DERNIERE VISION
— Aux prisons ! Aux prisons !
Maxime, de toutes ses forces, avait poussé ce cri, et le bétail liumain, se détournant du palais saccagé, galopa vers la Pagode des tortures.
Les bourreaux avaient fui ; la populace, se ruant, renversâtes clôtures qui s'élevaient sur l'emplacement des bâtiments brûlés, ouvrit les cages. Mais tous les condamnés ayant subi d'affreux supplices , bien peu purent suivre leurs libérateurs.
Les uns, avec des efforts qui leur arrachaient des cris d'angoisse, tentaient vainement de soulever leurs jambes broyées, de se tenir sur leurs pieds désarticulés. Beaucoup se traînaient sur les mains, rampaient
comme des larves dans la boue fétide ; quelques-uns, exténués par la faim, expiraient de saisissement. Les os perçaient les chairs, la gangrène éclatait partout en pustules livides, une odeur insupportable de charnier faisait reculer les plus braves.
Le farang, enfin, trouva Kali-Yanà, dont les grands yeux meurtris restaient clos, malgré l'agitation des ruelles. Adossée aux barreaux de sa geôle, elle semblait dormir, et c'est en vainque le jeune homme, plusieurs fois, prononça son nom. Cependant, comme son sein se soulevait légèrement, il l'emporta sur ses épaules, la coucha dans l'herbe, au bord du ileuve,lava ses blessures. La caresse de l'eau fraîche parut la ranimer; un soupir plus profond gonfla sa poitrine, et, reconnaissant Maxime, elle souleva ses bras vers lui.
— Tu es venu ! Tu es venu I... Je croyais que je ne te reverrais jamais !
— Nous ne nous quitterons plus, petite adorée !
Elle frémit !
— Oh î cher amant ! partons !... Emmène-