‹ L'Amateur d'autographesChapitre 98 sur 175 · DUNOYER · texte numérisé non relu

DUNOYER

P. S. Au moins, si je n'ai pas le plaisir de te voir, ne me refuse pas la satisfaction de recevoir de tes chères nouvelles. »

Arouet alla-t-il à ce dernier rendez-vous? On peut en douter, car il craignait un guetrapens de la part de Mm* Uunoyer. Il était, d'ailleurs, aux arrêts dans sa chambre et il ne pouvait se rendre, le soir, chez la cordonuière qui prétait complaisàmment sa cuisine aux tête à tête des deux amants. Hélas! Arouet, accompagné de M. de M*** qui le gardait à vue, quitta La Haye le lundi 25 décembre 1714 à huit heures du matin, et ne revit jamais sa chère Pimpette. Il lui écrivit encore de Paris, mais ses lettres furent interceptées par Mmd Dunoyer, et il ne reçut pas de réponse.

Pimpette le croyait infidèle, ingrat, et s'était bientôt consolée; lui, à travers bien des amours de passage, il pensait toujours à Pimpette, car, deux ans plus lard, lorsqu'il fut mis à la Bastille pour avoir composé la pièce satyrique des J'ai vu, le commissaire qui était chargé de l'arrêter et de le fouiller, trouva sur lui, dans son portefeuille, cette lettre de Pimpette, la dernière qu'il avait reçue en partant de La Haye.

Mais, dira-t-on, l'original de cette lettre a dû se retrouver dans les archives de la Bastille? Elle est certainement parmi les papiers provenant de cette prison d'Etat et conservés aujourd'hui à la bibliothèque de l'Arsenal, où M. Félix Bavaisson, après les avoir classés, en publiera les plus intéressants? iNon, cette iettre est imprimée (qu'on se le dise), dans la préface de la. seconde édition du Miroir des sqlons, par Mme de Saint- Surin (Paris, Levasseur, 1834, in-8), et celle dame, qui t'a publiée d'après l'original, nous apprend que cet original faisait partie alors de la magnifique collection d autogiaphes du savant M. de Monmerqué, conseiller à la Cour royale de Paris.

P. L. Jacob, bibliophile.

t Journal petit in fol. oblon?, imprimé d'un seul côté et formant an feuillet à chaque numéro. M"* Dunoyer ie publia depuis 1713 jusqu'en 17*29.

Page 1