‹ L'Amazone (volume 3)Chapitre 17 sur 19 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

1. Combats du 11 Juillet. — 2. Prise de LallarFathma et de la smala des lililten. — • 3. Les prisonniers au camp de Tamesguida. — 6. Soumissions des Beni-Iibouragh, Illilten, Illoula-ou-Malou, Idjer.

I. Combats du 14 juillet. — Les contingents, maltfes paisibles des villages ithouragh, profitent de leur victoire, selon tous les principes du droit des gens kabyle.

Chaque vainqueur emporte ce qu'il peut emporter, brûle ce qu*il peut brûler et saccage le reste. Seuls les arbres, quels qu'ils soient , cultivés ou sauvages , sont respectés : leur existence est protégée contre les fureurs de la guerre par une sorte de convention traditionnelle établie entre toutes les tribus berbères.

C'est que les arbres sont la ressource première, le pain, la vie réelle de la Kabylie du Djurjura; leurs fruits, figues, olives, glands doux, etc., servent d'alimentation principale aux Kabyles ; leurs bois sont la matière première des maisons, des meubles, des outils; leurs feuilles nourrissent les bestiaux. C'est surtout parce que des dizaines d'années sont nécessaires à la nature pour refaire un arbre abattu : tandis que des semaines suffisent à la population d'un village, pour relever ses demeures incendiées, remplacer ses meubles et réparer par le travail ou la misère sa récolte perdue.

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Au milieu de ses guerres éternelles , le Kabyle ne perd jamais entièrement de vue Favenir, cette menace mystérieuse qui pend sur toutes nos tôti^ humaines. Sage par expérience, il sait que la fortune des combats est changeante, que le vainqueur d*hier est 1& vaincu de demain, que la ruine qu*il inflige, il la subira quelque jour. Ses passions, même les plus haineuses, s'arrêtent devant la crainte du talion, ce premier frein de Thomme sur la terre, ce châtiment primordial inscrit dans les lois ou les mœurs de toutes les civilisations.

Mais les maisons, ainsi que les bois abattus, récoltes, cabanes, etc., qui les entourent, sont incendiées ou détruites avec un soin patriotique. On dirait que chaque Kabyle a pour consigne nationale de ne rien souffrir debout dans les bourgades conquises. C'est la marque de victoire qu'il laisse imprimée sur le pays de ses ennemis.

La fumée, qui sort à flots de ces immenses foyers, se répand au-dessus de la vallée et va se confondre avec les fumées des villages illoula-ou-malou et illilten ; un nuage universel couvre bientôt la Kabylie, le Djurjura lui-môme, et tout l'horizon.

Pcn lant plusieurs'heures, le camp de Tamesguidà reste enseveli dans ce tourbillon bleuâtre ; mais peu à peu le vent s'élève et purifie l'atmosphère ; les territoires ennemis reparaissent. D'un bout à l'autre de leurs montagnes, de l'est à l'ouest, sur quatre à cinq lieues de largeur, tous les villages brûlent. Plus de trente incendies sillonnent l'horizon de leurs flammes rouges. On ne peut entrevoir les

!263 R«CITS DE LÀ KÀBTLtS.

troupes qu*h peine ; mais le silence qui règne annonce le triomphe absolu de l'armée. La lutte est finie.

Dans la journée mêÉfe, les nouvelles des quatre divisions et de la cavalerie arrivent au camp du maréchal.

La division Maissiat a parcouru sans coiip férir une partie dû pays des Illoula-ou-Malou et rencontré la division Mae Mahon au piton de Tabbana, presque à moitié de la crête qu'elle descendait.

La cavalerie, à droite de la division Maissiat, entre elle et le général Mac Mahon, mais dans la haute vallée du Sébaou, a fouillé toute la portion du territoire illoula-oumalou que ses chevaux ont pu gravir.

Sous les ordres du colonel de Fénelon, les quatre escadrons de chasseurs et de spahis qui la composent, se sont avancés jusqu'au pied du village de Tabouda, situé à Textrémité du dernier contre-fort des Illoula.

Effrayés à la vue des cavaliers , les habitants du viDage se sont rendus immédiatement, et d'eux-mêmes, sont venus aider le colonel de Fénelon à chasser de leur pays les contingents des Deni-Idjer descendus à leur secours. Cette poursuite a coûté la vie à quelques Kabyles ; deux chasseurs ont été légèrement blessés, mais la cavalerie a regagné son camp sans être inquiétée par l'ennemi. Les Beni-Idjer découragés, n'ont pas même poursuivi sa retraite.

La division Mac Mahon, campée à droite de la cavalerie, en face de la division Maissiat, s'est emparée, sans trouver de résistances sérieuses, de tous les villages, des bas contreforts des lUoula-ou-Malou, a successivement incendié les

1«CIT9 1)B Î.A Ï^^YlIl. ses

prîDdpaux» et opéré sa joiictioa avec 1^ troupes de Qç^^-r stantioe^ à câté d^queUe^ son bÎTOuaQ est iaslaUé^

Les contingents (UHéSj sur )a droite 4o 1^ division M%e; Mahon, ont eu 6 homH^es tuéft et Q blessés ai|x pri8i6§ def^ villages ithonragh, autour desquels ils s^uraent^pta^tre iaquiéléâ.

La division Benault a trouvé tout d*abor4 de^aoft eUe la yallée de Tirourda, et sur ses pre^iiers verpantsi ^eui^ villages ithouragh, Ighir et Ait-Hammou, situés aun pieds de la crête de Tamesguida, par Vaile droite de& contiugents.

La 4*^^ division a laissé deus de ses^ bataillons à la gaidci de Tamesguida. et> réduite ^ trois tiataillons, s'est brav^ ment engagée dans la vallée. L'audace a supi^ au uiwbre. Les générauiè Renault et de Llaiers, ses chels, toujours à Tavant-garde, les premiers au |eu^ si^loi^ leur couituavey Font menée à reaneu)!, sur deux colonnes , comiïiie si eUa comptait encore ses onze bataillons d'origine.

Après deux ou trois salves d'obus, elle a sicaultanémeni attaqué les deux bourgades des Itboufagh. Assailjj^ de haut en bas, démoralisés et en petit »amJ?re,, tes K^aJbyJjça dlghir ont à peine essayé quelques ba,ltes^ lointaines. I»es défenseurs d'Ait-Hammou ont tenté de résistei: da^va^ta^e*;; mais, abordés à la baïonnette par les com^pagiûes^de voloiih taires, ils se sont enfuis au premier oboc^^ en la^sswt ]^n:m sieurs morts sur le terrain.

Maître de la rive gaucbe de la vallée» le génériil Re^aid^* a établi son artillerie sur l'un des bas contre-forts da.c^te > rive, afin de protéger la descente de ses soldats et leui: a^

censionsurlesQfiODtagQesopposées.Duhautd'Ait-Hammoii, qui domine la vallée de Tirourda et le bas pays des Illilten, ses obus, traversant la vallée, paMessus les troupes, ont démantelé les bourgades de l'ennemi.

Depuis les villages ithouragli jusqu'au fond du ravin, la 4 '<" division a rencontré des pentes si abruptes, qu*il a falla se laisser glisser sur le sol plus souvent que marcher. Les deux colonnes sont montées ensuite séparément à Fassaut du pays illilten.

La première colonne , dirigée par le général Renault, a enlevé au pas de course Ali, le premier village ennemi, tandis que la colonne de Liniers emportait Tiûlcout, malgré les portes fortifiées et les Kabyles qui le défendaient.

A six heures trois quarts la division Renault occupait victorieuse toutes les positions qu'elle avait eues pour objectifs. L'ennemi était en fuite de tous côtés, et les troupes établissaient leurs bivouacs sur la crête môme qu'elles venaient de conquérir.

Cette rapide affaire a coûté à la première division un homme tué et neuf blessés.

La division Jusuf, k droite du général Renault , entre, lui et la division Maissiat, n'a pas rencontré de résistances plus sérieuses que les autres corps de l'armée expéditionnaire. Mais ayant à envahir la partie de pays la plus accidentée, ).a plus habitée, et dans laquelle s'était réfugiée la majeure partie de la population des Illilten , son invasion a élô m arquée par un triomphe plus décisif. Sépa fé§ en deux brigades, sous les ordres des gêné-

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raux Gastu et de Ligny, elle s'est engagée, aux premières lueurs du jour, .dans la vallée de Tirourda, commune aux opérations de la division Renault et aux siennes. Déjà maîtresse des villages ithouragli, étalés sur les premières pentes de la vallée, elle est arrivée sans coup férir jusqu'au pied du pays illilten ; comipe la première division , elle a trouvé, pour descendre, des pentes si droites, que chaque homme a dû, presque constamment, se retenir aux broussailles et aux rochers de la montagne.

A peine arrivées dans la vallée , les deux brigades ont commencé à gravir les versants du territoire ennemi. L'artillerie, restée sur l'un des contre-forts de la rive gauche, a protégé l'ascension, en lançant quelques obus sur les bourgades qu'elle avait en vue.

La brigade de Ligny a enlevé rapidement le village de Taourirt-Oudeles, son premier objectif, puis celui d'Aït- Abdallah, quelabrigade Gastu tournaiten môme temps par le flanc droit. Pris entre deux feux, les rares Kabyles qui défendaient ces bourgades, situées sur les bas versants de la vallée, se son* enfuis sans attendre l'arrivée des troupes.

Le général de Ligny s'est.établi autour d'Aït-Abdalla"h. Là, au milieu de son camp, au moment où il en désignait l'emplacement à ses soldats , une balle, la dernière qui ait été tirée contre sa brigade, est venue le frapper à l'épaule.

D'Aït-Abdallah, le général Jusuf, à la tête de la brigade .Gastu, a continué de gravir le territoire des Illilten jusqu'au sommet des rochers d'Ackhour , l'une des positions dominantes du pay.s.

S86 RÉCITA BK LA KAlBTLIi.

Malgré les difficultés formidables de cette aseeasien, les troupes sont parvenues en deux heures et sans perles sérieuses, jusqu'au but de leur route. Les Illilten , effrayés par Tapparition des turcos sur le sommet du NHohour, enchaînés sous Fintervention pacifique de leur marabout principal, combattant sans espoir et sans colère, n'ont défendu qu'à peine la ligne des rochers d'Acbhour , et se sont enfuis précipitamment dans la direction du col de Tirourda.

Quelques soldats se sont lancés à la poursuite des fugitifs, mais le plus grand nombre s'est dirigé sur la bourgade d'Abizez, qui couronne les sommets gauches des rochers d'Ackhour. La briga,de presque entière, quoique épuisée par cette longue ascension, s'est jetée sur le village ennemi, . avec toute Fardeur d'une convoitise excitée parla lutte et par une longue attente. Les Kabyles, surpris par l'arrivée soudaine des troupes, n'avaient eu le temps de ne rien enlever : leurs bestiaux et leurs vivres sont tombés au pouvoir des vainqueurs.

Les premiers arrivés ont trouvé les rues jonchées de vêtements abandonnés ; d'autres ont pris des bœufs , des ' moutons, des chèvres, des mulets. Une compagnie a déniché le poulailler de la tribu, et chaque homme a eu pour part de prise un ou deux poulets. Quelques-uns, plus altérés encore qu'avides, se sont arrêtés jusqu'à satiété sur des outres pleines de lait. Le plus grand nombre a pillé à mains pleines, dans des paniers remplis de figues, de légumes secs, de glands doux, de farinea, etc.

Nul n'est revenu les mains vides, mais il n'y a eu fortuné de butin pour personne. ,

te pillage achevé, le feu a dévoré le village !

A huit heures du matin la lutte était finie. Les Kabyles étaient en fuite partout : la division Jusuf couronnait dé ses tentes les crêtes principales du pays illilten , depuis le sommet du N'tohour jusqu'aux bas contre-forts de la vallée de Tirour4a.

Les deux brigades de la 3® division ont eu deux hommes tués et quelques blessés *.

La dernière opération de la campagne est terminée. Le nombre, la discipline et la science militaire ont triomphé partout. Les territoires des Beni-Ithouragh, Illoula-ou- Malou, Illilten, sont occupés par les cinq corps de Tarmée expéditionnaire : le pays des Idjer n'^st pas encore envahi, mais la t^ibu vaincue et démoralisée ne combat plus. Le foyer suprême de Findépendance kabyle est dispersé; aucune résistance n'est debout; les troupes n'ont plus qu'à peser sur le pays par l'occupation, pour amener la reddition des quatre dernières tribus insoumises de la Kabylie.

-IL Prise de Lalla-Fathma et de la smala des Illilten. — Un incident isolé, suite de la lutte, mais déterminé par le hasard, vient hâter encore l'heure des soumissions

4 La troisième division a eu dans cette journée trois hommes tués et trente^uatre blessés; mais la plupart de ces blessés et l'un des morts ont été fi appés à la prise de ïakedetb, dans uu incident isolé, posté* rieur à la première lutte.

et clore la campagne par un succès décisif, sur les imaginations superstitieuses des Berbers.

Les territoires des tribus kabyles, connues sous le nom général de tribus du rocher, sont les produits des dépouillements successifs que le temps, les neiges et les eaux ont arrachés à Tossature dénudée du Djurjura. Adossés à la montagne rocheuse,' comme des éboulements partiels sont adossés à la muraille qui les a laissés crouler, ces territoires sont hachés par les avalanches, ravinés par les eaux, sans système général apparent. Des pics, des crêtes isolées, des rochers qui surplombent les hérissent : des précipices brusques, abrupts, comme sans fond, les coupent en tous sens.

Le territoire des lUilten est remarquable entre tous par le désordre tourmenté de son sol. Regardé du haut du Djurjura, on le prendrait pour une mer tumultueuse immobilisée pendant une tempête.

Dans la partie la plus inextricable de ce pays, deux villages kabyles, Takleh et Tirourda, végètent, cachés à la nature entière par les montagnes qui les entourent. Ensevelies dans une gorge étroite, à l'entrée môme du col de Tirourda, Tun des rares passages de la grande montagne, ces deux bourgades sont, par leur position, les demeures de recel les miçux situées de toute la Kabylie. Il faut pénétrer jusqu'à elles pour les découvrir : leurs habitants ont à <;ôté d'eux, à quelques minutes de course, le passage de Tirourda, c'est-à-dire une route ouverte pour fuir; et comme refuge, le Djurjura : tout un monde de rochers sau-

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-vages, inaccessibles, nus : le pays des neiges : l'asile des chamois et des aigles, mais Tasile de la liberté I

Ces deux villages appartiennent aux marabouts de la tribu desIUilten. Là règne — encore aujourd'hui, quoique absente et vaincue — une femme dont Tinfluence s'étendait naguère sur toute la Kabylie : Lalla-Fathma, prophétesse berbère.

La famille de cette druidesse musulmane est puissante et respectée depuis des siècles : son frère, marabout comme • elle, s'est toujours montré l'un des plus ardents défenseurs des libertés kabyles, et, contrairement aux mœurs des marabouts, a pris part à tous les combats qui se sont donnés contre les chrétiens. Il est couvert de cicatrices de guerre : c'est un vieillard alerte, brave, national, prudent et consulté par tous comme un sage.

Les richesses de Lalla-Fathma et les siennes sont considérables. La sainteté de la prophétesse est universellement reconnue : ses oracles n'ont jamais été démentis par les événements ; elle sait guérir toutes les maladies, conjurer tous les périls, et peut, s'il lui plaît, faire reculer l'invasion française I

Moins l'homme est éclairé, plus il croit en son semblable, moins il cherche et comprend son Créateur.

En vue d'une protection aussi étendue, de la presque inaccessibilité des gorges qui l'abritent, et surtout de la proximité du col de Tirourda, c'est-à-dire d'une route ouverte vers l'autre côté du Djurjura, les lUilten ont entassé dans cette partie de leur territoire leurs. richesses

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mobilières, leurs meubles, leurs viTres, leurs troupeaux et jusqu'à leurs femmes et leurs enfants. Tout ce qui n'a pas pu prendre asile dans les villages mêmes de la prophétesse, s'est réfugié dans les bourgades voisines ; comme aux jours d'épouvantes nationales , <^ux qui ne peuvent trouver place sous le toit du dieu qu'ils implorent, s'entassent éperdus dans les avenues du temple.

La majeure partie des guerriers de la tribu s'est réunie à rémigration, afin de la protéger ; Lalla-Fathma elle-même a promis de faire, pour le salut de son peuple, toutes les conjurations surnaturelles dont une bien-aimée de Mahomet peut être capable. Malgré ses prophéties, qui ont annoncé successivement Firivasion^des chrétiens et sa propre captivité, la prêtresse musulmane essayera de conjurer l'orage ! Sidi-Thaieb, son frère, facilite par des raoyens diplomatiques l'intervention divine de sa sœur. Trop intelligent, trop initié aux miracles, trop proche parent des augures pour croire en eux, le rusé marabout sait que toute résistance est impossible, et qu'une soumission absolue peut seule fléchir ses ennemis. Afin d'obtenir des conditions meilleures, Sidi-Thaieb est parti \ui-môme pour le camp des Roumis ; là il a exposé au général Jusuf :

« Qu'ami dévoué de la France, mais n'ayant pas pu eenvertir les lUilten à la soumission, il est venu vers les chrétiens, afin de leur dire du moins ses intentions perseih nelles ; que, pour prouver sa sincérité, il s'offre à les conduire par des sentiers faciles jusque sur les sommets dominants du territoire de sa tribu , à la seule condi-

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tien que les villages de soq kaïdat seront épargnés. »

A l'aide de ces procédés purement humains, le vieux chef espère conduire les troupes où il voudra, et sauvegarder ainsi ses richesses propres, le prestige religieux dô sa sœur, Témigration et jusqu'à l'honneur des Illilten, en leur laissant une journée de poudre insignifiante.

Les chrétiens partis sans avoir envahi son territoire, son influence et celle de sa sœur grandiront de tout le succès de sa négociation. Dans le cas contraire, Lalla-Fathma n'a-t-elle pas tout prédit à l'avance? C'était écrit!

La subite amitié de Sidi-Thaieb, l'ennemi invétéré de la France, à semblé étrange dans le camp français ; mais la soumission des villages du marabout offre une résistande de moins et des alliés de plus ; ses propositions ont été acceptées.

Fidèle à sa parole, le vieux chef a envoyé aux hommes de son kaïdat la défense expresse de prendre part h la lutte ^ et est resté avec les chrétiens, afm de guider leur ascension.

La troisième division, campée depuis deux jours en face du pays ennemi, a vu venir et défiler l'émigration incessante des Illilten, sans se rendre compte des motifs qui la dirigeaient. Chaque soldat a suivi avec des regards de convoitise déçue ces moissons de butin vivant, disparaissant teur à tour devant lui, fuyant sans doute vers Je col de Tirourda pour passer chez les Mellikeueh, de l'autre côté du Djurjura.

Seul, le général Jusuf a appris en partie la vérité par ses espions : toute l'émigration est restée dans les villages

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situés sur les sommets d*Ackour : les lUilten sont rassen blés autour d'elle, afin de la défendre à tout prix, et, e cas d'insuccès, de protéger sa fuite par le passage de I grande montagne.

C'est dans le but de vaincre plus facilement cette résis^ tance suprême, de couper la retraite de l'ennemi, et surtout de conquérir la gloire d'une capture décisive, que h chef de la 3° division a tenté l'occupation hasardée du pic d'Azrou-N'tohour.

L'opération a réussi et l'ascension du lendemain a comblé les souhaits du général. L'ennemi troublé s'est mal défendu : les villages du marabout n'ont pas pris part à la lutte; la 3® division, maîtresse du pays, campe sur les sommets' d'Ackour : une partie des troupeaux et des vivres des lUilten est tombée en son pouvoir.

De son côté, Sidi-Thaieb triomphe dans son habileté diplomatique. Hissé sur un mulet, en tête delà brigade i Gastu, il a dirigé l'ascension des chrétiens, par le côltl gauche des rochers d'Ackour, en évitant soigneusement les sentiers de droite, qui mènent à Takleh et Tirourda, ses deux villages. A quelques détours des chemins parcourus, les Kabyles de son kaïdat, emportés par lear haine, , ont tiré du haut des rochers sur les troupes ; mais les sol- ' dats, suffisamment occupés à suivre leurs sentiers de chamois, hâtés d'arriver, n'ont répondu qu'en passant à ces coups de feu isolés et lointains. Le gros de la brigade Gastu n'a pas dévié de la route enseignée par le marabout. '

Les Roumis ont pris des bestiaux et des vivres : qud- I

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lies villages brûlent; mais sa nation vient d'avoir sa )urnée de poudre sans pertes graves : ses deux bourgades, iont sa présence au camp garantit les soumissions, n*ont lOint été envahies : les chrétiens sont campés loin d'elles, les richesses personnelles, Lalla-Fathma sa sœur, ainsi [ue les femmes, les enfants et les richesses principales des ribus du rocher, sont entassés chez lui, à Tabri du péril; lans quelques jours les Français voat partir, laissant ses dllages seuls inviolés, son prestige religieux et politique ;eul debout, dans la Kabylie entière I

Mais nul ne peut fuir sa destinée : Lalla-Fathma, quoique )rophétesse, a bien lu dans le livre fermé de l'avenir. L'humeur guerrière de quelques soldats partisans vient retiverser tout à coup les combinaisons du sage vieillard, 3t pour tout un peuple, pour des centaines de générations peut-être, couronner une femme exaltée de la double auréole des prophètes'et des martyrs.

Insensé ou sage, jeune ou vieux, fort ou faible, l'homme marche dans la vie plus aveugle et plus déçu qu'un aveugle 4e carrefour dans une route inconnue! Le présent, à mesure qu'il lui vient, lui échappe. L'avenir, qu'il prétend réglementer sans cesse, l'avenir fuit devant lui, comme un mirage de l'équateur. Nous n'avons rien sur la terre, rien que l'embre incertaine d'un passé qui n'est plus.

Lps Kabyles d'Abizez, du premier village illilten situé sur les rochers d'Ackour, se sont enfuis précipitamment aux approches de la division Jusuf, laissant dans leurs maisons une partie de leurs vivres. Leur foule fugitive se

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hâte pour atteindre le village de Lalla-Fathma, et se réfugier sous Fégide tutélaire de la prophétesse. Mais des femmes, des enfants sont parmi elle : ses groupes déûleot lentement dand les étroits sentiers de la moatagoe : ils sont ene^rei en vue de leur viUage et déjà les uaif ormes infidèles couronnent les hautes cimes d'Ackour,

En tôle de la brigade Qastu, quelques zouaves d*avan(- ' garde découvrent les fugitifs et se lancent à leur poursuite, çialgré la distance qui le$ sépare d'eux : ils vont rapides, acharnés. Une vallée profonde règne entre eux et les Kabyles ; ils eMoyent sa rive escarpée, courant sur la eréte qu'ils occupent, fusillant» àtraversleravin,lafoulee0tassée, qui filit sur Vautre rive. Mais la çréte finit brasquement: la rive opposée tourne, et les derniers bournous blancs disparaissent derrière la montagne. Altérés de chasse, les zouaves descendent dans la vallée.

Les fugitifs se pressent incessamment pour échapper à Fennemi. Les balles des Roumis tombent ça et là sur eux,! accélérant encore leur fuite confuse. Des blessés, hommes, femmes^ enfants , bestiaux ^ tombent, impuissants à fuir: et des cris, des mugissements , des plaintes de souffrance, viennent à travers l'espace jusqu'aux troupes établies ^or les sommets d'Ackour.

La peuplade éperdue arrive enfin à Takleh, la première bourgade des marabouts, et là répand l'alarme, «les chrétiens les suivent, tuant sans pitié; avant une heure ils entreront dans le ravin du village. »

Mais Lalla-Fathma est dans Takleh, entourée d'uB6

foule kabyle : elle rassure les femmes et les enfants, les cache dans ses demeures, et promet à toussa protection divine. A force de pitié pour son peuple en larmes, elle croit peut-être elle-même en son pouvoir céleste !

Quand les amours de leur coeur débordent leur raison» les femmes, musulmanes ou chrétiennes, mères, sœurs, amies, toutes celles qui aiment, s'exaltent jusqu'au sublime, et pour Tidole qu'elles adorent, oublient tout, môme leur faiblesse de femme 1

Les honlmes kabyles s'arment pour un dernier combat. Leurs femmes^ leurs enfants sent là : ils ne songent plus à fuir. Ils s'embusquent dans leurs maisons, autour du village, sous les arbres, et, le fusil au pied, chacun d'eux attend l'ennemi.

Les zouaves cependant vent toujours: savants de la guerre et des mœurs africaines, flairant razzia dans le pays dont le marabout les éloignait sans cesse , ils s'avancent au basard, isolément, par vingt sentiers, mais tous dans la' direction As fugitifs.

Quelques-uns arrivent ainsi jusqu'au ravin de Takleh* près du village ; sans regarder s'ils sont suivis, sans s'occuper des coups de feu qui les accueillent, ils pénètrent hardiment dans la bourgade kabyle.

C'est la consigne traditionnelle de leurs régiments, d'aller

devant eux sans compter jamais ni l'ennemi, ni eux-mêmes.

Ils sont cinq zouaves : ils entrent. Mais aussitôt de

toutes les .maisons une nuée de Kabyles sort en armes et

se jette sur eux. Les soldats se défendent comme ils peuvent

dans la ruelle môme qu'ils ont envahie. L'un est tué ; tous les autres sont blessés : deux ou trois réussissent, malgré leurs blessures, à s'échapper à travers les balles.

Cependant de nouveaux zouaves en quête d'aventures, à la suite des premiers, arrivent du côté de Takleh, attirés par les coups de feu.

^ Les derniers venus sont quarante à cinquante hommes au plus, dont un clairon, sans officier. Les lUilten sont entassés par centaines, sur leurs maisons et autour de leur bourgade.

Ignorants du danger des leurs, les soldats s'arrêtent à la vue de cette foule, puis, sans commandement, par habitude, pour la forme, s'embusquent et de suite font feu sur l'ennemi. L'ennemi répond.

Mais les échappés du village arrivent, appelant au secours. En dépit du plomb kabyle qui siffle, les zouaves se i

rassemblent. '

A paroles haletantes, les nouveaux venus racontent le danger de leurs camarades restés seuls et blessés dans la bourgade.

Cependant l'ennemi tire toujours : deux ou trois zouaves sont atteints : les autres hésitent, sans avancer, sans reculer, frémissants. Malheur 1 seuls contre un village entier I quarante cdntre une foule! En quelques secondes les blessés augmentent : le clairon sonne en vain l'appel au secours, le cacolet, l'alarme ! Il sonne, sonne : rien ne répond ! sa fanfare éperdue retombe sans échos : l'horizon reste désert.

Tout à coup^ à Finstânt suprême, des uniformes dé-^ bouchent d'un ravin : deux officiers d*état-major, les capitaines Desplals et Fourchault, suivis de quelques hommes, arrivent en courant.

De la Crimée à la Kabylie, tous les soldats d'avant-garde connaissent le capitaine Fourchault.

Un zouave, en deux mots, lui conte Taventure, etmontre les Kabyles entassés : , •

« Nos hommes sont là-bas l — Eh bien, allons les chercher ! » répond te capitale; et tirant son sabre du fourreau, il se jette devant les sildats en criant:,

« Clairon, la charge! En avant! »

Tous ensemble, les deux officiers en tête, partent au pas de course, en répétant : En avant! en avant !

Une pente douce et découverte règne jusqu'au village. Tous vont criant, courant, descendant la montagne comme une avalanche.

Les Kabyles répondent par des hurlements, et, du haut des maisons, de chaque ruelle, de chaque arbre, font feu de tous leurs fusils.

Quelques soldats tombent, les autres courent toujours. Derrière eux, par hommes isolés, de nouveaux zouaves arrivent, et, suivant les premiers, descendent comme eux la montagne.

Les Kabyles, effrayés, croyant voir venir l'armée entière, s'enfuient de tous côtés. En quelques minutes les soldats sont maîtres du village, et dtf haut de ses maisons fusillent ' à leur tour l'ennemi, qui se sauve par groupes entassés.

S78 RfiCITS BE LA KÀBTLII.

Aossitdt le pillage commeDce : les vainqueurs se répandent en tous sens dans la bourgade. La moisson est riche cette fois : Tennemi n*a rien emporté. Il-y a du butin pour la division entière.

Des yatagans, des flissats, des armes de toute espèce, des fusils encore chauds du combat , sont semés daDi les ruelles et les cours. Des haicks, des burnous, des tapis sont amoncelés dans les maisons. Des bijoux kabyles en argent ornés de coraux, colliers, braeelets, pendants d'oreilles, et jusqu'à des sacs i^implis de douros ou de boudjoux, sont étalés sur les meubles. En armes, bijoux ou vêtements de luxe, chaque homme ramafise plus qu'il n'en peut porter.

Cependant le nombre des soldats grossit incessamment; aux appels de leur clairon, les zouaves arrivent de tous côtés. Chaque maison est explorée. Dans l'une d'elles, te plus grande, on découvre une foulé entière enfermée et refusant d'ouvrir.

Un soldat court chercher un officier. Le capitaine Fou^ chault arrive bientôt, suivi d'un flot de zouaves ; tout d'abord il trouve péle-méle dans la cour de la maison huit ou dix Kabyles, couverts de branches vertes en signe de sou* mission, et Sidi-Thaieb lui-même, venu, lui aussi, au bruit des coups de fei^ et stoïquement assis à côté de sa mule.

En parcourant le village, les soldais ont découvert le cadavre du zouave tué au commencement de la lutte et deux blessés vivants encore, respectés par les Kabyles. Dans l'ivresse du combat, ils n'ont vu que le cadavre;

RÉCIT9 DB Là KÀBTLIS. S79

quelques-uns môme ont pris ses blessures béantes pour des mutilations après la mort. Nul n'a réfléchi, ni à la légitimité de la défense, ni aux blessés retrouvés. La soif de vengeance les altère, et tous demandent, à grands cris, à fusiller les prisonniers.

Le capitaine Fourchault se place devant les captifs et ' rappelle les zouaves à eux-mêmes. Le sang versé en combattant est du sang de guerre : le sang versé après la lutte n*est que du sang de meurtre : il souille ceux qui le versent. Les soldats s'apaisent.

Un jour viendra ! Ces quelques vies humaines sauvées seront plus chères au souvenir du capitaine, que toutes ses gloires de combats ! Quand notre souveraine à tous, quand la mort vient, quand le cœur défaille sous la douleur, quand les jours écoulés défilent devant l'agonie, les olé^ menées accomplies soutiennent Tàme ; car pour le voyap^e inconnu vers le monde inconnu, jusqu'aux pieds du jago, on se sent escorté par ses bienfaits.

Cependant la maison qui contient la foule 468 Kabyles est toujours fermée. Par les hautes fenêtres en meurtrière^ sortent des gémissements confus de femmes et d'enfants.

L'officier place sur le devant de la maison quatre zouaves» avec ordre de faire feu en cas de résistance, et charge deux hommes de chercher un bélier improvisé, pour m-* foncer la porte.

En trois coups les deux battants tombent à Fintérieur.

Aussitôt une femme kabyle, petite, presque massive» mais belle encore, apparaît sur le seuil de la maison. Son

280 RÉCITS DE tk KÀBTIIE.

regard rayonne. Son visage est tatoué à la mode berbère. Elle est vêtue de fins burnous et couverte de bijoux.

D'un geste impérieux, elle écarte les baïonnettes des zouavies, s'avance hautaine, presque menaçante : puis tout à coup, apercevant Sidi-Thaieb, fait un pas vers lui et se jette dans ses bras.

C'est Lalla-Fathma.

Pendant quelques minutes , les soldats et les Kabyles la regardent en silence. Elle- pleure par sanglots à côté du marabout.

Soutenue par son rang, exaltée par le danger, armée de toutes ses armes de femme, elle s'est jetée devant l'ennemi, comme un pontife pour sauver son peuple.

Mais à la vue de son frère, le pontife a fait place à la sœur. La prophétesse n'est plus qu'une femme captive !

Cependant, sur un signe du capitaine, quelques soldats pénètrent dans la maison et ramènent tour à tour des femmes et des enfants en pleurs, qui ne sortent de leur asile qu'en se laissant traîner par les mains.

Pendant ce temps les troupes arrivent en foule dans Takleh. Le bruit de la fusillade est parvenu jusqu'au camp de la division, et le général Jusuf a envoyé l'un de ses aides de camp, le capitaine de Villermont, pour ramener les soldats engagés isolément et lui rendre compte de ce qui se passe. .

Le commandant Ammeler, venu avec le gros de son bataillon, prend le commandement de ses zouaves, défend aux hommes de mettre le feu nulle part , fait rassembler

lÉCITS DE LA KÀBTLIE. 281

tous les prisonniers, et place des gardes autour d'eux, afin de protéger les femmes contre les abus de la victoire.

Les soldats découvrent incessamment de nouveaux Kabyles, dans les maisons voisines de là demeure des marabouts. En quelques minutes, plus de deux cents prisonniers sont réunis autour de Lalla-Fathma. Un mulet de razzia est amené pour la prophétesse , et le commandant Am mêler la dirige, ainsi que tous les captifs, sur le camp du général Jusùf.

Près de quatre cents bceufs et un grand nombre de chèvres, de moutons, etc. , destinés à augmenter l'ordinaire de la division, suivent le convoi jusqu'au camp.^ Les soldats gardent individuellement, selon les hasards de leur capture, les mulets, les chevaux et le butin.

Sidi-Thaieb* le frère de Lalla-Fathma, le chef des lUilten, accompagne le convoi des prisonniers. Ses richesses sont dispersées : sa sœur et toute sa famille sont captives : sa tribu est humiUée et ruinée ; lui-même ignore son sort. 11 marche cependant à côté de sa sœur, silencieux, sans paraître souffrir, et déjà résigné.

C'est que la"résignation est la grande vertu des peuples de l'Orient. Religieux plus que nous chrétiens, les musulmans, mieux que nous, savent subir le malheur ; mieux que nous , ils savent s'incliner devant des arrêts qu'ils ne peuvent comprendre, et leur tâche accomplie, se résigner sous la volonté de Dieu.

III. Les prisonniers illiUen au camp de Tamesguida. — Le jour même, le général Jusuf envoie les captifs au camp

Kit BfiCITS DE LÀ KàBTLIS.

du maréchal, sous la conduite du capitaine Fourchanlt, escorté de trente soldats. Excepté la prophétesse, tout le codvoi est à pied. Les enfants sont portés par les Kabyles prisonniers. Mais cet office maternel leur répugne outre mesure, et à maintes reprises le capitaine est obligé de l«s menacer, pour les empocher de rendre aux femnaes cas fardeaux inaccoutumés. Telles sont les difficultés du terrain que le convoi met huit heures h parcourir un trajet de quatre lieues, et n'arrive à Tamesguida qu'à la nuit close.

Le camp du maréchal est établi sur une crête dont les parois accidentées ne permettent que difficilement rapproche.

La nuit est noire et froide : le vend du nord souflBe un brouillard imprégné de senteurs de fumée. Çàet là, dans le lointain obscur, les villages incendiés dardent des flammes rouges. Dans le camp, sur la crête de la montagne et ses premières déclivités, les feux des bivouacs éclairent sous des lueurs vagues un sol inégal et pierreux. Le gouverneur est devant sa tente, causant avec quelques officiers. Tout à coup le capitaine FourchauU arrive couvert de poussière, Comme épuisé de fatigue : il s'incline devant le chef de l'armée :

« Monsieur le maréchal, dit-il, je vous amène Lalla- Fathma et deux cents prisonniers. »

Puis, sur la demande du maréchal, le capitaine raconte brièvement les combats et les captures de la matinée.

Presque aussitôt, une femme, enveloppée de burnous blancs, arrive sur un mulet, met pied à terre aree l'aide

AtCITI BE LA KÀBYLIB. 988

de Sidi-Thaieb, et, appuyée sur son bras, suit le gouver-^ neur sous sa tente.

Là, la prophétesse s'asseoit, regarde, sans affectation mais sans timidité, tous ceux qui l'entourent, puis répond d'une voix claire aux questions de l'interprète.

Le maréchal lui fait demander pourquoi les hommes de son village ont rompu la convention faite par son frère, en tirant sur les troupes françaises.

— Allah l'a voulu , dlt-^elle : ce n*est ni par ta faute, ni par la mienne. Tes soldats ont quitté leurs rangs pour pô^ nétrer dans mon village. Les miens se sont défendus. Je suis ta captive. Je ne te reproche rien ; tu ne me dois rien reprocher. C'était écrit.

Le maréchal lui fait adresser encore quelques demandes sur la soumission prochaine de sa tribu : elle répond sans embarras à chaque question. Les officiers , les soldats et surtout les turcos se pressent afin de la voir. Elle ne cherche pi ne fuit les regards : puis toujours appuyée sur le bras de son frère, remonte suj: son mulet et se dirige vers la partie du camp qui lui est assignée par les officiers du bureau arabe. •

Derrière elle, les autres prisonniers, nu instant arrêtés autour de la tente du maréchal, reprennent leur marche. Leur longue et triste foule àéfile lentement, suivant pas à pas la prophétesse. Les femmes et les enfants sont deux à deux, sur des mulets pris à côté de Tamesguida, au camp de la 3® division ; tous les hommes sont à pied. Aux lueurs vacillantes des feux de bivouac , on voit

passer des femmes, hâves,. fatiguées, pleurantes ou tristement résignées. Voici tantôt neuf heures qu'elles vont, sans manger, par des sentiers de torrents, à travers leur pays envahi, leurs bourgades incendiées, ruinées , vaincues, captives , sans autre espoir que la miséricorde d'un conquérant infidèle.

De fois à autres, un sanglot s'élève au-dessus des bruits du convoi ; des petits enfants, à demi nus dans les bras de leurs mères, jettent en passant leurs vagissements de douleur. D'autres, plus âgés déjà, à pied, pendus aux mains de leurs pères, vont piétinant de fatigue, et à toutes larmes pleurent. Çà et là un mulet, épuisé sous son double fardeau, s'agenouille malgré son guide. Ceux qui le suivent, emportés les uns dans les autres par la pente du terrain , trébuchent aux pierres de la montagne ou roulent sur le sol. Une femme, un enfant tombent: et alors des cris, des gémissements, des murmures de souflfrance montent de cette foule par rumeurs confuses.

Cependant le maréchal a donné aux officiers chargés des prisonniers l'ordre de faire préparer des tentes et des vivre^ Mais à mesure du défilé successif de toutes ces souffrances sa sollicitude inquiète augmente. Il envoie successivement deux de ses*aides de camp, avec ordre de surveiller eux-mêmes l'installation des captifs. Puis , à fin de compassion, troublé jusqu'au cœur, il appelle le lieutenant Bibesco, le plus jeune de ses officiers, et lui mettant la main sur l'épaule :

— Allez, mon ami, lui dit-il, allez de suite ; faites-leur

porter mes vivres de campagne , tout ce que vous trouverez, tout ; donnez-leur cela vous-même.

Et, en achevant ces mots, il rentre brusquement dans sa tente, pour cacher Témotion dont il ne peut se défendre I

— Ah 1 ne' vous en défendez pas, monsieur le maréchal. Four un méchant qui sourit des émotions du cœur, des milliers d'hommes les respectent et les honorent. La sainte pitié peut voiler les yeux d'un chef sans les ternir. La bonté est fille de la force, et vous le pouvez demander à l'histoire : les seuls victorieux restés grands dans la mémoire des hommes ont grandi . par leur clémence plus encore que par leurs conquêtes.

Grâce aux soins empressés de tous, officiers et soldats, quatre tentes sont dressées : de l'eau, des vivres sont apportés. Le général de Chabaud-Latour dirige lui-même les efforts de ses soldats du génie, qui se décuplent d'intelligence et de zèle, comme toujours. L'état-major entier du maréchal est là, surveillant tout. Les officiers font allumer des feux et distribuer les vivres ; les soldats s'empressent en tous sene, ou forment autour des captifs un cercle silencieux et sympathique. La pitié du vaincu est la première gloire de la France.

Cependant les prisonniers sont entassés en un seul groupe, sur un tertre isolé, au centre du camp. Ils se tiennent serrés les uns contre les autres, comme des naufragés dont le navire sombre. C'est que tous les êtres delà création, les hommes comme les animaux,

i&& RÉCITS DB LÀ KÀBTLIS.

se rassemblent et se pressent aux heures d'effroi.

Vainement les officiers des bureaux arabes s'efforcent de la voix et in geste pour séparer leur troupe amoncelée. Lès hommes se détachent lentement, un à un ; mais plus on sollicite les femmes; plus elles se serrent éperdues autour de Lalla-Fathma. A la lueur des feux, on voit leurs mains s'étrelndre aux vêtements de la prophétesse, comme les tourmentés de Tenfer à la barque du Dante.

Enfin Lalla-Fathma, entraînée par son frère, entre sous une tente. Aussitôt la foule des femmes et des enfants se précipite à sa suite. Vainement la tente se remplit, à dèeblrer sous le nombre : toutes veulent entrer. Vainement Sidi-Thaieb les sollicite de le suivre sous les tentes voisines, toutes restent là, muettes, passives, effarées. Celles qui n*ont pas pu trouver place sous Tabri de leur prétressa tutélaire se tiennent contre la porte, serrées plus qu'un essaim d'abeilles. Pendant près d'un -quart d'heure, les gestes, les paroles, tout est inutile.

Mais, aux prières de son frère, Lalla-Fathma donne quelques ordres à voix basse : aussitôt les femmes et les enfants qui «ont en dehors suivent Sidi-Thaieb sous une tente voisine ; celles qui sont avec la prophétesse restent autour d'elle, malgré leur nombre, assises à terre, entassées à faire craindre qu'elles n'étouffent.

Des miasmes fétides planent sur cette foule, enfermés dans un étroit espace. Les enfants gémissent comme suffoqués; plusieurs femmes s'évanouissent sous la presse et le mwique d'air. On veut ouvrir la porte de la tente qu'elles

[>nt close, elles la retiennent à mains crispées. Le marat>out et quelques Kabyles prisonniers sont obligés à'em-* ployer la force pour entraîner au dehors une partie dâi compagnes effarées de la prophétesse berbôrOi

Une première distribution de biscuit leur est faite ) chacune des captives reçoit sa part en silence ; mais pendant quelques minutes toutes s'abstiennent de manger^ A leurs yeux incertains et craintifs, on voit qu'un soupçon fatal combat en elles les tentations de la faim. Cependant les Kabyles et les enfants mangent déjà; peu à peu toutes les imitent et broyent lentement quelques n^rceaux de biscuit cassés à grand'peine par leurs mains débiles.

Pendant ce temps des sentinelles sont placées auteur des tentes occupées par les femmes, moins par crainte des évasions que pour empêcher les invasions galantes. Quel-^ ques soldats^ont témoigné à demi-voix d'une vive admiration pour les captives. Les tentes sont ouvertes} le soldat français en campagne est plus séducteu? ei^ore que dans le» jardins de nos cités, et sur payses ennemies, au soir d'une rencontre inespérée, sous la nuit, ses séductions pouF« raient devenir entreprenantes jusqu'à conquêtes forcées.

Peu à peu le silence se fait dans le camp. La lassitude apaise à la fois les angoisses des captives et la curiositd des soldats. Chaque femme s'installe de son mieux, entre ses voisines de chambrée : les enfanta s'endorment les premiers, et le repos, sinon le sommeil, règne jusqu'au retour du soleil.

Le maréchal a donné des ordres pour que les prison-*

niëres et les enfants soient conduits, le lendemain, dans les villages de nos alliés, les Bouyoucef, qui les garderont Jusqu'à la soumission définitive des IlUlten. Les hommes resteront dans le camp, prisonniers sur parole.

Dans la matinée, des mulets sont amenés pour les enfants et les femmes. Avec Taide des Kabyles ou des turcos, chacune d'elles s'installe sur sa monture à la façon des cavaliers, drapée dans ses burnous, depuis le col jo$qu'aul pieds.

On peut voir au plein jour ce triste et misérable convoi. La plupart sembleFft rassurées désormais : elles ne pleurent plus ; mais leurs visages flétris ont gardé les traces de Icars angoisses passées.

Presque toutes ont des types de figure originairement beaux, de grands yeux noirs, des traits réguliers : mais on sent que des privations de toute nature wt étiolé ces populations misérables jusqu'à la famine. Quelques-unes ont des goitres, ce fléau des montagnards. Toutes ont un aspect chétif. Leurs faces sont pâles, hâves, maigres, sans chairs. On dirait que leurs veines appauvries ne roulent qu'un sang décoloré, sans chaleur et sans vie.

Leurs vêlements sont négligés, sales et en lambeaux. Leurs cheveux s'échappent en tous sens, dépeignés, mal retenus sous des foulards de soie mal noués à leur tête. Hais toutes ont aux oreilles des bijoux en argent, ornés de coraux : quelques-unes ont deux anneaux à chaque oreille, l'un en haut, l'autre en bas. Leurs burnous sont attachés par de grandes broches en argent. Elles

RÉCITS DE Là KÀBTLIE. 289

ont des bagues aux doigts , des bracelets aux jambes.

Seule la prophétesse, formant disparate avec son peuple,

est soignée jusqu^à Télégance. Malgré son embonpoint

exagéré, ses traits sont beaux et expressifs. Le kolh étendu

sur ses sourcils et ses cils agrandisses grands yeux noirs.

Elle a du carmin sur les joues, du henné sur les ongles,

des tatouages bleuâtres, épars comme des mouches sur

son visage et ses bras ; ses cheveux noirs, soigneusement

nattés, s'échappent dun foulard éclatant, noué à la façon

des femmes créoles des Antilles ; des voiles de gaze blanche

entourent son col et le bas de son visage, remontant sous

sa coiffure comme les voiles de la Rebecca dlyanhoe ; ses

mains fines et blanches sont chargées de bagues. Elle

porte des bracelets, des épingles, des bijoux plus qu'une

idole antique.

Pendant quelque temps, le convoi reste dans le camp, attendant Tordre du départ. Tous les prisonniers illilten,. tous nos alliés kabyles et la plupart des turcos, se.pressent en foule autour des prisonnières. Entre ces hommes divisés d'intérêts, d'existence ou de tribus, mais tous enfants de môme race, on sent que les liens d'une commune patrie se resserrent devant les souffrances de leurs femmes et de leurs enfants. Les uns aident les captives à s'installer sur les mulets qui les portent, leur serrent les mains en signe d'adieu, ou leur parlent doucement à voix amicales et consolantes, à gestes attendris; d'autres^ des pères, des frères, des époux sans doute> rattachent çà et là une broche qui s'échappe, quelque foulard dénoué, quelque bournous

d90 EtClTS DS LA SABTLII.

entr'ouvert : comme au sortir du bal, un mari ferme d'une main attentive les vêtements de sa jeune femme. Quelques-uns quittent en hâte un des burnous qui les couvrent, et chacun d*eux vient pieusement étaler sa dépouille sur les épaules d'une mère, d'une sœur^ d'une fiancée, de celle qu'il aime plus que lui-même.

Mais le plus grand nombre entourent la prophétesse, •t chacun tour à tour baise respectueusement une main qu'elle tend^ au hasard, avec l'aisance sacerdotale d'une femme née pour les hommages.

Les turcos passent confondus avec les Kabyles, non Bieins respectueux que leurs coreligionnaires. La prétresse mahométane leur abandonne ses doigts à baiser, ainsi qu'aux hommes de son peuple, et de fois à autres daigne murmurer sur l'un d'eux une parole amicale. Tous U quittent en s'indinant, conune des fidèles bénis et cod- ^ts de l'être.

Les soldats français, attirés par curiosité sur le passage du convoi, se i»-essent afin de voir Lalla-Fi^hon. Ils arrivent silencieux tout d'abord, pitoyables aux souffrances é*ua enneaii vaincu. Mais bientôt leur foule, peu respectueuse par naissance, parodie un à un les gestes onctueux de la propfaëtesse. La captive respectée n*est plus qu'une prêtresse de théâtre. la pitié s'efface ; )a troupe perd ses égards généreux devant les allures protectrices de la souveraine maraboute : ce long baisement de mains fait courir de proche en proche tout un flot de lazzis à mots peu couverts; et le rire français, le vieux rh'e contempteur

des vaines parades, éclaire seul désormais les figures martiales et railleuses des soldats.

Le convoi s'ébranle enfin. Kabyles et turcos Tescortent en silence jusqu'à l'extrémité du camp, et reviennent à leurs postes divers. La crête de Tamesguida reprend son aspect de la veille.

IV. Soumissions des Beni-Ilhouragh, Illiltenj llloula'^ ou-Malou, Idjer. — Le jour même, €t pendant la matinée du lendemain, les envoyés successifs des lUilten, des Itheuragh, des lUoula-ou-Malou, des Idjer arrivent au camp, porteurs des soumissions de leurs tribus.

Les lUilten se rendent les premiers. Leurs ch^s et une partie de leurs femmes et de leurs enfants sont cap* tifs. La plupart sont ruinés. Ils ont perdu leurs principaux guerriers, tués à la prise' de Takleh : une foule de bles-^ ses encombre leurs villages. Silencieux et mornes, ils arrivent au camp le lendemain de leur défaite, et se pendent à merci.

Les trois autres tribus les suivent de près. Tous ac* œptent, sans réserve, les conditions qui leur sont imposées. La séance de soumission est la même que pour les tribus précédentes. Les kabyles ne débattent que la quotité de l'amende, et souscrivent en silence à tout le reste.

Le maréchal ne profite outre mesure, sur aucune des quatre tribus, de la victoire remportée. Comme tous le» autres Berbers, les Kabyles du rocher sont moins des vaincus qu'il veut exploiter, que des sujets nouveaux qu'il recherche, pour concourir au progrès de la colonie.

En présence de Tinvasion actuelle, qui a ruiné ponruD temps leurs territoires, le gouverneur général de l'Algérie n'impose aux tribus du rocher qu'une amende inférieure à celle des autres tribus kabyles.

Les nouveaux venus circulent pêle-mêle avec les contingents qui les ont combattus. On ne distingue les uns des autres qu'aux fusils, que nos alliés portent fièrement aux épaules, en signe de coopération triomphale.

Le camp de Tamesguida renferme des spécimens de toute la race berbère algérienne, qui passent confondus sous un aspect uniforme à première vue. La plupart sont de haute taille, un peu auniessus de notre moyenne française, maigres, mais bien proportionnés, et annonçant la force. Tous sont vêtus de burnous de laine, sales, jannàtres et souvent déguenillés : leurs figures présentent le type général des races du nord d'Afrique : c'est-à-dire un visage bruni par le soleil, aux traits grands et réguli»^, aux yeux et aux cheveux noirs, au nez droit ou légèrement busqué, à la barbe rare, aux dents blanches sous des lèvres fortement dessinées. Quelques-uns, mais plus rares, ont l'œil bleu, les cheveux blonds, le teint clair des peuples du Nord.

Cependant, en comparant avec attention ces groupes divers, on distingue, à se tromper rarement, les hommes du rocher de ceux de la Kabylie proprement dite, comme on distingue les Berbca^ de la hante Kabylie de ceux de la basse montagne, et ces deniers des Arabes des plaines. Les Kabyles du rocher, ceux qoi vivent an pied da

grand Djuijura, dans la montagne mênxe, parmi les neiges, ont généralement une allure plus sauvage que les autres Berbers.

Comme presque tous les habitants des hautes montagnes, ils sont plus grêles, plus petits, plus débiles que leurs congénères de la Kabylie inférieure. Le type du Nord est plus fréquent parmi eux. Beaucoup ont les yeux bleus, le poil roux ou blond-blanchâtre; leurs faces sont généralement plus pâles, plus ternes ; quelques-uns sont presque albinos. On dirait qu'ils ont été pâlis aux froides neiges' de leurs glaciers, La plupart sont maigres, et comme exsangues. Leurs figures appauvries révèlent les privations, la fatigue et la misère. Plusieurs ont la gorge déformée par des goitres, qui chez quelques-uns atteignent des proportions monstrueuses. Cette excroissance difforme, fille des brouillards ou des eaux neigées des rochers , pend de leurs cols sur leurs burnous, sans paraître les gêner plus qu'un nœud de cravate européenne.

Leurs vêtements sont plus misérables que ceux des autres Kabyles, plus sales, plus déchirés par l'usage et l'indifférence. Ils ont plus de tatouages aux bras et à la face. Leurs figures sont moins mobiles, moins intelli^ gentes, moins humaines en un mot. Soit allure ordinaire, soit tristesse accidentelle apportée par le malheur, une sorte d'hébétement passif voile leurs regards. Les représentants des Beni-Raten, des Yenni, etc., en traversant le comp au lendemain de leur défaite, avaient une démarche de vaincus résignés, mais fiers : les envoyés des lUilten,

des Ou-Malou, etc., n'ont que Tattitude craintive, mais farouche, de sauvages domptés.

Les soldats berbers de Jugurtha, leurs aïeux kabyles, les Cimbres de Marins, les Scotts ou les Picts de Tantique Angleterre, devaient avoir en traversant Rome derrière les consuls vainqueurs, cet aspect farouche, ces regards efferés, cette allure fauve, qui faisaient tressaillir d'effroi les matrones romaines.

Les soldats, habitués aux amitiés expansives des Beni- Raten et de nos alliés divers, accueillent les nouveaux venus comme les autres ; puis, sans tenir compte ni de leurs natures plus sauvages, ni de la fraîche date de leurs amitiés, leur jettent en passant, comme aux autres, des paroles incomprises, amicales dans le fond sinon dans la forme. Les montagnards restent silencieusement passifs : la crainte enchaîne leurs paroles et leurs gestes; mais aux échappées soudaines, aux éclairs de leurs regards, en sent que leurs haines farouches survivent tout entières : quelques-uns même murmurent à voix basse des paroles de menace, que les vainqueurs laissent tomber sans réponse.

Ainsi, au lendemain de leur soumission définitive, un soldat passant au milieu d'un groupe d'hommes du rocher, frappe doucement l'épaule d'un vieillard illilten, en lui disant d'une voix amicale :

« Amigo, à présent, vieux Chinois I »

Le Kabyle répond à voix sourde et grondante en montrant le fusil arabe de l'un de ses voisins :

« Amigo ! macache barout I

Ami ! parce que la poudre manque ! »

Le soldat sourit dédaigneusement et suit son chemin sans répondre.

Aux vaincus, comme aux enfants, comme aux vieillards chagrins, les paroles sont permises. En Kabylie, non moins qu'ailleurs y il est de vieux hommes dont la turbulence sénile se répand quelquefois en défis ridicules. Rodomonts quinteux, qui le plus souvent n'ont jamais eu que des velléités guerrières — sans combattre : — qui dépensent en paroles la fanfaronnerie impuissante que leur ont laissée les années : qui, dans les salons, dans les banquetSy partout, ne savent que croasser la discorde : qui, ne pouvant plus rien par eux-mêmes, se consument d'efforts pour exciter les jeunes hommes aux combatsi Mais les jeunes hommes suivent leurs voies sans répondre. Une étincelle tombée d'un tison qui s'éteint, n'a pas chaleur assez pour rallumer des haines infécondes et con* sumées ! Aux enfants comme aux vieillards, les paroles sont permises.

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