommes ne sont que des poupées. Une des plus maussades et des plus puériles est la métaphysique. L'étude sérieuse que j'en ay faite durant longtemps et dont je ne suis pas encor quitte m'en a fait voir la vanité. Plus on y avauce, plus on le reconnoist. Je suis honteux de voir que le P. Malbranche et M. Leibnits, les plus excellents raisonneurs deleur siècle, ayeut passé leur vie à méditer et à écrire des choses aussi peu raisonnables que celles dont ils ont farci leurs livres. »
Si Valincour n'aimait pas la métaphysique il était du moins philosophe:
« Parrivay avant hier de Versailles. J'y retourne lundy. Il y a bien des des gens qui n'y sont pas dans une situation tranquille. Il faut avoir vu ce pays là d'aussi près que je l'ay vu durant 40 ans pour sentir le plaisir et le bonheur qu'il y a à pouvoir passer une partie de sa vie à St Cloud, n'estre plus de rien, n'estre meslé à rien,
A terra magnum alterius spectare laborem.»
Puis, toujours dans la môme lettre, comparant les géomètres avec les métaphysiciens, il dit :
« Je ne saurois finir sans vous dire combien je souscris de bon cœur à vostre jugement sur les mathématiques, quoy que je les aye fort aimées toute ma vie. La géométrie transcendante qui est devenue si fort à la mode marque également l'étendue et la petitesse.,de l'esprit humain. La lune se plaint à Jupiter dans quelque endroit des dialogues de Lucien de ce que les astronomes l'importunent et passent les nuits à prendre sa mesure comme s'ils voulaient lui faire uu habit. Il n'y a point de parabole ni d'hyperbole qui ne pust faire la même plainte contre les géomètres, mais du moins ont-ils la satisfaction de trouver toujours la vérité et les métaphysiciens ne l'ont jamais. »
L'année 1726 1 fut une année néfaste pour Valincour. Dans la nuit du 13 au 14 janvier un incendie dévora sa maison de Saint-Cloud avec tous les livres, les tableaux et les manuscrits qu'elle renfermait. 1 La plupart de ceux-ci avaient rapport à la marine. * Voici en quels termes Valincour annonce, le 27 janvier, la fatale nouvelle au président Bouhierque la rumeur publique avait déjà averti :
« La nouvelle, Monsieur, n'est que trop vraye ; j'ay perdu en 4 heures ce que j'avois eu bien de la peine à amasser en 40 ans et que toutes les
« C'est par erreur que Moreri indique l'année 1725.
* Voici l'annotation que le Président Bouhier a mise sur l'épître du 27 janvier : . Lettre de M. de Valincour au sujet de l'horrible incendie qui avoit consumé les Ie" jours de ce mois sa jolie maison de St Clou, avec tous ses meubles, tableaux, papiers, Bibliothèque, et même sa vaisselle d'argent. »
* Dictionnaire de Moreri, article de Valincour. édition de 1759, t. x, p. 436.
richesses de Samuel Bernard ne pourraient pas réparer. Aussi ne ferayje pas le philosophe mal à propos avec vous ; je vous avoue que l'affliction n'est pas médiocret mais elle ne m'empêche pas do seutir avec toute la reconnaissance que je dois la Lomé avec laquelle vous voulez bien vous y intéresser. La situation est triste: Dieu veuille me donner la force de la supporter. »
Le 9 février Valincour explique par une nouvelle lettre la cause du désastre :
• J'ay esté bruslé, Monsieur, par la négligence d'un valet que je laissay le soir dans mon cabinet pour y éteindre le feu que j'y avoiseu tout le jour; il vint se jetter à mes pieds dés que le malheur parut, et après avoir fait un pacquet et pris un baston, il s'enfuit criant par les chemins qu'il avoit bruslé son maître. J'envoyay après pour le faire arrester, craignant qu'il ne se jetast dans la rivière ; il revint de lui-même le soir et je l'ay gardé car il est aussi affligé que moy. »
Le 26 octobre 1728 le Roi tombe malade de la petite vérole et Valincour fait un madrigal a ce sujet. Voici ce qu'il écrit le 19 novembre :
« Il n'y a personne en effet qui ne chante le Te Deum dans son cœur pour la convalescence du Roy et ces sortes d'actions de grâces sont bien mieux reçues que celles qui se chantent en musique et au bruit du cauon. Ces mêmes actions de grâces sont quelquefois accompagnées de bagatelles et en voicy la preuve. J'avois écrit à S. E. pour savoir si l'Académie devoit chanter un Te Dewmà la chapelle. Elle me manda qu'un madrigal 8uffiroit. En voilà un avec une longue et maussade pièce que ne say comment nommer. »
Nous ne donnerons pas maintenant le texte de la pièce, mais seulement celui du madrigal. En attendant voici une curieuse appréciation de Pope :
« J'ay jugé comme vous du poème de Pope. Son discours sur Homère, imprimé dans le petit livre qui m'est adressé, marque plus de lecture et d'esprit que de goust. Nous avons sur les Ànglois plus d'avantage pour la poésie et les belles lettres qu'ils n'en ont sur nous pour la géométrie. »
Comme nous publierons tout-à-l'heure la réponse au madrigal sur la maladie de Louis XV il est nécessaire de connaître auparavant celui-ci. Le voici donc:
Un madrigal sur la santé du Roy
N'est pas, Seigneur, une petite affaire: Vous même vous savez la douleur et l'effroy
Que pour une teste si chère Inspira du danger l'ombre la plus légère. Mais si tost que du ciel le visible secours Sans l'art des médecins eut assuré ses jours Quelle joye à l'instant succède à la tristesse; Que de feux allumés, que de chants d'allégresse ! Pour voir ce prince aimé quels doux empressements! Combien dans tous les cœurs de tendres sentiments! Pour les bien exprimer il faudroit un Homère. G'es!oit son grand talent, il nous manque aujourd'huy, Et, si vous en doutez essayez-le pour lui. Aussi bieu tout le jour n'avez- vous rien à faire. *
Les vers étaient louangeurs ; ils plurent, et le cardinal de Fleury, auxquels ils étaient adressés, crut devoir y répondre. Le président Bounier voulut avoir le curieux morceau poétique du vieux ministre et Valincour le lui envoie, le 19 décembre 1728, avec ces mots :
« Puisque vous voulez absolument voir la suitte du madrigal envoyé à S. E. je vais vous la dire, mais à condition que vous jetterez au feu ce que je vous envoyé. Je n'en ay pas parlé à mes meilleurs amis et je serois brouillé avec lui avec raison s'il pouvoit soupçonner que personne en
Réponse de S. E.
Le Madrigal est la plus aymahle chose que j'aye jamais Tue. L'abbé B. qui s'est trouvé ici y a fait sur le champ cette réponse : Uu autre Homère est encore à trouver Mais dans le cas présent je croirois qu'en sa place
H suffirait d'avoir un autre Horace Qui sçut également censurer, approuver Avec 'son même tour, avec sa même grâce : Pour moy j'en connois un ; j'ay de quoy le prouver.
Réplique par rapport au dessein que Con avait de détruire Tripoli. «
Celui qui détruisit et Carthaçe et Numauce
Ne crut pas indigne de lui De faire en s'amusaut, sous le nom de Térence, Ces vers qu'on admire amourd'huy,
Le prélat qui de nostre France Devient le plus fidèle et le plus ferme appui Sous le nom d'abbé B. cachant son Eminence Fait des vers qu'avoueraient et Voiture et Térence.
D'où je tire une conséquence
Et c'est qu'avant qu'il soit six mois
Sous ses auspices les François
Iront abattre l'insolence
Du reste des Carthaginois.
Les vers du cardinal ne valent pas mieux que ceux de Valincour; les madrigaux, pièces froides, consacrées entièrement à la flatterie, étaientpresque toujours ainsi et l'esprit n'y brillait pas souvent. Nous sera-t-il permis ici d'hazarder une conjecture et de nous demander si cet abbé B. sur le compte duquel le vieux ministre met ses essais poétiques ne serait pas par hazard le jeune abbé de Bernis qui faisait alors son entrée dans ce monde frivole où il devait, comme poète galant et diplomate aimable, remporter tant de succès?
Le 2 janvier 1729, dans une lettre datée de Versailles, Valincour raconte plaisamment la visite qu'il Ot au cardiaal de Fleury à propos du premier de l'an :
« Estant allé chez S. E. beaucoup plus lard qu'à mou ordinaire j'y trouvay les fermiers généraux, les thrésoriers de tous les thrésors apportant les uns des bourses de jetions, les autres des sacs de velours, et que
1 Le 19 juillet Tripoli, dont les corsaires avaient insulté le drapeau français, fut bombardée par une escadre sortie de Toulon. Une partie de la ville fut brûlée, mais les habitants implorèrent et obtiurent leur pardon. Au mois d'octobre deux ambassadeurs de Tunis vinrent, au nom de leur gouvernement, faire des excuses a Louis XV. {Abrégé chronologique de l'ffistoire de , France par le Président Hénault).
say-je encor? S. E. me voyant entrer me dit : Les Académiciens viennent toujours les mains vuides. — Je lui répondis : C'est ce qui vous trompe, car en voilà une où j'ay mon mouchoir. Cela se tourna en plaisanterie qui dura un quart d'heure sans qu'aucun des gens qui estoient là osast ouvrir la bouche. Je sortis avec eux : ils se serraient pour me faire place et me regardoient avec vénération, mais au diable l'un qui m'offrit de me prester seulement 100 pistoles. •
Nous retombons dans les madrigaux, et voici un dixain adressé à M"« Dacier :
« Je suis ravi que les 2 madrigaux ne vous ayent pas déplu, mais s'il me falloit vous les redire j'y serois bien empêché, car je les «y oubliés, et je n'ay jamais gardé aucune copie de toutes les niaiseries qui me sont échappées et je ne les écris jamais que sur le papier que j'envoye, et je vous diray sur cela un dixain que j'envoyai a Mad. Dacier qui' vouloit à toute force avoir une longue épître que j'avais envoyée à M. le Chancelier :
Anne ma sœur, vous voulez mon ouvrage.
Vous en pouvez comme moy disposer.
Bien est-il vray que si j'estois plus sage De le donner je devrois m'excuser.
Non que je veuille en rien vous refuser, Mais connoissant qu'en œuvre si vu lunaire Il n'est seul mot capable de vous plaire La mettre au teu m auroit mieux réussi, Et plust à Dieu qu'en pussent autant faire Tant d'écrivains qui fourmillent icy. »
Voici un autre dixain que nous trouvons sous la date du 27 février 1729 accompagné de ces mots :
« Le retour du froid m'a ramené un rhume qui m'oste tout-à-fait la parole. J'avois envie de me faire porter à la foire St Germain et j'aurois pu faire un profit considérable en montrant au public un académicien muet, car c'est chose assez rare. Au lieu de cela je vais vous écrire ce que j'ay envoyé à M. le Chancelier 1 ne pouvant l'aller voir :
Un rhume affreux vient m'oster la parole
Et médecins aussitost d'accourir,
Et chacun d'eux par un discours frivole
En quatre jours s offre à me secourir.
Je leur ay dit : Je ne veux point guérir : • m
Mon mal me plaist, ainsy pour m'en défaire
Ne songez pas à me rien ordonner,
Mais vous auriez de moy triple salaire
Si par vostre art vous le pouviez donner
A tant de gens qui ne sauraient se taire.
Ce dixain est joli et bien meilleur, à notre avis, que celui à Madame Dacier. Le président Bouhier y a ajouté ces réflexions:
« Au Ie vers je mettrois:
Fils oVEsculape aussitost d'accourir.
Et au pénultième, pour éviter l'équivoque du le:
Si vous pouviez le mime mai donner, Ou bien ainsi :
Si cestui mal vous le pouviez donner. »
t C'était alors d'Aguesseau.
Le 2 novembre 1729 Valincour compare Virgile et Malherbe :
* Je meta, Monsieur, une différence infinie entre Virgile et Malherbe, en accordant également à l'un et à l'autre la qualité de versificateur excellent. Virgile est toujours sage : Nallierbe ne l'est presque jamais. Virgile conçoit une pensée raisonnable et fournit de beaux vers pour l'habiller : Malherbe fait d'abord ses vers, il roud de beaux mots les uns avec les autres et il en résulte le sens qu'il plaira au hazard de leur donner. Il pourroit leur dire comme Mithridate à ses enfants :
Je pense donc cela puisque tous le voulez Et je bénis le sort qui vous a rassemble!. »
Le trait final est piquant. Aussi quelle comparaison peut-on établir entre Virgile et Malherbe, et combien les églogues du poète latin, — car le parallèle ne peut porter sur les Géorgiques et l'Enéide — ne sont-elles pas supérieures à celles du réformateur delà poésie française ? — On ne peut que donner son assentiment et applaudir à la manière dont Valincour traite un fat quia voulu critiquer le Paradis Perdu de Mil ton :
« Un fat d'agrégé en droit ou au droit, dit-il, a fait imprimer une critique du poème de Milton. 11 y a sans doute beaucoup de fautes dans ce poëme, mais elles sont si imperlinemment critiquées qu'on est tenté de croire que c'est le poëte qui a iaison. D'ailleurs cet animal tombe sur les plus beaux endroits comme sur les plus mauvais. Il veut tourner en ridicule l'adieu d'Eve à ses fleurs qui est un endroit égal à tout ce qu'il y a de plus beau dans Virgile et dans Homère. 11 me semble voir un asne qui, estant entré dans un beau jardin, mange et foule aux pieds lesplusbelles fleurs au lieu des chardons qu'il cherchoit et qui est capable de tout gaster si l'on ne le chasse avec les élrivières. «
On voit, M. de Valincour, que vous avez été l'ami et le collègue de Boileau et de Racine et qu'ils vous ont appris à mépriser les sots et les fats.
Un mois après celte lettre, le 5 janvier 1730, Valincour mourait à Paris. Ses ouvrages ne seront pas longs à énumérer, car, quoique membre ou associé des trois académies, il a peu publié. Nous les citerons cependant. Le premier fut une critique de la princesse de Clèves qûi parut en 1678, sous ce titre : Lettre à la tnarquisede *** sur le sujet de la princesse de Clèves. On soupçonna le père Bouhours d'être l'auteur de cet opuscule, qui est.dii Moriri, un vrai modèle d'une critique délicale et raisonnable. En 1081 il donna la vie de François de Lorraine, duc de Guise, surnomtnc le Balafré. On connaît encore de lui une lettre sur la vie et les écrits de Jean Hacine insérée par l'abbé d'Olivet dans la continuation de son Histoire de l'Académie française, et des observations critiques sur l'Œdipe de Sophocle, publiées seulement après la mort de leur auteur. Si nous y ajoutons sa collaboration à l'Histoire de Louis XIV et quelques poésies insérées dans les recueils du temps, nous aurons complété le bagage littéraire de notre académicien.
Etienne Chauavay
Monsieur le Directeur,
Bn tous remerciant du bon accueil fait à ma communication, et des lignes beaucoup trop flatteuses qui la précèdent, permettez-moi de vous signaler quelques inexactitudes d'impression :
« Lieutenant général en Anjou,
— Btnon à Anjou.
— a Y demeure seul avec les gens etc. ;
— Et non : y demeura.
Enfin il y a : « Louis XIV la signa à Ayantes, » et je sais bien que j'ai écrit le nom de cette ville, mais il m'est venu quelques scrupules. La majuscule un peu ornée du texte n'est pas si exclusivement une N
Su'on ne puisse l'interpréter par une M au besoin, et dans ce cas il fau~ rait lire Mantes, la jolie petite ville de Seine et Oise, ce qui peut-être est plus probable. J'émets ce doute dans l'intérêt de ma conscience bistorique.
Agréez, Monsieur, avec mes remerciements, l'assurance de mes sentiments bien distingués,
Jules de Gères.
5 septembre 1866.
La saison des ventes s'ouvrira brillamment cette année: M. J. Cbaravay aîné prépare un catalogue pui fera sensation, nous n'eu doutons pas, dansie monde de la curiosité. Ce n'est pas une collection nombreuse mais choisie: on y trouve peu ou point -de noms modernes mais en revanche des autographes des grands hommes des XV*, XVIe et XVIIe siècles. Autre remarque à faire : les guerriers et les hommes d'état remportent de beaucoup sur les littérateurs. La conservation et l'intérêt des pièces leur donnent une valeur nouvelle: la plupart portent des cachets et des sceaux fort remarquables. De Charles V à Charles X la série des rois de France est complète. Il y a môme des chartes de Louis VI, Louis VII et Louis X, avec les monogrammes de la main du chancelier et des sceaux bien conservés. Les souverains étrangers sont aussi fort bien représentes : qu'il nous suffise de citer le pape Innocent II, Baudouin II, empereur de Constanliuople, avec signature authentique, Gustave Adolphe, roi de Suède, une lettre autographe signée d'Elisabeth, reine d'Angleterre, etc. Nous devons dire aussi qu'il se trouve un assez grand nombre de célébrités anglaises et de souverains de ce pays: Charles lw, Charles II, Esseœ (leOd'), Tyrconnel Parstrnoutn (laD^de) et bien d'autres. Le siècle de Louis XIII est représenté ici par beaucoup de noms fameux et de pièces historiques : les guerriers, nous l'avons déjà dit, forment une grande partie de la collection : Villiers de Lhie Adam, le grand-maître del'ordre de Malte, Bonnivet, le connétable de Bourbon, Lanoue, dit Bras de fer, La Trémaille (Louis II de ), l'amiral Coligny, SProzzi
(Pierre), les maréchaux de Termes, de Boisdauphin,Banzauf Tairas, Turenne, etc ; etc.— Voici encore quelques noms cueillis au hasard: Fénélon, Bossuet, Massillon, Fléchier, Mascaron, Bussy Rabutin, Bouhours, Leibniz, Malherbe, Montesquieu, St-François de Sales, St-Charles Borromée, J.-J. Rousseau, Voltaire, Diane 4e Poitiers, la Mi8e de Montespan et la Mise de Pompadour, etc., etc.
C'est seulement une idée que nous avons voulu donner à nos lecteurs de la collection qui sera vendue dans le courant du mois de novembre. Dans notre prochain numéro nous compléterons la liste des noms avec des détails sur l'importance et l'intérêt des pièces. Cependant nous signalerons dès aujourd'hui une pièce historique, qui est, â notre avis, une des perles de celle collection si remarquable: c'est un trailé d'alliance passé, en 1410, entre les ducs de Berri (frère de Charles V), d'Orléans (père de Louis XII), d'Alençon (tué à Azincourt), de Bourbon, et le connétable Bernard d'Armagnac, chef du parti royaliste sous Charles VI et assassiné par les Bourguignons, en 1418. Cette pièce est doublement curieuse, d'abord comme document historique, et ensuite comme autographe, car les princes et le connétable ont apposé leur signature au bas de l'acte.
— On nous annonce aussi que M. Gabriel Charavay prépare une petite vente. Nous nous contentons de faire part de cette nouvelle, ne sachant rien sur la valeur des pièces qu elle renferme, et nous réservant de reparler du catalogue quand il aura paru.
— Le bulletin n° 147 de M. J. Charavay aîné est sous presse. Il se compose en général d'autographes à des prix très modérés, et les amateurs des célébrités départementales y trouveront certainement des pièces à glaner. Voici quelques-uns des noms principaux: Balzac (J.- L. Guez, seigneur de); Barthélémy, le poète satyrique;^eawre^arrf,le physicien; Béranger, plusieurs lettres fort curieuses; Berlioz, piquante épttre ; Biron (le maréchal de), décapité en 1602, lettre àHenrilV; Bonaparte, 1er consul, pièce historique; Cahanon, diplomate dauphinois; Cavanilles, botaniste espagnol ; Chabot (lecapucin); Charles IX ; Charles, duc d'Orléans, frère de llenri II ; Christine, reine de Suède, curieuse lettre autographe signée ; Clément XII, pape; Créquy (Charles lep, duc de), maréchal de France; Dampierre; Delàvigne (Casimir); Descamps ; Drouyn de Lhuys : JJvmourier ; Duroc ; Guise (la D«»« de) ; Haynevfve (Julien), le célèbre jésuite; Ingres] Laka-nal; Lapérouse; La Boche/ osa y ; Le Tel lier (Ch.- Maurice), archevêque de Reims ; Louvois ; Marceau ; Marie-Josephe, reine de Pologne \Meyerbeer ; Napoléon l«r, I. s. et pièce aulogr. au crayon; Philippe V, roi d'Espagne; Piron ; Saint-Germain, le ministre de la guerre; Sansan,le bourreau qui exécuta Louis XVI: Surcouf (Robert); Talleyrand; Valincour, curieuses épîtres; Wagnière; Zamet (Sébastien), etc. etc.
Le Directeur-Propriétaire : Jacques CHARAVAY. ÀbbovUle. - Imp. P. Bries.
No 115. — 5e Année
1«* Octobre 1866
Bureaux s rue de» Grands-Auguetlna, »©, a Paris
PARAISSANT LES Ier ET 16 DE CHAQUE MOIS
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Les demandes d'abonnement et toutes les communications relatives au Journal doivent être adressées, franco, à M. Jacques CHARAVAY.rue des Urands-Àugustins, 26.
Au moment de mettre sous presse, nous recevons la nouvelle de la mort d'un des libraires des déparlements les plus justement estimés pour leur savoir et leur aménité, i\lr Brissarl-Binet, de Reims. Nous perdons en lui un confrère éminent el un de nos plus anciens abonnés, et nous nous associons aux justes regrets de ses amis et de tous ceux qui l'ont connu. M. Jolly a bien voulu nous l'aire parvenir sur lui les renseignements suivantsque nous nous empressons d'insérer :
M. Brissart-Binet (Charles-Antoine), né à Reims en 1813, libraire-éditeur en celte ville, y est décédé le 27 septembre 1866.
Gn lui doit : une notice biographique surCazin,célibre bibliophile Rémois et sur les éditions de ce fameux libraire, ainsi que la publication de différents opuscules intéressants et rares.
M. Brissart-Binet était un savant libraire qui sera regretté des amateurs de bons livres et des érudits : ci ux-ei étaient pour lui autant d'amis que de clients, avec lesquels ses relations étaient des plus agréables à raison même de sa s( rupuleuse honnêu té.
Il a accumulé, depuis vingt cinq ans, des documents considérables sUr la Cité Rémoise, et il laisse un cabinet précieux d'objets curieux, se rattachant à sa ville natale.
F. Jolly,
L'autographophile.
- 290' - PIÈCES INÉDITES
COÏVDÉ (LOUIS II DE BOURBON, PRINCE DE (LE GRAND CONDÉ ET TURENNE, EN 1649)
Dans la nuit du 5 au 6 janvier 1649, « ce jour si célèbre et dont * on parlera sans doute dans les siècles à venir1 » la Reine Anne d'Autriche, accompagnée du roi, de son autre fils, de plusieurs princes du sang et du cardinal Mazarin, avait secrètement quitté la capitale pour se réfugier à Saint-Germain. La cour eut à souffrir quelques désertions : le duc d'EIbeuf partitle 9 sous prétexte d'aller rejoindre sa mère, alors malade, mais en réalité pour s'offrir aux membres du Parlement comme général de leur armée. Dans lanuît du 10 janvier le prince de Conti et le duc de Longueville abandonnèrent le parti royal et se retirèrent à Paris, événement grave et important pour les révoltés \ Le duc de Bouillon était alorsdans la capitale, occupé de l'échange de sa souveraineté de Sedan pour laquelle on lui offrait des terres et des biens dont il ne lui plaisait pas de se contenter. « Non-seulement, dit la spirituelle Mm« deMotteyille », il voulait de grandes richesses, mais il \ouloit encore que le Roi le traitât de prince... Sa .demande était fondée sur ce que dans l'Italie, qui est pleine de petits souverains, il était traité par eux d'Altesse, qu'il avoit eu du Pape lesmômesavantagesqu'ilsen reçoivent; et il désiroit alors d'obtenir en France les mêmes prérogatives qui sont accordées aux maisons souveraines, disant qu'il n'étoit pas justeque pour être à la cour il perdit la jouissance de ses droits... Pour parvenir à ses desseins et pour tirer par accommodement de grands avantages du Roi, il fit connaître qu'il avait la pensée de se déclarer en faveur du Parlement, ce qui donna de grandes espérances à ce parti, et fit changer son désespoir en des desseins formés de se bien défendre.» Frédéric-Maurice ue La Tour d'Auvergne, duc de Bouillon, était le frère du maréchal de Turenne qui commandait alors les armées du Roi en Allemagne. A la nouvelle des mauvaises dispositions du duc la reine s'émut ; le maréchal était à la tête de forces considérables et on pouvait craindre que le mauvais exemple de son frère ne l'entraînât dans le parti opposé à la cour et ne le poussât à joindre ses troupes à celles du Parlement. Sans plus tarder, le 11 janvier, Anne d'Autriche écrit à Turenne pour lui rappeler son devoir et l'assurer de son affection 4. Le lendemain le prince de Condé, qui était alors le plus ferme soutien de la couronne, le seul espoir du jeuge Louis XIV, voulut joindre ses efforts à ceux de la reine et il adressa au maréchal de Turenne, « général du roy en Allemagne » la lettre suivante :
» Mémoires de Mm* de MotteviUe, coll. Michaud, t. xxiv, p. 230. % Jdem, \). 237.
» Idem, p. 235.
* Cette lettre fait partie de la prochaine vente que doit faire M* J. Charavay aîné. Nous ne la publierons pas parce qu'on peut en trouver le texte dans les Mémoires du vicomte de Turenne (Coll. Michaud, t. xxvii, p. 421 )
Je croy que vous aurez desjà esté informé des motifs de la sortie du Roy de Paris qui n'estoient pas moins considérable que la seureté de sa
Eersonne. À ceste heure je vous donne ad vis que mon frère 1 et M. de ongueville 1 ne considérant non plus mes intérêts que ceux du Roy sont alés à Paris pour prendre le party de ces révoltés. Ils avoipnt faict coure le bruit que Mr vostre frère en estoit, mais cela s'est trouvé fauls et je me le persuade d'aulant plus que il scait bien que la Royne avait résolu de faire pour l'honneur et le bien de vostre maison et pour vos intérêts particuliers les choses que vous et lu y aviés souhaités. Je ne vous egcris
Eoint pour vous exhorter à servir le Roy en celte rencontre. Je sçay assés i passion que vous avés pour cela, mais je vous puis dire qu'en servent le Roy vous me doués la plus grande preuve de vo>tre amitié que vous me puissiés donner puisque mes intérêts sont inséparablement joins à cœux de la Royne et de Mr le Cardinal qui sont cœux de Testât. Monsieur 1 en est de mesme. J'attends dans ce rencontre des marques de vostre affection et je vous jure que je suis de toutmon cœur, Monsieur, Votre très-atLctiouné cousin et serviteur,
Louis de Bourbon.
▲ Saint Germain, ce 12» janvier 1649*.
Deux jours après, le 14 janvier, la nouvelle de la défection du duc de Bouillon qu'on affectait de croire fausse s'étant confirmée, le prince de Condé écrivit une seconde lettre à Turenne :
Monsieur,
C'est avec un sensible regret que je vous donne advis de la mauvaise résolution que mon frère, Mr de Bouillon et Mr de Longueville ont prise de ce getter dens le party du Parlement. Je croiois que Mr de Bouillon considéreroit daventage 1 inlérest de Testât, le sien et le vostre, qu'il n'a faict, puisque ses affaires estoient faictes pour les honneurs qu'il prétendoit pour vous et pour luy, et qu'elles estoient quasy accomodées pour le bien. La Royne vous avoit accordé le gouvernement d'Alsace * comme Paris 6 que M. de Bouillon a retenu près de luy de peur qu'il ne vous alat treuver, vous le poura tesmoigner. Je ne doutte point, Monsieur, que cela ne vous afflige au dernier point, mais je respondrès quasy que cela ne vous esbranlera point, et que vous persisterés deus votre fidélité accoutumée pour le service du ttoy et de la Royue. Je crois de plus que ma
* Armand de Bourbon, prince de Conti, né à Paris, en 1629, mort en 1666. Il était bossu, mais possédait cependant une belle figure et le don de plaire. L'influence de sa sœur, la belle duchesse de Longueville, l'entraîna dans le parti de la Fronde où bientôt le prince de Condé vint le retrouver. 11 fit ensuite sa soumission et fut nommé gouverneur de Guyenne.
* Henri 1! d'Orléans, duc de Longueville, beau frère du grand Condé, né le 27 avril 1595 mort à Rouen le 11 mai 1663.
8 Philippe, duc d'Anjou, puis duc d'Orléans, frère unique de Louis XIY.
* Par une singularité que les troubles du moment peuvent expliquer le prince a mis 1648. Cette erreur bizarre se retrouve aussi sur la seconde lettre, mais une cote de la main de Turenne rétablit au dos la véritable date.
* Lor9 des demandes faites par les généraux à la Reine, Turenne réclama ce gouvernement avec celui de Pbilisbourg — Le duc de Bouillon demanda son rétablissement dans Sedan. • si mieux n'aime la Reine en faire présentement l'estimation à un prix certain, • et le rang promis et dû à sa maison. (V. Mémoires de Mm* de Motleville, p. 268)
« C'était un agent de la cour qui fut chargé de plusieurs négociations auprès du maréchal. (V. Mémoires du vicomte de Turenne, p. 424).
considération a bien quelque force sur vostre esprit. C'est pourquoi je ne fiudray point de vous dire qu'il y vat entièrement de mon intérest et de vous conjurer par l'arni lié que vous m'avés toujours témoignée de donner en oe rencontre de nouvelles preuves de votre affection pour laRoyne et pour moy. Je conservera y le souvenir de l'obligation éternellement et vous tesmoigneray dans tous vos intérests que je suis avec une plus véritable passion qu homme du monde,
Monsieur, vostre très-affecuonné cousin et serviteur,
Louis de Bourbon.
A Saint Germain, ce 14 jauvier 16)9.
Cependant Turenne penchait du côté de son frère, et deux nouvelles lettres d'Anne d'Autriche, écrites les 28 et 29 janvier1, ne purent le faire rentrer dans le devoir. Il essaya en vain de soulever les troupes en faveur du Parlement : presque tous les soldats refusèrent de marcher avec lui, et il se vit réduit à venir seul à Paris. L'illustre guerrier ne restera pas longtemps dans le parti de la Fronde et sous peu les affaires changeront de face : les lettres de Condé pourront se rapporter à lui-même et Turenne pourra donner à son adversaire les conseils qu'il en recevait. Bientôt nous verrons les deux plus grands capitaines du xvn* siècle lutter aux portes de la capitale, et déployer l'un contre l'autre ce courage indompté, ce génie sage et réfléchi dont les Espagnols et les Allemands avaient fait une si cruelle épreuve, triste fin de ce soulèvement de quelques ambitieux contre la monarchie, de cette révolution prématurée qui ne servit qu'à inaugurer le règne du plus absolu et du plus despotique de nos rois !