‹ L'Amazone (volume 3)Chapitre 12 sur 19 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

1. Combats du 11 Juillet. — 2. Prise de Lalla-Fathma et de la smala des Illilten. ^ 3. Les prisonniers au camp de Tamesgaida. -^ 4. Soumissions des Beni-Iibouragh, Illilten, Illoula«ou-Malou, Idjer.

I. Combats du ii juillet. — Les contingents, maîtres paisibles des villages ithouragh, profitent de leur victoire, selon tous les principes du droit des gens kabyle.

Chaque vainqueur eimporte ce qu*il peut emporter, brûle ce qu'il peut brûler et saccage le reste. Seuls les arbres, quels qu'ils soient , cultivés ou sauvages , sont respectés : leur existence est protégée contre les fureurs de la guerre par une sorte de convention traditionnelle établie entre toutes les tribus berbères.

C'est que les arbres sont la ressource première, le pain, la vie réelle de la Kabylie du Djurjura; leurs fruits, figues, olives, glands doux, etc., servent d'alimentation principale aux Kabyles ; leurs bois sont la matière première des maisons, des meubles, des outils; leurs feuilles nourrissent les bestiaux. C'est surtout parce que des dizaines d'années sont nécessaires à la nature pour refaire un arbre abattu : tandis que des semaines suffisent à la population d'un village, pour relever ses demeures incendiées, remplacer ses meubles et réparer par le travail ou la misère sa récolte perdue.

RfiCITS DE LA KÀBTLIE. 261

Au milieu de ses guerres éternelles , le Kabyle ne perd jamais entièrement de vue Favenir, celte menace mystérieuse qui pend sur toutes nos tél|B humaines. Sage par expérience, il sait que la fortune des combats est changeante, que le vainqueur d'hier est le^ vaincu de demain, que la ruine qu'il inflige, il la subira quelque jour. Ses passions, môme les plus haineuses, s'arrêtent devant la crainte du talion, ce premier frein de Thomme sur la terre, ce châtiment primordial inscrit dans les lois ou les mœurs de toutes les civilisations.

Mais les maisons, ainsi que les bois abattus, récoltes, cabanes, etc., qui les entourent, sont incendiées ou détruites avec un soin patriotique. On dirait que chaque Kabyle a pour consigne nationale de ne rien souffrir debout dans les bourgades conquises. C'est la marque de victoire qu'il laisse imprimée sur le pays de ses ennemis.

La fumée, qui sort à flots de ces immenses foyers, se répand au-dessus de la vallée et va se confondre avec les fumées des villages illoula-ou-malou et illilten ; un nuage universel couvre bientôt la Kabylie, le Djurjura lui-môme, et tout l'horizon.

Pen laat plusieurs heures, le camp de Tamesguidà reste enseveli dans ce tourbillon bleuâtre ; mais peu à peu le vent s'élève et purifie l'atmosphère ; les territoires ennemis reparaissent. D'un bout à l'autre de leurs montagnes, de l'est à l'ouest, sur quatre à cinq lieues de largeur, tous les villages brûlent. Plus de trente incendies sillonnent l'horizon de leurs flammes rouges. On ne peut entrevoir les

^2 RCCITS BE la KABtLtlS.

troupes qu*à peine ; mais le silence qui régne annonce le triomphe absolu de Tarmée. La lutte est finie.

Dans la journée mêÉfe, les nouvelles des quatre divisions et de la cavalerie arrivent au camp du maréchal.

La division Maissiat a parcouru sans coup férir une partie dû pays des lUoula-ou-Malou et rencontré la division Mac Mahon au piton de Tabbana, presque à moitié de la crête qu'elle descendait.

La cavalerie, à droite de la division Maissiat, entre elle et le général Mac Mahon, mais dans la haute vallée du Sébaou, a fouillé toute la portion du territoire illoula-oumalou que ses chevaux ont pu gravir.

Sous les ordres du colonel de Fénelon, les quatre escadrons de chasseurs et de spahis qui la composent, se sont avancés jusqu'au pied du village de Tabouda, situé à Textrémîté du dernier contre-fort des Illoula.

Effrayés à la vue des cavaliers , les habitants du village se sont rendus immédiatement, et d'eux-mêmes, sont venus aider le colonel de î^ènelon à chasser de leur pays les contingents des Deni-Idjer descendus à leur secours. Cetîe poursuite a coûté la vie à quelques Kabyles ; deux chasseurs ont été légèrement blessés, mais la cavalerie a regagné son camp sans être inquiétée par Fennemi. Les Beni-Idjer découragés", n'ont pas même poursuivi sa retraite.

La division Mac MahoUy campée à droite de la cavalerie, en face de la division Maissiat, s'est emparée, sans trouver de résistances sérieuses, de tous les villages, des bas contreforts des lUoula-ou-Malou, a successivement incendié les

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