‹ L'Amazone [III] Les révoltés du ParaChapitre 12 sur 13 · S L*AMAZONE · texte numérisé non relu

S L*AMAZONE

lamiëre noavelle, le cœur plonge à tous les feux pour rallumer sa flamme ; des clartés crépitantes et pâles brillent par éclairs passagers ; mais le flambeau ne reprend pas. L'âme n'a plus que des cendres vaines qui s'allument et s'éteignent sans chaleur et sans clarté.

Les canots suivirent tout le reste de la nuit le cours do Gambu. Dans la matinée, Paul reconnut sur la rive l'endroit où il s'était embarqué, et le fit remarquer aux Indiens ; mais ses guides lui firent signe que leur route devait se faire tout entière par le fleuve.

Le vieux chef, en effet, pour éviter aux hommes les fatigues du cheval, leur avait dit de suivre la rivière jusqu'à la mer. Le trsget était plus long, mais sans secousses. Le Cambu se jetait à l'Océan à trois lieues environ du navh'e ; et Antonio avait formé le projet d'aller par mer chercher la blanche pour la ramener ao vaisseau.

Aussi, lorsque les funérailles des défenseurs de la Cardinê furent terminées, le vieux dief revint au navire et chargea l'un des Brésiliens de demander au capitaine deux matelots, pour aller avec lui au-devant de Paul. Puis, montant lui-même sur le bâtiment, il entra dans la chambre de Montfort : le jeune honune causait à demivoix avec les missionnaires et madame Cemy.

— Demande à la blanche, dit le chef en entrant, si la mère veut venir trouver sa fille. Le canot d'Antonio va chercher la jeune blanche.

Hontibrt expliqua à madame Cemy les paroles de l'Indien : elle partit aussitôt avec le missionnaire et l'un des Brésiliens, qui l'accompagna pour servir d'intepprète. En deux heures la vigilinga arriva à la bouche du fleuve. Là, l'Indien jeta l'ancre et attendit. Bientôt la jeune mère vit

arriver les canols et put distinguer, sur Pan d'eux, Paul, et sa fille encore endormie.

Mais les effets du parica s'effaçant peu à peu par le temps, le sommeil de la jeune fille était devenu moins profond. Elle se réveilla tout à fait au moment où les matelote la transportèrent à bord de la vigilinga. Pendant quelques secondes, elle regarda, étonnée, incertaine encore^ 4e canot à bord duquel elle se trouvait, puis sa mère, Pau) et les matelots. Mais tout à coup, le réveil seiaisant complet et réel, elle se souvint du passé comme d'un mauvais rêve, et, se jetant dans les bras de sa mère:

— Oh ! mère, lui dit-elle, si tu savais quels songes étranges je viens défaire ! Pourquoi ne sommes-nous plus à bord du navire ? Tu pleures, mère ; qu'y a-t-il donc?

— Enfant, ne te trouble point, reprit madame Cemy à travers ses larmes, je pleure de joie. Tu n*as pas rêvé; et, sat)s Paul, qui sait où tu serais maintenant?

Mais la jeune fille n'avait que des souvenirs si confus et si vagues de ce qui s'était passé, que sa mère fut obligée de lui redire son enlèvement. Henriette alors se rappela le mulâtre ; et peu à peu, la mémoire se faisant dans son esprit, elle put raconter à sa mère sa course à travers la prairie, et sa lutte avec le cafuze. Mais à partir de ce moment, elle n'avait gardé souvenir de rien, si ce n'est, ditelle, xjue j'ai rêvé...

Et levant les yeux sur Paul, elle le regarda en rougissant.

Sa; mère vint à son secours : d'autres pensées emportèrent ses souvenirs confus; et dans leur joie de se retrouver ensemble, les passagers d'Antonio arrivèrent à la Caroline sans s'être aperçus ni du temps ni du voyage.

Déjà la marée commençait à baisser, quand les voyageurs

montèrent à bord: Montfort, le capitaine et quelques matelots revirent avec une joie d'enfant la passagère retroavée ; puis» comme en ce monde, bonheur ou malheur, tout» va bien souvent» par veines, disent les joueurs, le vieux marm annonça aux nouveaux venus que, pendant leur absence, la marée avait presque soulevé la Caroline.

— Si j'avais eu la précaution de faire mouiller nos ancres pour cette marée, dit le capitaine, j'aurais peut-être réussi à me démarrer ; mais il y a encore un flot avant la grande mer de la pleine lune , et je ne comptais essayer que ce soir. Quoi qu'il en soit, dès à présent, je suis presque sûr de sortir d'ici à la nuit, et, avec Antonio pour pilote, nous serons au Para dans deux jours, s'il plaît à Dieu.

— C'est trop de bonheur, capitaine, dit la veuve. Les félicités accumulées m'effrayent : les soleils trop chauds annoncent les orages. Je suis heureuse, mais j'ai peur.

M. Sharp fit un imperceptible mouvement d'épaules, et alluma un cigare en disant :

— Si ce n'est pas se créer des chagrins à plaisir que d'avoir peur de son bonheur! — Et moi, si ma belle Parisienne était retrouvée, je serais plus heureux qu'un dieu du vieil Olympe. Je l'ai demandée à Antonio, et Antonio m'a répondu par son perpétuel a Espéra : Attends! » J'attends; mais jusqu'à la marée.

Et, en achevant ces mots, le vieux marm, laissant ses passagers, alla combiner avec le maître et son second tous les préparatifs nécessaires au déséchouage prochain qu*il espérait.

Chacun cependant venait tour à tour féliciter la veuve et questionner la jeune fille; et tous, s'apitoyant sur le sort de madame Milliner, on parla un instant de prier An-

tonio d'envoyer à sa découverte. Mais le projet et la dame s'en allèrent bientôt, oubliés dans l'allégresse générale du prochain départ : et déjà personne ne songeait plus à la marchande, lorsqu'on vit arriver sur la plage un Indien qui se jeta à la mer et aborda la vigilinga du chef. L'un des Brésiliens descendit en quête de nouvelles, et revint bientôt, gazette vivante, satisfaire les curiosités du navire.

L'homme qui venait d'arriver était le Mundurucu envoyé par le chef pour incendier la fazenda du major. Comme nous le savons, il avait mis le feu à Vacca; puis, en revenant par le rivage , il avait rencontré un vaqueiro blessé qui revenait du combat; c'était un des hommes qui avaient enlevé la blanche , et il avait raconté à l'Indien que la passagère du navire avait été conduite par lui à la lazenda du major ; qu'elle n'avait nul danger à courir, parce que le fazender aimait passionnément les blanches, et surtout les Françaises; qu'elle avait été très-bien traitée par ses ravisseurs et par les esclaves du major, qui la servaient à l'envî, comme une reine.

Ces nouvelles achevèrent de porter l'allégresse parmi les passagers.

Il ne fut plus question, pendant 'toute la journée, que des espoirs du capitaine et de projets après l'arrivée au Para. Enfin, le moment si désiré approcha,. la marée remplit peu à peu. M. Sharp , cette fois , avait fait mouiller à quelques brasses du navire deux ancres à iet , pour se haler dessus à la marée haute, et faire ainsi glisser le navire dans les eaux profondes qui prolongeaient l'arrière. Quand la mer fut tout à fait pleine, les hommes se mirent au cabestan, et presque aussitôt les passagers sentirent le vaisseau se mouvoir lentement; un frôlement sourd se fit entendre pendant quelques secondes; puis le navire,

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qui depuis l'éehouage était incliné sur le côté, se redressa subitement; un léger roulis le prit dans son oscillatioD régulière et lente, le courant l'entraîna au bout des câbles de ses ancres, et la Caroline^ ressuscitée, vivante, se berça de nouveau sur les flots de TOcéan.

Le maître, donnant l'exemple, jeta en Tair son bonnet rouge et poussa un hourra formidable qui fut répété par tout le monde, passagers et matelots. Le capitaine pleurait de joie ; le mousse sautait des haubans sur la dunette et de la dunette sur le pont, sans reposeri bondissant comme une balle élastique ; les passagers jasaient comme des oiseaux qui s'éveillent ; et chacun, rêvant dV venir, les uns virent leur amour partagé et complet, les autres leur bourse redondante; ceux-ci marchaient à l'autel : ceux-là, presque tous, hélas! roulaient sur de l'or!

Passions humaines! joies 1 tristesses! qu'il faut peu de chose pour vous faire oublier tour à tour les unes par les autres! Tous ces hommes, qui tremblaient le matin, dés* espérés et perdus, se retrouvaient le soir, heureux, confiants, ivres d'espérances. Et cependant, combien parmi eux devaient souffrir des mois et des années avant de toucher, même du bout de leurs doigts, uihseul de leurs rêves! combien devaient toujours aspirer, toujours effleu- ^ rer, toujours voir leur but sans jamais l'atteindre I combien enfin devaient, comme Moïse, mourir avant la terre promise!

Hais l'existence humaine n'est, dit-on, qu'une épreuve. Bienheureux, peut-être, ceux qui prennent ici-bas part entière de douleurs ! Aussi bien, tout ne peut pas finir ainsi. Non ! Cette vie, pleine de joies pour lès uns, de misères pour les autres, de dégoûts pour ceux-ci, de souf-

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frances pour ceux-là : de vide pour tous : cette vie humaine enfin n'est pas le dernier mot de notre être. L'âme doit trouver ailleurs, sur .

The undiscover'd country, from whose bourn No traTeUer returns...

une vie plus vraie, plus juste, plus large : une vie pleine, enfin, d'autre chose que d'aspirations inassouvies ou de réalités pâles et sans lendemain.

Fllf

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