‹ L'Amazone (volume 3)Chapitre 16 sur 19 · FIIV DE LA TABLE · texte numérisé non relu

FIIV DE LA TABLE

Paris. — Imprimerie de A. Wittbrsheih, rue Montmorency, 3,

une colère de vengeance, ne s'élèvent de cette foule, revenue de la veille sur les décombres de ses demeures! Convoyeurs , mulet let bagages s'éloignent respectés : leurs nouveaux guides les conduisent jusqu'en vue des premiers postes de la division Renault, et là seulement les qultteal pour retourner sur leur territoire.

Qui de nous, civilisés, chrétiens, serviteurs du Dieu qui pardonne, qui de nous ferait mieux?

Grâce à cette soumission loyale des Kabyles et aux chemins tracés par l'armée sur tous ses passages, les mouve ments des divisions s'opèrent sans encombre et sans pertes d'hommes ni d'animaux. Le soleil et la poussière, qui régnent sur tous, sont des hôtes trop connus du soldat d'Afrique, pour que leur présence nuise à sa gaieté naturelle, et les nouveaux camps s'installent joyeux. Desbruife de fin de campagne circulent de bouche en bouche : il semble impossible à tous, que les quatre tribus encore insoumises osent lutter seules contre une armée.

Ceux qui savent bégayer quelques .phrases d'arabe, tourmentent de questions nos alliés kabyles, dont les groupe encombrent les camps, et chacun, rassuré par leurs paroles amicales, coppte les jours, puis les heures, qui le séparent encore de son foyer entrevu.

Mais si la France de nos jours a gardé toute la vaillance des vieux Francs-Gaulois, nos glorieux ancêtres , elle a gardé non nloins, dit-on, leur humeur impressionnables n;iobile.

En deux jours avec le vent tout change! Un matin, le

îamp s'éveille sous le sirocco du désert. Son souffle dessé- [iliant tarit la gaieté générale ; on ne respire que de la poussière et du feu ; dès Taube, le soleil brûle, on ne mange dIus; le jour est sans joie, la nuit sans sommeil. Chacun je sent maussade, ainsi qu'un malade ignorant de son mal.

Tout à coup le bruit se répand que les tribus du rocher refusent de se soumettre; alors le passé comme raveni,r >'eflFacent sous le présent : « La campagne ne finira plus I 3n va passer Fhiver sur la montagne I Ces Kabyles sont indomptables ! le maréchal a grand tort de s'obstiner à soumettre la Kabylie en une seule campagne I l'armée ne peut plus tenir 1 II faut lever le camp de suite et partir I etc. »

Le soir même la santé souffre ; la sympathie indissoluble qui enchaîne ici-bas :

. . . l*&me et le corps, ces frères ennemis,

les rend malades l'un par l'autre. La fièvre et la dyssenterie se promènent sous les tentes.

En un seul jour de leur souffle morbide, dans une seule division, quarante-cinq malades entrent à l'ambulance.

Mais. dès le lendemain un nouveau bruit circule. Demain les trois divisions camperont en face de l'ennemi, et dans. deux jours graviront le Djurjura.

« Après-demain, bataille ! Les tribus du rocher recèlent dans leurs précipices toutes les richesses de la Kabylie ! Il y a de la gloire et du butin pour tout le monde 1 Le maréchal a raison : puisqu'il faut en finir, ce qui reste à sou-

g38 RÉCITS DB Là &ÀBtLlS.

mettre ne vaut pas qu'on y revienne I la campagne actndl: j va terminer d'un seul coup une guerre de quinze années, j |

Et le môme jour tout change de nouveau ; tout s'embellit ta gaieté revient ; Tennui grondeur et la fièvre se dissipée: de compagnie. La nature elle-même, — cette maràtfe qià n'obéit qu'à ses caprices, jamais aux nôtres, — la nature, regardée par un prisme d'espérance , prend un aspect bvbrable. Le soleil, comme si Josué était revenu pour !« conjurer, le soleil semble moins chaud ; la poussière est moins épaisse ; le sirocco prend la fraîche haleine d'une brise de mer. L'avenir sourit , la nuit sème sous les tentes des rêves étoiles de croix ou de butin , et le clairon du départ trouve le camp réveillé, comme un dortoir de collège au matin d'une fête 1

IIL Opérations des divisions et des contingents, - Cependant les négociations du bureau arabe ont échoué; les tribus du rocher, confiantes dans leurs précipices, o: plutôt exaltées par l'honneur national, qui leur défend ci se rendre sans combat, refusent toute soumission. L'occa pation armée de leur territoire peut seule les réduire.

Le 9 juillet au malin la guerre interrompue recommeniv

Les Beni-Ithouragh sont envahis les premiers : la 2' c: la 3® division sont campées sur leurs frontières mêmes : la soumission des Beni-Bouyoucef, dont le territoire sVnchevêtre dans le leur, les a laissés à découvert. Aucunes diflScultés sérieuses de terrain ne protègent leur faiblesse numérique, et le rpême jour plus de quinze mille hommes se répandent sur leurs montagnes.

r£citis de la Kà^TLIÏ. ^9

Le maréchal quitte son camp de Djemma-el-Kom, aux premières lueurs de l'aube, surveille pendant toute la journée du 9 les opérations de ses divisions, et le soir revient prendre son bivouac au milieu de là division Renault, ^

Les contingents alliés qui précèdent et flanquent la division Mac Mahon, envahissent les premiers la crête principale de Tennemi; Quelques rares Kabyles, embusqués dans les villages, se retirent successivement, en essayant des coups de feu inutiles. A la suite de chaque triomphe, les contingents, selon leur Coutume, pillent le Village conquis, le brûlent, et continuent ainsi leur course incendiaire, jusqu'à ïamesguidâ, sur la frontière du pays des Illoulaou-^Malou.

La division Mac Mahon appuie la marche parfois hésitante de ses alliés berbers ; mais le plus souvent elle trouve les bourgades ennemies déjà en proie aux flammes. Elle traverse ainsi tout le pays des Ithouragh en laissant derrière elle un long sillage de flammes , et vient s'établir à l'extrémité de leurs montagnes, sur le pic de Tamesguida, où elle bivouaque toute la nuit, sans être inquiétée par les Kabyles. Il ne reste plus aux Ithouragh, dans cette partie de leur territoire, que deux villages, situés au-dessous de Tamesguida, sur les déclivités d'un immense ravin qui sépare les Beni-Ithouragh des lUoula-ou-Malou..

La dimsion Jusuf traverse, sans rencontrer de résistance, tout le pays ennemi placé devant elle, et va camper à droite du général de Mac Mahon, en face des Illilten,

sur un piton isolé qui domine le col de Tirourda, l'un de passages du grand Djurjura.

Quelques tirailleurs des Beni-Ithouragh et des Illilten s'établissent en face du camp, sur la route qui mène à Tirourda. Les grand'gardes de la divisitti, placées au piei du piton occupé par les troupes, échangent avec rennemi des coups de fusil inoffensifs de part et d'autre. Nos soldats sont retranchés derrière quelques petits ouvrages en pierres entassées, que les Kabyles ont abandonnés au moment de l'arrivée des avant-gardes , et de là tirent à couvert. L'ennemi , de son côté , est abrité par des barricades de même nature ou par les arbres de ses ravins. De fois à autre il essaye de lancer dans le camp, par-dessus les grand'gardes , quelques . balles perdues, qui retomhefl> inutiles.

Peu à peu les Kabyles s'éloignent, puis disparaissent dans .la direction de Tirourda. Longtemps, à la lorgnette, on suit leurs formes blanches, qui glissent entre les rocher^ de la montagne comme des fantômes silencieux ; puis ton! redevient immobile , et bien loin devant les avant-postes, près des barricades naguère occupées par l'ennemi, on vdt des soldats se promener le fusil au dos, comme des chasseurs nonchalants dans une plaine amie.

Cependantfle général Jusuf , afin de dégager complétemeot son bivouac, donne Tordre d'enlever le village de Tiféraounen, situé au-dessous de son camp, à un kilomètre au delà des grand'gardes, sur le bord du ravin des Illilten. C'est le seul village qui, de ce côté, reste encore aux Beni-Ithou-

ragh, et quelques Kabyles tiraillent du haut de ses maisons sur les avant-postes de la division.

Le colonel Bataille , à la tête du i 3« bataillon de chasseurs à pied , et d'un bataillon du 45« de ligne , enlève la bourgade ennemie au pas de course, et avec son entrain habituel ; les Kabyles se dispersent sans se défendre, et fuient dans le ravin des lUilten, fusillés à longue portée par les soldats. Cette rapide escarmouche coûte un homme tué et six blessés. La 3« division n'aplus d'ennemis autour d'elle.

La division Renault, opérant comme arrière-garde, lève son camp de Djemma-el-Korn en même temps que les deux autres divisions, détache d'elle quatre bataillons qui Vont renforcer la garnison du Fort-Napoléon et va bivaquer, avec les six bataillons qui lui restent, à Taourirtel-Amram, en arrière de la troisième division.

La division Maissiat et la cavalerie gardent leurs positions de Chellata et de Sikhou-Meddour.

A l'exception de quatre ou cinq villages situés sur quelques bas contre-forts, au-dessus de la vallée qui sépare les lihouragh des Illoula-ou-Malou et des lUilten, tout le pays des Beni-Ithouragh est au pouvoir de l'armée.

Il ne reste plus à envahir que les territoires des lUoula, des lUilten et des Idjer.

Le 40 juillet, un nouveau mouvement a lieu parmi les divisions, et Farmée entière se groupe pour l'assaut sur les frontières des trois tribus.

La division Renault quitte Taourirt-el-Amram et vient

242 HÉCltS DE lÀ KABYLIB.

camper à Tamesguida, en face des Illilten, dont elle menace

la frontière nord.

La division Jusuf, campée à droite de Tamesguida, devant le col de Tirourda, s'étend jusqu'àTiféraounen, dans la vallée même qui sépare les Ithouragh des IlUlten, dont elle menace la frontière nord-ouest.

La dimsion Maissiat, toujours immobile h Chellata, en face des deux divisions, mais de l'autre côté du pavs ennemi, se prépare à descendre chez les Illoula-au-Malon

par le sud.

La câmkrie, âous les ordres du colonel de Fénelon, quitte son camp de Sikhou-Méddour, i^monte, sans reih contrer d'ennemi, la vallée supérieure du Sébaoii, et Yiect s'établir à droite de la division Maissiat, Sur les frontière? sud-est des Idjer et des lUoula-ou-Malou, au pied même de leurs montagnes.

La division Mac Mahon quitte Tamesguida, descen> dans la vallée de l'un des affluents supérieurs du Sébao" et place son bivouac au pied même de la montagne princi- i pale des Illoula-ou-Malou , dont elle menace le pays par Itei Les contingents kabyles, toujours campés autour* Tamesguida, en face de deui villages Ithouragh qui n? sont pas encore pris, se fortifient à leur façon derrière io remparts de pierres entassées, qu'ils gardent avec vigilance. • en attendant l'heure de l'attaque.

Le maréchal vient camper avec tout son état-major sur le sommet du Tamesguida, ayant à sa gauche les contingents kabyles et la division Mac Mahon, à sa droite et au

RfiCITS PB LA KABTIIB. 243

tour de lui la division Renault. Du haut de cette position, il pourra suivre à la fois toutes les opérations, qui doivent Dommencer le lendemain dans la matinée.

IV. Aspect gént'ral du pays. — I^e pic de Tamesguida est l'un des plus éljevés de laKabylie; vu de loin, il se confond avec le Djurjura, dont il forme une des masses uniformes et juxtaposées ; du haut de son sommet aride on découvre le pays ennemi, une partie de la Kabylie et presque tout Thorizon.

Au nord, dans le lointain, s*étend la Méditerranée, la Cœruleum mare, la mer aux flots endormis, aux reflets des cieux, aux brumes vaporeuses et bleuâtres. ,

ta mer ! c'est elle, elle toujours, que d'abord chacun cherche du regard. L'un , derrière elle, voit par la pepsée la France, la patrie , la famille absente ; un autre, rêveur, oublie tout en la retrouvant. La mer I Nul de ceux qui l'ont seulement entrevue , pe l'oubliant ; ipais ceux qui l'ont contemplée longtemps, qui longtemps ont vécu bercés par sa grande vague : seuls avec elle, sans rivage et sans voile au large : se sentant , sur son immensité, plus perdus et plus débiles qu'une balle de paille au vent d'or rage : ceux-là seuls peuvent aimer et comprendre sa poésie grandiose et solitaire, sa beauté,*son horizon ^ai|s bornes I La^ mer ! c'est quelque chose de plus que cette terre I C'est l'espace, c'est l'inflni, c'est comme un reflet de Dieu I

Entre la mer et le camp, à l'est et à l'ouest, s'étale la Kabylie, avec ses longues crêtes étroites, ses ravins, ses arbres clair-semés, ses villages au^ t^its rppges, L*œU

découvre tour à tour les montagnes des Raten, des Yenni, des Menguillet, etc., puis, plus près, sous son regard, les villages des Bouyoucef, des Yahia, etc., et, parmi eux, le hameau désert qui fut jadis Kou-Kou la ville, la grande cité berbère. Capitale oubliée d'un royaume oublié, dormant là, dans ses ruines, comme dorment Ninive et Thèbes, comme nous-mêmes, comme Paris, nous dormirons un jour !

Au sud, les sommets dénudés du Djurjura ferment l'horizon. Leur muraille immense et circulaire couronne toute la Kabylie haute et basse, ainsi que le mur d'un théâtre ou d'un drque couronne les loges, le parterre et la scène. A mi-côte de ces rochers à pic, s'entassent une longue suite de versants moins abrupts, qui semblent accolés aux parois des rochers, comme les premiers gradins de ce vaste amphithéâtre. Terres pierreuses, nues, presque stériles, clair-semées de bouquets d'arbres, qui apparaissent par taches noires sur un sol aride et jaune ; crevassées en touî sens par des précipices ; hérissées de crêtes subites, que couronnent, çà et là, des files de maisons rougeâtres surmontées d'une mosquée blanche. Tels s'offrent aux yeux, du haut de Tamesguida, les terres et les villages des llloulaou-Malou, des lUilten, des Alaff, des Boudrar, etc.,(fe toutes les tribus du rocher, qui habitent les. versants nord du Djurjura.

Au pied de ces versants , entre eux et la haute Kabylie proprement dite (dont Tamesguida est un des sommets principaux) , régnent des vallées profondes , étroites, per-

dues entre les montagnes comme des fossés de citadelle entre leurs murs. Les parois des. monts qui les pressent, s'élèvent presque droits, et çà et là surplombent sur elles; des rochers, des terres éboulées, des avalanches, roulent du haut du pays des neiges jusqu'au fond de leurs gouffres sans trouver où s'arrêter : les eaux des torrents descendent sur elles en tombant le plus souvent par cascades étagées, au lieu de rouler sur le sol. Leurs profondeurs varient entre 5 et 700 mètres : d'en haut l'œil se perd à chercher le fond de leurs gouffres.

Le méandre sinueux de ces précipices forme un dédale de fraîches oasis, au milieu des rochers arides du Djurjura. Les vents brûlants du désert, comme les froides bises du nord , passent tour à tour au-dessus de leurs abîmes sans les atteindre. Les neiges des montagnes leur distillent sans cesse des eaux fraîches et limpides : les torrents qu'elles forment roulent sur des lits de rochers, fécondant autour d'eux toute une végétation luxuriante, et le soleil' africain, rafraîchi par les vapeurs des eaux, chauffe le sol sans le brûler. Là, des oliviers, des chênes doux, des figuiers cultivés, des cèdres, des sapins, des chênes-liéges, des lentisques sauvages, enchevêtrent leurs branches chargées de feuilles ; des vignes capricieuses courent en longs festons d'un arbre à un autre ; l'herbe est toujours verte, ainsi qu'aux premiers beaux jours du soleil d'Europe ; Thiver et l'été semblent avoir confondu leurs souffles contraires pour faire un printemps éternel à cette nature ensevelie.

Deux vallées principales, les vallées de Boghni et du

246 RÉPITS pis ^4 ItABYl^îP.

Sébaou divisent ce long réseau de gorges sauvages. Ces deux grandes artères de la Kabylie septentrionale régnent d'un bout à Tautre de la muraille rqcheuse A^ Djurjura, ' recevant sur leurs routes divergentes un nombre indicible de ravins affluents et servant de limites à plus de vingt tribus éparses sur leurs rives.

Ainsi en pays de plaines, un grand fleuve, artère de tout un réseau fluvial, sillonne un coplinent, reçoit sur soc passage lesaflluents du p^ys qu'il trg.verse et sert délimites naturelles à plusieurs nations.

La vallée de Boghni prend naissance au pied du pays yenni, court de Test à Touest et va se perdre dans la basse Kabylie parla bouche de Drah-el-Mi^an. Ses eaux vont se joindrip à celles de la vallée du Sébaou par la gorge profonde de rOued-Aissi. Toutes leslribus qui vivent sur ses bords

sont soumises.

L'une dçs sources de la vallée du Sébaou naît au col de TiroUrda, un peu en arrière du pays yenni, court de Fouest à Test et va se confondre avec la grande vallée, qui, plus bas, se confond elle-même avec la basse Kabylie par la bouche de Tizi-Ouzou.

Des cascades ou des torrents arrosent sous leurs flot tumultueux tout le cours de la vallée et chacun de ses ravins. Les sables, les galets et les eaux qu'ils roulent forment l'un des grands fleuves de l'Algérie, et le plus grand de la Kabylie, le Sébaou, toujours débordé en hiver, presque tari en été.

Les trois dernières tribus encore insoumises vivent sur

ce ranieau de la vallée du Sébaou supérieur où coule .rOued-Tirourda, Tua des torrents affluents du Sébaou.

Con^me richesse et comme non^bre, elles comptent parmi les dernières de la grande Kabyjie ; c'est à peine si, réunies à la tribu des Beni-Ithouragh, dont la population entière est réfugiée chez elles, toutes ensemble peuvent opposer deux pu trois mille combattants aux trente mille hommes qui les assiègent. Le succès n'est pas- douteux, mais il peut coûter à l'armée des pertes sérieuses.

Cps derniers défenseurs de la Kabylie sont, dit-on, sauvages et belliqueux entre tous. Lors de la dernière expédition, ils ont lutté avec une indicible énergie, et, après un armistice conclu entre eux et nous, quelques-uns des leurs, en escortant la retraite de nos colonnes, ont osé dire à voix haute :

« Nous vous laissons partir sans coups de fusil, parce que vous n'êtes pas entrés sur nos territoires; mais si vous revenez encore jusqu'QÙ vous êtes venus, la poudre parlera. » . '

Fiers de leur pays inviolé , exaltés par leur honneur national et leur faiblesse môme, excités par tous leâ indomptés des tribus soumises réfugiés chez eux, acculés tous ensemble dans }eur dernier abri, ils peuvent lutter jusqu'à mourir. Les difficultés formidables de }eur pays rendraient leur désespoir terrible. Avec l'orgueil audacieux de leur race, ils ont répondu, dit-on, à toutes les propositions et les menaces qui leur ont été faites : « Vous pouvez détruire uos villages : quand vous sere?s

24ë RÉCITS BB LÀ KÀBTLIB.

partis, nous en bâtirons d'autres. Nous n'avons ni oliviers, ni figuiers comme nos voisins, que vous avez soumis. Notre sol ne produit que des chênes à glands doux. Brûlez-les 1 Quand la faim nous viendra, nous pillerons vos alliés î Venez et vous verrez l »

En présence de ces menaces, de l'énergie connue de ceux qui les jTrofërent , et surtout des obstacles naturels du pays, le maréchal prescrit à l'avance toutes les mesures qui peuvent amoindrir la résistance et terminer promptement la lutte.

Les quatre divisions, la cavalerie et les contingents ont ordre d'envahir dés le lendemain, et simultanément, les points divers qu'ils menacent, de détruire ou brûler tous les villages à mesure de l'invasion, et enfin de bivouaquer sur le territoire ennemi, jusqu'à la soumission absolue de la tribu envahie.

V. Invasion des territoires des dernières tribus insoMr mises. — Le 1 1 , avant le jour, l'armée entière se met en marche. Les divisions Renault et Jusufont devant elles à franchir tout d'abord la vallée de Tirourda, qui profonde, de plus de 600 mètres, large de 3 à 400 à peine, sépare le pays des*Beni-Ithouragh de ceux des lUilten et des lUoula-ou- Malou; reçoit sur sa route, par ses deux bords, un nombre considérable de gorges, de ravins, de précipices afiQuenLs et fa s'élargissant peu à peu jusqu'à la grande vallée du Sébaou proprement dit.

Sur les déclivités premières de l'abîme, à gauche, du môme côté que Tamesguida, au-dessous des camps, sont ^ les quelques villages qui restent encore aux Beni-Iihouragh.

Le fond de la vallée, comme ceux de toutes les vallées de la haute Kabylie, est inhabité.

Sur la rive droite s'entassent par crêtes rocheuses et par précipices les territoires des lUilten, des lUoula, puis des Idjer, enchevêtrés les uns dans les autres. Les pics neigeux du Djurjura surgissent çà et là, tantôt au-dessus, tantôt au milieu de leur pays déchiqueté.

Selon la coutume kabyle, tous les villages sont construits sur les sommets et à Textrémité des crêtes, entourés de trois côtés par des précipices.

A quatre heures du matin, la première et la deuxième division descendent sur la vallée. Généraux et officiers, tous sont à pied comme les soldats. Les hommes n'emportent que leurs tentes de campagne et deux jours de vivres, point de sacs. Les canons de montagne, les affûts de fusées, et leurs munitions cheminent sur des brancarts portés à dos d'hommes.

Les chevaux, mulets et bagages sont restés dans les camps, à la garde de quelques compagnies. • Les longues files mouvantes des deux divisions disparaissent rapidement dans le gouffre de la vallée : quelques coup de canon, des coups de feu, isolés d'abord, puis plus nourris, retentissent; des accents de clairons passent dans l'air, et presque aussitôt trois colonnes de fumée s'élèvent épaisses et droites au-dessus de la vallée.

C'est tout ce qui apparaît de là première lutte contre les villages des Beni-Ithouragh.

Un demi-silence, troublé de loin en loin par des fusil-

lades isolées, règne pendant quelque temps ; les fumées des villages qui brûlent montent toujours par lentes spirales, à bases rougeâtres, à lueurs de lointain incendie. Les deux divisions descendent dans la basse vallée. Bientôt les canons retentissent de nouveau : à la proximité de leurs fumées on peut juger qu'ils tirent du haut des villages Ithouragh, par-dessus la vallée, pour protéger la descente ou Tascension des troupes. Chaque explosion, multipliée par les échos du DjurjUra, roule de montagne en montagne comme le grondement d'un tonnerre loiBtain. Des fusées traversent l'air : leurs sillages de fumées se détachent blancs sur les terres jaunâtres du pays ennemi, et, çà et là, semblent grimper aux flancs du Djurjura. On les prendrait, à les voir, pour de longs serpents, fini se dressent en sinuant contre les parois des rochers, j&ans trouver où s'étreindre. Quelques-unes escaladent les crêtes mêmes du Djurjura et vont se perdre au-dessus de l'autre Kabylie, dans les nuages, vers le désert, comme si elles s'envolaient pour Timboctou, la ville perdue ! D'autres, au contraire, voyageuses essoufflées, semblent n'ar-

" river qu'à peine de l'autre côté de la vallée, pour mourir iflipuissantes au pied du pays ennemi.

Rien n'égale— en Çabylie du moins — l'humeur fantasque des fusées ; chacune d'elles semble se faire une loi d'aller ailleurs qu'i son but : un enfant mal élevé prenant son essor, n*est ni plus capricieux ni plU3 indocile. Les

' soldats mêmes prétendent qu'elles sont plus dangereuses pour eux que pour l'ennemi, tant elles tombent fréquem-

ment autour de l'affût qui les lance. Il y a toute une éducation nouvelle à donner à ces projectiles.

Le canon gronde aussi pendant quelque temps : la fumée de chaque coup monte dans Tair par flocons blancs, puis bientôt se confond avec les fumées des villages.

A travers le voile bleuâtre, qui s'étale peu à peu au-des-^ sus de la vallée, les habiles prétendent découvrir les troupes, gravissant déjà les basses crêtes du pays des tUilten. Chacun, pour mieux voir, essaye d'instant en instant sa lorgnette; le verre trop fidèle ne grossit que des nuages': la fumée seule est visible du côté de la première et dé la troisième division.

Mais tout à coup, en plein Djurjura, bien aù-déssus de la fumée, sur le pic le plus aigu de la crête rocheuse, le pic d'Azfou-N'tohour, une flammé brille arderile et claire. Il est impossible que Tavant-garde d'aucune des deux divisions soit déjà parvenue jusque-là I Au dire de nos alliés, plus de six lieues par sentiers kabyles, en pays ennemis, séparent la crête de Tamesguida du pic d'Azrou, et les deux divisions ne sont en route que depuis une heure. Cependant à la lorgnette on dislingue clairement des uniformes. Généraux, officiers, soldats, tout le monde s'épuise en conjectures diverses : chacun abandonne et re^ prend tour à tour les idées les plus contraires, pour déclarer enfin que le feu duN'tohourne peut provenir que de troupes arrivées par l'autre côté du Djurjura.

Mais la fumée, dont les nuages s'amoncellent et montent de plus en plus, voile à son tour le rocher lui-même. Le

doute envahit les esprits ; plusieurs, parmi ceux qui viennent de distinguer clairement des uniformes, doutent de ce qu'ils ont vu. Ceux c(ui persistent passent peu à peu pour des visionnaires obstinés, et ce n'est que le soir, lorsqu'une dépêche du général Jusuf vient expliquer les uniformes entrevus, que les voyants fidèles ont gain de cause sur leurs adversaires.-

Dans le but de cerner Tennemi, le général Jusuf a fait partir, au milieu de la nuit, deux compagnies de turcos, chargées d'aller occuper le pic isolé d'Azrou-N'tohour, situé derrière les Illilten, sur l'une des lignes probables de leur retraite.

La marche de ces compagnies, par des sentiers inconnus, des montagnes, des ravins à pic, sous une nuit san5 lune, à travers un ennemi vigilant, brave, agile, combattant sur son sol, est périlleuse à l'extrême. C'est m coup de dé dont l'un des enjeux est l'existence de deux cents hommes, et l'autre l'éventualité incertaine d'effrayer l'ennemi. Si cette course aventureuse est découverte, elle peut déflorer la campagne et coûter la vie aux deux compagnies tout entières. Les Kabyles, en guerre, sont implacables, et les turcos seront tués jusqu'au dernier, avant même que l'armée soit en marche pour les secourir.

Le général sait tout cela ; car, avant le départ, il prévient les deux compagnies du danger mortel qu'elles vont courir, et ne demande que les hommes de bonne volonté.

Mais, dans une armée française, quand un chef fait appel à ses soldats, pour un péril quel qu'il soit, les

hommes fourmillent comme pour unç fête ; et si, par aventure, Vun d'eux hésitait à marcher, pendant une minute, une seule : à compter de ce jour, mieux lui vaudrait être mort.

L'honneur fait du soldat un pion d'échec, qui marche en avant, sans s'occuper de son sort. C'est au chef seul, c'est à celui, qui seul, tient librement les échecs, dans le jeu sanglant des batailles, à étudier les chances du combat, à prévoir ses hasards, à calculer surtout, si les enjeux du coup qu'il essaye sont égaux !

Sous la conduite du capitaine Delastre Deval-Dufresne, les turcos, guidés par un transfuge kabyle, sont donc partis au milieu de la nuit. Grâce à la prudence intrépide du capitaine qui les commande, grâce aux pieds kabyles de ses soldats, grâce surtout au hasard, ce dieu des aventureux, les deux compagnies sont arrivées sans encombre et san^ rencontrer d'ennemis jusqu'au but de leur course nocturne. Ce sont les feux qu'elles ont allumés, pobr le café dli matin, qui ont éclairé, dès l'aube, le sommet d'Azrou-N'tohour.

Le succès a légitimé la manœuvre du chef de la troisième division.

Pendant toute la matinée, les coups de canon, les fusées et les coups de feu se pressent sans intervalles sur le pays des lUilten. Mais la lutte est voilée pour tous les yeux; la fumée couvre tout ; quelques flammes rouges, qui percent çà et là son dôme épais, annoncent seules les incendies successifs des villages ennemis, c'est-à-dire les ascensions triomphantes des deux divisions.

854 «tCITg DS LA KÀBTLIB. •

La division Maissiai a deyaot elle directeHient le paji des Uleulft-ou-Malou, dont elle occupe un des semmeti principaux. Tous les villages situés autour d*elle sont sou mis ou abandonnés : elle n*a plus qu'à descendre la mofr tegB^ sans luttes probables. A moitié de la eréte, qu eili va pareourirî elle doit trouver la division Mae Mahon. S coopération à la dernière lutte de la campagne est efficace e$tre toutes, mais facile.

Le soleil levant trouve la division de Constantine d$ partie de Chellata. L*œil parcourt en vain Thorizon di Qjurjura, cherchant son eamp. L'essaim détentes blanche qUi, depuis quinze jours, couronnait la cime de la mofr tagne, qui apparaissait là, perdu plus qu'un vol d mouettes sur un rocher^ mais qui chaque matin élai trouvé, salué par tous, comme un navire aoû dans l'ho rizpn des mers : l'essaim blanc s'est envolé.

Divisées en deux corps, les troupes du général Maissia descendent déjà la longue crête des Illoula. Deux tache noires çt mouvantes roulent sur les hautes déclivités de li moiitagnei au-dessous de Chellata. Mais peu à peu l'uni et l'autre s'effacent sous les arbres et les plis du sol. Dis tance ou réalilé, aucun ennemi n'apparaît devant elle$ aucune fumée de combat ne trahit leur passage. Vers If milieu du jour seulement, les tentes de leur camp reparaissent à demi ensevelies sous des arbres, à mi-c6le de II montagne, indiquant seules la présence des troupes surli territoire ennemi. >

La division Mac Mahon, campée à l'extrémité de li|

; Tallée de Tainesguida, s'ébranle en même temps que les trois . autres divisions. A travers Féloignement et le pays tour- . mente, qui la cachent aux regards, on ne distingue ses mouvements qu'à peine ; mais bientôt, sur une des déclivités dernières des contre-forts ennemis, une colonne de fumée s'élève, puis une autre : des flammes brillent.

La deuxième division, maîtresse des premiers villages des Illoula, s'avance victorieuse à traversf leur territoire*

VI. Les contingents kabyles au combat. — Les con-^ tingmlSy réunis sous les ordres du capitaine Gandil, sont toujours campés au-dessous de Tamesguida. Leur camp,» fortifié comme pour un siège, est situé en face de deux villar ges que les Beni-lthouragh occupentencore. Presque toutes les tribus kabyles sont représentées parmi eux ^ les Peni-Raten, les Fraouçen, les Yenni^ etc. ; drapés dans leurs.longs burnous jadis blancs, la cartouchière au col, le fn^il àl'éf paule, tous circulent sans cesse de leur camp à celui du } maréchal.

» Leur foule agitée attend impatiemment Fheure du der- ; nier combat. Leurs moissons les réclament; la guerre lea ruine; quelques-uns suivent l'armée depuis plusieurs jours ; tous ont hâte de retourner à leurs foyers.

L'amour du 'pillage, la foi jurée, les désastres d'une longue campagne ont fait peu à peu des tribus soumises des alliés fidèles à la France, des ennemis mortels des tribus encore insoumises. Leurs amis de la veille ne sont plus à leurs yeux que des rebelles obstinés, dont là vaine résistance prolonge l'occupation ruineuse des chrétiens.

j256 EÉCTTS DE LÀ KÀBTLIS.

Leurs intérêts sont devenus les nôtres et leurs afiFections ont tourné au vent de leurs intérêts.

C'est qu'en fait de guerres et d'alliances, les Berbers sont comme les autres hommes, peuples ou individus. Une pensée de défense ou de lucre réunit pour un jour quelques tribus ; mais une situation nouvelle surgit de la lutte même : aussitôt alliances, haines,^ tout se noie dans des intérêts nouveaux, et des amitiés, des haines nouvelles se forment subitement. Les peuples primitifs passent en quelques jours par ces transfigurations soudaines; les nations vieillies ou civilisées ont besoin de plusieurs mois. Plus ou moins de temps : plus ou moins de formes I

Devant le camp des contingents, les deux bourgades ennemies s'élèvent l'une et l'autre aux extrémités de deux contre-forts voisins, qui tombent à pîc sur la vallée de Tirourda. Des bosquets d'arbres les entourent et masquent, en partie, leurs maisons. Le seul chemin pour arriver jusqu'à elles est une demi-plaine, sablonneuse, aride, découverte, mais ravinée à chaque pas sous le3 eaux des torrents d'hiver.

Aux premiers rayons du soleil levant, le capitaine Gandil, suivi de quelques spahis d'escorte, descend à cheval le versant de Tamesguida, pour diriger ou appuyer, au besoin, les mouvements des contingents.

Bientôt, la foule agglomérée des Kabyles sort du cnmp retranché qu'elle occupe, et s'éparpille sans orJre, en poussant des clameurs de combat. Elle attaque les Jeux villages simultanément. Chaque homme, le fusil en main,

r£cits de la kàbtlie. 257

hurlant, courbé sur la terre pour échapper aux balles ennemies, court rapidement jusqu'au premier ravin qui se présente à ses regards. Là il s'arrête, s'accroupit ou se couche dans le lit desséché du torrent, et regarde.

Quiconque découvre un ennemi dans les villages ou sous les arbres, appuie son long fusil sur le rebord du ravin, ajuste longtemps, tire, puis se jette de côté pour voir l'effet de son coup.

Ceux qui n'ont rien vu reprennent leur course rapide jusqu'au ravin suivant, et d'abri en abri s'approchent à demi-portée de fusil du village qu'ils veulent attaquer.

Là, lous s'arrêtent comme pour s'attendre et se consulter en vue d'une course sérieuse. Les hurlements reprennent: ce sont les clairons d'attaque. Pendant quelques secondes on voit des burnous blancs onduler comme une houle, au fond des rav.ns qui les abritent : puis subitement tous se dressent et b'c-lancent en courant du côté de l'ennemi.

Mais une douzaine de coups de feu partent du premier vii:çi<îr.

Tous les Kabyles d'avant-garde s'arrêtent à la fois, font volte-race et courent- se raser dan^le ravin le plus rapproché. Ceux qui les suivent à distances inégales les imitent; on ne voit plus un seul burnous debout. Le versant de la montagne, un instant couvert de leur foule hurlante, redevient tout à coup immobile et silencieux.

Le capitaine Gandil, à cheval, en avant des spahis qui l'escortent, reste seul à découvert sous les coups de feu de l'ennemi.

Près d'une demî-heure s'écoule ainsi ; les défenseurs dn village tirent quelques coups isolés sur les contingents embusqués; de chaque ravin, une fusillade sans ordre répond. Les Kabyles les plus éloignés de l'ennemi se rapprochent de leurs avant-gardes, en s'arrétant toujours d'abri en abri.

Enfin, de nouvelles clameurs s'élèvent, grandissent, et deviennent peu à peu comme furieuses ; subitement tous les Kabyles se dressent, s'élancent sur la plaine et courent sans s'arrêter jusqu'aux premiers arbres du village.

Là, trouvant sur leur passage, parmi les frênes et les lentisques, des cabanes de paille abandonnées par l'ennemi, quelques-uns s'arrêtent pour mettre le feu; mais la plupart continuent leur course.

Leur foule victorieuse se répand sous les arbres par tous côtés, et bientôt on aperçoit des burnous par centaines, escaladant les murs du village. Les hurlements ne cessent point; des coups de feu retentissent jau-dessus de ces clameurs, et presque aussitôt, de vingt maisons, des fumées, puis des flammes, s'élèvent par gerbes rouges.

Au bout de quelques instants, lé second village subit le même sort ; des péripéties analogues d'embuscade et de retraite signalent le triomphe des contingents.

Chaque tribu humaine fait la guerre à sa manière, et combat comme ont combattu ses pères, comme ses enfants combattront. Quoi qu'il en prétende, l'homme change peu sur Fa terre ; de loin en loin, une religion, un lôgislatei^r, un conquérant, éphémères, aiodifient pour un temps les

tendances de sa nature; mais ses instincts, ses passions, son -caractère général survivent malgré tout, et chaque race humaine conserve, à travers les âges, les vertus comme les défauts de sa race.

Les hordesféroces de Timour-Leng ont légué leurs fureurs sanguinaires aux cipayes de Nana-Sahib. A deux mille ans de distance, les Numides de Jugurtl^a revivent §ous les burnous kabyles. Les Francs-Gaulois de Brennuset de Clovis sont tour à tour les soldats des croisades, d'Austerlitz, de Crimée ; et du haut de la terre indécouverte d'où nul n'est revenu, nos grands aïeux doivent suivre avec orgueil tous les pas de leurs enfants. Les fils n'ont pas dégénéré des pères; le même amour des batailles rôus tient encore; des emportements subits nous prennent encore par Inter^ valles, comme des fièvres; la même soif ùé gloire noup altère ; et de nos jours, comme aux jours de Méporée, de Clovis, de Charles Martel, les pavois de nos arinées portraf jusqu'au trône les élus de la victoire I

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