PREFACE XV
respectueuse pensée que j'ai voulu signifier à des vivants pendant quelà-bas se perpétuaitThécatombe. Et la Ibule a approuvé et hoché la tête, la grande foule est venue méditer sur sa propre douleur, et sur certains devoirs supérieurs de conscience. Elle a répondu à la sincérité de cet appel. Ah! l'âme pure de la foule, comme il faut la saluer respectueusement! Quelle auguste France que la France presque anonyme et tacite que compose maintenant, ce peuple de veuves, de pères sans enfants, d'orphelins, d'esseulés, ou dans l'angoisse de le devenir! Comme elle comprend la sincérité, celle-là !
Par ailleurs, dans une partie de la presse, j'ai été insulté, gratifié de boue et honteusement calomnié. Qu'importe si les pharisiens ont parlé de sacrilège au nom d'un public qui n'y a même pas pris garde! qu'importe qu'ils aient clamé, « cachez ce sein rouge que nous ne saurions voir », en réclamant un pelit encouragementpourle civil. Rien n'a empêché le sentiment populaire de réserver pendant des mois à la pièce l'accueil qu'il fait à toute sincérité. Depuis deux ans la presse préférait sans doute consacrer ses louanges aux innombrables histoires d'espions, aux opérettes sur la guerre, aux défilés de petites femmes déguisées en porte-drapeau, aux « on les aura » piétines sur les planches des tréteaux, avec force baïonnettes de carton, etc. Le théâtre en était là après deux ans de guerre. Il aurait pu se taire, il parlait. Je trouvais ce genre de paroles dégradant pour le public de mon pays. Alors j'ai pensé que l'heure était venue et qu'il fallait