DERNIÈRE VISION
moi clans ton beau pays, on doit y être si bien!
— Je t'emmènerai.
— Tout de suite.
Elle tentait de se soulever, et retombait sur le cœur de son ami.
— Demain, dit-il, nous nous en irons ; aujourd'hui, tu es encore trop faible.
— Alors, c'est bien vrai, tu veux toujours de moi ? Tu me le jures ?
— Je te le jure.
— Ici, vois-tu, les hommes sont trop méchants. Toi-même tu as subi la contagion maléfique, et tu m'as bien fait souffrir î... moi, aussi, j'ai été criminelle... Ohl c'est horrible!...
— Tais-toi, tout est pardonné.
— Alors, c'est fini, nous nous aimerons jusqu'à la mort?
— Jusqu'à la mort !
D'une voix plus douce que le murmure du vent dans les joncs, elle fit mille projets d'avenir, bien persuadée qu'il y avait quelque part dans le monde une cité de bonté et de justice où ils vivraient heureux. Et, dans la
fantasmagorie de son désir d'amoureuse, elle imagina le logis qu'ils habiteraient, là-bas, dans la ville merveilleuse des hommes pâles, les soins dont elle Tentourerait, sans cesse, étant à la fois, une esclave, une amie et une amante. Ah 1 il ne regretterait rien, et il serait fier d'elle, car elle saurait parer sa beauté pour le charmer toujours I...
Maxime se laissait bercer par cette parole douce ; et il étreignait tendrement le corps alangui de sa maîtresse, dont la bouche balbutiait à la hauteur de son baiser.
Longtemps, elle resta dans cette extase, le regard lointain, empli de visions féeriques, ses petites mains au cou de son ami ; puis, toutd'un coup, ses prunelles chavirèrent et ses lèvres bleuirent sur un dernier mot d'amour.
Dans une jonque pleine de roses et de tubéreuses, le farang, à la nuit close, emporta la petite morte pour l'enfouir dans un nid de verdure qu'il connaissait seul, ne voulant pas que ce corps charmant fût abandonné aux vautours.