SCÈNE Xi GINETTE, DUARD, pui« UN GARÇON DE BUREAU
GINETTE
Vous me croirez si vous voulez, mais ça m'a été absolument indifférent de voir le visage de Madame de Saint-Arroman!
DUARD
Ses paroles vous eussent produit probablement le même effet.
GINETTE
Qu'on dise ce qu'on voudra! Je n'en ai pas le moindre souci et ce n'est pas ça qui m'empêchera de me mettre au travail.
DUARD
Vous avez l'air content, heureux, Ginette. Vous ne savez pas la satisfaction que j'en puis éprouver. Moi aussi, je ressens une si grande joie de vous voir pénétrer ici comme chez vous. Tout le monde dans mon entourage vous regarde avec sympathie. ..jvous le sentez, n'est-ce pas?^
GINETTE
Ma foi, oui. Je suis ravie de prendre la direction de mon service. Ah! pouvoir faire enfin quelque chos'»! Il me semble que les portes se rouvrent... \'oyez-voi v,, tant que l'on sentait que l'humanité souffrait encorf> de toutes parts, on pouvait prolonger sa maussadcrie,
sa songerie au coin du feu, mais dans la joie universelle, ne pas pouvoir s'y précipiter... ah! ce serait dur! (euc s'intcnompt.) J'ai peut-être tort de vous dire ces choses; je manque d' à-propos; mon point de vue est très égoïste sans doute, mais vous me connaissez assez pour savoir qu'il ne faut pas attendre de moi des phrases qui ne soient pas brutalement dites.
DUARD
Pourquoi vous accusez-vous de n'avoir pas toutes les délicatesses? Vous les avez toutes, et par-dessus le marché vous avez cette qualité si française, si indispensable, le bon sens. Je me rappelle votre délicieux éclat de rire spontané, bon enfant, lorsque vous vous êtes décidée à sortir de cette retraite, à accepter ce que je vous offrais dans mon faible pouvoir. Autant vous avez mis de pudeur, de discrétion dans vos réticences, autant, quand la décision a été carrément prise d'accepter et de partager une vie de besogne, avec quelques chances de bonheur personnel, vous l'avez fait de belle et joyeuse humeur... comme un chien... vous permettez encore? ...un chien qui aurait été longtemps, longtemps malade et qui, tout à coup, revient à la vie avec un petit jappement de plaisir.
GINETTE
Cette comparaison n'est pas non plus pour me déplaire! Merci; j'aime bien avoir l'air d'un toutou, et je vous sais gré, dans l'expression de votre tendresse, de n'avoir employé jamais aucune comparaison romanesque... Je suis ce que je suis, pas grand'chose, mais j'ai l'intention de l'être en toute franchise et en toute affection, Jacques.
(Elle lui tend lu main.)
DUARD, parlant avec chaleur, même avec exaltation.
Vous m'avez appris à n'être ni un sentimental, ni