‹ L'Amazone; Les flambeaux. Pref. de l'auteurChapitre 123 sur 263 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

phases habituelles de la révolte et de la douleur, je me Buis faite à ce partage posthume. A quoi ne se fait-on pas?... D'ailleurs, on ne peut pas partager l'amour vivant... non, ça, c'est impossible, mais on est bien moins exclusif pour un amour défunt! J'avoue que, par moments, j'ai même été allégée à la pensée que vous doubliez mes larmes, oui... oui... qu'il y avait quelque pai^t un double de moi qui ressentait ce que je ressentais d'irréparable, presque à la même heure... Plus je me figurais grande votre peine, moins j'avais de mal à vous accorder ce titre secret et partagé! (Ftrouchement.) Avez-vous bien souiïert, au moins? Puisje en être bien sûre? Avez-vous eu part égale?

GINETTE

Peut-être moins que vous l'avez imaginé, tant j'étais fière de celui qui n'était plus!... Ah! oui, si fière de l'avoir aimé. J'ai cru l'honorer mieux en bannissant les larmes... Mais la suprême fierté, c'est vous qui l'avez eue! Sa mort a rejailli sur vous de toute sa grande^ir!. Ne vous abusez pas, Cécile; c'est bien vous qui portez le titre de veuve; ou si vous n'en êtes pas certaine, alors, c'est que vous ne vous êtes pas encore résolue à comprendre cette vérité, que Pierre ne m'a pas fait le don de sa vie... C'est à la Patrie seule qu'il l'a fait...

CÉCILE, elle se live.

NatureUement! la guerre finie, la victoire gagnée, le débiteur, où est-il? C'est la patrie?... Trop comraodel Vous, vous n'étiez qu'une voix, n'est-ce pas, l'enrôleur de passage, sans aucun mandat et une fois l'homme anéanti, le drame terminé, vous ne vous souciez plus de rien? Vous vous détachez de la suite des choses et des devoirs que vous avez contractés!... oui, des devoirs, car, ayant voulu sa mort, c'est par delà le tombeau que vous vous êtes unie à lui. Ah! il y a

tout de même une catégorie d'êtres avec qui ce n'en est pas fini! ce sont les appeleurs, ceux qui, sans rien risquer, les pieds au chaud, leur ont crié : « En avant!... Ah! nos beaux, nos grands héros!... Sont-ils beaux, regardez-les! Ils ne se plaignent même pas!... Défendez-nous bien!... Nous, nous restons à vous admirer!... Allez donc, braves héros!...» Les appeleurs, les vendeurs de beauté qui criaient : « Venez tous... voici le grand rendez-vous de la mort! » Eh bien! maintenant, ceux-là ne sont pas quittes envers ceux qui eont tombés à leur ordre!... D'autres oui, mais pas vous! \'ous êtes enorgueillie d'avoir été l'inspiratrice; vous devez être et vous serez la lampe fidèle; vous pai'tagerez avec moi la longue douleur de la fidélité, Ginette... Je le veux... ah! je le veux de toutes mes forces! \'ous n'avez pas de liens légaux qui vous unissent à lui, mais moi, je vous impose tous les droits et tous les soucis de la veuve... Fidèle à lui, je vous veux! toute à son souvenir, rien qu'à son souvenir! Ah! comme j'y tiens! Vous me l'avez pris : maintenant vous lui appai'tiendrez comme moi je lui appartiens. Pas de voile blanc sur la tête, jamais! Pas de fleurs!... Ceci, ceci!

(Elle saisit un pan de son long voile noir et, de force, en couvre la lêle blonde de Ginette. On dirait un funèbre coup de filet.)

GINETTE, se dégageant.

Oh! pourquoi la dérision de ce voile! Pourquoi venez-vous m'insulter, Cécile, en m' accusant d'un oubli qui n'est pas... Cette grande pensée épurée règne encore sur tous mes instants, je le jure.

CÉCILE

Des mots! Petite menteuse! Tu penses à lui tout le temps, n'est-ce pas! Alors, où est sa photographie? A ton poignet ou dans ton médaillon?... Pleures-tu le soir au fond de ta chambre comme au premier soir.

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