LB CARDINAL
Lettre datée de Péronnele 16 août 1654, et adressée « àMonsieur, Monsieur le Premier Président, à Paris. »» Elle est "relative au cardinal de Retz oui s'était évadé le8 aoûtdu château deNantesoù il était détenu sous la garde du maréchal de La Meilleraye. Cette nouvelle avait été reçue avec joie parle peuple et par les eonemisde la cour. Le chapitre de Notre Dame fil chanter le TeDeum,* et le grand Condé écrivit au Miâ de Noirmoutier une lettre où il lui déclare qu'il a appris « avec la plus grande joie du monde que M. le cardinal de Retz sYst sauvé. • 8 Quant à Mazarin il semble n'être pas fâché d'être débarrassé d'un rivai dont la détention le mettait mal av. c la cour de Rome et le peuple de Paris. Nous n'avons pas besoin de faire
1 B< llièvre (Pomponne 11 de), petit fils du chancelier de France sous Henri IV. fut ambassadeur en Angleterre et en Hollande. 11 fut élevé par Louis XIV a la dignité de premier président au Parlement de Paris, tinploi dans leque l il mourut le 13 mars 1657, sans laisser de postérité (Dictionnaire de Moreri).
* Mémoires du cardinal de Retz, édition Michaud, p. 440.
* Idem, p. 442.
remarquer le curieux tableau que fait Mazarin du caractère ambitieux et remuant du cardinal de Retz.
Monsieur,
Je chargeay M. Colbert en partant de La Fère de vous aller voir de ma part aussi tost qu'il seroit arrivé a Paris pour vous remercier des civi • lîtez qu'il vous a plu tne faire par vostre dernière lettre, vous asseurer «le nouveau que vous n'aurez jamais d'amy et de serviteur plus véritable que moy et vous entretenir sur d'autres matières. J'ai prié M. l'abbé Fouquet 1 qui s'en retourne de vous confirmer lesmesmes asseurances et de vous donner part de toutes noz nouvelles. Vous serez aussi informé par M. le procureur général des résolutions qui ont esté prises icy et des ordres qu'on a envoyez à Paris sur les affaires présentes. Le Roy luy a mesme commandé de sçavoir la dessus voz advis dont Sa Majesté fera toujours beaucoup de cas. Je ne vous dtray rien de M. le Cardinal de Retz si ce n'est que je n'ay point enté surprix de son évasion, ayant jugé il y a longtemps que c'estbit la principale fin de toutes ses négociations et le ne vous a y nen mandé d 1 se* mauvais desseings et des pratiques
Î[u'il entretenoit toujours avec les factieux s.ins beaucoup de fondement, e ne croy pas que le party qu'il a pris soit le meilleur pour ses inté rests et le temps pourra bien faire voir qu'il s'est trompé dans son calcul, mais comme c'est une personne qui détére peu au sentiment des autres et ne suit que son inclination, il a voulu préférer, comme il a fait toujours, les cabales et le trouble à tous les advantages qu'il pouvoit espérer en tenant une conduite plus réglée et plus conforme à son devoir, et il n'y a qu'à lire la lettre qu'il a escrite au chappitre de Noslre Dame pour juger avec quelle sincérité il a agy dans le traité qu'il a fait puisqu'il les asseure qu'il n'a jamais eu d'autre intention que de vivre et mourir avec eux 2. Je me remets du surplus à la vive voix du dit abbé Fouquet et je demeure parfaitement, Monsieur, Vostre très affectionué et véritable serviteur
Le Card" Mazarini
A Péronne, le 16» aoust 1654.
Le cardinal de Retz, après une fuite, dont les Mémoires du I emps et les siens en particulier racontent les émouvantes péripéties, arriva
I Fouquet (Louis), évêque et comte d'Agde, frère du surintendant, créature de Muarin et un des ennemis les plus acharnés du cardinal de Retz mort en 1703.
t Voici cette lettre dont le texte se trouve dans les Mémoires de Claude Joly, collection Michand, t. xxvi, p. 168 : « Messieurs,
t L'estat où j'ai esté jusqnes à ceste heure m'ayant obligé de retenir les véritables sentuuens des obligations que je vous ai, j employé le premier moment de ma liberté pour vous les expliquer, Et puisqu'ayant eu le bonheur d'èstre eslevé parray vous, et que ca esié le premier dégrë qui m'a fait passer à là dignité de vostre archeves'que, laquelle vous avés travaillé à me conserver avec tant de générosité jusqu'à vous exposer à toutes sortes d'événemens pour l'amour de moi, je veux aussi vivre et mourir avec vous en ceste mesme qualit e, espérant que comme vos aifectious vont tousjours en augmentant, ma gratitude et ma reeognoissauce seront aussi immortelles. C'est ce que je vous conjure de croire, et de me donner la part en vostre souvenir et eu vos prières que je souhaite, Messieurs,
♦ Vostre très-requis et affectionné serviteur, — « le cardinal de retz. » « Proche Baupréau le 8 août 1654 »
II écrivit une lettre dans le même sens aux curés de Paris.
3 Cette lettre fait partie du Bulletin n° 148 de M. J. Cliaravay aîné.
à Rome où le pape l'accueillit fort bien. Ce ne fut qu'en 1662 qu'il voulut se démettre de son archevêché : à cette seule condition Louis XIV lui permit de rentrer en France.
ETIEIVflïE MEM1RE DE L'ACADÉMIE-PEANÇAISB.
Mr. Albert Bance veut bien nous communiquer une lettre de l'académicien Etienne, adressée, en 1825, au aoctenr Louyer Willermay, et qui fait partie de sa belle collection d'autographes. On sait qu'Etienne était au nombre des littérateurs rayés de la liste des membres de l'Académie-française par l'ordonnance de 18115. On lui conseillait, parait-il, de se rallier à la Restauration: à ce prix il aurait pu reprendre son fauteuil. Le courageux publiciste proteste noblement et refuse de commettre une bassesse. « L'estime de soi- . même, dit-il, et l'estime d'aulrui sont le fauteuil où l'on trouve à la fois le plus d'honneur et le plus de repos. »
Mon cher Docteur, ce qu'on désire que je dise, je l'ai vingt fois imprimé, sans aucune arrière pensée. S'il étoit possible que ce fut aujourd'hui la condi ion d'une grâce, on me fermeroit à jamais la bouche, parce que >a louange u'auroit plus que l'air d'un calcul.
Ce n7est poiut aux victimes d'une injustice à en acheter la réparation, c'est à ses auteurs a la faire oublier en la reconnoissant ; il est, Monteur et honorable ami, des places qu'on perd sans regret, mais où à certaines conditions ou ne rentreroit pas sans remords. L'estime de soi même et l'estime d'aulrui sont le fauteuil où l'on trouve à la fois le jpl us d'honneur et le pluB de repos.
Je suis incapable de payer d'un éloge obligé le redressement d'une injure. Cet éloge ne seroit d'ailleurs pas digne du personnage auquel je l'offrirais; pour qu'il lui soit agréable, il faut surtout qu'il soit pur de tout intérêt personnel.
Vous le savez ; on nous a mis dans cette triste situation, que le public est nécessairement enclin de regarder la plus stricte justice rendue par Je pouvoir ministériel comme le salaire de quelqu'indigne complaisance. Nous sommes dans le siècle des échanges et on est trop fondé à croire par de nombreux exemples qu'une réparation faite par le paru' dominant n'est jamais gratuite.
Je ne ferai donc rien pour solliciter ce que je crois m'être du; j'ai peut-être bien de l'orgueil, mais je pense qu'ici c'est l'Académie qui s'honorerait en protestant autant qu'il est en son pouvoir, contre une injustice attentatoire à la dignité des lettres et dont personnellement je n'ai été victime que pour elle.
Au reste notre excellent Duval se trompe dans le généreux dessein qu'il conçoit ; le tems des viles passions del'tsprit de parti n'est point passé. Il juge de l'époque actuelle par sa loyauté et de.- hommes du jour par son cœur. Il y a dans l'espoir dont on le flatte quelque piège odieux; ils n'ont pu nous ôter l'estime publique en nou^ chassant de l'Institut, et pour nous la ravir ils consentiraient à nous y faire rentrer. Heureusement c'est une destitution qui n'est pas en leur pouvoir.
A la tournure que prennent les choses, c'est se bercer d une vaine chimère que d'espérer un résultat également honorable pour tous. Ira-t on chercher l'homme de lettres au milieu des persécutions de la disgrâce,
quand oq va implorer l'hoinaie de cour au milieu de» livrées de la faveur.
Je suis convaincu que Duval et tous les hommes de lettres qui ont conservé une noble indépendance partageront mes sentiments à ce sujet. Je le remercie tendrement ainsi que vous du bien que vous avez rêvé, raaisje tiens assez à votre attachement pour vouloir que vous me gardiez autant d'estime gue d'amitié et au rond de votre cœur, j'en suis sûr, vous penserez qu aujourd'hui la délicatesse ne peut être m trop défiante ni trop susceptible.
Je vous reuouvelle, mon cher Docteur, l'expression sincère du plus inviolable dénouement.
Etienne.
Paris, ce 6 novembre 1825.
Je n'ai reçu qu'hier 5 uovembre votre lettre datée du 28 octobre. C'est Coupiguy qui l'a remise à mon fils.
Etienne fut réélu en 1829 à la place d'Auger et mourut le 13 mars
Etienne Charavay.