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SCENE XVII ET DERNIERE

Les Acreurs PRÉCÉDENS, DAMON Er PASQUIN QUI SORTENT DU CABINET.

VALERE

Cher ami, cher Damon.

DAMON, appercevant sa fille.

Ciel!

Oh diable, voilà la Statue animée.

VALERE

Dites-moi, de quel nom doit-elle être nommée ? DAMON.

Je vous fais compliment. Nouveau Pigmalion, Vous aurez invoqué l’Amour, Vénus sa mere.

Vous aurez dit : Fatal amour ! cruel vainqueur !

VALERE

Ce sont les mêmes traits. Damon, l'heureuse erreur |

Le coupable, c'est vous ?

CONSTANCE

Je crains votre colere.

DAMON

Vous m'obéissez joliment, Mademoiselle.

CONSTANCE

I1 est venu subitement; J'allois me retirer.

VALERE

Comment !

Vous paroissez le craindre!

CONSTANCE

Oui, Monsieur, c'est mon pere.

VALERE

Se peut-il? Votre pere ! O jour! 6 doux moment! Voilà donc de vos tours, Monsieur ?

CONSTANCE

Oui, c’est mon pere Qui lui seul a voulu...

VALERE, à Damon.

Vous cachiez tant d'appas | (A Constance.)

I1 m'a joué. Vous que j'adore,

Jouissez de mon embarras, Je n'ose m'applaudir encore:

J'étois si près de vous!

DAMON

Mais vous n'y pensez pas; Ce n’est qu'une Françoise.

VALERE

[1 n’est pas tems de rire.

De l'Amour, de l’Himen je redoutois l'empire: Je ne l’avois pas vue; elle eût changé mon cœur. Sans l’Himen, disiez-vous, il n'est point de bonheur.

(A Constance.) (A Damon.)

Les peres ont raison; et je commence à croire Que le mien... Vous étiez unis.

Si vous chérissez sa mémoire, Prouvez-le, en adoptant son fils.

DAMON

Ce changement tient du miracle.

Qui! vous! Vous parlez d'épouser!

A des plus grands destins pourquoi vous refuser ? D'ailleurs je vois plus d’un obstacle.

VALERE

Il s’amuse de ma douleur.

(A Constance.)

Par l'ami le plus cher me serez-vous ravie ?

Cette Statue eut fait le bonheur de ma vie:

Elle va faire mon malheur.

DAMON

Allons, je vois qu'il faudra bien se rendre.

(Valere est prêt à l’embrasser.)

Oui , dans deux ou trois ans.

VALERE, efrayé.

Deux ou trois! Puis-je attendre Trois siècles ? Songez donc. Je serai votre gendre. Vous m'aimez, on le sçait. Dois-je craindre un refus ?

(A Constance.)

Vos vœux sont-ils pour moi?... Vous gardez le silence. Votre timidité m’offense ; Mais non, c’est un charme de plus.

CONSTANCE

De votre erreur mon pere a fait un badinage;

Pour moi, ce n'étoit point un jeu.

Je ne sçais si j'ai tort de faire cet aveu,

Mais j'ai tremblé pour mon image.

VALERE

A ce qu’elle inspiroit combien vous ajoutez!

DAMON , en riant.

Et ton goût pour les Arts, si vif et si fidelle ?

VALERE

En ce moment les Arts sont éclipsés par elle.

DAMON

Qui nous eût dit à tous les trois Que ce jour fût celui de votre mariage ?

(Bas à Valere.)

Dans de certains momens, assez doux à ton âge, Vous rirez tous deux quelquefois Au souvenir de ta folie.

VALERE

Volontiers ! oh! souvent. Je suis donc votre fils ?

PASQUIN

Monsieur, n'allons-nous pas partir pour l'Italie ?

VALERE

(A Pasquin.) (A Damon.)

Tais-toi, faquin. Je suis guéri d'une manie... Et voilà comme il faut corriger ses amis.

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